Premières déferlantes XXL de la saison à Nazaré : Justine Dupont impériale, tension maximale pour Carlos Burle

Les premier gros swells de la saison ont réveillé Nazaré. Une fenêtre courte, parfaite, violente. Une lumière hivernale, un vent oscillant entre offshore et side shore, et des murs d’eau qui semblaient sortir tout droit des profondeurs du canyon. La vidéo qui immortalise cette session montre une fois encore pourquoi Nazaré reste un univers à part : un théâtre où beauté, peur et maîtrise absolue se mêlent dans chaque vague.

La session de vendredi 5 Décembre 2025

La journée a encore défié toutes les attentes à Nazaré. Une matinée sombre et détrempée a soudain laissé place à un court créneau d’énergie brute, où des séries massives ont explosé en sortie de canyon, prenant de court les spectateurs postés sur la falaise. Dans ce décor changeant, les équipages ont lutté contre les éléments : bourrasques, pluie battante, boue, matériel trempé… la routine, finalement, lorsqu’on poursuit l’histoire des vagues XXL.

Ce que vous allez voir, c’est l’essence de ce jour-là : les take-offs les plus engagés, les instants les plus intenses, les chutes marquantes, la beauté sauvage et le chaos total. Nazaré dans ce qu’elle a de plus pur, rappelant encore pourquoi ce spot ne ressemble à aucun autre sur la planète.

La session de mercredi 3 Décembre 2025

Un Nazaré “parfaitement monstrueux”

La journée commence sur un plan d'eau agité par un vent side à offshore. Les premières images montrent une mer avec des montagnes d’eau qui s’élèvent au large avant de venir exploser devant le phare.

Ce n’était pourtant pas un swell attendu comme exceptionnel. Une tempête intense, une fenêtre minuscule… puis soudain, le miracle : une plage horaire surfable, courte, mais magique. Nazaré a rappelé à tous qu’elle n’a pas besoin de plusieurs jours pour offrir un spectacle démesuré.

Justine Dupont en totale maîtrise

Parmi les rideuses les plus impressionnantes de la journée, Justine Dupont marque une fois encore les esprits. Sa capacité à dompter ces masses d’eau – puissantes, rapides, irrégulières – frôle aujourd’hui l’invraisemblable.
Le vent, changeant, oscillant entre offshore et side shore, créait des sections verticales imprévisibles. Là où beaucoup hésitent, elle s’engage. Ligne parfaite, timing chirurgical, contrôle absolu : Justine a semblé lire le chaos comme personne.

Une vague hors norme pour Clément Roseyro

La vidéo montre également une vague spectaculaire signé Clément Roseyro. Une vague difficile à mesurer tant elle semble dépasser les standards habituels de notre perception du surf. Un immense triangle, un ride engagé d’un sang-froid total.

Grâce aux ralentis, le spectateur ressent toute la lourdeur, la vitesse et la dangerosité de la scène. Chaque image amplifie la tension. Ce n’est plus seulement du surf : c’est un dialogue entre un humain minuscule et un colosse d’eau en mouvement.

Le crash invisible de la vidéo : Carlos Burle avalé par une montagne d’eau

Ce que la vidéo ne montre pas, en revanche, est sans doute l’un des moments les plus marquants de la journée : l’incident de Carlos Burle, pionnier et légende du big wave surfing.

Face à une bombe d’environ 80 pieds, Burle s’engage. La ligne est parfaite… jusqu’à ce qu’une montagne d’eau surgisse derrière lui, plus rapide, plus massive encore. Elle le rattrape, le dépasse, l’avale littéralement.
Le commentaire d’un témoin parle de “tensión máxima en Nazaré”. Et c’est exactement cela : une scène où le cœur se serre, même en simple spectateur.

Heureusement, l’issue est positive. Lucas “Chumbo” Chianca et Willyams Santana interviennent instantanément, appliquant avec précision les protocoles de sécurité qui font aujourd’hui de Nazaré une référence mondiale.
Burle va bien, mais le choc fut immense. Une piqûre de rappel : ici, l’erreur ne pardonne pas toujours.

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Nazaré reste ce lieu où l’océan règne en maître, où chaque ride est un pari, et où chaque nouvelle vidéo témoigne d’un respect total pour la puissance de la nature.

