Catégorie : surfer

  • Un air pour l’Histoire ? Hughie Vaughan fait trembler la planète surf

    Un air pour l’Histoire ? Hughie Vaughan fait trembler la planète surf

    Une piscine texane, un trick venu d’une autre dimension, et Tony Hawk lui-même en caution officielle. Hughie Vaughan vient peut-être de redéfinir les standards de l’aerial surfing.

    On savait que les piscines à vagues allaient accélérer la progression technique. Mais on ne s’attendait pas à ça. À seulement 17 ans, Hughie Vaughan a électrisé le Swatch-9’s au Texas en posant un stale fish flipper irréel, combinant style, amplitude et rotation aérienne dans un seul mouvement parfaitement fluide. Résultat ? Une onde de choc sur le surf mondial.

    Cerise sur la mousse : Tony Hawk en personne a baptisé le trick. Oui, le pionnier du 900 en skate a validé ce move, probablement le plus technique jamais réalisé dans une piscine à vagues.

    Un move improvisé, une exécution parfaite

    Ce qui rend l’histoire encore plus folle, c’est que Hughie n’avait même pas prévu ce trick. Selon les témoins, il tentait des Kerrupts de plus en plus décalés, jusqu’à ce que surgisse ce stale fish flipper totalement inattendu. Aucun claim, aucune gesticulation : juste un ride glacial de maîtrise et de contrôle.

    Récompensé par une pluie de commentaires admiratifs, le jeune Australien a reçu les félicitations de Gabriel Medina, Julian Wilson, Mick Fanning, Italo Ferreira, et même Diplo, le DJ, qui s’est demandé si ce n’était pas de l’IA. 89 % des sondés sur Instagram ont voté “meilleur air de tous les temps”. Rien que ça.

    La liste des airs légendaires remise en question

    Depuis plus de 20 ans, les plus gros airs sont associés à des noms mythiques : John Florence à Backdoor, Filipe Toledo au Brésil, Matt Meola à Maui, ou encore Albee Layer et ses doubles rotations. Des manœuvres posées dans l’océan, avec ses aléas, son imprévisibilité, et cette touche de folie qu’on croyait intraduisible en piscine.

    Mais voilà : même les puristes s’inclinent. La vague est artificielle, certes, mais le trick est authentique. Et pour une fois, la “note d’astérisque” qui accompagne les airs en piscine semble s’être évaporée.

    L’ombre de Lee Wilson plane sur la progression

    Derrière cette avancée technique, un nom revient comme un filigrane : Lee Wilson, éternel pourfendeur du double grab. Depuis des années, il combat la tendance en jugeant les tricks sur leur pureté, leur engagement. Ses prises de position lui ont valu moqueries, critiques, mais aussi… peut-être une influence déterminante.

    Car sans cette guerre contre les figures “indignes”, Hughie aurait-il cherché autre chose ? Moins de facilité, plus d’inventivité. Le stale fish flipper, en ce sens, est aussi une réponse culturelle. Un statement.

    L’avenir de l’aerial surfing s’écrit aussi en eau chlorée

    Avec cet exploit, la progression aérienne dans le surf vient de franchir un nouveau cap. La piscine ne remplace pas l’océan, mais elle devient clairement un terrain d’exploration. Et Hughie Vaughan vient d’en tracer la carte.

    Alors, le plus gros air de l’histoire ? L’avenir nous dira si ce move restera une anomalie ou s’il ouvre une ère nouvelle. Ce qui est certain, c’est qu’il est impossible d’en détourner les yeux.

  • Zoltan “The Magician” Torkos réussit un kickflip en wave pool

    Zoltan “The Magician” Torkos réussit un kickflip en wave pool

    Et si la magie existait vraiment… en boardshort ? Zoltan Torkos, alias “The Magician”, vient de poser un kickflip en surf dans une piscine à vagues – une première selon lui, et une nouvelle démonstration de son obsession pour les figures venues du skate.

    Le kickflip, encore et toujours

    Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Zoltan Torkos est un surfeur de Santa Cruz pas comme les autres. Depuis plus de 15 ans, il consacre sa vie à un trick venu tout droit du skatepark : le kickflip, cette rotation du surfboard sous les pieds, signature de milliers de skateurs… mais cauchemar pour 99,9 % des surfeurs.

    Mais voilà : Zoltan ne lâche rien. Son premier « claim » remonte à 2011, lorsqu’il participe à un concours organisé par Volcom, qui promettait 10 000 dollars au premier kickflip de l’histoire du surf. Torkos l’a fait. Enfin, presque. Le flip était propre… mais pas “au-dessus de la lèvre”, comme stipulé dans le règlement. Après des débats, Volcom lui donne quand même le prix. Et Zoltan finira par replaquer son kickflip “au-dessus de la lèvre” quelque temps plus tard, histoire de fermer les bouches.

    Nouveau terrain de jeu : Waco Surf

    Cette fois, c’est au Texas, dans le célèbre wave pool de Waco Surf, que “The Magician” a récidivé. Dans une vidéo publiée le 23 juin 2025, on le voit lancer son trick au milieu d’une droite bien propre. La rotation est nette, le stomp solide. Et surtout : il le fait dans une vague artificielle, une première mondiale selon lui.

    Alors bien sûr, les puristes viendront chipoter sur la définition exacte du “premier kickflip en wave pool”. Mais ce n’est pas vraiment la question. Ce qui compte ici, c’est l’acharnement d’un homme à faire exister une vision du surf totalement barrée, où les tricks de skate deviennent possibles sur l’eau.

    Bonus trick : le darkslide

    Comme si ça ne suffisait pas, Zoltan a aussi balancé un darkslide, autre figure venue du skate, dans laquelle le rider glisse sur la planche retournée, grip dans l’eau. Oui, tu as bien lu. En surf. Dans une piscine.

    Autant dire que ce genre de move est rarissime, même en skate. Alors sur une board de surf, on touche à quelque chose d’hallucinant – ou d’absurde, selon les goûts. Mais c’est aussi ce qui rend Zoltan attachant. Il est là pour faire rêver, pour inventer, pour tenter. Même si ça ne rentre pas dans les cases du surf performance classique.

    Un surfeur à part

    Il y a quelque chose de touchant dans cette quête surfistique. Zoltan ne cherche pas la reconnaissance du CT, ni même des sponsors. Il veut juste pousser les limites de ce qu’un surfeur peut faire avec sa board. Qu’on trouve ça stylé, risible ou génial, une chose est sûre : il ouvre des portes.

    Mais à titre personnel, j’avoue avoir du mal à savoir dans quelle case ranger Zoltan Torkos. Est-ce un surfeur, un skateur, un magicien ou… un clown des mers ? Un peu tout ça à la fois. Et c’est peut-être là que le bât blesse pour moi : je suis plus sensible au style qu’à la nouveauté. Ce qui me fait vibrer dans un air, ce n’est pas seulement la figure, mais l’amplitude, la fluidité, l’élégance du mouvement. Et de ce point de vue-là, les tricks de Zoltan manquent souvent de hauteur, de vitesse, de grâce. C’est plus des ollies de milieu de vague que des vrais airs. L’idée est là, mais le rendu reste parfois trop « truc de cirque » pour vraiment m’embarquer.

    Reste que dans un monde du surf parfois un peu trop sérieux, trop codifié, ça fait du bien de voir quelqu’un qui ose, qui s’amuse, qui tente. Et rien que pour ça, merci Zoltan.

  • Une rencontre à distance entre un surfeur et son shaper

    Une rencontre à distance entre un surfeur et son shaper

    Quand un surfeur basé à Hossegor et un shaper californien conçoivent ensemble une planche sans se voir, cela donne un objet hybride, unique, pensé pour repousser les limites. William Aliotti et Ryan Lovelace n’ont surfé ensemble que deux fois, mais leur collaboration est l’une des plus inspirantes du moment.

    L’histoire d’un lien surfeur/shaper

    Tout commence avec une planche livrée en main propre par un ami. William la teste, l’adopte, et les échanges à distance avec Ryan Lovelace s’enchaînent. Un modèle initial va servir de base à plusieurs itérations : ajustements de concave, réduction de taille, nouvelles combinaisons d’ailerons… jusqu’à ce que la magie opère.

    « Si tu attends des résultats précis d’une planche, tu risques la déception », explique Ryan. Il préfère façonner, laisser William tester, puis échanger.

    Le retour d’une idée oubliée : l’asymétrie

    La planche qu’ils développent ensemble est asymétrique : chaque côté est différent pour épouser au mieux la posture du surfeur et son sens de glisse. Ce concept, s’il peut sembler récent, est en fait un héritage du surf des années 60.

    Dès 1967, Carl Ekstrom brevète une forme asymétrique. D’autres pionniers comme Bob Cooper ou Scott Dillon expérimentent avec des rails et des tail shapes décalés. Mais ces idées, trop en avance sur leur temps, sombrent dans l’oubli… jusqu’à leur résurgence à San Diego dans les années 2010, avec des shapers comme Ryan Burch ou Donald Brink. Ryan Lovelace, lui, fait le lien entre tradition et modernité.

    Une planche au service de la sensation

    William n’est pas immédiatement conquis : « Je ne l’aimais pas trop lors de ma première session en France. » Mais sur les longues gauches creuses du Chili, puis dans les tubes interminables de Skeleton Bay, la planche révèle tout son potentiel : ultra rapide, précise, explosive.

    Ryan, de son côté, affine son shape à chaque retour de Will. Il cherche les petits détails : là où la planche mord, là où elle accélère, ce qui aide à tourner… « Chaque board est un pas de plus vers quelque chose de plus juste. »

    Deux visions qui se rejoignent

    Ce duo fonctionne parce que chacun pousse l’autre : Ryan veut repousser les limites du design, William celles de sa glisse. Ensemble, ils font vivre une planche qui est autant une œuvre artisanale qu’un outil de haute performance.

    Et surtout, ils rendent hommage à une idée longtemps mise de côté : l’asymétrie. Une idée qui, entre leurs mains, n’est plus un concept marginal, mais un vrai levier de progression dans le surf moderne.

  • Chris Hemsworth à Hossegor : un surf trip 5 étoiles avec Picon et Florès

    Chris Hemsworth à Hossegor : un surf trip 5 étoiles avec Picon et Florès

    Il y a des visiteurs qu’on remarque plus que d’autres sur les plages landaises. Ce week-end, c’est carrément un super-héros qui a rejoint le line-up d’Hossegor : Chris Hemsworth, alias Thor dans l’univers Marvel, a été aperçu en train de scorer quelques vagues bien placées dans le sud-ouest de la France.

    Mais cette fois, pas de marteau, pas de cape… juste une planche de surf, un sourire détendu, et surtout deux guides de luxe : Miky Picon et Jérémy Florès, deux monuments du surf français. Autant dire que l’Australien était entre de bonnes mains pour s’attaquer aux bancs de sable les plus réputés d’Europe.

    Une passion bien réelle pour le surf

    Contrairement à certaines célébrités qui se contentent de poser avec une planche pour la photo, Chris Hemsworth est un vrai surfeur. Depuis ses jeunes années à Phillip Island en Australie, le surf fait partie intégrante de son quotidien.

    Dans une interview accordée à GQ, il confiait :

    « Je ne pensais qu’à ça toute la semaine. Je n’avais pas vraiment de vie sociale au lycée. Je voulais juste surfer et regarder des films. »

    Un style de vie qu’il a conservé malgré la célébrité. Quand il ne tourne pas un blockbuster, Chris est souvent à l’eau : que ce soit dans les vagues froides de l’Arctique pour son émission Limitless, à l’aube avec Kelly Slater, ou dans les meilleures wavepools du monde.

