Le pointbreak de Punta Roca a tenu toutes ses promesses pour le lancement de la cinquième étape du Championship Tour (CT) 2026. Dans des droites solides de 2 mètres à 2 mètres 50, les meilleurs surfeurs du monde ont immédiatement été poussés dans leurs retranchements. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette première journée a déjà fait mal au clan français.
L’exploit héroïque de Ramzi Boukhiam
Aligné face au redoutable Sud-Africain Matthew McGillivray, le Marocain Ramzi Boukhiam a vécu un cauchemar absolu dès ses premières secondes à l’eau : sa planche fétiche s’est brisée en deux sur sa toute première vague.
Obligé de revenir au bord en urgence pour changer de board, le goofy-footer ne s’est pas laissé démonter. Avec un sang-froid impressionnant, il est retourné au peak pour fracasser les murs de Punta Roca, scorant un 7.83 pour un total combiné de 14.50 points, s’offrant ainsi sa première victoire de série en 2026.
Au prochain tour, un duel au sommet l’attend face au numéro 1 mondial, Italo Ferreira. Le Brésilien, vainqueur en Nouvelle-Zélande, est pourtant en sursis après avoir été percuté par un longboardeur amateur lors d’un entraînement, un accident qui lui a valu entre 8 et 10 points de suture au genou selon les versions. Ce choc de titans s’annonce d’ores et déjà bouillant, ou pas si le brésilien abandonne.
Le clan français face à la sévérité des juges
Si le camp marocain jubile, l’amertume domine du côté des Françaises, où les critères de notation laissent une fois de plus planer le débat.
Vahine Fierro s’est inclinée face à l’expérimentée Sally Fitzgibbons (8.93 contre 9.87). Si la défaite se joue sur de minces détails et une sélection de vagues perfectible, la sévérité des scores attribués à la tricolore interroge légitimement les fans. Il faudrait que je regarde encore une fois la série….
Le scénario est encore plus rageant pour la jeune prodige de 16 ans, Tya Zebrowski, opposée à la double championne du monde Tyler Wright. Tya a payé le prix fort pour une chute sur la vague qui offrait pourtant le plus gros potentiel de points de la série. Malgré un surf frontside ultra-engagé et une lecture parfaite sur une vague plus petite, elle s’incline pour seulement un dixième de point (11.90 contre 12.00). Cruel et frustrant, tant le niveau global de la jeune Française paraissait supérieur et plus dynamique que celui de l’Australienne sur ce coup-là.
Marco Mignot solide pour la suite
Heureusement, le tableau masculin a apporté son lot de réconfort avec la qualification autoritaire de Marco Mignot lors du Round 2. Opposé à l’Indonésien Rio Waida, le Français a parfaitement géré son timing et la construction de son score pour plier le match (12.87 contre 6.67).
Une bouffée d’oxygène pour le clan tricolore. Marco décroche ainsi son ticket pour le Round 3 où l’attend un morceau de choix : le champion du monde en titre, Yago Dora.
Le Championship Tour (CT) de la World Surf League s’installe au Salvador pour la cinquième étape de la saison. Alors qu’une houle massive et prometteuse est attendue sur le célèbre pointbreak en droite de Punta Roca, l’ambiance est électrique. Entre la course au titre mondial qui s’intensifie et les rebondissements de dernière minute dans les tableaux, cette édition 2026 s’annonce mémorable.
Le cas Italo Ferreira : Huit points de suture et un tableau sous clé
Actuel numéro 1 mondial après son récent triomphe en Nouvelle-Zélande, le Brésilien Italo Ferreira est au centre de toutes les interrogations. Blessé au genou par la dérive d’un surfeur amateur lors des entraînements, le champion olympique a dû recevoir huit points de suture (ou 10 points les récits varient). Selon les dernières informations en provenance du Salvador, le surfeur compte tout de même tenter de s’aligner sur sa série du premier tour, donc au round 2.
Cette incertitude physique pourrait redistribuer les cartes de manière spectaculaire. Le règlement de la WSL stipule que si un athlète déclare forfait après le Round 1, aucun remplaçant n’est intégré : son adversaire direct au tour suivant accède directement au Round 3 par « walkover » (forfait). Ce scénario est suivi de très près par le Marocain Ramzi Boukhiam. Aligné dans le Heat 1 du premier tour, Boukhiam pourrait voir son horizon s’éclaircir considérablement vers le Round 3 s’il passe son premier obstacle et que le physique de Ferreira cède.
Round 2 : Un tirage contrasté pour le clan français
Les phases de repêchage du Round 2 proposent des trajectoires radicalement opposées pour les compétiteurs tricolores. Marco Mignot bénéficie d’une opportunité en or dans le Heat 5 avec un tirage abordable qui lui laisse de sérieuses chances de qualification pour les phases finales.
La situation s’avère en revanche bien plus périlleuse pour le champion olympique Kauli Vaast. Le Tahitien se retrouve propulsé face à Filipe Toledo, un adversaire redoutable et particulièrement à l’aise sur les murs sculptés du Salvador. Vaast devra signer un coup d’éclat pour sortir le double champion du monde brésilien de la compétition. Chez les femmes, la tenante du titre Gabriela Bryan défendra son maillot jaune de leader face à une opposition féroce menée par Stephanie Gilmore et Caroline Marks, tandis que les Françaises Vahine Fierro et Tya Zebrowski feront face à de gros morceaux dès leur entrée en lice.
Le tableau complet des séries (Round 1)
Séries Hommes – Tour 1 :
HEAT 1 : Ramzi Boukhiam (MAR) vs Matthew McGillivray (RSA)
HEAT 2 : Luke Thompson (RSA) vs Melvin Ayala (SLV)
HEAT 3 : Eli Hanneman (HAW) vs Bryan Perez (SLV)
HEAT 4 : Seth Moniz (HAW) vs Oscar Berry (AUS)
Séries Femmes – Tour 1 :
HEAT 1 : Vahine Fierro (FRA) vs Sally Fitzgibbons (AUS)
HEAT 2 : Erin Brooks (CAN) vs Yolanda Hopkins (POR)
HEAT 3 : Nadia Erostarbe (ESP) vs Francisca Veselko (POR)
HEAT 4 : Tyler Wright (AUS) vs Tya Zebrowski (FRA)
HEAT 5 : Stephanie Gilmore (AUS) vs Anat Lelior (ISR)
HEAT 6 : Isabella Nichols (AUS) vs Bella Kenworthy (USA)
HEAT 7 : Alyssa Spencer (USA) vs Brisa Hennessy (CRC)
HEAT 8 : Caroline Marks (USA) vs Kirra Pinkerton (USA)
Affiches marquantes à suivre au Round 2 (Hommes) :
HEAT 5 : Marco Mignot (FRA) [Tirage favorable]
Série à élimination directe : Kauli Vaast (FRA) vs Filipe Toledo (BRA)
Oubliez les clips standardisés et la performance millimétrée des compétitions. Avec sa nouvelle vidéo YouTube Juju’s Diary: We Drove Through Indonesia in a Bus, Juliette Lacome nous embarque dans un road-trip javanais à l’état brut. À bord d’un bus transformé en maison roulante, elle réunit une bande d’icônes de la scène alternative mondiale : Alex Knost, Karina Rozunko, Jaleesa Vincent et Noah Collins, tous partis explorer des spots oubliés.
Mais au-delà de l’aventure humaine entre volcans et villages côtiers, ce qui marque profondément les esprits, c’est le contraste saisissant entre la rudesse de la route, une bande-son indie-rock presque hallucinée, et la pureté absolue des lignes tracées par Juliette.
Là où l’Indonésie rime souvent avec puissance et surf agressif, la Française impose un flow d’une élégance rare. Chaque virage devient une démonstration de style, chaque transition s’exécute avec une fluidité presque hypnotique.
Capturé par Luka Raubenheimer avec des images additionnelles de Jimmy Jazz, ce film monté par Juliette elle-même réinvente le format du carnet de voyage. Elle ne cherche pas à impressionner, elle danse sur la vague avec une grâce unique. Une œuvre intime et inspirante.
