Hier, j’ai écouté le dernier podcast de Daz (très bon podcast d’ailleurs). Son invité n’était autre que Tim Boal. L’ancien pensionnaire du prestigieux World Tour (WCT) est un homme discret, rare dans les médias. Mais quand il parle de surf, son analyse tranche avec les discours formatés que l’on entend au bord des vagues. Aujourd’hui installé aux Canaries où il coache, il a glissé une phrase qui m’a immédiatement interpellé : son rôle n’est pas d’apprendre aux jeunes à gagner, mais de leur apprendre à tomber.
En tant qu’ancien membre de l’élite mondiale, Tim Boal sait exactement de quoi il parle. Il dénonce cette urgence de la performance chez les jeunes surfeurs. Dès le plus jeune âge, on les obsède avec les résultats et les notes. On leur dicte un surf stéréotypé, pensé uniquement pour grappiller des points. Savoir caler un air reverse propre en fin de vague devient l’objectif ultime pour assurer un heat. À court terme, ça marche. À long terme, cela fabrique des surfeurs au style identique, sans âme ni créativité.
Ce constat dressé par Boal valide totalement une intuition que j’ai eue il y a près de vingt ans, sur un spot improbable.
L’Écosse, un gamin de 16 ans et des chutes à répétition
À l’époque, j’étais caméraman pour O’Neill. J’avais été envoyé sur le O’Neill Coldwater en Écosse, une compétition glaciale dont l’atmosphère mériterait à elle seule un article. Sur ce trip, un certain John John Florence était présent avec sa famille. Il devait avoir 16 ans. Toute l’industrie le vendait déjà comme le futur maître absolu du surf mondial.
Je le suivais caméra au poing lors de ses sessions de free surf. Et honnêtement, pour un futur champion du monde, je le trouvais extrêmement brouillon. Contrairement aux jeunes espoirs européens présents sur place qui surfaient avec une propreté clinique, lui tombait sans arrêt.
Apprendre à tomber pour dominer le monde
Dans des vagues d’eau froide, ce gamin s’envolait dans tous les sens, tentait des rotations impossibles et ne replaquait quasiment rien. S’il était déjà un monstre dans les tubes, son surf me laissait perplexe. Il surfait les bras ballants, le long du corps, à mille lieues de la posture académique « compétition » qu’on nous vendait. Je me souviens m’être dit derrière mon objectif : « Il fait n’importe quoi, il n’y arrivera jamais face aux machines à points. »
Deux ans plus tard, je l’ai recroisé à l’eau. Il replaquait absolument tout. Ses bras le long du corps étaient devenus la signature de son relâchement légendaire. Le style « John John » était né.
Aujourd’hui, l’analyse de Tim Boal résonne parfaitement avec cette anecdote écossaise. Si John John Florence est devenu le surfeur qu’il est, c’est justement parce qu’il n’a pas été formaté par et pour la compétition. Pendant que les autres assuraient leurs manœuvres pour passer des tours, lui apprenait à tomber. Et c’est exactement ce que l’ancien pro du WCT tente aujourd’hui de transmettre à la nouvelle génération. Et je trouve ça bien, les jeunes surfeurs font trop de compétitions et pas assez de trips surf. Avant 16 ans, les compétitions ne devraient pas être un objectif….

