Annulation historique d’une compétition de surf en Angleterre à cause des eaux usées

11 septembre 2025

Cela devait être une grande fête du surf britannique, rassemblant plus de 140 surfeurs venus des quatre coins du pays. Mais le week-end dernier, à Porthtowan, en Cornouailles, l'océan a offert un triste spectacle : des vagues parfaites… mais impraticables. La raison ? Un rejet d’eaux usées qui a forcé les organisateurs à annuler purement et simplement les English Interclub Surfing Championships. Une première dans l’histoire de la discipline outre-Manche.

Un événement stoppé net malgré des conditions parfaites

Samedi matin, les conditions étaient idéales : un joli 3 à 5 pieds, soit 1 à 1,5 m, une houle propre, et un niveau de surf élevé chez les participants. Pourtant, à peine la compétition lancée, les maîtres-nageurs ont red-flaggué la plage après la confirmation d’un rejet d’eaux usées en mer.
« Nous avons immédiatement interrompu la compétition et demandé à tous les surfeurs de quitter l’eau », a expliqué Surfing England. « Nous étions dévastés de devoir mettre fin à l’événement, surtout avec de si belles vagues et un tel niveau de surf. »

Hannah Brand, responsable de l’organisation, n’a pas caché sa stupeur : « C’est une première. Nous n’avions jamais annulé un événement pour une pollution de ce type. »

La colère des surfeurs face aux risques sanitaires

Au-delà de la frustration sportive, l’inquiétude pour la santé est réelle. Rob Abrams, de l’association Surfers Against Sewage, rappelle que les conséquences d’une baignade en eaux polluées peuvent être graves : gastro-entérites, infections respiratoires, cutanées, oculaires ou auriculaires, parfois avec des hospitalisations prolongées.
Selon lui, ce rejet pose question : « Les compagnies d’eau ont le droit de déverser en cas de pluies exceptionnelles. Mais dimanche, il n’y avait rien d’extraordinaire, juste un peu de pluie. Cela ressemble à une excuse pour justifier un déversement évitable. »

Les compagnies d’eau dans le viseur

South West Water (SWW), l’entreprise responsable de la gestion locale, s’est défendue en affirmant que son « trop-plein » avait été activé conformément aux normes, en raison des pluies. Mais pour de nombreux observateurs, cet argument ne tient pas.
Ben Powis, directeur de Surfing England, parle de « profonde frustration » : « Ces autorisations doivent rester exceptionnelles. Là, on a l’impression que c’est devenu une habitude dès qu’il tombe quelques gouttes. »

Les chiffres donnent raison aux associations : sur les six premiers mois de 2025, SWW aurait été responsable de plus de 2 000 rejets sur des jours considérés comme secs. Un manque de transparence dénoncé avec force.

Une image ternie et un coup dur pour le tourisme

Cette annulation dépasse le seul cadre sportif. Les compétitions attirent des centaines de personnes, qui consomment localement et soutiennent l’économie des villages côtiers.
« Quand les plages sont fermées pour cause de pollution, ce n’est pas seulement les surfeurs qui trinquent », déplore Rob Abrams. « C’est toute l’image de la région qui en souffre. Certains touristes nous disent déjà qu’ils iront ailleurs. »

Un coup dur pour la Cornouailles, région qui mise beaucoup sur son attractivité balnéaire.

Quelles solutions pour l’avenir ?

Face à l’indignation, le gouvernement britannique promet des réformes. Un porte-parole du ministère de l’Environnement a rappelé que de nouveaux outils étaient en place : interdiction des bonus jugés abusifs pour les dirigeants de compagnies d’eau, investissements massifs pour moderniser les infrastructures, et création d’un régulateur unique plus puissant.
De son côté, SWW assure avoir lancé un plan d’investissement de plusieurs milliards de livres et promet de livrer ses travaux dix ans avant les objectifs gouvernementaux. Mais pour les associations, le compte n’y est pas : « Nous n’avons pas besoin de promesses, mais d’un changement radical. Les océans ne peuvent pas attendre », martèle Surfers Against Sewage.

Le surf en première ligne de la crise environnementale

Cette annulation inédite est un signal fort. Elle montre à quel point le surf, activité intimement liée à l’océan, se retrouve directement touché par la mauvaise gestion des eaux usées. Pour les surfeurs, mais aussi pour les habitants et les touristes, la question n’est plus seulement de profiter des vagues, mais de savoir si elles seront encore propres et saines demain.

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