Le Championship Tour (CT) pose ses valises au Salvador du 5 au 15 juin pour le Surf City El Salvador Pro Presented by Corona Cero. Après une escale historique en Nouvelle-Zélande, les meilleurs surfeurs de la planète s’apprêtent à défier la légendaire droite de Punta Roca, située dans la région de La Libertad. Si l’enjeu sportif est colossal pour la course au titre mondial — avec la tenante du titre Gabriela Bryan en jaune et le champion olympique Italo Ferreira (il est annoncé absent d’après les rumeurs à cause d’un accident de surf) en pleine confiance —, les coulisses de cette étape réservent des réalités bien loin des clichés des cartes postales.
Derrière la perfection des vagues se cache un quotidien local surprenant, fait de pièges physiques douloureux et d’une transformation politique radicale. Voici l’envers du décor que vous ne verrez pas forcément sur le live de la WSL.
Sur cette vue de la pointe, on distingue la couleur sombre qui caractérise le rivage de La Libertad. Ce tapis de roche volcanique accumule la chaleur tout au long de la journée, créant une barrière thermique redoutable entre l’océan et la terre ferme pour les athlètes.
1. Le calvaire des galets noirs : pas d’autographes à la sortie de l’eau
C’est une scène récurrente qu’on ne voit pas toujours sur les vidéos. À Punta Roca, la plage est exclusivement recouverte de sable et de gros galets d’un noir volcanique intense. À la sortie de l’eau, les galets sont glissants, on voit les surfeurs et surfeuses pros sortirent difficilement. Sous le soleil de plomb du Salvador, ce sol se transforme en une véritable plaque de cuisson réfractaire.
Pour les surfeurs qui sortent de leur série, le retour sur la terre ferme est un calvaire. Impossible de s’arrêter pour signer des autographes ou faire des selfies avec les fans massés sur le rivage : les athlètes doivent courir pieds nus sur les cailloux brûlants sous peine de se carboniser les pieds. Un sprint obligatoire qui prive le public de ses moments de complicité habituels.
2. Le piège de la marée haute et des murs en béton
Punta Roca offre des murs de droite exceptionnels, mais à marée haute, la configuration change du tout au tout et la sortie de l’eau devient une zone de combat. Lorsque l’océan remonte, le rivage disparaît et les vagues viennent se fracasser directement contre les murs en béton des habitations côtières.
Ce phénomène crée un ressac ultra-violent. Lors des championnats du monde ISA, le public avait assisté, impuissant, au calvaire d’une longboardeuse en totale détresse, incapable de s’extraire de l’eau et projetée contre les structures en béton. En l’absence du vétéran Jordy Smith cette année (forfait sur blessure), les cadors du circuit comme Kanoa Igarashi ou les rookies vont devoir surveiller l’horaire des marées comme le lait sur le feu.
3. « Surf City » : D’une zone rouge au paradis des influenceurs
Il y a encore quelques années, le Salvador figurait parmi les pays les plus dangereux au monde en raison de la terreur imposée par les gangs. Tout a changé sous l’impulsion du président actuel au style de gouvernance ultra-autoritaire (souvent qualifié de dictateur), qui a fait incarcérer massivement les criminels. Pour redorer l’image du pays, l’État a tout misé sur le tourisme en labellisant toute une région « Surf City ».
Le pays déroule désormais le tapis rouge pour les pros de manière unique au monde : la municipalité embauche des caméramans professionnels à plein temps sur la plage pour filmer gratuitement les sessions libres des surfeurs étrangers et leur donner les fichiers vidéo pour leurs réseaux sociaux. Mieux encore, l’État invite et prend en charge directement certains surfeurs de renom pour s’assurer une communication parfaite.
Coup de tonnerre à quelques heures du lancement du Surf City El Salvador Pro. Le champion olympique et actuel leader du circuit mondial de la WSL, Italo Ferreira, a été victime d’un accident inattendu lors d’une session de free surf sur le spot d’El Sunzal.
Selon plusieurs témoins sur place, le Brésilien partageait une session tranquille tout en donnant des conseils à sa compagne lorsqu’un longboardeur débutant l’a percuté de plein fouet. La trajectoire mal maîtrisée de l’amateur a causé une coupure profonde au niveau du genou de la jambe avant du champion.
Évacué rapidement vers la ville côtière d’El Tunco, Italo Ferreira a dû recevoir plus de dix points de suture. Bien que la WSL confirme qu’il soit actuellement sous traitement, sans douleur aiguë et suivi de près par le staff médical, le doute plane sur sa participation. Positionné dans la série 9 du round 2, le Brésilien dispose d’environ deux jours de repos avant de devoir ramer sur les puissantes droites de Punta Roca. Sa décision finale dépendra uniquement du feu vert médical.
La Bretagne a ce truc en plus. Loin du surf business clinquant, c’est une terre de puristes, façonnée par les éléments. Cet hiver, l’Atlantique n’a laissé aucun répit : dépressions massives, pluie continue et tempêtes en série. Pourtant, sur cette côte ultra-découpée, le jeu consiste à traquer l’impossible. Peu importe la direction du vent, il y a toujours un pli de falaise pour s’abriter et dénicher un spot offshore bien propre.
C’est ce quotidien brut que retrace SEAFOAM, le tout dernier édit qui capture l’essence d’une saison dantesque. Au cœur du bouillon, Gaspard Larsonneur rappelle pourquoi il est l’un des surfeurs les plus stylés et respectés de l’Hexagone. Même dans le jus et le froid grisant, ses trajectoires restent fluides, engagées et d’une justesse rare.
L’homme de l’ombre derrière l’objectif
Mais une production de cette intensité ne se fait pas seule. On glorifie souvent ceux qui glissent, mais qu’en est-il de celui qui subit les bourrasques en gelant sur le rivage ? Le caméraman Robin Aussenac est la véritable cheville ouvrière de ce projet. (déformation professionnelle de mon ancienne carrière professionnelle)
Trépied ancré dans la roche glissante, les doigts engourdis par le vent glacial, il a su capter la lumière rare et l’ambiance mystique de cet hiver armoricain. Sans sa persévérance à tenir le boîtier sous les grains, cette immersion n’existerait pas.
Le salut sous le soleil marocain
Après des mois de résistance thermique et de pénombre, le besoin de rupture est devenu vital pour l’équipe. La seconde moitié de SEAFOAM opère un virage radical vers le Maroc.
Changement d’ambiance immédiat : place aux sessions sans cagoule, à la lumière dorée et aux longues droites parfaites des pointbreaks d’Afrique du Nord. Ce contraste thermique et visuel fait office de récompense ultime après une saison particulièrement éprouvante. Un édit sincère, qui transpire la passion du surf à l’état pur.
Imaginez la scène. Vous glissez tranquillement en foil au large après le boulot, et soudain, l’océan se soulève sous vos pieds. C’est la mésaventure complètement dingue vécue par Tavis Boise au large de Miramar Beach, en Californie.
Alors qu’il naviguait à environ 400 mètres du bord lors d’un downwind, le surfeur a vu surgir deux masses monumentales.
« On aurait dit de la terre ferme émergent de l’eau », raconte-t-il au Santa Barbara Independent.
Il s’agissait en réalité d’une baleine grise et de son baleineau en pleine migration vers le nord.
Tavis ralentit immédiatement pour respecter leur espace, mais la curiosité du jeune cétacé et l’instinct protecteur de la mère changent la donne. Sur les images spectaculaires de sa GoPro, on voit les mastodontes passer à quelques centimètres de sa planche.
C’est là que la session bascule : d’un simple coup de queue, la maman baleine génère une turbulence d’une puissance inouïe, catapultant littéralement le foiler dans les airs avant qu’il ne finisse dans les turbulences du remous.
Un aimant à créatures marines ?
Plus de peur que de mal pour l’Américain qui s’en sort sans une égratignure. Mais le plus fou dans cette histoire reste la probabilité d’un tel enchaînement :
Il y a un mois : Tavis filmait son ami Ron Takeda pris en chasse pendant de longues minutes par un grand requin blanc sur ce même spot.
Aujourd’hui : Il se fait éjecter par le plus grand mammifère de la côte.
Deux interactions virales et surréalistes avec la faune marine en à peine trente jours… Ce foiler a définitivement un aimant à monstres marins caché dans sa planche ! Ou alors…(ce n’est plus le 1er avril)
Le surf moderne est-il devenu trop lisse ? Entre les vidéos de trois secondes calibrées pour les algorithmes d’Instagram et des jeunes athlètes ultra-coachés qui ne mettent plus un pied à l’eau sans un adulte sur la plage, la culture glisse traverse une crise identitaire. C’est ce constat amer qui a poussé Enzo Cavallini, surfeur de 27 ans originaire de Guadeloupe, à injecter toutes ses économies dans un projet à contre-courant.
