Une première journée à Teahupo’o entre bravoure, doutes et domination locale

8 août 2025

Dès l’aube, la passe de Hava’e grondait. Dix pieds de vagues puissantes parfaitement alignés s'écrasaient sur le reef de Teahupo'o, un ciel bleu éclatant et la promesse d’une journée à haute intensité. LE Tahiti Pro 2025 a démarré en trombe, offrant son lot de bravoure, de doutes et de débats. Car au-delà des simples résultats, cette première journée a mis en lumière des histoires fortes, notamment celle d’un double champion du monde encore hanté par ce spot, et celle de locaux qui ont une nouvelle fois rappelé que Teahupo’o est chez eux.

Filipe Toledo : du progrès, mais encore loin d’être à l’aise

Depuis plus de dix ans, Teahupo’o et Filipe Toledo vivent une relation compliquée. Le Brésilien traîne comme un poids la série cauchemardesque à zéro point face à Italo Ferreira, expliquant plus tard qu’une blessure au coude l’empêchait de se lever correctement. Mais derrière cette justification se cache une vérité assumée par son père Ricardo : la peur du récif et de la blessure grave.

Hier, Toledo a tenté de changer la donne. Face à deux chargeurs réputés : Leo Fioravanti et Joao Chianca, le brésilien a chargé sur sa première vague en partant un peu late et se calant dans un gros tube. Il y est allé, il a réellement essayé. Il ne trouvera pas de deuxième vague dans sa série, et sera obligé de partir au second tour.

Mais la suite a rappelé que le chemin est encore long. Malgré ce sursaut de combativité, Toledo a été éliminé dès le repêchage par Rio Waida, avec deux vagues faibles, anodines. Sa saison se termine ainsi prématurément, sur sa pire note au classement depuis 2017. Courageux, oui. Libéré de sa peur ? Pas encore.

Kauli Vaast et les locaux, patrons de la passe

Si Teahupo’o est un cauchemar pour certains, c’est un terrain de jeu familier pour d’autres. Kauli Vaast a offert un récital dès la deuxième série de la journée. Trois secondes après le coup de corne, il se jette sur une bombe notée 7,50, avant d’enchaîner avec un 8,33 et un 7,97. Casqué, incisif, sûr de ses placements, le champion olympique a fait passer Kanoa Igarashi et Jake Marshall par la case repêchage avec un total impressionnant de 16,30 points.

Un détail a intrigué certains spectateurs : pourquoi Kauli ne portait-il pas de leash ? La réponse est simple et logique : pour faciliter le travail des jet-skis d’assistance. Sans leash, la planche s’éloigne plus vite du surfeur en cas de chute, évitant qu’elle ne le tire vers la zone d’impact et permettant aux sauveteurs de récupérer l’athlète plus rapidement et en sécurité.

Les autres locaux n’ont pas démérité. Mihimana Braye, vainqueur des trials, s’est qualifié pour les huitièmes en écartant Kanoa Igarashi au terme d’une série rallongée à 50 minutes, marquée par un redémarrage après quinze minutes sans vague. “Teahupo’o m’envoie toujours la bonne vague”, confiait-il en souriant. Marco Mignot, lui, a su rebondir au repêchage, épaulé par Jérémy Florès en coach et caddie. Seul Teiva Tairoa s’est arrêté là, malgré un tube magnifique à 8,33 contre un Jordy Smith impérial.

Juges : la vague de Griffin Colapinto, un 9,33 qui interroge

Si l’action dans l’eau a été intense, la cabine des juges n’a pas échappé aux discussions. Dans la journée, Griffin Colapinto a obtenu un 9,33 sur une vague que beaucoup considèrent inférieure aux meilleurs barrels du matin. Et ils n’ont pas tout à fait tort : les tubes de Kauli Vaast ou de Italo étaient plus gros et plus profonds.

La nuance, c’est que les conditions avaient changé. Moins de sets massifs, vent plus présent, plus difficile de trouver une vague parfaite. Les juges établissent souvent leur barème dès le matin pour différencier des vagues proches en qualité. Au lever du jour, ils avaient besoin de critères précis pour départager des tubes similaires : la taille, la profondeur, la sortie propre. Mais même avec ce contexte, certains observateurs restent convaincus que Griffin a bénéficié d’une certaine clémence.

Une journée à retenir

En résumé, cette première journée a confirmé que Teahupo’o ne se surfe pas seulement avec les jambes, mais aussi avec la tête et le cœur. Toledo a montré un peu plus de courage, mais reste prisonnier d’une appréhension profonde. Kauli Vaast et ses compatriotes, eux, surfent avec l’aisance de ceux qui connaissent chaque recoin du spot. Et les juges, comme souvent ici, naviguent entre cohérence et controverse.

La suite ? Huitièmes de finale explosifs en perspective ou début de compétition pour les femmes, une houle en déclin mais encore solide, et toujours cette promesse : à Teahupo’o, tout peut basculer en quelques secondes.

linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram