Le Lacanau Pro commence aujourd’hui, et comme chaque année, il promet du spectacle. Mais connais-tu les histoires folles qui ont façonné cette légende du surf européen ? Accroche-toi, on t’embarque dans un voyage à travers l’improbable et le génial.
C’est en 1979 que tout commence. Une bande de passionnés du Lacanau Surf Club décide d’organiser la toute première compétition internationale de surf en France. Budget quasi nul, idées plein la tête. Solution ? Vendre des merguez.
Résultat : 150 kilos écoulés en trois jours. Le surf européen vient de naître… à coups de sandwichs.
Lors de cette première édition, les conditions sont capricieuses. Les vagues arrivent… au dernier moment. La finale se joue en extrême urgence. Et pour noter les scores sur la plage centrale ? Les juges n’ont même pas de lampe frontale. Ils utilisent des briquets pour écrire les notes. Ambiance roots garantie.
En 1990, un choc mythique se produit à Lacanau : Tom Curren affronte Kelly Slater, alors âgé de seulement 18 ans. Les deux légendes ne se croiseront en compétition que cette fois-là. Curren l’emporte. Quatre ans plus tard, Slater revient et gagne à son tour le Lacanau Pro.
Pas de vagues ? Pas grave pour Jacques Hèle, l’un des fondateurs. En 1989, il fait intervenir des tractopelles de la mairie en pleine nuit pour modeler un banc de sable artificiel. Objectif : booster les vagues. La presse s’empare du sujet, et Lacanau est à la une. Coup de génie ou douce folie ? Les deux.
Cette édition-là est un feuilleton météo. D’abord, les tracteurs pour façonner les vagues. Puis, une mini-tornade ravage le village exposant : les tentes s’envolent et s’écrasent sur les voitures en face. On parle d'un Lacanau Pro… électrique.
Jason Buttenshaw, jeune Australien, s’inscrit à la compet’ avec des traveler’s chèques de 100$… non signés. Impossible de les encaisser. En janvier suivant, un membre de l’orga en vacances en Australie le croise… et le fait signer les chèques six mois plus tard. Lacanau, c’est aussi ça.
En 1995, 1200 surfeurs et sympathisants forment une chaîne humaine sur la plage pour dénoncer la pollution des océans. Trois ans plus tard, le Lacanau Pro est menacé par la marée noire du Prestige. L’activisme surf à la française.
Seule vraie annulation “naturelle” : en 1998, l’océan est plat pendant toute la waiting period. Rien. Nada. Zéro vague. La compétition est annulée. Triste ironie pour un événement qui célèbre la puissance de l’océan.
Tout commence par un rêve un peu fou en 1978 : créer une compète de surf digne d’Hawaii… mais à Lacanau. Jacques Hèle, Patrice Schrzan, René Guillet et quelques autres y croient dur comme wax. Avec peu de moyens, ils créent le Grand Prix Open de Lacanau Océan.
En 1981, la compet’ est annulée faute de sponsor principal. Mais en 1983, elle renaît : elle devient Lacanau Pro, et surtout rejoint l’ASP (devenue aujourd’hui WSL). C’est la consécration.
Le palmarès du Lacanau Pro est impressionnant :
Sans oublier les Français comme Jérémy Florès, Pauline Ado (3 fois gagnante chez les juniors) ou Maud Le Car.
En 1987, le Lacanau Pro intègre une compétition féminine. Dès la première édition, c’est la Sud-Africaine Wendy Botha qui s’impose. Plus tard, Lisa Andersen, quatre fois championne du monde, brille en 1995 et 1996 sur les vagues canaulaises.

Du crayonné naïf de 1979 aux illustrations pop des années 90, les affiches du Lacanau Pro sont une véritable mémoire visuelle du surf en France.
Elles racontent une époque, une culture, un rêve. Collées dans les foyers, elles sont devenues objets de collection, véhiculant un imaginaire d’évasion, de glamour et de liberté.
Certaines années, le surfeur disparaît au profit de paysages idéalisés. D’autres fois, on le retrouve en plein tube ou en aerial, symbole du surf performance. Un miroir de la société glisse. Quelques années plus tard, les tee-shirts connaissent un grand succès. De nombreuses familles ne connaissant rien au surf, n'hésite pas à se donner rendez-vous chaque année durant la compétition, pour acheter le tee-shirt officiel du Lacanau Pro.

Pionnier du surf à Lacanau, Jacques Hèle est une figure clé de cette aventure. Surfeur dès les années 60, entrepreneur, président du Lacanau Pro pendant 18 ans, puis de l’ISA (la fédé internationale) de 1992 à 1996.
C’est lui qui entame les premières discussions avec le CIO pour intégrer le surf aux JO. Il n’aura pas vu Tokyo 2021, mais il aura tout lancé. Sa disparition en 2023 a laissé un vide immense.
Et toujours cette anecdote culte des tractopelles de nuit pour sculpter la vague, qui résume bien le personnage : fou, génial, habité.
En 2025, le Caraïbos Lacanau Pro est devenu la plus ancienne compétition de surf en Europe. Un statut qu’il assume fièrement. Il reste un tremplin pour les jeunes, avec toujours une division junior et une énergie festive unique.
Plus qu’un simple contest, c’est une célébration annuelle de la culture surf : concerts, expositions, stands, ambiance de plage… et parfois, un grain de folie.
Le Lacanau Pro, c’est 45 ans d’histoire du surf, mais aussi de passion, de débrouille, de créativité, de résistance… et d’humanité. Un monument vivant du surf européen, toujours debout, toujours vibrant, toujours prêt à écrire une nouvelle anecdote.
Alors oui, le spectacle commence aujourd’hui. Et si la prochaine histoire légendaire du Lacanau Pro, c’était toi qui la vivais, sur le sable ?