Pendant deux ans, entre deux compétitions et plusieurs blessures, il a financé lui-même ses billets d’avion pour capturer l’essence d’un surf sans filtre. Le résultat s’appelle Malware, un film de 20 minutes qui impressionne et lui permet de s’inviter dans la course au prestigieux Stab Edit of the Year.
Le choc thermique : de la Guadeloupe aux monstres d’Irlande
Réalisé par son compatriote Simon Levalois-Bazer, le projet jongle entre les tubes parfaits d’Indonésie, les vagues chaudes des Caraïbes et les beach breaks massifs d’Hossegor. Mais c’est en Irlande que le film bascule dans une autre dimension.
Là-bas, Enzo s’est attaqué aux dalles rocheuses les plus terrifiantes d’Europe (Mullaghmore, Riley’s) avec une approche radicale. Quand les locaux débarquent équipés de planches massives, de gilets gonflables de sécurité et de motomarines prêtes à les repêcher, le Français se jette à l’eau avec une simple combinaison et un équipement minimaliste. Une prise de risque maximale, dictée par le manque de budget, mais qui transpire à l’écran par une authenticité devenue rare.
Une claque visuelle contre la génération TikTok
Visuellement, Malware porte bien son nom. Le film s’ouvre sur un gamin découvrant un vieux DVD de surf poussiéreux, une relique d’une époque où l’on se posait encore devant un écran pour apprécier le style d’un athlète.
Loin des images 4K ultra-nettes, le montage s’amuse à détruire l’image : textures analogiques lo-fi, bugs numériques volontaires et musique à l’ambiance presque anxiogène. C’est hypnotique, brut, et surtout très aérien. Enzo Cavallini prouve qu’il n’a pas besoin de l’approbation des marques ou d’un format standardisé pour affirmer sa place parmi l’élite européenne. Reste une question cruciale posée par les réalisateurs : un adolescent d’aujourd’hui, nourri aux vidéos courtes, aura-t-il encore l’attention nécessaire pour regarder ce chef-d’œuvre jusqu’au bout ?
Le surf et la baignade ont parfois un visage bien sombre. Dimanche dernier, la plage de Piedade, située à Jaboatão dos Guararapes près de Recife, a été le théâtre d’une scène d’horreur absolue. Un jeune garçon de seulement 11 ans y a perdu sa jambe gauche après l’attaque d’un squale, sous les yeux terrifiés de sa famille.
PS: nous avons décidé de ne pas diffuser les images
« S’il vous plaît, ne me laissez pas mourir »
Alors qu’il se baignait vers 13h40, l’impensable s’est produit. Son oncle, sorti de l’eau quelques instants plus tôt, raconte avoir entendu un bruit étrange. En se retournant, l’eau était déjà rouge de sang. Dans un élan de courage, il a plongé pour extirper son neveu des vagues. Conscient malgré le choc, l’enfant a supplié les sauveteurs de le sauver. Transféré en urgence absolue à l’Hospital da Restauração, les chirurgiens ont dû se résoudre à l’amputation. Ses jours ne sont aujourd’hui plus en danger.
Un « hotspot » mondial sous haute surveillance
Ce secteur de la région de Pernambouc est connu des surfeurs pour être l’un des points noirs de la planète concernant les attaques. Nous déconseillons aux surfeurs français de se surfer sur la zone. L’accident s’est d’ailleurs produit dans une zone pourtant truffée de panneaux de signalisation interdisant la baignade. Il s’agit de la 83ème attaque recensée dans l’État depuis 1992, et la 24ème sur cette seule plage de Piedade. Une des plages les plus danegreuses au monde.
Bien que l’espèce de requin (probablement un bouledogue ou un tigre) n’ait pas été identifiée, ce drame rappelle cruellement le décès d’un adolescent de 13 ans en janvier dernier sur la plage voisine de Del Chifre. Une tension palpable alors que l’élite mondiale du surf s’apprête à débarquer dans le pays du 19 au 27 juin 2026 pour le Vivo Rio Pro.
Le surf en Bretagne fêtera bientôt ses 100 ans, mais à quoi ressemblera-t-il vraiment ? Le surfeur pro Yan Fontaine s’est prêté au jeu dans une vidéo futuriste et totalement décalée qui imagine notre quotidien en 2065.
Oubliez la liberté sauvage de La Torche. Dans ce futur ultra-connecté, le surf est devenu électrique, assisté par une réalité virtuelle indispensable pour « rendre les vagues moins pourries ». Pire encore, pour éviter la surpopulation sur les spots, l’accès à l’eau est rationné : vous n’aurez le droit qu’à une heure et quinze minutes de session par jour, sur des créneaux ultra-verrouillés.
Face à cette dérive technologique, le vieux briscard breton hausse le ton. Pour lui, le surf moderne se résume à des « branleurs » armés de smartphones qui analysent le vent à la seconde près. Rien à voir avec l’époque bénie où l’on checkait les spots à l’aveugle, comme une vraie chasse aux champignons. Une satire hilarante, mais terriblement efficace.
La première houle significative de la saison de l’hémisphère sud a déferlé sur Teahupo’o, en Polynésie française, produisant l’une des images les plus marquantes de l’année dans le surf mondial.
Positionné dans le chenal, le photographe Guy Mac a été violemment touché par l’explosion d’eau projetée par un tube de 6 mètres. La vague était surfée en tow-in par Matahi Drollet, lancé par son compatriote tahitien Tavaitoa David. La vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, cumule des millions de vues et illustre crûment la puissance du spot polynésien. Guy Mac est sorti indemne de l’incident.
James Kusitino : le wipeout qui fait mal à regarder
Le Fidjien James Kusitino a lui subi l’un des chutes les plus violentes de la session, recevant la lèvre de plein fouet. Il s’en est sorti par miracle sans dégât. Par contre, deux surfeurs ont du être évacué avec des blessures au dos. Un grand bravo à la water patrol.
Cette houle, générée dans le sud-ouest du Pacifique avec des mers entre 12 et 14 mètres, doit encore toucher les côtes sud d’Hawaï avant de rejoindre la Californie du Sud.
C’est la douche froide pour les fans de power surfing. Alors qu’il devait défendre son titre décroché en 2025 sur la mythique droite de Punta Roca, Jordy Smith vient d’annoncer son retrait de l’épreuve salvadorienne pour cause de blessure.
Si la World Surf League n’a pas encore précisé la nature exacte de ce pépin physique, les conséquences au classement sont, elles, très claires. Actuellement enlisé à la 26ème place mondiale avec une saison 2026 compliquée (trois 17èmes places et une 9ème), le colosse sud-africain joue sa survie sur le Championship Tour. Sans un miracle lors de la seconde moitié de saison, il n’atteindra pas le top 22 qualificatif pour 2027. À 38 ans, on l’imagine mal retourner batailler sur les vagues souvent ingrates des Challenger Series.
L’ironie du sort pour Matt McGillivray
Pour remplacer Smith, la WSL a fait appel à son compatriote Matt McGillivray. Le clin d’œil du destin est cruel quand on sait que c’est précisément McGillivray que Jordy avait battu en finale ici-même l’an dernier.
Première victime du mid-season cut la saison passée, McGillivray a soif de revanche. Mais le retour aux affaires s’annonce corsé : il va devoir dompter le nouveau format sans élimination directe qui donne du fil à retordre à beaucoup de surfeurs. Son premier obstacle en round 1 ? Ramzi Boukhiam. Et s’il passe, c’est l’actuel leader du classement, Italo Ferreira, qui l’attendra de pied ferme.
Le malheur de l’un fera-t-il la gloire de l’autre ? Réponse la semaine prochaine.
La fin du mois de mai a offert un visage aussi exceptionnel que terrifiant à San Francisco. Alors que les locaux s’attendent habituellement à des vents onshore et des conditions printanières médiocres, Ocean Beach s’est réveillée avec une houle digne du mois de janvier. Au menu : des vagues massives, poussées par un swell ouest de 20 secondes de période et un vent offshore hurlant. Des conditions rares, mais qui ont prélevé un lourd tribut.