La Niña 2025-2026 : l’hiver des grosses houles est lancé

C’est officiel : La Niña est de retour, confirmée par les observatoires météorologiques du Pacifique et par les modèles climatiques mondiaux. Ce phénomène océanique et atmosphérique, parfois mystérieux pour le grand public, a pourtant un impact direct sur notre quotidien de surfeurs. Des spots hawaïens aux plages landaises, son influence se fait sentir jusque dans les line-ups européens. Et cette saison 2025-2026 ne fera pas exception.

Mais que signifie concrètement l’arrivée d’une La Niña ? Et surtout, comment cela va-t-il transformer les vagues de cet hiver ?

Comprendre La Niña : quand le Pacifique refroidit, le reste du monde bouge

La Niña, c’est le pendant froid du fameux El Niño.
Alors que El Niño réchauffe les eaux du Pacifique Est, bouleversant les courants et provoquant des sécheresses ou des tempêtes selon les régions, La Niña fait exactement l’inverse : les alizés se renforcent, poussant les eaux chaudes vers l’ouest du Pacifique, tandis que de l’eau froide remonte à la surface près de l’Amérique du Sud.

Ce refroidissement crée une énorme “bulle froide” dans le Pacifique Est, qui va modifier la trajectoire du Jet Stream, ce courant atmosphérique rapide qui contrôle la formation des tempêtes autour du globe.
Résultat : des hivers plus actifs dans le Nord, des cyclones plus nombreux sous les tropiques, et des variations considérables dans la distribution des houles.

Autrement dit : ce qui se passe à des milliers de kilomètres de la Polynésie peut décider de la qualité des vagues à Hossegor ou à Nazaré.

En Europe : un hiver plus froid… et plus musclé

Pour les surfeurs européens, La Niña est souvent synonyme d’un hiver plus consistant.
Quand le Jet Stream remonte vers le nord de l’Atlantique, les dépressions se forment plus souvent et plus puissamment entre Terre-Neuve et l’Irlande. Ce sont elles qui génèrent les longues houles d’ouest tant attendues par les big wave riders et les passionnés de beach breaks puissants.

👉 Côté positif :

👉 Côté moins glamour :

En clair : un hiver parfait pour les chargeurs, un peu moins pour les amateurs de sessions tranquilles au coucher du soleil.

Et ailleurs dans le monde ?

Pacifique Nord : la fête des grosses vagues

Les surfeurs de Mavericks ou du North Shore d’Hawaï ont déjà les yeux rivés sur les cartes météo.
En période de La Niña, les tempêtes se forment plus haut dans le Pacifique Nord, générant des houles massives et régulières vers l’Alaska, l’Oregon et la Californie du Nord.
Le célèbre spot de Mavericks, au large de Half Moon Bay, est souvent l’un des grands gagnants du phénomène.
En revanche, le sud de la Californie et certaines îles hawaïennes reçoivent moins de houles franches, car les tempêtes contournent leur zone d’influence.

Indonésie et Australie : plus de vent, moins de glassy

Sous les tropiques, les alizés renforcés qui caractérisent La Niña peuvent transformer un trip paradisiaque en session frustrante.
En Indonésie comme en Australie, le vent d’est souffle plus fort, amenant des conditions plus agitées et moins “glassy”.
Mais tout n’est pas perdu : les houles, elles, ne manquent pas — simplement, il faudra choisir le bon spot, bien orienté et à l’abri du vent.

Caraïbes et Atlantique Ouest : une saison cyclonique plus intense

Autre effet bien documenté : La Niña favorise la formation d’ouragans.
Les vents verticaux qui dispersent habituellement les tempêtes tropicales sont affaiblis, permettant aux systèmes de se développer plus facilement.
Les surfeurs de Floride, des Antilles et de Porto Rico peuvent donc s’attendre à plus de houles cycloniques, parfois destructrices, mais aussi propices à des sessions épiques sur des reefs rarement réveillés.

Pourquoi les surfeurs européens peuvent se réjouir

Si l’on devait tirer une seule conclusion : c’est l’Europe qui a le plus à gagner de ce nouvel épisode La Niña.
Les prévisions saisonnières annoncent un début d’hiver actif dès novembre, avec des séries de dépressions atlantiques rapprochées.
Cela signifie plus de houles solides pour la façade ouest, de la Bretagne au Pays basque, en passant par la Galice et le Portugal.

Les amateurs de gros surf attendent déjà leurs fenêtres à Nazaré, Mullaghmore ou Belharra.
Et pour les autres, les beach breaks landais ou galiciens devraient multiplier les jours “parfaits” — à condition de surveiller les vents et de s’armer d’une bonne 4/3.

