C’est un dénouement qui ne manquera pas de faire jaser sur le parking de la Côte des Basques comme sur les forums spécialisés. Pour la 10ème édition du célèbre test à l'aveugle Stab in the Dark, c’est le shaper Dan Mann, représentant la marque Firewire, qui a décroché la première place. Le problème ? Le pilote d’essai n’était autre que Kelly Slater, actionnaire principal de Firewire. PS: il faut être abonné à Stabmag pour voir les épisodes.
Le concept de Stab in the Dark est pourtant simple : un surfeur de classe mondiale teste des planches blanches, sans logo, pour désigner la meilleure sans influence marketing. Pour cette édition anniversaire, la production avait invité les anciens vainqueurs (DHD, Pyzel, Channel Islands, Lost, Sharp Eye), et personnellement on aurait aimé Axel Lorentz. Mais Slater a posé une condition : l’ajout d’un "wildcard" pour Dan Mann.
Résultat des courses : c’est précisément cette planche invitée qui l'emporte. Une coïncidence qui a immédiatement déclenché une vague de théories du complot. Comment le surfeur le plus technique de l'histoire, qui passe sa vie à analyser le moindre millimètre de ses rails, a-t-il pu ne pas reconnaître une planche shapée par son collaborateur de longue date ?
Si Matt Biolos (Lost) a pris la défaite avec philosophie, d'autres acteurs majeurs ne cachent pas leur scepticisme. Chez Channel Islands (Merrick), on ne traite pas ouvertement Slater de menteur, mais on souligne qu'il est "étrange" qu'il n'ait pas reconnu le design. Marcio Zouvi (Sharp Eye) va plus loin, affirmant que le placement des dérives était "trop évident" pour être ignoré. Quant à Jon Pyzel, il suggère un plan orchestré entre les deux hommes.
Kelly Slater, de son côté, joue la carte de l'étonnement. Il explique que cette planche victorieuse est en réalité une "version d'une version" d'un vieux shape de 15 ans. Il aurait même confondu la DHD avec sa Firewire à cause de la forme des wings.
Sam McIntosh, le patron de Stab, a directement confronté le King sur ses intentions commerciales. Réponse de l'intéressé : il ne mentirait pas pour une compétition de surf.
Pourtant, le malaise persiste. Par le passé, des surfeurs comme Dane Reynolds ou Mick Fanning avaient eu l’élégance de disqualifier une planche dès qu’ils reconnaissaient la patte de leur shaper habituel. En choisissant de porter Firewire au sommet, Slater s'offre un coup de pub magistral, mais entache peut-être la crédibilité d'un format qui reposait sur l'impartialité totale.