Un signal de détresse au milieu du line-up
Vers 13h20 ce jeudi, près de Lincoln Avenue, les sauveteurs ont repéré un surfeur agitant les bras, un signal universel de détresse. Malgré l’intervention immédiate d’un garde-côte hors service qui surfait la zone et de trois sauveteurs, l’homme d’une cinquantaine d’années a été retrouvé inconscient, face contre l’eau.
Ramené d’urgence sur le sable pour des manœuvres de réanimation, il a été transporté dans un état critique avant de malheureusement succomber à l’hôpital. Si les pompiers locaux évoquent la piste d’une crise cardiaque, l’océan nous rappelle brutalement que même la session de nos rêves peut basculer en une fraction de seconde. Nos pensées accompagnent la communauté locale et les proches de la victime.
Le monde du surf de gros est en deuil. Ce mercredi 27 mai 2026, l’Australien Nathan Bartlett, figure respectée du surf underground, a perdu la vie à l’âge de 43 ans alors qu’il défiait un slab massif à Jervis Bay, sur la côte sud du pays.
Une session fatale entre frères
Nathan Bartlett n’était pas un compétiteur en quête de projecteurs, mais un véritable waterman, admiré de tous pour son engagement absolu dans les vagues les plus massives de la mer de Tasman. Il partageait cette session de gros swell avec son frère, Byron Bartlett, lui aussi surfeur chevronné.
Selon les premières informations, Nathan aurait subi un violent choc à la tête, le laissant inconscient dans l’eau. Malgré l’intervention rapide des secours aux alentours de 13h50, le quadragénaire n’a malheureusement pas pu être réanimé.
Un miraculé de l’océan
Ce drame résonne douloureusement dans la communauté, d’autant que Nathan Bartlett avait déjà trompé la mort de manière spectaculaire par le passé. En 2017, lors d’un terrible wipeout à Desert Point, en Indonésie, son cœur s’était arrêté après un drop ultra-tardif. Repêché sans pouls par des surfeurs brésiliens qui lui avaient prodigué un massage cardiaque d’urgence, il s’en était sorti miraculeusement après une lourde reconstruction faciale.
Un héritage gravé dans le reef
Marié et père de deux enfants, il laisse derrière lui une famille soudée et une communauté locale sous le choc à Manyana. Son fils, Taylor Bartlett, marche déjà dignement sur ses traces, s’illustrant récemment comme l’un des meilleurs espoirs mondiaux du tube en remportant la division des moins de 10 ans du BL’s Blast Off.
Nathan Bartlett incarnait le surf dans sa forme la plus pure : l’amour du risque, la quête des vagues lourdes et le respect de l’océan, loin du strass et des sponsors. Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches.
Alerte masterclass dans les Landes. Ce vendredi 29 mai, dès 17h30, Jon Pyzel pose ses templates chez Embassy Surf Supply (165 Av. des Rémouleurs, Soorts-Hossegor).
On parle quand même du shaper de John John Florence (d’ailleurs de toute la famille) et du surfeur français Kyllian Guerin. C’est la chance de votre année pour lui commander une board sur-mesure en direct, mais attention : les slots pour son Euro Tour sont ultra-limités.
L’équipe d’Icones Surf sera sur place pour checker les shapes et partager une bière fraîche avec la légende. Passez au shop caler votre custom avant qu’il ne soit trop tard.
Le mois de mai ne faillit pas à sa réputation. Le Pacifique Sud vient de délivrer sa première véritable bombe de la saison, transformant le mythique spot de Teahupo’o en un chaos de vagues dantesques. Propulsée par une tempête massive aux vents de plus de 40 nœuds, la houle de sud-sud-ouest a levé des vagues de 15 à 20 pieds les 26 et 27 mai derniers.
Si les conditions massives exigeaient un engagement total, un homme a rappelé à la planète entière pourquoi il règne sans partage à la maison. Tout juste rentré du CT, le local Kauli Vaast s’est fendu d’une masterclass absolue. On attend plus d’images dans les prochaines heures
On les croise tous les matins au beach break, la truffe collée aux webcams ou en train d’enfiler une combinaison encore humide sur un parking de Nouvelle-Aquitaine. Mais sait-on vraiment comment vivent, consomment et pensent les surfeurs de l’Hexagone ?
L’EuroSIMA et l’Union Sport & Cycle viennent de jeter un énorme pavé dans le line-up en publiant une grande enquête. Un panel ultra-robuste de 2 300 pratiquants (des passionnés, des vrais : 60 % affichent plus de 10 ans de glisse au compteur) a accepté de vider son sac, son armoire et son compte en banque.
Entre petits arrangements professionnels, budgets sacrés et grosses contradictions écologiques, on a décortiqué les chiffres. Accrochez-vous, les résultats sont parfois surprenant.
Le surf business : ce que nous coûte vraiment notre passion
Disons-le clairement : le surf est devenu un sport de riches, ou du moins de grands passionnés prêts à d’énormes sacrifices financiers. Le cœur de notre pratique reste la planche, et là-dessus, les chiffres ne mentent pas.
La planche de surf : l’amour du sur-mesure
En moyenne, un surfeur français dépense 635 € pour sa monture. Un investissement qu’il renouvelle tous les 2 ans. Mais la statistique qui fait vibrer notre corde romantique est ailleurs : 50 % des surfeurs interrogés ont déjà possédé une planche sur-mesure (custom), et parmi eux, 90 % sont passés par un shaper local ou un petit atelier indépendant. Mieux encore, 69 % se disent intéressés par cette démarche pour leur prochain achat.
Du côté des marques industrielles, le marché est ultra-atomisé (plus de 150 marques citées), mais le géant Al Merrick / Channel Islands conserve la tête du pic avec 9 % des suffrages, talonné par Lost (5 %) et JS Industries (4 %).
PS: nous ne sommes pas d’accord avec ces chiffres, car ils reflètent un panel de passionnés dont 60% ont plus de 10 ans de pratique.
La combinaison : le consommable indispensable
Pour affronter les eaux de l’Atlantique ou de la Manche, la combinaison reste le nerf de la guerre. Les surfeurs dépensent en moyenne 250 € pour leur néoprène, avec une fréquence de renouvellement fixée à 31 mois (soit un peu plus de deux ans et demi). Ici, la fidélité est plus forte que pour les planches : 42 % des pratiquants rachètent systématiquement la même marque, guidés d’abord par la qualité, le prix et l’adaptation à leur morphologie.
Le paradoxe écologique : vert dans l’âme, mais pas trop dans le portefeuille
C’est le point chaud de cette étude EuroSIMA. On aime tous l’océan, les sessions sauvages et la nature préservée. Mais quand vient le moment de passer à la caisse ou de changer nos habitudes de voyage, le vernis éco-responsable se craquelle un peu.
Le prix de l’éco-conception
Certes, 89 % des surfeurs se disent prêts à payer un surcoût pour une planche éco-conçue ou plus respectueuse de l’environnement. Un chiffre magnifique sur le papier. Sauf que dans la réalité, le montant moyen de ce surcoût accepté n’est que de 46 € (soit entre 5 et 10 % du prix d’une planche neuve).
31 % des acheteurs refusent de mettre plus de 31 à 50 € de surplus.
Seuls 11 % acceptent de débourser plus de 100 € pour sauver la planète.
Le constat est identique concernant les critères RSE qui importent le plus : si la durabilité du produit arrive en tête (74 %), les critères de transport (23 %) ou le packaging (12 %) n’intéressent presque personne.
Les ailes du désir (de vagues)
Deuxième contradiction : le voyage. Si 42 % des personnes interrogées affirment réduire l’usage de l’avion par conscience écologique et 40 % privilégient les vacances en France, ils sont 38 % à admettre ne faire strictement aucun effort sur ce plan-là. Pire, pour ceux qui s’envolent vers des destinations lointaines, 48 % choisissent leur compagnie aérienne uniquement en fonction de sa politique de transport des planches. Le barrel à l’autre bout du monde passe avant le bilan carbone.
Métro, boulot, surf : quand la session dicte l’agenda
Le surf n’est pas un loisir du dimanche, c’est une organisation militaire. L’étude montre à quel point la glisse façonne le quotidien des pratiquants.
71 % des surfeurs aménagent leur temps de travail pour pouvoir aller surfer (28 % le font « souvent », 43 % « parfois »).
