"Le surf est devenu mou" : Joel Tudor vide son sac et n'épargne personne

14 mars 2026

S’il y a bien une voix qui ne s’est jamais laissée lisser par les départements marketing des majors du surf, c’est celle de Joel Tudor. Le double champion du monde de longboard, gardien autoproclamé du "core", vient de signer une apparition d'anthologie dans le dernier épisode du podcast Pinch My Salt, animé par Sterling Spencer et son cousin Ryan. Et comme on pouvait s'y attendre, Tudor n'a pas fait dans la dentelle.

L'épidémie des "pailles en plastique" de l'océan

Joel Tudor n’a jamais caché son mépris pour la démocratisation sauvage du surf, mais il a trouvé une nouvelle analogie percutante : pour lui, les planches en mousse (soft-tops) sont les "pailles en plastique" de l'océan. Plus qu'un simple problème de matériel, Tudor y voit le symbole de la fin de l'étiquette au line-up.

Selon lui, la prolifération de ces engins permet à des "goobers" (débutants maladroits) d'occuper des zones critiques sans aucune connaissance des règles de priorité ou de sécurité. « Les médias s’enflamment pour des conneries », lâche-t-il, déplorant que la culture du surf ait été sacrifiée sur l'autel de l'accessibilité à tout prix.

Kelly Slater et Jonah Hill sous le feu des critiques

Le segment le plus piquant reste sans doute celui consacré aux icônes. Tudor remet en question la place de Kelly Slater et de l'acteur Jonah Hill sur la pyramide du "core". Pour Joel, la frontière entre le surfeur authentique et l'acteur est devenue trop floue.

Il va même jusqu'à questionner la légitimité des ceintures de Jiu-Jitsu de Slater, tout en dénonçant les théories du complot qui gravitent autour du WSL (World Surf League). Pour Tudor, le surf de compétition moderne est une machine déconnectée de l'âme du sport, où l'image prime désormais sur l'essence même de la glisse.

Les aveux : Surftech et l’hypocrisie "éco"

Fait rare, Joel Tudor a également fait preuve d'une certaine autodérision en revenant sur ses propres erreurs de parcours. Il a évoqué son implication passée avec Surftech, reconnaissant l'ironie (et le péché) de construire des planches dites "éco-responsables" dans des usines asiatiques. Une critique acerbe de l'industrie qui tente de se racheter une conscience écologique à peu de frais tout en délocalisant la production à l'autre bout du monde.

Anecdotes de voyage : Laird, Kong et la "Princesse Française"

Entre deux coups de gueule, Tudor a distillé quelques pépites issues de ses décennies de voyage. Il a notamment raconté une histoire rocambolesque de "kleptomanie mineure" lors d'un trip avec Laird Hamilton et Kong (Gary Elkerton). Imaginez un peu l'ambiance dans le van...

Il a également expliqué l'origine de son surnom de "French Princess", Le surnom de "French Princess" (la Princesse Française) lui a été collé par la bande d'Australiens ultra-virils de l'époque, menée par Gary "Kong" Elkerton. Voici pourquoi :

Le côté "Diva" : Joel aimait le confort, les bons hôtels et le raffinement européen. Pour Kong et sa clique, qui voyaient le surf comme un sport de gladiateurs, cette attitude de "gamin précieux" qui se plaignait si le vent tournait mal ou si le café n'était pas bon était insupportable. Ils ont donc commencé à l'appeler la "Princesse Française" pour se moquer de son côté sélectif et un brin hautain.

Le contraste de style : À l'époque, le surf mondial était dominé par une esthétique "agro" et très macho, portée par les Australiens. Joel, lui, arrivait avec son style californien ultra-léché, ses cheveux longs, son élégance naturelle sur un longboard et un côté très "esthète".

L'attitude en France : Lors d'un séjour sur la côte basque et landaise (notamment à Biarritz et Hossegor), Tudor ne s'est pas gêné pour exprimer ses exigences. Il était très sélectif sur la qualité des vagues, sur la nourriture, et refusait de se plier au moule "bière-bagarre-dortoir" des Aussies.

Il a réaffirmé sa fidélité indéfectible à Skip Frye, tout en découvrant que l'animateur Sterling Spencer partageait lui aussi une histoire profonde avec le shaper légendaire de San Diego.

En une heure de discussion, Joel Tudor a rappelé pourquoi il reste l'un des personnages les plus clivants, mais aussi les plus nécessaires du surf mondial. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Tudor dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas dans le line-up.

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