surfeur gaza pendant la guerre

Surfer au milieu des décombres : la résilience d’un des derniers surfeurs de Gaza

On a tous en tête les images des gros QS à Netanya dans le passé, avec ses vagues et ses infrastructures impeccables. Mais si vous longez cette même côte de quelques dizaines de kilomètres vers le sud, le contraste est glaçant.

À Gaza City, au milieu des frappes et des bâtiments en ruines, une poignée d’irréductibles continue de ramer vers le large. Ils ne sont plus que trois ou quatre à l’eau. Tasin Abuasi est l’un d’eux, et son quotidien risque de remettre en perspective votre prochaine session foirée à cause du vent.

Une relique en fibre de verre sauvée coûte que coûte

Imaginez surfer la même board depuis 2007. C’est la réalité de Tasin. Selon lui, aucune planche neuve n’a franchi la frontière depuis près de vingt ans. La résine, le solarez, les pains de mousse ? Totalement introuvables. La moindre session sur un pic un peu creux se joue à quitte ou double : si la planche plie, le surf s’arrête définitivement pour lui.

Mais le plus bouleversant dans le récit de ce surfeur palestinien, c’est son rapport viscéral à son matériel. Tasin a dû fuir son domicile à quatre ou cinq reprises à cause des combats. À chaque ordre d’évacuation, alors que les avions grondaient au-dessus de sa tête, il a pris sa planche sous le bras. Il avoue même avec une honnêteté désarmante l’avoir sécurisée avant de s’occuper du reste de sa famille. « C’est la seule que j’ai. S’il lui arrive quelque chose, je ne pourrai pas en avoir une autre », explique-t-il.

L’océan, dernière zone de paix

Pourquoi risquer sa vie pour un simple bout de mousse jauni ? Parce que dans un territoire où les infrastructures civiles n’existent quasiment plus et où le bilan humain est catastrophique, cette planche est son seul passeport pour la liberté.

Alors, quand la houle finit par rentrer – ce qui reste rare en Méditerranée orientale –, Tasin et ses derniers potes de line-up se mettent à l’eau. Même en plein cœur de la guerre. Glisser sur une vague n’est plus seulement une passion sportive pour eux. C’est devenu l’ultime acte de résistance pour se sentir encore vivant.