En résumé : La Niña, c’est (plutôt) bon pour le surf européen

Si vous aimez le surf engagé, les combinaisons épaisses et les line-ups balayés par le vent offshore, cette La Niña 2025-2026 risque de vous plaire.
Et pour ceux qui préfèrent les sessions faciles sous les tropiques… il va peut-être falloir patienter jusqu’au prochain El Niño.

Deux ouragans pourraient « danser » sur l’Atlantique : vers un rare effet Fujiwhara ?

Deux systèmes tropicaux – l’ouragan Humberto et une dépression appelée Invest 94L (susceptible de devenir Imelda) – évoluent actuellement dans l’Atlantique. Leur proximité pourrait déclencher un effet Fujiwhara, un phénomène météorologique rare qui complique fortement les prévisions… et qui peut modifier la trajectoire, l’intensité et la houle attendue des deux systèmes.

Qu’est-ce que l’effet Fujiwhara ?

L’effet Fujiwhara survient lorsque deux cyclones tropicaux s’approchent suffisamment l’un de l’autre : ils commencent alors à tourner autour d’un centre commun, un peu comme deux patineurs se saisissant par les mains. Selon l’équilibre de puissance, plusieurs scénarios existent : le plus faible peut être absorbé par le plus fort ; deux systèmes de force comparable peuvent fusionner ou simplement se déphaser et repartir chacun sur sa route.

Situation actuelle (samedi 27 septembre 2025, heure de Paris)

Pourquoi c’est compliqué ? La proximité d’Humberto et de 94L pourrait enclencher un couplage partiel (type Fujiwhara) qui brouille les modèles : variations d’intensité, d’angle de recourbement, voire capture/repoussement mutuels. Les médias météo américains notent des scénarios concurrents, du ralentissement avec boucle près des Bahamas jusqu’à un atterrissage pluvieux sur le Sud-Est des États-Unis (Géorgie/Caroline du Sud), ou un maintien au large sous l’effet d’une dorsale.

Les trois trajectoires principales évoquées

  1. Lenteur puis sortie au large : un minimum se creuse, stationne vers l’ouest des Bahamas plusieurs jours, avant de filer au NE ; gros risque d’inondations locales, mais impact continental direct limité. politico.com
  2. Atterrissage sur le Sud-Est US : renforcement de la perturbation vers Géorgie/Caroline du Sud, avec vents forts, pluie et surcote. Des mesures préventives sont déjà enclenchées (état d’urgence/local). AP News
  3. Blocage anticyclonique : la dorsale garde le système au large, retombant surtout en houle longue et courants de baïnes, tout en préservant les côtes américaines d’un impact direct. politico.com

Impacts possibles côté Atlantique (météo & surf)

Pourquoi cet épisode intéresse les surfeurs et les côtes atlantiques ?

Tous les surfeurs européens le savent : les houles cycloniques sont des temps forts de l’année. Quand un ouragan longe la côte américaine avant de remonter vers l’Europe, l’espoir de belles vagues renaît. Avec les conditions faméliques du moment, chacun scrute les cartes à la recherche d’un train de houle salvateur. Car si un cyclone peut offrir de longues houles parfaitement rangées, l’éventuel effet Fujiwhara promet, lui, un vrai casse-tête pour les météorologues en herbe que nous sommes.

Une session de rêve à Hossegor avant le Quiksilver Festival

Mercredi 17 septembre 2025. Trois jours avant le coup d’envoi du Quiksilver Festival, Hossegor s’est déjà offert son spectacle. Le spot des Boiteux, futur théâtre de la compétition, a réuni les meilleurs surfeurs locaux pour ce qui restera probablement comme l’une des plus belles sessions de l’été. Pas la plus grosse, pas la plus parfaite… mais une session où les tubes ont défilé sans relâche.

Le spot des Boiteux en mode préchauffe

L’été s’achève doucement sur la côte landaise. Mais mercredi matin, en arrivant sur le sable d’Hossegor, on aurait cru à une mise en bouche officielle du Festival. Les bancs de sable des Boiteux, réglés au millimètre, ont livré des vagues d’un bon mètre à plus. La houle n’avait rien de monstrueux, mais la fréquence des séries a transformé le spot en véritable manège.

Avec les internationaux encore en route, c’est la scène locale qui a tenu la maison. Les surfeurs d’Hossegor et des alentours étaient tous là, comme aimantés par la promesse d’une matinée hors norme.

