Le monde de la glisse a retenu son souffle cette semaine. À seulement 48 heures d’intervalle, deux figures légendaires qui incarnent l’histoire et l’esprit de notre culture ont été hospitalisées d’urgence après des accidents critiques en pleine session. Fort heureusement, le pire a été évité de justesse pour ces deux monuments du surf mondial.
Ross Clarke-Jones : L’insatiable chargeur de Victoria
Lundi 8 juin, la légende australienne des vagues géantes, Ross Clarke-Jones (l’éternel « Slick Willie »), a été évacuée en urgence à Port Campbell, au sud-ouest de Melbourne. À 60 ans tout juste, le surfeur a subi un violent impact au haut du corps, s’en sortant avec de multiples traumatismes faciaux et un nez cassé.
Fidèle à sa réputation de trompe-la-mort, Clarke-Jones a signé sa propre décharge dès le lendemain matin, annulant son IRM. Un proche a résumé son état d’esprit : « Il est bien amoché, mais ce n’est pas la première fois. C’est son métier. » À peine remis, l’Australien rêve déjà de retourner défier Nazaré et de s’aligner sur un prochain Eddie Aikau. Une résilience brute, gravée dans l’ADN du surf de gros.
Timmy Patterson : Le shaper des champions sauvé des eaux
Mercredi 10 juin, le choc s’est déplacé sur la côte d’Orange County en Californie. Timmy Patterson, le shaper mythique de Dana Point qui shape les boards de l’élite mondiale — et notamment du champion du monde WSL Italo Ferreira —, a été victime d’un grave malaise cardiaque (d’après les premiers indices) en pleine session, provoquant un début de noyade critique.
Placé en coma artificiel aux soins intensifs, Patterson a fait trembler le « surf ghetto » (quartier des shapers) de San Clemente. Mais le miracle a eu lieu quelques heures plus tard : tube respiratoire retiré, il est désormais conscient et d’humeur à plaisanter. Il doit une fière chandelle à son fils, qui l’a sorti de l’eau à temps. Le shaper iconique espère être de retour chez lui très vite et compte bien reprendre le rabot d’ici une semaine.
Bon rétablissement à ces deux légendes vivantes qui continuent d’écrire l’histoire de notre sport.
C’est un nom de plus, et une vague de trop. Sean Anthony Lennon, 54 ans, s’est noyé cette semaine sur le spot de surf « The Bombie« , une droite massive située au large de Margaret River, en Australie de l’Ouest. Une vague qu’il connaissait par cœur, un homme respecté, ancien nageur pro, sauveteur, surfeur solide… et pourtant, la mer l’a gardé.
Sur les réseaux, la communauté locale parle d’un choc. D’un “accident qui aurait pu arriver à n’importe qui”. Et c’est justement ce “n’importe qui” qui interroge : ces derniers mois, les noyades de surfeurs expérimentés, souvent quadragénaires ou quinquagénaires, voir plus, semblent se multiplier. Simple coïncidence ou signe d’un vieillissement du surf et de ses risques ?
Une génération dorée qui continue de charger
Le surf a vieilli. Et c’est plutôt une bonne nouvelle. Ce n’est plus seulement un sport d’ados bronzés aux cheveux salés. Ceux qui ont commencé à la grande époque des VHS de Kelly ou des trips Indo dans les années 90 ont aujourd’hui 40, 50, parfois 60 ans — et n’ont aucune envie de raccrocher. Je fais partie de cette génération, et je m’y reconnais totalement.
Ils ont des planches sur mesure, des combinaisons techniques, du temps libre, et souvent la même envie d’aller se mesurer à des vagues puissantes. Les surfeurs ne “s’arrêtent” plus : ils évoluent, se soignent, s’entretiennent… mais leur passion, elle, ne vieillit pas.
Sauf que le corps, lui, n’a pas toujours la même endurance qu’avant.
Le corps dit stop, parfois sans prévenir
Le surf est un sport d’effort explosif. Ramer, se lever, encaisser, replonger, repartir… Un rythme cardio intense, irrégulier, sous contrainte. Et si la mer offre l’impression de jeunesse éternelle, la physiologie, elle, ne ment pas :
le rythme cardiaque maximal diminue avec l’âge ;
la récupération est plus lente ;
la tolérance au froid et à l’apnée baisse ;
et les crises cardiaques deviennent plus probables en cas d’effort violent ou de stress hypoxique.
À « The Bombie », la rame d’approche est interminable. On est loin du rivage, dans le bleu profond, sans repère de taille. Les séries arrivent sans prévenir. Une vague ratée, une chute mal placée, un leash qui tire ou casse — et le corps peut céder, même celui d’un ancien lifeguard comme Sean Lennon.
L’expérience : force ou piège ?