46 % d’entre eux vivent et pratiquent à moins de 10 km de leur domicile (et 80 % à moins de 50 km).
Le surfeur français est donc un opportuniste ultra-localisé, capable de poser un RTT en urgence ou de décaler une réunion Zoom si la marée et le vent s’alignent proprement.
Cette pratique est aussi un art de vivre qui s’anticipe : 58 % surfent toute l’année sans interruption hivernale, et 37 % se mettent à l’eau plusieurs fois par semaine. Pour la dimension sociale, si le surf reste une action individuelle au pic, 82 % déclarent pratiquer en groupe ou en communauté, notamment avec des amis (56 %) ou en famille (37 %).
Ce que cachent nos armoires : la check-list du vestiaire
Pour finir, l’étude s’est penchée sur l’intimité de nos vestiaires et de nos garages. Au-delà de la planche et de la combi, le surfeur accumule un équipement bien spécifique.
L’équipement textile et matériel en chiffres :
Équipement
Taux de possession
Prix moyen
Fréquence de renouvellement
Chaussons néoprène
88 %
–
–
Boardshort
79 %
56 €
34 mois
Bikini
78 %
64 €
24 mois
Grip arrière (Pad)
63 %
–
–
On note une domination écrasante de certaines marques historiques sur les pièces textiles phares. Il est important de noter que les chiffres sont basés sur du déclaratif, c’est à dire les marques préférées, mais pas forcément celles achetées. Pour les boardshorts, le trio Quiksilver (26 %), Rip Curl (16 %) et Billabong (11 %) verrouille le marché. Chez les femmes, Roxy mène la danse sur le marché du bikini (23 %), suivi de près par Billabong (19 %) et Rip Curl (18 %).
Côté hardware, la marque FCS assoit une hégémonie quasi-totale. Elle équipe 52 % des surfeurs en dérives via son système FCS 2 (auxquels s’ajoutent 27 % pour le FCS 1) et domine outrageusement le marché du grip arrière avec 32 % des planches équipées.
Une dernière statistique pour briser un vieux débat de parking ? Le line-up français compte désormais 59 % de Regular (pied gauche devant) pour 41 % de Goofy (pied droit devant). De quoi anticiper vos priorités lors de la prochaine session sur un pic en peak-split !
Fabiano Duarte da Costa voulait juste attraper des vagues au Costa Rica. Il a failli ne jamais rentrer chez lui. En cause : un poisson-aiguille, la menace que personne ne voit venir.
Un matin ordinaire qui vire au cauchemar
Le 26 mai 2026, Fabiano Duarte da Costa, 42 ans, prof d’éducation physique et instructeur de canoë originaire d’Itajaí au Brésil, était en session à Playa Pavones. Un spot de surf costaricien réputé, pas une zone de guerre. Et pourtant, c’est là qu’un poisson-aiguille a jailli de l’eau pour lui perforer le cœur. Littéralement.
Sa femme, Priscila Carlesso, résume la situation avec une sobriété déchirante : « Fabiano est allé surfer et tout a basculé. » On peut difficilement dire mieux.
La chance dans ce tableau apocalyptique ? Un médecin se trouvait par hasard sur la plage. Sans lui pour stabiliser Fabiano, l’histoire s’arrêtait là.
Une évacuation d’urgence et une chirurgie cardiaque complexe
Pris en charge dans un hôpital local, le surfeur a ensuite été évacué par hélicoptère jusqu’à San José, où il a subi une opération cardiaque lourde. Il est aujourd’hui hors de danger, mais les épreuves sont loin d’être terminées : les frais médicaux s’accumulent et il lui faut encore rentrer au Brésil. Sa femme a lancé une cagnotte en ligne pour financer son rapatriement.
Le poisson-aiguille, une menace sous-estimée
Ce genre d’accident est rarissime… mais pas inédit. En 2024, la surfeuse italienne Giulia Manfrini avait été empalée dans la poitrine par un poisson-aiguille lors d’une session aux Mentawai. Elle n’avait pas survécu. Deux accidents, deux trajectoires différentes. Un rappel brutal que la mer n’offre aucune garantie, même dans ses meilleurs jours.
L’avènement de la Brazilian Storm au milieu des années 2010 a agi comme un coup de pied dans la fourmilière du surf mondial. Quand Gabriel Medina et Adriano de Souza ont commencé à truster les podiums mondiaux, brisant l’hégémonie historique des Américains, des Australiens et des Hawaïens, le line-up international s’est crispé. Derrière les écrans et dans l’eau, une vague de critiques virulentes, frôlant parfois la xénophobie, a déferlé sur les surfeurs auriverde.
Mais d’où vient ce désamour persistant, et est-il partagé de la même manière partout sur la planète, notamment en Europe ?
Le procès anglo-saxon : intensité, « snaking » et survie financière
Pour comprendre la genèse de cette tension, il faut se pencher sur les reproches classiques formulés par la presse et les forums anglophones. On accuse souvent les Brésiliens de surfer « en meute », d’adopter une attitude ultra-agressive à l’eau (le fameux snaking ou vol de priorité) et de vouloir saturer le line-up en attrapant la moindre vague.
Pourtant, cette intensité s’explique par une réalité socio-économique flagrante que l’establishment du surf a longtemps refusé de voir :
L’absence de plan B : Contrairement à leurs homologues californiens ou australiens, les pros brésiliens n’ont pas de filet de sécurité. Le marché lucratif du freesurf ou les rôles de consultants dans l’industrie leur sont historiquement fermés. Un John John Florence ou un Dane Reynolds peuvent briller hors compétition via des productions vidéo multimillionnaires. Pour un Brésilien, exister signifie gagner des séries. C’est le surf de la dalle contre le surf du confort.
La conquête des gros morceaux : Longtemps cantonnés au statut de « grovelers » (bons uniquement dans les petites vagues de beach breaks), ils ont prouvé leur polyvalence. Les performances de Medina à Teahupoo ou de Carlos Burle et Maya Gabeira à Nazaré ont définitivement enterré le mythe selon lequel ils ne savaient pas charger le gros surf.
L’exception française : une proximité culturelle historique
Si le ressentiment a été fort dans les pays anglo-saxons, le regard européen – et particulièrement français – s’avère beaucoup plus tempéré. En réalité, sur les plages landaises ou basques, les Brésiliens ne souffrent pas de ce désamour systématique.
Cette tolérance s’explique d’abord par la porte d’entrée du surf européen : le Portugal. L’absence de barrière de la langue y favorise une intégration naturelle. Côté français, l’histoire même de notre surf de haut niveau est intimement liée à des figures franco-brésiliennes majeures. Des surfeurs comme les frères Patrick et Yannick Beven, ou encore Eric Rebière, ont été les piliers et les parrains de l’âge d’or du surf de performance dans le Sud-Ouest.
De plus, la culture du surf en France s’est nourrie d’une autre passion importée du Brésil : le jiu-jitsu brésilien (JJB). Depuis les années 90, les plages landaises et basques ont vu leurs profs et leurs locaux adopter massivement cette discipline pour l’entraînement hivernal. Cette hybridation culturelle a créé des ponts de respect mutuel solides, loin des tensions observées en Indonésie ou aux Maldives, ou dans le reste du monde.
Ce qui agace vraiment les Européens : l’esthétique et le « claim »
Pour autant, le surfeur français n’est pas sans reproches envers ses cousins d’Amérique du Sud. Mais ici, la critique n’est pas identitaire, elle est purement esthétique et comportementale. Deux points précis cristallisent l’agacement sur nos côtes :
L’over-claiming systématique : S’il y a bien une chose que le purisme européen déteste, c’est la célébration excessive à destination des juges. Lever les bras au ciel et hurler après une vague moyenne est perçu comme un manque d’élégance. Le milieu se souvient encore, non sans ironie, de Caio Ibelli revendiquant de manière théâtrale un ride médiocre noté 3 points.
Le tout-aérien au détriment du rail-to-rail : La culture surf européenne reste très attachée au style pur, aux trajectoires fluides et aux carves puissants. La tendance de la nouvelle école brésilienne à vouloir placer des airs sur chaque section, quitte à casser le rythme de la vague, lasse parfois les observateurs. Le public français aime l’innovation, mais seulement si elle respecte la beauté de la vague.