Des vagues à la pelle et une ambiance électrique

Ce qui a marqué cette session, c’est la quantité de vagues. Pas de longue attente, pas de line-up endormi : les séries s’enchaînaient sans laisser de répit. Sur la plage comme au pic, on sentait une tension joyeuse, une excitation particulière.

Un bon 2 mètres bien tassé, des droites essentiellement qui ouvraient assez pour offrir des gros tubes, et ce petit grain de folie qu’on ne trouve qu’à Hossegor quand tout s’aligne.

La folie des tubes

Mais la vraie magie de ce mercredi, c’étaient les tubes à répétition. Pas les tubes parfaits des cartes postales, pas ceux qui semblent tracés au cordeau. Du courant, des pics à droite, à gauche, de nombreux surfeurs ont eu des très bons tubes, d'autres se sont brossés...

Certains surfeurs ont eu la chance d'enchainer deux sections. Pour l'anecdote, le surfeur hawaiien Manalu Chandler a passé trois heures à l'eau en boardshort alors qu'il faisait vraiment froid, et que le vent était glacial. Ce mac a le sang chaud...lol

Tout le monde n’a pas scoré, mais chacun a eu l’occasion de tenter sa chance. Et c’est sans doute cela qui a rendu la session si unique : l’abondance de vagues, l’abondance d’opportunités.

Un parfum de Festival

À trois jours du Quiksilver Festival, difficile de ne pas voir dans cette session un signe. Hossegor est prêt. Le spot des Boiteux s’est dévoilé comme un terrain de jeu idéal, capable de délivrer autant de spectacle que de frustration, cette alchimie qui fait les grandes compétitions.

La plage s’emplissait déjà de spectateurs curieux, venus respirer l’ambiance avant la foule des grands jours. Les planches cassaient en deux au fils des séries, les photographes et caméraman étaient aux aguets, et chacun semblait content d’assister à la meilleures session de l'été.

Cette matinée a eu le goût d’un teaser. Une bande-annonce grandeur nature qui annonce la couleur : si les bancs tiennent, si la houle continue de pointer, le Quiksilver Festival 2025 pourrait bien être un millésime explosif.

Retrouvez le programme du quiksilver festival 2025

La vidéo pour revivre la session

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’être là, la session a été filmée et visible en haut de l'article. On y retrouve quelques-uns des meilleurs tubes de la matinée. On peut également y voir le monde à l'eau, je crois que tout le monde s'était donné rendez-vous sur le spot.

Car c’est ça Hossegor : des vagues imprévisibles, des locaux affamés, et une intensité qui monte d’un cran à l’approche d’un événement mondial. La compétition n’a pas encore commencé, mais déjà, le spectacle est lancé.

Une vague à 137 euros : le surf version Abu Dhabi

Depuis toujours, le surf fait rêver par sa simplicité : une planche, une vague, un océan. Mais à Abu Dhabi, cette équation prend une tournure inattendue. Dans la piscine à vague imaginée par Kelly Slater, le champion aux 11 titres mondiaux, une session se monnaie à prix d’or. On ne parle plus de wax ou de combinaisons, mais bien de 160 dollars la vague, dans un décor digne d’un palace.

Une vague parfaite… et calibrée

Ouvert en octobre 2024, Surf Abu Dhabi s’est rapidement imposé comme un temple du surf de luxe. Avec sa technologie développée par la Kelly Slater Wave Company, le bassin de 690 mètres recrée la vague "idéale" : un ride de 55 secondes, deux tubes garantis (pour les meilleurs surfeurs) et une régularité à faire pâlir les plus beaux spots de la planète.

La magie repose sur une aile sous-marine tractée par un système de poulies. En se déplaçant, elle soulève une masse d’eau qui vient se briser sur un fond spécialement dessiné. Résultat : la plus longue vague artificielle au monde, alimentée par 80 millions de litres d’eau de mer légèrement dessalée.

Le prix d’un rêve

Ce rêve, cependant, a un coût. L’entrée au bassin pour les surfeurs confirmés se fait par groupe de quatre maximum. Chaque participant débourse 3 500 dirhams émiratis (environ 950 dollars), avec six vagues garanties. Le calcul est vite fait : 158 dollars la vague.

Mais la majorité des clients ne s’embarrassent pas d’un partage. Ils préfèrent louer la vague en exclusivité : 20 000 dirhams (5 450 dollars) pour 90 minutes, seul face à la perfection mécanique. Autant dire que le business modèle n’a rien d’un surf club associatif.

