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  • Le « surfeur du futur » s’est éteint : pourquoi Paul Strauch restera unique

    Le « surfeur du futur » s’est éteint : pourquoi Paul Strauch restera unique

    Le line-up hawaiien vient de perdre l’une de ses étoiles les plus singulières. Paul Strauch, l’homme que Barry Kanaiaupuni décrivait comme un être « venu du futur », nous a quittés à 82 ans. Si son nom ne vous dit rien, sachez que vous pratiquez probablement le surf qu’il a inventé.

    Pourquoi un tel choc dans la communauté ? Bien plus qu’un simple compétiteur, Strauch a brisé les codes techniques dès les années 60. Il est le créateur du mythique « cheater five », cette posture élégante où on est sur son pied arrière avec son pied avant proche du nose. Bon, d’accord la description n’est pas terrible, mais regardez la vidéo ci-dessous. Mais ce n’est pas tout : il a été l’un des premiers à oser le bottom turn profond dans les vagues massives, là où d’autres se contentaient de survivre.

    Apparu dans le légendaire The Endless Summer, ce prodige d’Honolulu avait reçu ses premières planches des mains de Tom Blake lui-même. Malgré un talent pur et un style « freestyle » inégalé, il avait choisi de rester loin des projecteurs. Le monde du surf perd aujourd’hui son plus grand styliste, un homme qui surfait déjà demain, alors que nous étions encore à hier.

  • Filets de pêche : 49 surfeurs morts depuis 1986

    Filets de pêche : 49 surfeurs morts depuis 1986

    Quand un surfeur disparaît en mer, on pense aux grosses vagues, aux récifs, parfois aux requins. Mais au Brésil, un autre danger tue en silence depuis des décennies : les filets de pêche dérivants. Invisibles sous l’eau, impossibles à éviter à pleine vitesse, ils ont déjà coûté la vie à des dizaines de surfeurs.

    Un danger bien réel sur le littoral brésilien

    Sur les côtes du sud du Brésil, notamment dans l’État du Rio Grande do Sul, les filets de pêche ne sont pas seulement un outil de travail pour les pêcheurs artisanaux. Lorsqu’ils sont coupés, arrachés ou laissés à la dérive, ils deviennent de véritables pièges mortels pour tous ceux qui pratiquent l’océan.

    Selon la Fédération Gaucha de Surf, au moins 49 surfeurs ont perdu la vie depuis 1986, pris au piège dans des filets ou des câbles de pêche sur le littoral local. Un chiffre glaçant, d’autant plus marquant que le dernier décès officiellement recensé remonte à 2010, preuve que ce danger persiste dans le temps, même lorsqu’il disparaît des radars médiatiques.

    Des filets coupés, puis abandonnés en mer

    L’affaire la plus récente s’est produite sur plusieurs plages du nord de l’État, notamment à Imbé, Tramandaí et Xangri-Lá. Des dizaines de câbles de filets de pêche ont été volontairement sectionnés le long du littoral.

    Résultat :

    • des filets flottants non contrôlés,
    • des câbles dérivants quasi invisibles,
    • et un risque immédiat pour les surfeurs qui entrent à l’eau sans se douter de ce qui les attend sous la surface.

    Les pêcheurs locaux ont rapidement tiré la sonnette d’alarme, signalant la présence de plusieurs zones où les filets restaient accrochés au fond ou flottaient entre deux eaux.

    “Ça peut accrocher une planche… ou un corps”

    Armi Ronnau, pêcheur local depuis près de 30 ans, n’avait jamais vu une situation de cette ampleur. Selon lui, une dizaine de filets se retrouvaient à la dérive, suffisamment pour piéger une planche, un leash, ou pire : un surfeur lui-même.

    Le scénario est souvent le même.
    Le surfeur rame, prend une vague, chute ou passe sous l’eau… et se retrouve enchevêtré en quelques secondes. Sous la pression, avec le stress, le courant et parfois la houle, se dégager devient presque impossible, même pour un pratiquant expérimenté.

    Pourquoi les filets sont-ils si dangereux pour les surfeurs ?

    Contrairement à un rocher ou à un récif, un filet ne se voit pas. Il peut être :

    • immergé juste sous la surface,
    • plaqué au fond,
    • ou déplacé par la houle et les courants.

    Une fois pris dedans, le surfeur doit gérer en même temps :

    • l’apnée forcée,
    • la panique,
    • la traction du courant,
    • et parfois la pression de la vague suivante.

    Dans ces conditions, chaque seconde compte.

    Un conflit latent entre usages de l’océan

    La Colônia de Pescadores Z40 a rappelé que la pêche au filet est une activité légale, autorisée entre le 15 mars et le 15 décembre, à condition que les pêcheurs soient déclarés et enregistrés.

    Le problème ne vient donc pas de la pêche en elle-même, mais :

    • des actes de vandalisme,
    • des câbles coupés volontairement,
    • et du manque de sécurisation après les incidents.

    Lorsque ces filets ne sont pas retirés immédiatement, ils deviennent une menace pour toute la communauté nautique.

    Prévenir plutôt que compter les morts

    Les fédérations de surf locales insistent sur plusieurs points essentiels :

    • signaler toute présence suspecte de filets ou câbles,
    • renforcer la communication entre pêcheurs et surfeurs,
    • et informer les pratiquants, notamment les plus jeunes.

    Parce qu’un filet à la dérive n’est pas un simple déchet marin. C’est un piège mortel, silencieux, qui ne laisse aucune seconde chance.

