L’incroyable parcours de Kev Merifield, pionnier discret et surfeur éternel

22 novembre 2025

Il existe des surfeurs dont la légende se construit non pas sur les podiums, mais dans le silence des petites routines de plage, la régularité des sessions à l’aube, les décennies passées à surfer sur les mêmes lignes d’horizon. Kev Merifield fait partie de ceux-là. Une figure discrète, presque invisible hors d’Australie occidentale, mais dont l’histoire résume à elle seule ce qu’est pratiquer le surf par amour, pour toujours.

Né bien avant les premiers shortboards, avant la révolution des années 70, avant même que Margaret River ne devienne un nom mondialement connu, Kev surfait, à une époque où l’on partait en bagnole sans cartes, où l’on dormait dans le sable, où les vagues n’étaient pas encore des destinations mais des territoires à explorer.

Dans les années 50 et 60, il fait partie d’une petite bande de pionniers qui tracent les routes du Western Australia. Ces jeunes types n’en avaient pas conscience à l’époque, mais ils étaient en train d’ouvrir des chapitres entiers de l’histoire du surf moderne. Leurs sessions improvisées à Margaret River, leurs nuits passées dans le bush, leurs premières photos des lignes parfaites du Sud-Ouest : tout cela allait influencer des générations entières.

Mais ce qui rend Kev réellement unique, ce n’est pas ce passé héroïque. C’est ce qu’il a continué à faire pendant les soixante années suivantes.

Surfing forever : le jour où la vieillesse n’a jamais gagné

On pourrait croire que l’âge finit toujours par avoir le dernier mot. Chez Kev, il a fallu patienter longtemps. Très longtemps. avant 80 ans, la plupart des surfeurs raccrochent. Lui, non. Lui continuait.

Même lorsqu’un problème d’équilibre — conséquence d’une blessure à l’oreille — l’a obligé à abandonner la position debout, Kev n’a pas quitté l’océan. Il s’est mis à surfer à plat ventre, sur une sorte de mix entre bodyboard et kneeboard. Et les jours de grosses vagues à Margaret River, il était toujours là. Trois heures à l’eau. À 80 ans passés.

Pour Taj Burrow, qui le connaît depuis longtemps, Kev représente un objectif de vie :
« Surfer à 80 ans, ça devrait être le rêve de tout surfeur. Kev est une légende. »

Et quand on lui demandait pourquoi il continuait encore et encore, sa réponse était toujours la même :
« Cette première vision de vagues qui déroulent… ça fait battre mon cœur. »

C’est peut-être ça, finalement, la clé de la longévité dans le surf : ne jamais perdre cette étincelle.

L’ultime décision : à 87 ans, le surf s’arrête

Mais même les plus belles histoires ont une dernière page. En 2025, Kev Merifield annonce qu’il arrête de surfer. Il a 87 ans. « C’est très triste, mais j’ai décidé que c’était le moment », confie-t-il. Souffle court, problèmes cardiaques… le corps ne suit plus. Et autant il a passé sa vie à repousser les limites, autant il sait reconnaître le moment où il faut dire stop.

Pourtant, quand on lit son parcours, on se dit que ce “stop” arrive incroyablement tard. Combien sont ceux qui surfent encore leur spot de prédilection après 60 ans ? Après 70 ans ? Après 80 ? Très, très peu.

Doc Paskowitz, autre icône du “surf-every-day”, est allé jusqu’à 93 ans, mais d’une manière ou d’une autre, ces deux hommes partageaient la même philosophie : vivre selon le rythme de la mer, sans jamais renoncer.

Kev, c’est l’antidote à la crispation du surf moderne

Dans son portrait original de 2018, Alexander Haro expliquait que les surfeurs passaient souvent par trois “couches” psychologiques :

  • l’enthousiasme naïf de la jeunesse
  • la période plus dure, plus orgueilleuse, où l’on prend tout au sérieux
  • et enfin, la sagesse du “vrai” surf, celle du plaisir simple

Kev, lui, avait clairement atteint ce troisième stade. Il n’était plus là pour le look, ni pour la performance, ni pour la validation sociale. Il était là par amour du mouvement. Par amour de l’océan. Par fidélité à ce qui l’avait construit.

Les hommes comme Kev Merifield rappellent que le surf n’est pas un sport, mais un compagnon de vie. Quelque chose qu’on n’abandonne pas facilement. Quelque chose qui façonne la manière de voir le monde.

Un héritage intangible mais immense

Kev n’a jamais cherché la lumière. La plupart des surfeurs du monde ne connaîtront jamais son nom. Mais là où il vivait, il était considéré comme une sorte de trésor local. Un homme gentil, modeste, présent tous les jours ou presque. Un surfeur qui avait traversé sept décennies de swell. Une mémoire vivante d’un surf pur, brut, débarrassé de tout l’étalage social actuel.

Aujourd’hui, il ne rame plus. Mais son histoire continue : elle inspire ceux qui se demandent à quel âge il faut “arrêter”, ceux qui redoutent la baisse de niveau, ceux qui pensent qu’il existe un âge pour avoir le droit de se sentir surfeur.

La réponse de Kev a toujours été simple :
Tant que le cœur suit. Tant que la passion reste. Tant qu’on a envie.

Et même si Kev a finalement rangé sa planche, sa vie entière répond à une seule question :
Oui, on peut être surfeur jusqu’au bout.

linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram