À 61 ans, Tom Curren continue de faire vaciller nos certitudes. Vieillir, ralentir, lever le pied… vraiment ? La récente vidéo tournée dans la piscine à vagues du Wavegarden en Espagne a l’effet d’un électrochoc. Quelques secondes suffisent : lignes parfaites, placements impeccables, variations subtiles. Rien de démonstratif, rien de forcé. Juste du surf, pur, lisible, intemporel.
Et une question qui s’impose naturellement : comment est-ce encore possible de surfer à ce niveau à 61 ans ?
Le surf de Tom Curren n’a jamais été une affaire de force brute ou de démonstration physique. Depuis ses débuts, il repose sur autre chose :
Dans une piscine à vagues ultra-technique, où chaque section est prévisible, ce style prend encore plus de relief. Là où beaucoup cherchent à “rentabiliser” chaque mètre de vague, Curren choisit, filtre, nuance. Il ne surfe pas contre le temps, il surfe avec lui.
Dans le microcosme du surf, l’âge a longtemps été vu comme une date de péremption. Pourtant, la génération dorée des années 80-90 est en train de faire mentir ce dogme.
Mark Occhilupo approche les 60 ans, Tom Carroll les a dépassés, Kelly Slater continue à défier le calendrier… et Curren, lui, trace sa route à part.
Son message n’est pas celui de la performance à tout prix. Il est plus subtil : oui, le corps change, mais le surf peut évoluer avec lui. Moins d’impact, plus de précision. Moins de radicalité, plus de sens.
Voir Tom Curren à la Wavegarden n’a rien d’anodin. La piscine à vagues est souvent associée à la répétition, à la performance calibrée, parfois même à une forme de standardisation du surf. Curren fait exactement l’inverse :
il y injecte de l’imprévu, du relâchement...
Chaque vague est la même, mais chaque ride est différent. C’est là que son surf devient presque pédagogique : le style ne vieillit pas quand il est sincère.
L’an dernier, Stephanie Gilmore rendait hommage à Curren en reproduisant l’une de ses vagues mythiques à Jeffreys Bay. Même planche, même combinaison, même ligne. Preuve que, des décennies plus tard, son surf reste une référence esthétique absolue.
Regarder Tom Curren aujourd’hui, ce n’est pas céder à la nostalgie. C’est constater que certaines formes de surf ne vieillissent pas, parce qu’elles ne cherchent pas à suivre une époque.
Alors, peut-on surfer à 61 ans ?
Tom Curren apporte une réponse simple, presque désarmante : oui, si l’on a su construire un surf qui ne dépend pas du chrono.
Dans cette courte vidéo, il ne choque pas par la radicalité. Il fascine par sa cohérence. Et rappelle, à tous ceux qui doutent, que le surf n’est pas une course contre le temps… mais un dialogue avec lui.