À Hawaï, le surf perd l’une de ses voix les plus discrètes, mais les plus essentielles. Un homme qui ne montait pas sur les podiums, qui ne cherchait pas la lumière, mais qui a illuminé la vie de milliers de surfeurs avec une caméra et un sourire : Ramon Brockington.
Lorsque la nouvelle de sa disparition a traversé les plages d’O‘ahu, c’est tout un archipel qui s’est arrêté. Ramon, l’âme derrière Oahu Surf Films, n’était pas seulement un caméraman talentueux. Il était un repère. Une présence familière sur le sable de Waikīkī, Ala Moana ou le long des 7 miles légendaires du North Shore.
Originaire de Caroline du Sud, il débarque sur O‘ahu avec une caméra et une passion brûlante pour raconter les histoires de ceux qui glissent sur les vagues. Ce qui n’était au départ qu’une envie de filmer “les bons jours” est devenu, au fil des années, l’une des archives les plus précieuses de la culture surf hawaïenne moderne.
Ramon filmait tout le monde. Les groms, les touristes émerveillés, les watermen respectés, les pros affûtés, les locaux, les oncles qui fument entre deux vagues. Peu importe le niveau, peu importe le style : il leur accordait la même attention, la même bienveillance.
Ce qui rendait son travail exceptionnel, ce n’étaient pas seulement les milliers de vagues capturées, mais la façon dont il faisait se sentir chaque surfeur. Il retenait les prénoms, les familles, les progrès, les doutes. Il félicitait après une bonne session, encourageait après une chute, partageait les clips comme des cadeaux.
Pour beaucoup, il fut :
Matt Vasquez, qu’il avait filmé dès ses 19 ans, a livré un témoignage bouleversant : une gratitude profonde, presque filiale, d’avoir été “vu”, aidé, encouragé par Ramon lorsque tout commençait.
Ramon n’était pas seulement derrière la caméra. De 2022 à 2024, il a dirigé le Oahu Surf Film Festival, rassemblant cinéastes du monde entier, donnant de la place aux voix locales, à l’écologie, aux récits locaux. Il aimait les images, mais surtout ce que les images créent : des communautés, des rencontres, des émotions partagées.
Toujours humble, toujours chaleureux, il faisait partie de ces rares personnes capables de transformer une plage — déjà sacrée à Hawaï — en un lieu encore plus accueillant.
Plus de 900 vidéos restent disponibles pour continuer à faire vivre son regard. Mais ce que Ramon laisse surtout derrière lui, ce sont des milliers de petites histoires humaines : des sourires, des poignées de main, des tapes sur l’épaule, des mots doux, des services rendus sans rien attendre.
Chaque série qui déroule à Ala Moana, chaque bombe hivernale sur le North Shore, portera un peu de son énergie.
Rest in peace, Ramon Brockington.
Et merci d’avoir tant donné au surf.