Il y a aussi une forme d’illusion de maîtrise chez les surfeurs aguerris. Quand tu surfes le même spot depuis vingt ans, tu connais chaque courant, chaque série. Mais cette familiarité peut aussi anesthésier la vigilance. Tu y retournes parce que “tu sais”. Parce que tu l’as déjà fait. Parce que tu t’y sens chez toi.
Sauf qu’à 50 ans, les marges de manœuvre sont plus fines. Et parfois, ce n’est pas une erreur, juste un corps qui ne suit plus. La mer ne juge pas ton CV. Elle ne fait pas de différence entre le rookie et le vétéran.
Le surf est devenu un sport d’adultes
Aujourd’hui, le surfeur moyen dans le monde a plus de 35 ans. En France, c’est même plus proche de 40. Les baby-boomers du surf continuent de remplir les line-ups, de voyager, de chercher la bonne houle. Et c’est beau. Mais cette longévité de la pratique pose aussi une question nouvelle : comment adapter le surf ou le matériel surf à des corps plus âgés ?
Le surf a longtemps ignoré cette problématique, préférant l’image du surfeur éternellement jeune. Pourtant, comme dans le vélo ou la course, la préparation physique et le suivi médical deviennent indispensables pour surfer longtemps… et en sécurité.
Plus de monde à l’eau, plus d’incidents
Derrière le sentiment d’une hausse des noyades, il y a aussi un fait simple : jamais il n’y a eu autant de surfeurs à l’eau. Les pics de fréquentation, le matériel plus accessible, les spots “connectés” qui permettent d’anticiper les conditions parfaites… Tout cela multiplie mécaniquement le risque d’accidents.
Et quand la population des surfeurs actifs vieillit, les statistiques bougent. Pas forcément parce que les vagues deviennent plus dangereuses, mais parce que les pratiquants le deviennent un peu plus.
La mer reste la même
Au fond, l’océan n’a pas changé. Ce sont les générations qui passent. Les mêmes vagues, la même force, les mêmes silences après un drame.
Sean Lennon était de ceux qui respectaient l’océan, qui en connaissaient la beauté et les pièges. Sa disparition ne dit pas qu’il faut avoir peur — mais qu’il faut rester humble, quel que soit son âge, son niveau ou son passé.
Le surf est un cadeau. Mais c’est aussi une épreuve, à chaque session. Et peut-être qu’à mesure que le surf vieillit, il nous rappelle une chose essentielle : on ne surfe jamais contre la mer, mais avec elle.
Un petit aperçu du spot dans des conditions solides…
Grosse frayeur au Tunel Crew Shootout (Itacoatiara, Brésil) : le jeune talent Gabriel Klaussner a frôlé la noyade après un wipeout ultra-violent. Grâce à l’intervention express de Weslley Dantas et d’autres surfeurs, l’histoire se termine bien.
Un choc violent qui a désorienté le surfeur
En pleine série de compétition, Gabriel Klaussner (20 ans) s’engage un peu « late » sur une droite épaisse, il réalise ton take off sur la pointe des pieds, il perd le contrôle en bas de vague avant de percuter eau et sable de plein fouet. Désorienté, il reste sous l’eau de longues secondes, remonte hébété, puis se fait à nouveau brasser par la série. Il racontera avoir frappé très fort au niveau de son oreille, ne plus savoir où était la surface, et s’être agrippé à son leash par pur réflexe de survie.
Depuis la plage, les commentateurs alertent immédiatement, et demandent l’aide du jet-ski. Dans l’eau, plusieurs compétiteurs quittent le line up pour aider. En tête, Weslley Dantas fonce, saisit Klaussner et le maintient à flot dans un shorebreak remuant et sans pitié, rapidement épaulé par Valentin Neves, Pedro Barbosa et d’autres surfeurs, ainsi qu’un sauveteur local. Le post officiel du Tunel Crew souligne cette chaîne de solidarité, qui a permis encore une fois qu’un drame ait lieu. Le jeune surfeur brésilien Gabriel klaussner a rapidement rassuré ses proches, expliquant se remettre, tout en remerciant Dantas (“Weslley”) et “Tin” (Valentin Neves).
État de santé et précautions
Au moment où nous écrivons ces quelques lignes, Gabriel évoque un tympan probablement perforé, des vertiges intermittents et une douleur vive, sans diagnostic médical formel. Rappel basique, mais vital : en cas de suspicion de lésion de l’oreille (douleur, sifflement, vertiges), on stoppe net, on évite toute immersion et on consulte rapidement (ORL).
Itacoatiara, un puissant beach break
Itacoatiara est le beach break le plus violent au Brésil, une réputation qui a fait plusieurs fois le tour de la terre. D’ailleurs, il y a quelques semaines, une compétition de grosses vagues avaient eu lieu, où le surfeur français Clément Roseyro avait brillé. Cette fois, c’était une compétition de tubes, l’équivalent de notre Royal Barrique.
Cette année, c’est le surfeur brésilien Lucas Chumbo, qui a gagné le O Tunel Crew Shootout Itacoatiara 2025.