Entre luxe et spectacle

L’expérience va bien au-delà de la vague. Le site d’Abu Dhabi se compare davantage à un resort cinq étoiles qu’à un simple surf park. Restaurant haut de gamme, piscines et jacuzzis, terrasse avec vue sur la skyline : tout est pensé pour séduire une clientèle de CEOs, stars d’Hollywood ou pilotes de Formule 1. Chris Hemsworth, Lewis Hamilton ou encore Steve Aoki ont déjà goûté au tube sur commande.

Le général manager Ryan Watkins assume ce positionnement : « Nous avons choisi la qualité plutôt que la quantité. Nous ne faisons pas le plus de vagues, mais les meilleures vagues du monde. »

Quand le surf devient un sport de riches

Ce positionnement interroge. Pendant que certains comparent la piscine d’Abu Dhabi au mythique Augusta National, club de golf le plus exclusif de la planète, d’autres dénoncent une rupture avec l’essence du surf. Le parallèle n’est pas anodin : là où les cadres supérieurs passaient leurs week-ends sur le green, ils se retrouvent désormais dans un barrel climatisé, loin de l’océan.

L’industrie semble pourtant suivre cette tendance. Le surf trip de luxe explose : jets privés pour rejoindre des spots secrets, météorologues personnels pour prévoir les swells, et budgets à six chiffres pour quatre jours aux Maldives. Le marché mondial du surf tourisme, évalué à 68,3 milliards de dollars en 2024, devrait atteindre 96 milliards en 2030. Surf Abu Dhabi veut capter cette clientèle pressée, fortunée et en quête d’expériences exclusives.

Le débat : authenticité ou accessibilité ?

Reste une question : est-ce encore du surf ?
Pour beaucoup, la discipline rime avec nature, imprévu et humilité face à l’océan. De nombreux surfeurs considèrent le sens marin et la science du placement comme la principale qualité d'un surfeur. Ce rapport à la nature est très important pour nombreux d'entre nous.

À l’inverse, Watkins estime que le modèle ouvre le surf à de nouveaux publics. Plus besoin d’attendre la houle, d’affronter des courants dangereux ou de ramer à s’épuiser. À Surf Abu Dhabi, un débutant peut progresser vite, encadré par des coachs, avec un retour vidéo après chaque vague. Loin des clichés du surfeur fauché, le bassin attire des surfeurs de 8 à 86 ans.

Une vision signée Kelly Slater

Derrière ce projet pharaonique, on retrouve évidemment la figure de Kelly Slater. Dans son autobiographie de 2003, il écrivait déjà : « Les surfeurs ont toujours rêvé de créer la vague parfaite. Cela rendrait le surf aussi populaire que le football. »

Vingt ans plus tard, ce rêve prend forme à Abu Dhabi. Après le Surf Ranch de Californie, il ne s’agit que du deuxième bassin au monde utilisant cette technologie, avec un troisième en construction à Austin, Texas. Le coût total du projet reste confidentiel, mais Bloomberg évoque 90 millions de dollars d’investissement.

Le futur du surf en question

Alors, 160 dollars la vague : coup de folie ou avant-goût du futur ? Peut-être un peu des deux. Pour certains, c’est le prix d’une expérience inégalable, un « tube sur commande » qu’aucun océan ne peut garantir. Pour d’autres, c’est une dérive mercantile qui transforme une culture populaire en loisir de milliardaires.

Une chose est sûre : la piscine de Kelly Slater à Abu Dhabi ne laisse personne indifférent. Entre fascination et indignation, elle pose une question cruciale : le surf restera-t-il une passion universelle ou deviendra-t-il le nouveau golf des élites mondialisées ?

Houle Erin : des vagues exceptionnelles en plein mois d’août

Aujourd’hui, j’ai pris ma caméra pour filmer cette houle Erin dont tous les médias parlent comme d’un phénomène « historique ». On a lu partout « houle cyclonique », « océan en furie », comme si l’Apocalypse allait balayer nos côtes.

La réalité ? Oui, les vagues étaient impressionnantes, mais surtout pour un mois d’août. Surfer Mullaghmore en Irlande en 3/2 mm, c’est rare. Des monstres ont frappé Nazaré, mais là encore, rien de surprenant pour ce spot hors norme. En France, les journalistes et les curieux se sont rués vers Belharra, à la recherche d’un spectacle inédit. Sauf que la vague basque a cassé de manière sporadique, mal orientée, trop petite pour entrer dans l’histoire. Quelques riders ont profité d’une session de foil et se sont sûrement régalés, mais rien de la déferlante apocalyptique promise par certains gros titres.