La prétendue « haine » envers les surfeurs brésiliens s’essouffle à mesure que le sport se globalise. La rage de vaincre de la Brazilian Storm a redéfini les standards du professionnalisme, forçant le reste du monde à sortir de sa zone de confort. Si leur exubérance continue parfois de diviser les puristes au pic, leur place au sommet du patrimoine mondial de la glisse est désormais indiscutable.
Le thermomètre explose, l’océan appelle, mais le piège est grand ouvert. Depuis une semaine, le Sud-Ouest étouffe sous une canicule précoce avec des températures dépassant les 30°C. Si l’eau s’est réchauffée, elle reste traîtresse et cache un danger d’autant plus redoutable que les plages ne sont pas encore surveillées avec les pleins effectifs. Ce week-end, le bilan est lourd : deux personnes ont perdu la vie, emportées par les baïnes à Lacanau et Lège-Cap-Ferret. On a entendu des histoires avec de nombreux baigneurs en difficulté.
Au total, les secours ont dû intervenir pour 31 personnes en détresse sur le seul littoral girondin (sans parler des autres départements et des nombreux témoignages reçus). Avec des effectifs de sauveteurs réduits, voire inexistants à cette période de l’année, la situation devient critique. Les vagues actuelles ne semblent pas massives, mais cette petite houle printanière suffit à lever des courants de baïnes ultra-violents, surprenant les baigneurs venus chercher un peu de fraîcheur.
Le surfeur, premier et dernier rempart
Dans ce contexte de « vigilance maximale » décrétée par la préfecture, la communauté surf se retrouve en première ligne. Dotés d’une planche et d’une lecture affûtée du plan d’eau, nous sommes souvent les seuls témoins capables d’agir rapidement.
Cependant, la règle d’or absolue reste d’éviter le sur-accident. Si vous repérez une personne en difficulté dans une baïne :
Ne vous jetez pas à l’eau tête baissée si vous n’avez pas le niveau pour ramener quelqu’un.
Donnez l’alerte immédiatement en prévenant les secours (le 112) ou les locaux plus expérimentés sur la plage.
Utilisez votre matériel (votre board) comme flotteur pour sécuriser la victime, sans jamais vous faire agripper ou submerger. Et attendez les secours.
Autre danger, comme il n’y a pas de baignade surveillée, de nombreux baigneurs peuvent se retrouver dans votre trajectoire e fin de vague.
Profitez des vagues, mais gardez un œil grand ouvert sur ceux qui n’ont ni vos dérives, ni votre expérience de la glisse. Ce mois de mai ne pardonne pas.
Chaque année en mai, c’est le même rituel. Dès que la North Shore s’endort, une véritable migration s’opère : la crème du surf hawaiien met le cap sur la Polynésie et en Indonésie. Tahiti devient alors leur seconde maison.
Dernier exemple en date ? Mason Ho. Pour lui, la gauche de Teahupo’o est presque une vague « normale » : pas de roche qui dépasse, pas de falaise à frôler. Juste un énorme tube qui aspire sur un récif de corail tranchant. Au programme de ses dernières sessions sbackside : des tubes, des tubes et encore des tubes….
600 € la planche de surf, 300 € la combinaison, destinations tropicales transformée en Disneyland aquatique. La vague a tout emporté sur son passage — y compris l’âme du surf.
Il fut un temps — pas si lointain — où un surfeur se reconnaissait à ses pieds calleux, sa planche ébréchée et son van en bout de vie garé face à l’océan. Aujourd’hui, il se reconnaît à son application de météo marine payante, sa combinaison à 340 € et son abonnement à la wave pool du coin. Bienvenue dans le surf nouvelle génération : même adrénaline, budget multiplié par dix.
La question agite les lineups depuis des années, mais elle n’a jamais été aussi urgente. Sur le podcast Stab Mike, Nathan Fletcher — fils de la légende Herbie Fletcher, icône du big wave — lâche sans détour ce qui dérange : les destinations de surf sont désormais calibrées pour des gens qui travaillent toute leur vie avant de découvrir le surf, et non plus pour ceux qui ont consacré leur vie à l’océan. Un aveu d’une franchise brutale, venant d’un passionné du milieu.
La grande braderie du matériel
Commençons par les fondamentaux. Une planche de surf de marque correcte : à partir de 600 €. Une combinaison qui ne vous transforme pas en bloc de glace en décembre : 300 €. Un leash pour ne pas perdre ladite planche : 50 €. Un pad arrière — soit littéralement un morceau de mousse texturée collée sur votre planche — également dans les 50 €. Total pour sortir dans l’eau convenablement équipé : on approche allègrement les 1 000 €, sans avoir acheté une seule heure de cours ni réservé le moindre voyage.
Et encore, on parle d’entrée de gamme raisonnable. Parce qu’à côté, les grandes enseignes de sport outdoor ont compris le filon : surfer est devenu un lifestyle. On ne vend plus du matériel, on vend une identité. Une certaine influenceuse — moins de 30 ans, combinaison flambant neuve, planche assortie — parade fièrement avec son équipement acheté dans une chaîne de distribution. Les surfeurs punks des années 80-90 en mode PLS.
« C’est désormais calibré pour des gens riches qui surfent en hobby, pas pour le surfeur qui a sacrifié sa vie à l’océan. »Nathan Fletcher, Stab Mike Podcast
L’inflation a avalé les spots
Le problème ne s’arrête pas au parking du shop. Il traverse les océans. Bali, pendant des décennies le paradis abordable du surfeur au budget serré, est devenu un terrain de jeu pour touristes aisés. Les prix ont explosé, les guides se multiplient — Nathan Fletcher lui-même raconte s’être vu imposer un guide dans un spot qu’il fréquente depuis des années, sans que personne n’en ait eu besoin avant. La logique économique a rattrapé le mythe.
L’Indonésie, jadis terra incognita où quelques bateaux solitaires se partageaient des vagues désertes, compte aujourd’hui des camps terrestres, des stations wifi, des aéroports internationaux, et des spots où dix bateaux attendent au line-up dès l’aube. En vingt-cinq ans. Le surfeur a été sorti du game par son propre engouement, victime de la médiatisation qui l’a rendu célèbre.
« Vous alliez dans des endroits incroyables avec un budget de surfeur. Maintenant, c’est 5 dollars le café, le wifi, et vous êtes là à vous dire : mais qu’est-ce qui s’est passé au juste ? »Nathan Fletcher
La culture s’est noyée dans le marketing
Ce qui se perd dans l’histoire, c’est peut-être l’essentiel : une culture. Les trade shows où se croisaient shaper, photographe, pro et gamin de 15 ans fans. Les magazines où le surfeur du bout du monde pouvait décrocher une couverture. Les sponsors qui misaient sur des personnalités, pas sur des métriques d’engagement. Cette époque est révolue. Ce qui reste ? Des wave pools à abonnement, des influenceurs en combinaison neuve, et des resorts qui ont compris qu’un cadre supérieur de 45 ans découvrant le surf représente un pouvoir d’achat bien supérieur à celui d’un kid de 20 ans qui dort dans son van.
Le surf a toujours coûté cher — c’est là un mythe à déconstruire. Même dans les années 80, une planche représentait un investissement significatif. Mais la dernière décennie a creusé un fossé net entre ceux qui peuvent vraiment pratiquer — voyager, se former, s’équiper correctement — et ceux qui regardent les vagues depuis le bord, iPad à la main, pour choper le meilleur angle Instagram. Le surf baba cool ? Il ne survit que dans les représentations mentales de gens qui ne l’ont jamais pratiqué.
Alors, sport de riches ?
Pas tout à fait — et c’est là que la réponse devient nuancée. L’océan, lui, ne facture toujours rien. On peut encore surfer avec une planche d’occasion à 150 €, une combi de seconde main et du sel dans les yeux. Mais le surf tel qu’il se pratique désormais, tel qu’il se vend, tel qu’il se montre — celui-là, oui, s’est offert un lifestyle upgrade dont tout le monde n’a pas les moyens. La vague a changé de main. Et quelque part, dans un van en bout de piste, un vieux surfeur aux pieds salés lève les yeux au ciel.
Le Corona Cero New Zealand Pro présenté par Bonsoy, quatrième étape du World Surf League (WSL) Championship Tour (CT) 2026, s’est achevé en apothéose sur le mythique pointbreak de Manu Bay, à Raglan. Dans des conditions parfaites offrant des vagues de plus d’un mètre cinquante, la compétition a sacré deux légendes de la discipline, champions olympiques à Tokyo et champions du monde 2019 : l’Hawaïenne Carissa Moore et le Brésilien Italo Ferreira. Cette étape inaugurale sur le sol néo-zélandais restera gravée dans les mémoires, marquée par le triomphe de deux athlètes récemment devenus parents.
