Les Français de 100 Foot Wave couronnés aux Emmy Awards

28 août 2025

Le week-end dernier, à Los Angeles, une poignée de Landais ont écrit une page d’histoire à Hollywood. Derrière la série documentaire 100 Foot Wave, diffusée sur HBO et suivie par des millions de spectateurs, se cache une équipe française de l’ombre : Julie et Vincent Kardasik, Laurent Pujol, Michael Darrigade et Alexandre Lesbats. Ensemble, ils viennent de décrocher l’Emmy Award de la « Cinématographie exceptionnelle pour un programme de non-fiction » — une récompense suprême qui consacre leur travail acharné, entre jet-skis lancés au cœur des monstres de Nazaré et caméras embarquées sur les falaises d’Hawaii. Peu médiatisés en France, ces artisans de l’image redéfinissent pourtant la manière de filmer le surf de grosses vagues, au point de faire vibrer un public bien au-delà de la sphère des passionnés.

Une équipe landaise couronnée à Hollywood

Ils étaient encore à Los Angeles il y a quelques jours, savourant leur victoire dans les couloirs du Ritz-Carlton. Quatre Français, tous liés au littoral des Landes et du Pays Basque, ont porté haut les couleurs de l’Hexagone sur la scène mondiale en décrochant la statuette dorée des Emmy Awards. Un prix prestigieux qui, pour eux, représente le Graal : celui de la reconnaissance de leur art, bien au-delà des rivages, où ils ont appris à dompter vagues et caméras.

Ce sacre n’est pas un coup d’éclat isolé : 100 Foot Wave avait déjà marqué les esprits en remportant plusieurs prix aux saisons précédentes, et la série continue de fasciner par son mélange d’adrénaline et d’humanité. Car si l’on parle souvent de Garrett McNamara, Justine Dupont ou Lucas “Chumbo” Chianca, ceux qui font exister leur héroïsme à l’écran restent généralement dans l’ombre.

Vincent Kardasik, le chef d’orchestre

Au sein de l’équipe, Vincent Kardasik joue le rôle central du chef d’orchestre. Ancien surfeur, réalisateur et producteur, il est l’un des piliers de la série. C’est lui qui coordonne les prises de vue, anticipe les mouvements de caméra et veille à ce que chaque image reflète à la fois la puissance des vagues et l’émotion humaine qui en découle. Mais, dans son ombre, il ne faut pas oublier Julie, qui a apporté toute son expertise dans le montage et la retouche des couleurs. C'est un duo indissociable.

Installé dans les Landes, Julie et Vincent Kardasik ont fait leurs armes en filmant le surf européen avant de se lancer dans des projets internationaux, des productions plus grosses. Son sens du rythme et sa vision cinématographique apportent une cohérence à cette fresque aquatique. Dans l’univers du surf filmé, souvent amateur ou trop formaté, il impose une signature visuelle qui touche autant les passionnés que les novices.

Laurent Pujol, du surf pro aux caméras Emmy

Parmi les visages de cette équipe, Laurent Pujol incarne à merveille la passerelle entre l’athlète et l’artiste. Ancien surfeur professionnel, il a connu vingt ans de carrière sur le circuit avant de changer de planche pour une caméra. Mais il n’a pas totalement quitté la houle : il filme aujourd’hui au plus près de l’action, perché à l’arrière d’un jet-ski spécialement conçu pour son art. Avant de passer derrière la caméra, il avait déjà marqué les esprits avec ses clichés aquatiques. Installé sur sa planche, il suivait les surfeurs au plus près pour capturer l’action de l’intérieur, mêlant instinct de rider et regard d’artiste. Ce style unique a inspiré une génération entière de photographes à travers le monde, et ses images portent encore aujourd’hui une véritable signature visuelle.

“Je deviens un gimbal humain”, aime-t-il dire. Son engin est équipé de sangles et d’un appui dorsal qui lui permettent de stabiliser sa RED V-RAPTOR, une caméra de cinéma capable de filmer jusqu'à 8K, tout en slalomant dans les vagues géantes. À Nazaré, Jaws ou Teahupo’o, il capture ainsi des images impossibles à obtenir depuis la plage. Barrels parfaits, wipeouts cataclysmiques, visages tendus de concentration : ses plans donnent chair à cette quête insensée de la vague ultime.