Un mois d’août hors normes

Ce qui rend Erin remarquable, c’est moins la taille des vagues que leur saisonnalité. Voir des lignes à 4 mètres passer sur un reef du Pays basque en plein été, avec un plan d’eau glassy, reste une anomalie météo rare. La session a attiré une foule inhabituelle, preuve que l’appel de la houle n’épargne pas les vacances estivales.

Une scène de solidarité marquante

Mais au-delà des vagues, c’est une scène de solidarité qui restera gravée. Alors que je pliais mon matériel, juste après avoir filmé Edouard Delpero, je l’ai vu replonger à l’eau, sans comprendre pourquoi. Quelques instants plus tard, j’aperçois un groupe de cinq ou six surfeurs ramenant un rider en difficulté.

De loin, j’entends : « Appelez les pompiers ! ». Puis, un mot glaçant résonne : « fémorale ». Pour ceux qui ne le savent pas, une blessure à l’artère fémorale entraîne une hémorragie massive, souvent mortelle en quelques minutes. L’inquiétude monte, mais la chaîne de solidarité s’active aussitôt.

Les surfeurs s’organisent, d’autres accourent, la police municipale arrive, des ciseaux sont demandés pour découper la combinaison et vérifier la blessure. Finalement, l’artère n’est pas touchée. Le surfeur est pris en charge par les secours, rapidement arrivés sur place.

Plus qu’un sport, une communauté

De cette matinée, je retiens moins la violence des vagues que la force de la communauté. Personne ne s’est posé de question : tous ont agi ensemble pour sauver un surfeur en détresse.

Ce n’est pas de l’inconscience, ce n’est pas une question de niveau ou de taille de vagues. Cet accident aurait pu arriver n’importe où, même dans de petites conditions. Mais ce qui compte, c’est la preuve que dans l’océan, la solidarité l’emporte toujours.

Alors, au nom de tous ceux qui aiment la mer, un immense bravo et merci à ces surfeurs anonymes. 🙌

Le WQS Pantin durant la houle Erin

La houle cyclonique Erin s’est invitée sur le WQS de Pantin, en Galice. Des vagues massives dépassant les 8 pieds ont transformé la compétition en véritable défi. Certains surfeurs ont brillé par leur engagement, d’autres ont subi la puissance de l’océan : planches brisées, leashs cassés, et même des séries entières sans pouvoir prendre une seule vague. Un scénario extrême, mais qui a offert un spectacle à la hauteur de la réputation de Pantin.

Les meilleures sessions de la houle Erin

mise à jour vendredi 29 Aout 2025

Cette houle a offert des images incroyables aux quatre coins de l’Atlantique Nord, et plusieurs surfeurs de renom ont partagé leurs sessions.

Hossegor vs Mundaka : le choix de Pierre Rollet

Le big wave rider basque Pierre Rollet s’est retrouvé face à un dilemme : Mundaka ou Hossegor ? Finalement, comme beaucoup de surfeurs français, il a opté pour les bancs landais. Sa vidéo en témoigne : des vagues puissantes, parfaitement sculptées par un vent offshore discret, un Hossegor de gala en plein mois d’août.

Mullaghmore en 3/2 mm : du jamais vu

Si l’Irlande est connue pour ses vagues glaciales et ses surfeurs en combinaison épaisse, la houle Erin a offert une scène inédite : surfer Mullaghmore en 3/2 mm, en plein été. Des monstres liquides ont frappé le reef, une rareté climatique et une anomalie qui restera dans les mémoires.

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Nazaré, l’incontournable

Impossible d’évoquer un swell de cette ampleur sans parler de Nazaré. Des montagnes d’eau ont encore frappé la Praia do Norte. Mais, comme souvent, le géant portugais a montré son visage habituel : spectaculaire, massif, mais presque devenu « normal » pour les habitués des lieux.

Belharra, un spectacle inabouti

Beaucoup espéraient voir Belharra s’embraser. Les médias s’y sont rués, les curieux aussi. Mais la vague basque n’a pas vraiment tenu ses promesses : trop petite, trop irrégulière, trop mal orientée. Quelques surfeurs ont pu en profiter en foil, mais l’épisode restera plus comme une curiosité estivale qu’une session de légende.

Et même au Canada…

Preuve de l’ampleur de cette houle, le Canada a lui aussi profité de belles vagues. Des images impressionnantes circulent déjà, rappelant que l’Atlantique Nord est vaste et que la houle Erin a touché bien plus que l’Europe.