Beyrick De Vries surfeur QS Taghazout 26 Masurel

Beyrick De Vries : l’incroyable résilience d’un surfeur revenu de l’enfer

Le monde du surf professionnel ne retient souvent que les scores, les podiums et les tubes parfaits. Mais derrière le lycra se cachent parfois des récits de vie d’une violence rare. Celui de Beyrick De Vries est de ceux-là. L’homme qui a marqué l’histoire avec un 10 parfait à Sunset Beach vient de briser le silence : après avoir touché le fond, entre blessure physique et addictions, il annonce son retour officiel sur le circuit des Challenger Series, après une qualification sur le WQS Afrique.

View this post on Instagram

A post shared by Beyrick De Vries (@barbeyrick)

Le crash : quand le fémur vole en éclats

Tout bascule lors d’une session de surf en France. Sur une chute qui aurait pu être banale pour un athlète de son niveau, le diagnostic tombe, brutal : fémur fracturé en cinq points. Pour un surfeur dont la jambe avant est le moteur, c’est un arrêt de mort sportif potentiel.

De retour en Afrique du Sud, cloué dans un fauteuil roulant, Beyrick se retrouve face à un ennemi qu’il n’avait jamais appris à combattre : le vide. « Assis dans un fauteuil, plus de chaos, plus d’excitation, plus de nouveaux pays toutes les deux semaines… rien pour me distraire des choses importantes de la vie », confie-t-il avec une honnêteté désarmante.

La chute : l’alcool et les substances pour combler le silence

L’adrénaline de la compétition est une drogue puissante. Quand elle disparaît, le manque est immense. Beyrick l’admet aujourd’hui sans détour : pour fuir ses sentiments et ce silence pesant, il a cherché refuge dans les paradis artificiels. Le whisky et diverses « substances » sont devenus son quotidien.

« Je cherchais n’importe quoi pour rester « high », pour être distrait, pour éviter de m’asseoir avec mes propres émotions. C’était l’opposé total de la paix et de la sérénité. »

Cette spirale autodestructrice aurait pu sonner la fin de l’histoire pour le surfeur de 31 ans. Mais le combat ne faisait que commencer.

La rédemption : deux cliniques et un nouveau souffle

Le déclic survient quand Beyrick décide de prendre la direction opposée. Après des séjours dans deux cliniques de réhabilitation différentes, il parvient à décrocher. Ce « comeback » n’est pas seulement sportif, il est spirituel. Sur ses réseaux sociaux, il attribue sa renaissance à sa foi : « We do recover. All Glory to God » (Nous guérissons. Toute la gloire revient à Dieu).

Désormais installé aux Pays-Bas, Beyrick a entamé un nouveau chapitre. S’il occupe aujourd’hui un rôle de coach pour l’équipe nationale néerlandaise (il a d’ailleurs la nationalité maintenant), il a senti qu’il se devait une dernière chance. « Je pense qu’il est juste de me donner cette opportunité », explique-t-il à ses fans.

Le défi technique : surmonter le blocage mental

Le retour à l’eau n’a pas été un long fleuve tranquille. Au-delà de la rééducation physique, le traumatisme psychologique est resté ancré. Reposer tout son poids sur sa jambe avant lors d’un air ou d’une manœuvre radicale a longtemps été un blocage insurmontable.

Récemment, lors d’une session à Umdloti, Beyrick a pourtant franchi un cap symbolique en reposant ses premiers frontside airs. Un moment qu’il décrit comme le début d’un nouveau chapitre. Aujourd’hui, physiquement plus affûté que jamais et l’esprit enfin apaisé, il s’envole pour les championnats d’Europe avec un double objectif : encadrer ses élèves et prouver qu’à 31 ans, le « miraculé de Sunset » a encore sa place parmi l’élite mondiale.

L’histoire de Beyrick De Vries nous rappelle que la plus belle victoire d’un surfeur ne se joue pas toujours sur une vague, mais parfois dans le calme d’une chambre de clinique, loin des projecteurs.