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  • La disparition de Lance Collins, l’homme qui a façonné la Californie

    La disparition de Lance Collins, l’homme qui a façonné la Californie

    Imaginez perdre une jambe à 17 ans suite à un accident de bateau. Pour beaucoup, cela marquerait la fin définitive d’un rêve aquatique. Pour Lance Collins, qui vient malheureusement de s’éteindre à l’âge de 77 ans, c’était l’étincelle d’une véritable révolution. Refusant de tourner le dos à l’océan, il a trouvé un autre moyen de le dompter : le rabot.

    C’est ainsi qu’il a donné vie à Wave Tools, une marque devenue mythique. Si vous visualisez le surf des années 80 — ces planches ultra-rapides aux shapes exagérés, ces couleurs fluos et ce style radical qui ont défini le spot d’Echo Beach à Newport — c’est l’héritage direct de Collins. Plutôt que de copier ce qui se faisait, il s’est inspiré de la course automobile pour créer des planches taillées pour la vitesse pure.

    Son atelier de Costa Mesa est devenu l’épicentre d’une génération dorée. Des noms comme Bob Hurley ou son propre fils, Richie Collins (Top 8 mondial à la fin des années 80), ont repoussé les limites de notre sport grâce à son matériel.

    Intronisé au Hall of Fame des shapers en 2022, Lance Collins ne fabriquait pas seulement des planches de surf. Il a prouvé qu’un drame personnel pouvait redessiner toute une culture.

  • Le chaos et la gloire à Bells Beach

    Le chaos et la gloire à Bells Beach

    Le Rip Curl Pro Bells Beach n’est pas une simple étape du circuit mondial. C’est un pèlerinage, une institution où l’on ne gagne pas seulement des points, mais une cloche en bronze qui pèse le poids de l’histoire. Pourtant, derrière le prestige de la « Bell », se cachent des récits que les retransmissions en direct ne racontent jamais.

    John Collins, directeur de compétition emblématique entre 1987 et 1993, a vécu l’âge d’or du surf professionnel. Une époque où le sport passait du statut de « club secret » à celui de spectacle planétaire, avec son lot d’improvisations, de drames et de miracles. Voici les coulisses d’un mythe racontées par celui qui tenait les rênes.

    1. 1987 : Le gamin de 15 ans que personne n’attendait

    Imaginez la scène : vous êtes nommé directeur de la plus grande compétition de surf au monde sans aucune expérience préalable. Vous vous retrouvez lors de votre première conférence de presse, entouré des légendes du sport. Problème ? Vous ne connaissez pas la moitié des visages alignés devant vous.

    C’est ce qui est arrivé à John Collins en 1987. Alors qu’il panique discrètement face aux caméras, un adolescent assis à côté de lui, sourire jusqu’aux oreilles, lui souffle les noms des champions un par un. Ce gamin, c’était Nicky Wood.

    Le hold-up du siècle

    À seulement 15 ans, Nicky Wood n’était pas censé gagner. Il était là pour apprendre. Mais cette année-là, la magie a opéré. Dans une ambiance de fête totale, devant des milliers de spectateurs massés sur les falaises de Torquay, le jeune Australien a balayé l’élite mondiale.

    « Je le voyais déchirer les vagues et je me demandais : ‘C’est quoi ce délire ?’ », se souvient Collins.

    Nicky Wood est devenu, et reste à ce jour, le plus jeune surfeur de l’histoire à remporter une épreuve du CT. Un record qui semble aujourd’hui intouchable, gravé à jamais dans le bronze de la cloche de Bells.

    2. 1992 : Un trophée remis dans une ambulance

    Le surf de haut niveau est un sport de gladiateurs, et la finale de 1992 entre Richie Collins et le champion du monde Martin Potter en est la preuve la plus brute.

    Les conditions ce jour-là étaient loin d’être idylliques. La houle s’essoufflait sur le reef. Sous la pression du public et des sponsors, John Collins prend la décision de lancer la finale. C’est là que le drame survient. Sur une vague minuscule, Richie Collins chute violemment et percute le récif. Son dos lâche.

    Le silence de l’océan

    Pendant que Richie est évacué sur une civière, Martin Potter reste à l’eau. Il ne lui manque qu’une seule petite vague pour remporter le titre. Mais l’océan, comme s’il avait décidé que le spectacle était terminé, s’arrête net. « C’était comme si quelqu’un avait coupé le robinet », raconte l’ancien directeur.

    À la sirène finale, Richie Collins est déclaré vainqueur depuis son brancard. La scène est surréaliste : John Collins doit se précipiter vers l’ambulance qui s’apprête à partir pour lui remettre officiellement son trophée. Gagner Bells Beach sur un brancard : voilà la définition du sacrifice pour la gloire.

    3. 1993 : Le pari fou de la « compétition mobile »

    Aujourd’hui, déplacer une compétition de surf pour trouver de meilleures vagues est monnaie courante. Mais en 1993, c’était une hérésie logistique.

    Bells Beach était « flat » depuis des jours. La pression montait. Les propriétaires de Rip Curl voulaient de l’action. John Collins prend alors une décision qui va changer l’histoire du circuit pro : déménager l’intégralité de l’événement à Johanna Beach, une plage sauvage et isolée, cachée au fond des forêts de l’Otway.

    Hélicoptères et gardes forestiers

    L’opération tourne au chaos organisé :

    • Accès restreint : Johanna est située dans un parc national. Les autorisations ont été négociées dans l’urgence absolue.
    • Invasion médiatique : Les chaînes de télé nationales ont envoyé des hélicoptères pour le JT de 18h, forçant Collins à improviser une piste d’atterrissage entre les dunes et les gardes forestiers furieux.
    • Risque financier : L’entrée à Bells coûtait 5 dollars, finançant l’année de Surfing Victoria. En partant à Johanna, Collins a dit adieu à cette recette.

    Le pari fut pourtant gagnant. Les vagues étaient massives, brutes et authentiques. Ce geste a prouvé que pour l’intégrité du surf, la qualité des vagues devait primer sur le confort logistique. C’était la naissance du surf professionnel « hardcore ». Dommage qu’on ait un peu oublié cette règle….

    Au-delà des anecdotes, Bells Beach est aussi un pionnier de l’écologie. Bien avant que la durabilité ne soit à la mode, la compétition imposait aux surfeurs de planter un arbre pour chaque inscription. C’est grâce à cette pression des surfeurs que le site est devenu la première réserve de surf officiellement reconnue au monde.

    L’histoire continue et on espère pouvoir vous raconter d’autres anecdotes dans les années futures.