  • Le surf vieillit, les surfeurs aussi : faut-il s’inquiéter de la hausse des noyades ?

    Le surf vieillit, les surfeurs aussi : faut-il s’inquiéter de la hausse des noyades ?

    C’est un nom de plus, et une vague de trop.
    Sean Anthony Lennon, 54 ans, s’est noyé cette semaine sur le spot de surf « The Bombie« , une droite massive située au large de Margaret River, en Australie de l’Ouest. Une vague qu’il connaissait par cœur, un homme respecté, ancien nageur pro, sauveteur, surfeur solide… et pourtant, la mer l’a gardé.

    Sur les réseaux, la communauté locale parle d’un choc. D’un “accident qui aurait pu arriver à n’importe qui”. Et c’est justement ce “n’importe qui” qui interroge : ces derniers mois, les noyades de surfeurs expérimentés, souvent quadragénaires ou quinquagénaires, voir plus, semblent se multiplier. Simple coïncidence ou signe d’un vieillissement du surf et de ses risques ?

    Une génération dorée qui continue de charger

    Le surf a vieilli. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.
    Ce n’est plus seulement un sport d’ados bronzés aux cheveux salés. Ceux qui ont commencé à la grande époque des VHS de Kelly ou des trips Indo dans les années 90 ont aujourd’hui 40, 50, parfois 60 ans — et n’ont aucune envie de raccrocher. Je fais partie de cette génération, et je m’y reconnais totalement.

    Ils ont des planches sur mesure, des combinaisons techniques, du temps libre, et souvent la même envie d’aller se mesurer à des vagues puissantes. Les surfeurs ne “s’arrêtent” plus : ils évoluent, se soignent, s’entretiennent… mais leur passion, elle, ne vieillit pas.

    Sauf que le corps, lui, n’a pas toujours la même endurance qu’avant.

    Le corps dit stop, parfois sans prévenir

    Le surf est un sport d’effort explosif. Ramer, se lever, encaisser, replonger, repartir… Un rythme cardio intense, irrégulier, sous contrainte.
    Et si la mer offre l’impression de jeunesse éternelle, la physiologie, elle, ne ment pas :

    • le rythme cardiaque maximal diminue avec l’âge ;
    • la récupération est plus lente ;
    • la tolérance au froid et à l’apnée baisse ;
    • et les crises cardiaques deviennent plus probables en cas d’effort violent ou de stress hypoxique.

    À « The Bombie », la rame d’approche est interminable. On est loin du rivage, dans le bleu profond, sans repère de taille. Les séries arrivent sans prévenir. Une vague ratée, une chute mal placée, un leash qui tire ou casse — et le corps peut céder, même celui d’un ancien lifeguard comme Sean Lennon.

    L’expérience : force ou piège ?

    Il y a aussi une forme d’illusion de maîtrise chez les surfeurs aguerris.
    Quand tu surfes le même spot depuis vingt ans, tu connais chaque courant, chaque série. Mais cette familiarité peut aussi anesthésier la vigilance.
    Tu y retournes parce que “tu sais”. Parce que tu l’as déjà fait. Parce que tu t’y sens chez toi.

    Sauf qu’à 50 ans, les marges de manœuvre sont plus fines. Et parfois, ce n’est pas une erreur, juste un corps qui ne suit plus.
    La mer ne juge pas ton CV. Elle ne fait pas de différence entre le rookie et le vétéran.

    Le surf est devenu un sport d’adultes

    Aujourd’hui, le surfeur moyen dans le monde a plus de 35 ans. En France, c’est même plus proche de 40.
    Les baby-boomers du surf continuent de remplir les line-ups, de voyager, de chercher la bonne houle. Et c’est beau.
    Mais cette longévité de la pratique pose aussi une question nouvelle : comment adapter le surf ou le matériel surf à des corps plus âgés ?

    Le surf a longtemps ignoré cette problématique, préférant l’image du surfeur éternellement jeune. Pourtant, comme dans le vélo ou la course, la préparation physique et le suivi médical deviennent indispensables pour surfer longtemps… et en sécurité.

    Plus de monde à l’eau, plus d’incidents

    Derrière le sentiment d’une hausse des noyades, il y a aussi un fait simple : jamais il n’y a eu autant de surfeurs à l’eau.
    Les pics de fréquentation, le matériel plus accessible, les spots “connectés” qui permettent d’anticiper les conditions parfaites… Tout cela multiplie mécaniquement le risque d’accidents.

    Et quand la population des surfeurs actifs vieillit, les statistiques bougent. Pas forcément parce que les vagues deviennent plus dangereuses, mais parce que les pratiquants le deviennent un peu plus.

    La mer reste la même

    Au fond, l’océan n’a pas changé. Ce sont les générations qui passent.
    Les mêmes vagues, la même force, les mêmes silences après un drame.

    Sean Lennon était de ceux qui respectaient l’océan, qui en connaissaient la beauté et les pièges. Sa disparition ne dit pas qu’il faut avoir peur — mais qu’il faut rester humble, quel que soit son âge, son niveau ou son passé.

    Le surf est un cadeau. Mais c’est aussi une épreuve, à chaque session.
    Et peut-être qu’à mesure que le surf vieillit, il nous rappelle une chose essentielle : on ne surfe jamais contre la mer, mais avec elle.

    Un petit aperçu du spot dans des conditions solides…