Le retour triomphal et symbolique de Carissa Moore
Éloignée du circuit régulier depuis deux saisons pour donner naissance à sa fille Olena, la quintuple championne du monde Carissa Moore a signé un retour fracassant au premier plan. Dominant la compétition de bout en bout sur cette longue gauche néo-zélandaise, l’Hawaïenne a survolé chaque série. Elle a notamment signé le total le plus élevé de la saison en demi-finale avec un score quasi parfait de 19,00 points sur 20.
En finale, Moore a dû faire face à la fougue de la jeune Américaine Sawyer Lindblad (20 ans). Menée après une note de 9,00 points de la Californienne, Moore a su répliquer à six minutes de la sirène grâce à un enchaînement engagé de trois manœuvres puissantes sur le backhand, gratifié d’un 9,40. Avec cette 29e victoire en carrière, elle consolide sa deuxième place historique au classement des victoires sur le CT et se repositionne au 6e rang mondial. Ce succès résonne comme un hommage à sa première victoire professionnelle acquise ici même en Nouvelle-Zélande en 2010, alors qu’elle n’avait que 17 ans.
Italo Ferreira s’empare de la place de numéro un mondial
Chez les hommes, Italo Ferreira a fait parler sa vitesse et son surf aérien explosif pour dominer l’Australien Morgan Cibilic. Face aux trajectoires puissantes et aux gros turns sur le backside de son adversaire, Ferreira a fait la différence en envoyant deux airs reverses consécutifs sur la même vague pour obtenir un score de 9,33.
Grâce à cette 11e victoire sur le CT, sa première depuis plus d’un an, le surfeur brésilien s’empare de la tête du classement mondial et portera le lycra jaune de leader lors de la prochaine étape au Salvador. Cette victoire confirme la mainmise de la « Tempête Brésilienne » sur la saison 2026, le Brésil comptant désormais six représentants aux avant-postes du classement mondial.
Résultats des finales du Corona Cero New Zealand Pro 2026
Finale Femmes
1. Carissa Moore (HAW) : 17.90 points
2. Sawyer Lindblad (USA) : 16.67 points
Finale Hommes
1. Italo Ferreira (BRA) : 17.50 points
2. Morgan Cibilic (AUS) : 15.80 points
Demi-finales Hommes
Série 1 : Morgan Cibilic (AUS) 15.34 bat Griffin Colapinto (USA) 12.20
Série 2 : Italo Ferreira (BRA) 15.10 bat Yago Dora (BRA) 12.33
Le spot mythique de Manu Bay, en Nouvelle-Zélande, vient de vivre les minutes les plus folles et les plus flippantes de l’histoire du circuit mondial. Alors que la deuxième demi-finale masculine du New Zealand Pro battait son plein, le klaxon de la WSL a retenti pour une raison totalement inédite : une attaque en direct.
L’instant où tout a basculé à Manu Bay
Le légendaire photographe aquatique Ed Sloane flottait tranquillement au line-up, palmes aux pieds, pour shooter les trajectoires d’Italo Ferreira et Yago Dora. Soudain, de violents éclaboussements et un saut désespéré sur le jet-ski de la Water Patrol ont glacé le public. Une créature marine de grande taille venait de lui enfoncer les dents dans la cheville.
Face à l’urgence, le directeur du circuit, Renato Hickel, a pris une décision historique : activer le tout premier Code Red de l’histoire de la WSL. Les surfeurs ont été évacués de l’eau en urgence absolue.
« Les secours ont trouvé des marques de morsure profondes et sa palme a carrément été arrachée », confie un paramédical sur place.
Transporté d’urgence à l’hôpital dans un état stable, Ed Sloane a rapidement donné des nouvelles rassurantes, remerciant la patrouille pour leur réactivité légendaire.
Requin plat-nez ou otarie territoriale ?
La question qui brûle toutes les lèvres sur le parking : qu’est-ce qui s’en est pris à Sloane ? Si le staff médical a d’abord évoqué une otarie à fourrure un peu trop agressive, les locaux penchent plutôt pour un coup du requin plat-nez (Sevengill), un prédateur très commun dans les eaux de l’île du Nord. C’est exactement cette espèce qui avait mordu le jeune Elliot Paerata-Reid au même endroit en 2006.
Après de longues minutes d’angoisse et l’évacuation de quelques groms locaux qui tentaient bêtement de braver l’interdiction pour choper les vagues vides, la compétition a pu reprendre. Italo Ferreira a finalement survolé les débats pour s’offrir la victoire face à Morgan Cibilic, tandis que la nouvelle maman Carissa Moore dictait sa loi chez les femmes. Mais à Raglan, l’histoire retiendra surtout ce frisson venu des profondeurs.
On vous avait dit que le New Zealand Pro allait finir en beauté. Ce n’était pas qu’une promesse de communiqué de presse. La Journée 5 du Corona Cero New Zealand Pro Presented by Bonsoy à Raglan a tenu toutes ses promesses, avec deux performances qui vont rester dans les mémoires.
Dora sort le 10 parfait au moment où tout semblait perdu
Yago Dora (BRA), champion du monde en titre, était au bord du gouffre. Cole Houshmand venait de placer deux 8.50 d’affilée et le Brésilien avait besoin d’un 9.50 minimum, avec trois petites minutes au compteur. Là où d’autres auraient plié bagage mentalement, Dora a lancé un air avec rotation complète suivie d’un layback monumental. Les cinq juges ont affiché 10.00 à l’unanimité — le premier score parfait de la saison. Total de la série : 17.50. Le cadeau d’anniversaire en retard le plus spectaculaire du circuit.
Moore, 19.00 et une fille qui apprend à applaudir
En demi-finale féminine, Carissa Moore (HAW) a posté le meilleur total de la saison avec un score quasi-parfait de 19.00 sur 20, enchaînant trois notes dans les 9 points face à sa compatriote Bettylou Sakura Johnson. La championne olympique a surfé comme si elle avait quelque chose à prouver — et ce quelque chose, c’était peut-être à sa fille d’un an qui regardait depuis la plage. Difficile de faire plus fort comme décor de compétition.
Le programme de la finale
Côté hommes, Dora affrontera Italo Ferreira dans un choc de champions du monde brésiliens. De l’autre côté du tableau, Griffin Colapinto (USA), auteur d’un 17.10 face à Filipe Toledo (grosse surprise l’élimination de celui qui dominait jusqu’à présent le tableau masculin), jouera contre Morgan Cibilic (AUS). Chez les femmes, Moore retrouvera Sawyer Lindblad (USA), 20 ans, qui rêve de son premier titre CT.
Le premier appel est à 7h15 NZST, ce qui correspond à 20h15 heure française (CEST, UTC+2) – Le départ possible de la finale est à 20h35 heure française.
Le World Championship Tour (WCT) est une machine à uniformiser les trajectoires, les styles, les planches de surf. Depuis l’avènement du Thruster au début des années 1980, le shortboard trois dérives ultra-performant, étroit et au rocker prononcé est devenu la norme absolue en compétition. Une formule magique qui pousse parfois au conservatisme technique. Rares sont les surfeurs de l’élite qui osent bousculer ce dogme en série, de peur de se heurter à l’incompréhension des juges. Pourtant, lors de l’étape de Raglan en Nouvelle-Zélande, Filipe Toledo a brisé ce plafond de verre en s’alignant avec un montage en Twin-Fin customisé, relançant un vieux débat : pourquoi la configuration de planche la plus rapide du surf est-elle si redoutée en compétition ?
Le coup de poker mécanique de Toledo
Face aux conditions piégeuses et molles de Raglan, qui rappellent les vagues d’été de Californie ou du Brésil, le double champion du monde brésilien a délaissé son shortboard classique pour une Modern 2 de chez Sharp Eye, un shape plus large au maître-bau avancé, qui finit par un swallow tail. Surtout, Toledo y a vissé une configuration en « deux plus un » : deux grands Twin-Fins latéraux épaulés par un micro-stabilisateur central à l’arrière.
