Le monde du surf pleure la disparition d’un de ses piliers les plus inspirants : Jack McCoy, légendaire réalisateur de films de surf, s’est éteint après plusieurs années de problèmes de santé. Pendant plus de cinquante ans, il a façonné notre manière de voir — et de ressentir — le surf, à travers une caméra toujours en quête de beauté, d’émotion et d’authenticité.
Né à Kailua, Hawaii, et élevé dans le giron de Gerry Lopez et des icônes du North Shore des années 60, Jack McCoy a très tôt compris que le surf n’était pas juste un sport, mais un art, une philosophie, un dialogue intime avec l’océan.
En 1970, alors qu’il accompagne ses amis surfeurs en Australie, il décide d’y rester pour éviter la guerre du Vietnam. Cette terre d’adoption deviendra son terrain d’expression principal. Sa rencontre avec Dick Hoole l’amène à co-réaliser (In Search Of) Tubular Swells (1976), un film fondateur qui annonçait déjà l’exigence esthétique de son œuvre.
Suivront plus de 25 films marquants, dont Storm Riders, The Green Iguana, Sabotaj, Blue Horizon, et bien sûr The Occumentary, qui révélera un Mark Occhilupo vulnérable et génial, dans un récit aussi humain que spectaculaire.
Mais c’est surtout avec le Billabong Challenge, événement qu’il a imaginé et filmé dans les coins les plus reculés d’Australie-Occidentale, qu’il imposera un modèle : des compétitions loin des foules, dans des vagues parfaites. Ce format visionnaire est à l’origine de ce qu’on appellera plus tard le Dream Tour.
Jack McCoy n’était pas un simple filmeur de surf. Il était un auteur. Son obsession des plans dans l’eau, ses choix musicaux audacieux, son souci du rythme narratif l’ont démarqué de ses pairs. Là où d’autres restaient sur la plage, lui plongeait littéralement dans l’action, capturant la magie des tubes de l’intérieur.
« Beaucoup restent immobiles pour ne pas rater un plan. Moi je bouge, sinon ce n’est pas vivant », expliquait-il un jour. Pour lui, l’essence du surf se trouvait dans le mouvement, dans l’eau, dans le ressenti.
C’est d’ailleurs ce sens artistique qui lui vaudra l’admiration de David Bowie et Eric Idle, qu’il côtoya à Los Angeles dans les années 80. Et plus tard, une collaboration avec Paul McCartney sur des clips visuels.
Inducté au Surfing Walk of Fame en 2013, récemment récompensé par l’Australian Surf Industry Association, Jack n’a jamais cessé de défendre les valeurs qui lui tenaient à cœur : la liberté, l’humilité, le respect de la nature, et surtout la communauté du surf.
À travers des anecdotes tendres, des scènes cocasses, des plans majestueux ou des confessions poignantes, il a tissé un lien fort entre les surfeurs et leur public. Il a offert au monde une vision sincère et poétique du surf.
« Allez choper une bombe aujourd’hui pour le big guy », a écrit sa famille. Jack McCoy n’est plus, mais son esprit vibre dans chaque tube filmé avec passion, dans chaque plan d’eau traversé par la lumière, dans chaque VHS usée d’un grom quelque part dans le monde.
Il a immortalisé le surf, et en retour, le surf ne l’oubliera jamais.