On dit souvent que le surf est un sport de jeunes. Les images des réseaux sociaux regorgent de kids de 15 ans envoyant des airs insensés, de juniors qui enchaînent tubes et manœuvres comme s’ils étaient nés avec une planche sous les pieds. Mais il y a des exceptions. Des exceptions qui rappellent que l’océan n’a pas d’âge, que le courage ne se mesure pas aux bougies sur un gâteau. Et Mike Stewart, à 62 ans, vient une nouvelle fois de le prouver… à Teahupo’o, rien que ça.
Mike Stewart, c’est une légende du bodyboard et du bodysurf. Neuf fois champion du monde, pionnier de spots mythiques, premier bodyboarder à dompter Jaws ou les outer reefs d’Hawaï… la liste est interminable. Pour beaucoup, il est l’équivalent d’un Kelly Slater version bodyboard : un waterman total, respecté par toutes les générations.
Mais voilà, là où d’autres choisissent une retraite paisible, Stewart continue de charger les vagues les plus radicales du globe. Son terrain de jeu favori ? Pipeline à Hawaii, mais cette fois, on le retrouve à Teahupo’o, Tahiti. Cette gauche monstrueuse, réputée pour son épaisseur plus que pour sa hauteur, a façonné la légende du surfeur hawaiien. Et il n’a visiblement aucune intention d’arrêter.
La scène est simple, mais hallucinante : Stewart se cale au pic, rame, se jette dans une bombe et… chute littéralement du ciel. Un airdrop vertical, comme seuls les plus téméraires (ou les plus fous ?) osent tenter à Teahupo’o. La suite ? Un wipeout monumental, une planche brisée, et probablement une côte fissurée.
Mais ce qui frappe, ce n’est pas la chute en elle-même. C’est l’engagement. À 62 ans, alors que la plupart de ses contemporains se contentent de sessions tranquilles à Waikiki, lui se lance dans une vague qui fait trembler les meilleurs pros du moment.
La vidéo, immortalisée par le photographe Tim McKenna, a rapidement fait le tour des réseaux. En légende, une phrase qui résume tout : « 62 ans et toujours à charger comme un grom. » Le terme “grom” désigne habituellement les gamins surfeurs. L’appliquer à Stewart à plus de soixante ans est aussi ironique que révélateur : cet homme a gardé l’énergie et la folie des débuts.
Dans les commentaires, la communauté du surf et du bodyboard a salué l’exploit. Michel Bourez a lâché un sobre mais puissant : « Once a legend, always a legend. » ou en version française "Une fois une légende, toujours une légende." Kiron Jabour a opté pour un plus direct « Savage send ! » Quant à Tikanui Smith, figure tahitienne, il résume en deux mots : « That was crazy. »
Si Stewart continue d’impressionner aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Il fait partie de ceux qui ont écrit les premières pages de Teahupo’o. À la fin des années 80, il était déjà là, aux côtés de Ben Severson, pour explorer ce reef terrifiant alors inconnu du grand public. Dans les années 90, il fut aussi le premier bodyboarder à affronter des vagues de 20 pieds sur les outer reefs d’Oahu, et à rider Jaws en 1993.
Autrement dit : Mike Stewart n’a pas seulement participé à l’histoire, il l’a construite. Le voir encore charger à 62 ans, c’est un rappel saisissant de ce lien indestructible entre un homme et l’océan.
Bien sûr, on pourrait sourire de la situation. Un sexagénaire qui charge à Teahupo’o, ça a quelque chose de surréaliste. Mais au fond, la vraie leçon est ailleurs : l’âge n’est qu’un chiffre. Ce qui compte, c’est la passion, le feu intérieur qui pousse à ramer encore une fois, à se jeter dans la gueule du monstre pour sentir cette seconde de grâce, même si elle finit en roulade sous des tonnes d’eau.
Mike Stewart nous rappelle que l’esprit du surf et du bodyboard, ce n’est pas seulement la performance ou les trophées. C’est avant tout une attitude : rester curieux, oser, et ne jamais perdre l’envie d’aller voir ce qu’il y a derrière la prochaine vague.
Et à 62 ans, franchement, qui peut en dire autant ?