La singularité de Laurent Pujol réside dans son double vécu : il connaît intimement la peur et la jubilation des surfeurs qu’il filme. Cela lui permet d’anticiper les trajectoires, de se placer “au bon endroit au bon moment” et, souvent, de provoquer cette fameuse “chance” qui fait les grands cinéastes.

Michael Darrigade et Alexandre Lesbats, capteurs d’instants bruts

Aux côtés de Kardasik et Pujol, deux autres Landais complètent ce quatuor magique : Michael Darrigade et Alexandre Lesbats. Moins connus du grand public, ils jouent pourtant un rôle essentiel dans l’esthétique de la série.

Michael Darrigade est un œil affûté pour les scènes de vie, les instants de vérité hors de l’eau. C’est lui qui capte les visages tendus à l’approche d’une session, les regards complices sur la plage ou la fatigue qui s’affiche après une journée d’affrontement avec l’océan. Ses images ancrent la série dans une dimension humaine qui dépasse le simple spectacle.

Alexandre Lesbats, lui, est un virtuose des prises de vue et des plans larges. Il il offre au spectateur la vision d’ensemble, la démesure du décor et la petitesse de l’homme face à la nature. Sa sensibilité artistique donne à 100 Foot Wave, ce souffle épique, qui transforme une session de surf en odyssée mythologique.

Filmer l’impossible : la technique au service de l’émotion

Ce qui distingue 100 Foot Wave d’un simple film de surf, c’est l’extrême sophistication du dispositif technique. Chaque session mobilise une équipe de terrain capable de déployer des caméras depuis la plage, la mer et le ciel. Jet-skis customisés, objectifs ultra-stabilisateurs, drones de dernière génération : rien n’est laissé au hasard pour capter l’instant où l’homme affronte une vague haute comme un immeuble.

Mais la technologie ne serait rien sans le courage et l’instinct de ces caméramans. Car filmer au ras de l’eau, dans des conditions de tempête, relève presque de la même folie que surfer ces vagues. La moindre erreur peut avoir des conséquences dramatiques. “Big-wave surfing is life and death”, rappelait le producteur Joe Lewis. Pour les caméramans, c’est une immersion totale dans ce même risque.

De Nazaré à Hawaii : raconter l’universel

Si 100 Foot Wave séduit autant, c’est parce qu’il ne se contente pas de montrer des exploits sportifs. Comme l’a souligné son réalisateur Chris Smith, il s’agit avant tout d’“un drame humain, une histoire d’esprit”. Les Français derrière la caméra l’ont bien compris : ils ne filment pas seulement des vagues, mais des hommes et des femmes confrontés à leurs peurs, à leurs rêves et à leurs limites.

De la falaise de Nazaré aux récifs de Jaws, leurs images racontent la fragilité et la grandeur de l’aventure humaine. Elles transcendent le surf pour toucher quiconque a déjà affronté l’inconnu ou rêvé d’impossible.

Les Landes, terre d’images et de surf

Il y a aussi quelque chose de profondément symbolique à voir cette équipe landaise triompher à Hollywood. Le littoral des Landes, avec ses beachbreaks puissants et ses communautés soudées autour du surf, est une école de vie autant qu’un terrain de jeu. C’est là qu’ont grandi Kardasik, Pujol, Darrigade et Lesbats, forgeant leur sensibilité et leur rapport à l’océan.

Aujourd’hui, leurs images font voyager le monde entier. Mais à chaque statuette brandie à Los Angeles, c’est un peu de sable landais qui s’invite sur le tapis rouge.

Les surfeurs de l’ombre deviennent les stars

Avec ce nouvel Emmy Award, l’équipe française de 100 Foot Wave ne se contente pas de célébrer un succès télévisuel. Elle démontre que la passion, la persévérance et l’authenticité peuvent transcender les frontières. Ces caméramans de l’extrême, longtemps restés dans l’ombre des surfeurs qu’ils filment, deviennent à leur tour des icônes.

Et si le public mondial rêve aujourd’hui devant les vagues de Nazaré ou d’Hawaii, c’est aussi grâce à ces Landais qui, caméra au poing, transforment la peur en beauté.

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