Né loin de l’océan, mais aujourd’hui au sommet du surf mondial, Yago Dora incarne à lui seul la nouvelle vague brésilienne. De Curitiba à Cloudbreak, son parcours raconte une histoire de passion, de persévérance et d’explosivité sur les vagues.
Yago Dora voit le jour le 18 mai 1996 à Curitiba, dans l’État du Paraná, au Brésil. Un détail surprenant pour un futur surfeur : sa ville natale est située à plusieurs centaines de kilomètres de l’océan. Pas de beach breaks à portée de vélo, pas de sessions au lever du soleil avant l’école.
C’est seulement à l’âge de 11 ans, lors d’un déménagement familial à Florianópolis (Santa Catarina), que Yago monte pour la première fois sur une planche. Plus tard que la plupart des surfeurs professionnels – ses futurs rivaux étaient déjà des prodiges avant même l’adolescence –, mais son ascension sera fulgurante.
Son père, Leandro “Grilo” Dora, ancien pro devenu coach renommé (il a travaillé avec Adriano de Souza, Jack Robinson ou encore Lucas Silveira), joue un rôle essentiel. Caméras à la main, il filme les sessions de son fils, décortique chaque manœuvre, et partage sa science du surf de haut niveau.
Fin et élancé (1,79 m pour environ 70 kg), Yago se distingue rapidement par son style aérien et son explosivité. Ses amis le surnomment le “Skinny Goat”, la « chèvre maigre », en référence à sa silhouette et à ses qualités sur les vagues, capable de décoller toujours plus haut au-dessus de la lèvre.
Si son talent crève les yeux, Yago Dora ne se tourne pas immédiatement vers la compétition. À l’adolescence, il préfère le free surf, multipliant les vidéos qui circulent sur internet et dévoilent son style aérien unique. Sa notoriété grandit ainsi en dehors du circuit classique.
Mais en 2015, il décide de prendre le chemin des compétitions. Dès 2016, il se classe 43ᵉ sur le Qualifying Series. L’année suivante, il explose aux yeux du monde entier :
Cerise sur le gâteau, il marque les esprits en tant que wildcard au Oi Rio Pro 2017. Devant le public brésilien, il élimine coup sur coup John John Florence, Gabriel Medina et Mick Fanning, pour finalement décrocher une incroyable 3ᵉ place. Le monde découvre alors son surf aérien et imprévisible.
En 2018, Yago Dora intègre officiellement l’élite mondiale. Comme tout rookie, il doit apprendre à gérer la pression, voyager sans relâche, et affronter les meilleurs sur toutes les vagues de la planète. Mais son surf polyvalent – aérien en beach break, engagé sur reef, puissant dans les vagues tubulaires – lui permet de se maintenir au plus haut niveau.
En 2021, il signe une saison solide et termine à la 9ᵉ place mondiale, confirmant qu’il fait partie des hommes forts du circuit. Son style spectaculaire lui vaut l’admiration des fans, qui voient en lui un digne représentant de la Brazilian Storm, cette génération dorée menée par Medina, Toledo et Italo Ferreira.
Pourtant, tout n’a pas été simple. L’année 2024 est un crève-cœur. Malgré de bons résultats à El Salvador et au Brésil, il échoue à la 6ᵉ place mondiale, juste derrière la ligne des qualifiés pour les WSL Finals. Pire encore : il rate de peu la qualification olympique pour les Jeux de Paris 2024, devancé par Gabriel Medina lors des ISA Games.
Une saison qui laisse des traces, mais qui servira surtout de carburant pour écrire la suite.
Tout change en 2025. Porté par une nouvelle énergie, Yago Dora réalise une saison parfaite :
En finale, il domine l’Américain Griffin Colapinto, confirmant son statut de n°1 de la saison et devenant le troisième Brésilien champion du monde dans l’ère des WSL Finals, après Medina et Toledo.
Ce titre consacre son surf complet et son mental retrouvé, transformant l’outsider aérien en champion global.
Au-delà des trophées, Yago Dora garde une philosophie simple. Interrogé par Revista Trip, il confiait récemment :
« J’ai commencé le surf pour le plaisir, et j’essaie de m’en souvenir chaque jour. Je surfe parce que j’aime ça. »
Cette approche détendue et passionnée se ressent dans son style : créatif, libre, toujours à la recherche de nouvelles lignes.
Aujourd’hui, Yago Dora est non seulement un champion du monde, mais aussi une source d’inspiration pour les jeunes surfeurs qui, comme lui, n’ont pas grandi face à l’océan.
À seulement 29 ans, Yago Dora a déjà écrit une page de l’histoire du surf. Mais le livre est loin d’être terminé. Sa polyvalence, sa créativité et son mental font de lui un candidat sérieux à de nouveaux titres mondiaux.
Dans un circuit où la concurrence est plus rude que jamais, il pourrait bien devenir la prochaine grande icône brésilienne, capable de succéder à Medina et Toledo tout en imposant sa propre signature : celle d’un surfeur né loin de la mer, mais destiné à dominer les vagues du monde entier.