Le résultat ? Une note stratosphérique de 8.83, le meilleur score de la journée, obtenue grâce à une série de sept manœuvres fluides. Sur un pointbreak à sections plates comme Raglan, la vitesse pure est la clé. Là où un Thruster traditionnel crée de la traînée et demande au surfeur de relancer constamment, le Twin-Fin offre une glisse immédiate et un flux ininterrompu. Toledo a pu se concentrer uniquement sur le placement de ses turns, libéré du besoin de générer artificiellement de la vitesse.
Le syndrome du « jugement qui ne suit pas »
L’exploit reste pourtant une anomalie sur le circuit mondial. Historiquement, les compétiteurs savent que sortir des sentiers battus est un risque immense. Dans les petites vagues, un Fish ou un Twin-Fin générerait plus de vitesse et de spectacle, mais les critères de jugement du WCT restent profondément ancrés dans l’esthétique du Thruster : des dérives qui mordent, des virages dans le point de rupture le plus critique et des projections d’eau massives.
Le Twin-Fin, par nature, offre un pivot différent, plus glissé, parfois jugé à tort comme moins radical ou trop « facile ». Cette crainte de la sous-notation paralyse la créativité des athlètes. Seuls quelques génies iconoclastes ont osé défier cette norme par le passé. Kelly Slater lui-même s’est souvenu, en voyant Toledo, d’une série mythique en France où Dane Reynolds avait surclassé tout le monde sur un Twin-Fin Al Merrick dans des vagues minuscules. Slater a lui-même expérimenté des configurations Quads atypiques lors des qualifications olympiques en 2019, mais ces moments restent des parenthèses dans l’histoire moderne.
Une évolution durable ou un simple mirage ?
Le coup d’éclat de Toledo à Raglan prouve que lorsque le style d’un surfeur ultra-radical rencontre le shape adapté à la perfection, les juges savent juger l’excellence, peu importe le nombre de dérives sous la planche. Le stabilisateur arrière apporte ce compromis indispensable pour le CT : la vitesse de ligne du Twin combinée au contrôle nécessaire pour ne pas déraper lors des gros carves. La nuit dernière, Toledo a répété sa performance avec la même planche, en éliminant Gabriel Medina, qui vient de perdre son lycra de leader. Ce choix de shape va-t-il désinhiber le reste du tour, ou le Thruster reprendra-t-il immédiatement ses droits dès que les vagues grossiront ? Une chose est sûre, la brèche est ouverte.
Après une semaine d’attente interminable, la machine à vagues de Manu Bay s’est enfin mise en marche avec des gauches parfaites d’un bon mètre. Selon le communiqué de presse, le spot a tenu ses promesses, selon moi, c’est laconique, lent, long, répétitif. La journée a été fatale pour les leaders.
Le choc Toledo Medina
Le vrai choc de ce Round 3 ? Le duel fratricide brésilien. Filipe Toledo arrache la victoire à Gabriel Medina dans les toutes dernières secondes avec un 7.93 assassin. Sur un twin-fin ultra rapide, Toledo a non seulement égalisé leur face-à-face en carrière (5-5), mais il a surtout dépouillé son compatriote du précieux maillot jaune.
La domination de Carissa Moore
Chez les femmes, la pause aura été bénéfique pour Carissa Moore. La jeune maman a prouvé que son surf n’a rien perdu de sa magie. Avec un total monstrueux de 17.06 (le meilleur score de l’épreuve), elle a littéralement écrasé Caroline Marks. Elle file en demi-finale pour un choc 100% hawaïen face à Bettylou Sakura Johnson.
La défaite de Marco Mignot
Côté tricolore, la douche est froide. Notre rookie français Marco Mignot s’est heurté à un mur nommé Yago Dora. Le Brésilien a posé un 16.33 implacable sur les longues parois néo-zélandaises, stoppant net le parcours du Français.
Selon le communiqué de presse, les phases finales s’annoncent épiques demain si le swell se maintient. Ils ont dit « si », wharffff
Ah, la vie de John John Florence. Quelle épreuve. Alors que vous étiez probablement en train de lutter avec votre café lundi matin, le double champion du monde a été « aperçu » – par un pur hasard, évidemment – en train de se gaver de tubes bien épais à Bluff Beach, au Panama.
Parce qu’on ne pouvait pas le laisser tranquille dans son coin, on a suivi sa trace : le gars profite d’une fin de swell aux Caraïbes pendant que le commun des mortels enfile un jean. Il s’est même offert quelques wipeouts bien salés sur ce shorebreak qui broie les planches comme des cure-dents. C’est la seule petite consolation pour nous, pauvres mortels.
Maintenant qu’il a bien poncé les vagues de Bocas del Toro, le voilà qui remonte sur son bateau pour filer vers le Pacifique et disparaître dans l’abysse liquide. Allez, courage, nous aussi on profite actuellement de bonnes vagues.
Le monde du surf est en deuil. Ce lundi 18 mai, Jorge Acosta, surfeur expérimenté et figure emblématique de l’île de Lanzarote aux Canaries, a tragiquement perdu la vie à l’âge de 53 ans lors d’un surf trip aux Maldives.
Le drame s’est déroulé à la mi-journée sur la célèbre droite de Blue Bowls (atoll de Gaafu Dhaalu). Si les autorités locales n’ont pas encore officialisé les circonstances exactes, son ami Franito Saenz redoute que Jorge ait été violemment assommé par sa propre planche avant de se noyer. Transporté en urgence vers le centre de santé voisin, le quinquagénaire n’a malheureusement pas pu être réanimé.
Sur les réseaux sociaux, l’onde de choc est totale. L’organisation du Quemao Class a rendu un vibrant hommage à ce pilier local : « Se nos ha ido un gran amigo… un clásico de nuestras olas » (Nous avons perdu un grand ami, une légende de nos vagues. Repose en paix). Une bien sombre période pour les Maldives, ce drame survenant quatre jours seulement après le décès accidentel de cinq plongeurs italiens un peu plus au nord de l’archipel.
En 2013, le monde découvrait à peine l’immensité effrayante de Nazaré. Le célèbre journaliste américain Anderson Cooper, visage emblématique de l’émission 60 Minutes, y rejoint la légende Garrett McNamara. L’objectif de la star de la télé ? S’immerger au cœur des immenses houles portugaises depuis la selle d’un jet-ski.
Pendant des heures, Cooper vit le frisson absolu. Grisé par l’adrénaline et l’ambiance, il avoue même avoir poussé McNamara à prendre des risques stupides, frôlant les zones d’impact des monstres d’eau. La session de tournage est un succès total, jusqu’à la nuit suivante.
Un réveil dans une douleur insoutenable
Au beau milieu de la nuit, le présentateur se réveille en pleine agonie. La sensation est atroce : ses yeux le brûlent à vif et, surtout, il est plongé dans l’obscurité la plus totale.
Un mauvais wipeout ? Un violent retour de jet-ski ? Rien de tout cela. Le monstre de Praia do Norte n’a pas frappé avec ses milliers de tonnes d’eau, mais avec une arme bien plus pernicieuse et invisible.
Le coupable que personne ne voyait venir
Le diagnostic est sans appel : une cécité temporaire causée par la réverbération extrême des rayons UV sur l’eau salée. Ses cornées ont été littéralement brûlées par le soleil (une photokératite aiguë).
« C’est probablement l’une des choses les plus stupides que j’ai jamais faites, et j’en ai fait beaucoup », a récemment confié Cooper en revenant sur cet incident traumatisant qui a forcé l’annulation du tournage. La cause de tout ce chaos ? Il n’avait pas mis de lunettes de soleil.
Je vais vous avouer une chose, cela m’est arrivé en Nouvelle Calédonie après une journée folle de surf dans l’eau ou sur le bateau. Lors du retour sur terre (plus de 20 minutes de trajet), je n’avais pas de lunette de soleil, et je ne m’étais pas rincé les yeux avec de l’eau douce, et j’ai vécu le même calvaire. Quand cela arrive, c’est vraiment désagréable….
En tant que surfeurs, nous passons notre vie à scruter l’horizon, souvent obnubilés par la taille de la houle ou l’orientation du vent. Cette mésaventure nous rappelle une règle de sécurité fondamentale mais trop souvent zappée au line-up : la réverbération de l’océan agit comme un miroir géant et décuple les UV. Ne jouez pas avec votre vue, le surf ne pardonne aucune négligence.