Le monde du surf vient de perdre l’un de ses personnages les plus singuliers et influents. Ron DiMenna, fondateur du mythique Ron Jon Surf Shop, est décédé le 6 septembre 2025 à l’âge de 88 ans. Derrière ce nom devenu une véritable marque mondiale, se cachait un homme aussi visionnaire qu’énigmatique, qui aura contribué à transformer la culture surf en un phénomène de masse.
C’est en 1959, bien loin des palmiers de Cocoa Beach, que l’histoire commence. Ron DiMenna ouvre son premier magasin à Ship Bottom, dans le New Jersey. Jeune passionné de surf, il comprend très vite que cette pratique émergente peut séduire bien au-delà des côtes californiennes. Il se met à vendre des planches importées de Californie, puis à développer un véritable univers autour de ce sport encore marginal.
Dès 1963, poussé par son instinct d’entrepreneur et son goût pour l’aventure, il s’installe à Cocoa Beach, en Floride. À deux pas du spot de Kelly Slater, il implante ce qui deviendra le plus grand surf shop du monde, ouvert 24 heures sur 24. Aujourd’hui, le flagship de Cocoa Beach attire plus de 1,5 million de visiteurs par an, autant que le Kennedy Space Center voisin.
Le concept de DiMenna est simple : proposer un lieu où l’on trouve tout ce qui fait la culture surf, des planches aux bikinis en passant par les T-shirts, les autocollants et une infinité de goodies. Son sens du merchandising est visionnaire. Les fameux autocollants gratuits “Ron Jon Surf Shop” se retrouvent collés sur des millions de voitures et de fenêtres à travers les États-Unis, jusqu’au fin fond du Texas ou de l’Ohio.
Résultat : pour beaucoup, un voyage en Floride n’était complet qu’après un passage au Ron Jon de Cocoa Beach. Certains allaient jusqu’à comparer ce “pèlerinage” à un rite initiatique pour être considéré comme un vrai surfeur.
Si son magasin est mondialement connu, l’homme derrière le logo est resté une énigme. Ron DiMenna fuyait les médias, au point que la plupart des journalistes n’avaient jamais réussi à obtenir une photo récente de lui. Seules quelques rares images circulent, dont un mugshot pris en 2010 après une arrestation pour conduite en état d’ivresse.
Son parcours est jalonné d’anecdotes qui alimentent la légende : une passion pour la dynamite dans les années 70, des démêlés avec la justice liés à la drogue, une vie itinérante dans un camping-car de luxe rebaptisé “Rubber Ranch”. Malgré les rumeurs et les excès, il a toujours cultivé une image de businessman autodidacte, imprévisible mais redoutablement brillant.
Comme l’a résumé Duke Boyd, cofondateur de Hang Ten :
« Ce que vous voyez aujourd’hui dans l’industrie du surf découle de son merchandising visionnaire. Il a compris très tôt que le surf pouvait séduire bien au-delà d’une minorité de pratiquants. »
Bien avant que Quiksilver, Billabong ou Volcom ne s’installent dans les grandes métropoles, Ron Jon avait déjà exporté la culture surf à grande échelle. Ses magasins ont contribué à démocratiser un lifestyle qui dépasse la simple pratique sportive.
Ron DiMenna a également marqué son époque par sa volonté de préserver le littoral. Avec son épouse Lynne, il a créé la Surfing’s Evolution & Preservation Foundation, qui finance notamment des programmes de protection des plages de Floride grâce à la vente de plaques d’immatriculation “Endless Summer”.
En 1998, il a été intronisé au East Coast Surfing Hall of Fame, reconnaissance ultime pour son rôle dans la popularisation du surf sur la côte Est des États-Unis.
Ron DiMenna laisse derrière lui un héritage contrasté. D’un côté, le fondateur génial d’un empire du surf retail qui a inspiré des générations de surfeurs. De l’autre, un personnage insaisissable, parfois sulfureux, qui refusait obstinément la célébrité.
Sa disparition marque la fin d’une époque, mais son influence continuera de se ressentir dans chaque T-shirt Ron Jon porté aux quatre coins du monde. Pour beaucoup, son magasin restera le “World’s Most Famous Surf Shop”, une vitrine de la culture surf accessible à tous.
En Floride, les drapeaux sont actuellement en berne pour lui rendre hommage. Dans la mémoire collective des surfeurs, Ron Jon restera à jamais associé à la démocratisation du surf et à l’idée que cette culture peut rassembler bien au-delà de l’océan.