Quand Harry Bryant décide de partir en mission, ce n'est jamais pour une promenade de santé. Avec Roasted, sa dernière vidéo tournée au bord d’un typhon dans l’Extrême-Orient, le surfeur australien prouve une nouvelle fois que l’exploration pure, sans artifice, existe encore. Et qu’elle peut offrir quelques-unes des vagues les plus improbables de l’année.
À l’origine de cette aventure : Dav Fox, ami, filmer et compagnon de routes depuis dix ans. Son passe-temps favori ? Scruter Google Earth, disséquer les cartes météo et repérer des anomalies qui pourraient devenir, un jour, des vagues mythiques. Cette fois, il surveillait l’Asie de l’Est, frappée par une saison de typhons particulièrement active.
Il fallait une conjonction parfaite :
– un typhon assez proche pour lancer la houle,
– suffisamment de pluie pour que la rivière locale déverse un banc de sable précis dans l’océan,
– mais pas trop de vent pour ne pas ruiner le spot.
Un alignement d’une précision chirurgicale… et une vague qui n’avait pas fonctionné depuis six ans.
Quand Dav appelle Harry, celui-ci sait immédiatement que quelque chose de spécial est en train de se jouer.
Le duo monte dans un avion le lendemain, direction un pays où ils ne connaissent absolument personne et dont ils ne maîtrisent pas la langue. Entre les ruelles labyrinthiques d’un village rural, les marchés où des anguilles et crustacés les dévisagent et des menus impossibles à décoder, ils cherchent à atteindre la sortie de rivière repérée sur satellite.
Ils ne savent même pas si le spot marche.
Puis, un hasard total : au détour d’un mur, ils tombent sur six surfeurs locaux. L’un d’eux reconnaît Harry instantanément et, hilare, les guide à travers un grillage tordu et quelques mètres de barbelés. Quelques pas plus tard, la magie opère : une droite parfaite déroule, belle, rapide, cylindrique, presque trop belle pour être vraie.
La vague de Roasted n’a rien d’un slab terrifiant. Pas de rochers, pas de courant glacial. Juste une droite chaude, propre, légèrement "overhead", qui ouvre sur des barrels interminables et des sections où Harry peut laisser parler son sens du timing et de la vitesse.
Il surfe sur une planche spéciale : une 7’1’’ signée Josh Keogh, retiré depuis longtemps, mais ressuscité pour l’occasion. La même qui lui avait offert des lignes sublimes au Maroc. Dans ce décor asiatique, elle devient presque un talisman.
Harry ne force rien : il lit les sections avec une fluidité déconcertante, s’engouffre dans les tubes, en ressort propulsé, puis enchaîne les carves incurvés avec cette grande planche comme si la vague lui parlait. Un style incroyable...
Ce qui devait être un pari météorologique est devenu une vidéo hypnotique, bercée par Afroman, du violon et une harpe chinoise. Roasted, c’est la preuve qu’il reste des surprises, des vagues qu'on ne voit que trop rarement...
Deux amis, un typhon, un banc de sable, un pays inconnu, et l’une des plus belles surprises de l’année.