    Une session discrète mais remarquée

    Son passage à Hossegor est resté plutôt discret… jusqu’à ce qu’un post Instagram commence à circuler, où on voit l’acteur aux côtés de Miky Picon et Jérémy Florès. Pas de paparazzis, pas de flashs, juste du bon surf et du bon esprit, à la landaise.

    Les locaux l’ont aperçu à l’eau, respectueux, discret, concentré sur ses vagues. Avec deux mentors comme Miky et Jérémy pour le guider, Chris a eu droit à un surf trip 5 étoiles. Les conditions estivales étaient au rendez-vous, avec des bancs bien en place et un vent favorable.

    Thor, le meilleur surfeur d’Hollywood ?

    C’est une question qui fait sourire… mais qui mérite d’être posée. Si l’on devait faire un classement des surfeurs célébrités, Chris Hemsworth serait probablement tout en haut.

    Il a récemment fait le buzz en Australie lors d’une houle monstrueuse et mortelle : remorqué à la corde, il s’est engouffré dans une énorme cavité aquatique. La vidéo avait fait réagir tout le monde du surf, avec des commentaires élogieux de Kai Lenny, Italo Ferreira, Strider Wasilewski, ou encore Kalani Robb qui l’a surnommé « Thor de la Backdoor ».

  • Occy éternel : le film Billabong qui remet le surf à l’endroit

    Occy éternel : le film Billabong qui remet le surf à l’endroit

    Trois semaines après sa sortie, le film OCCY! signé Billabong continue de faire vibrer les surfeurs du monde entier. Plus qu’un simple edit, c’est une déclaration d’amour à un style de surf qu’on croyait révolu — et qui revient ici avec une force rare. Un retour en grâce signé Mark Occhilupo, à presque 60 ans, dans deux vagues mythiques : Bells Beach et Cloudbreak.

    Un comeback ? Plutôt une renaissance

    Mark Occhilupo, dit « Occy », n’a jamais vraiment quitté le cœur des surfeurs. Champion du monde en 1999, icône des années 80 et 90, le « Raging Bull » revient dans ce court-métrage avec une forme physique et mentale bluffante. Sobre depuis six ans, rayonnant, il semble surfer avec plus de joie et de fluidité qu’à l’époque de l’Occumentary.

    Dans le film, il retrouve deux spots qui ont marqué sa carrière : Bells Beach, sa vague fétiche sur le World Tour, et Cloudbreak, à Fidji, où il avait remporté le Quiksilver Pro en 1999. Mais ce n’est pas une rétrospective figée. C’est un film d’action pure, où Occy déploie une puissance, un timing et un style qui ridiculisent les années qui passent. Il a 59 ans, qui ne rêve pas de surfer comme lui à 59 ans….

    Une vidéo qui parle aux surfeurs puristes

    Ce qui fait le succès fulgurant d’OCCY! — au-delà des images spectaculaires — c’est son ADN profondément nostalgique. La réalisation, le montage, la musique (Gang Gajang, Yothu Yindi) : tout rappelle l’époque des films cultes comme Green Iguana ou Bunyip Dreaming. Des œuvres qui ont formé toute une génération de surfeurs, et qui trouvent ici un écho contemporain saisissant.

    Les commentaires YouTube sont éloquents :

    “Le meilleur edit de la décennie.”
    “J’ai eu la chair de poule quand Yothu Yindi est arrivé.”
    “On dirait un film de Jack McCoy, mais en 2025.”
    “Le surf moderne manque d’âme, ce film le prouve.”

    Et difficile de les contredire.

    Une ode au surf sur le rail

    Pas un air reverse en vue. Juste des bottom turns profonds, des carves puissants, des tubes solides, et une lecture de vague chirurgicale. Occy surfe comme un artisan du rail, comme s’il sculptait chaque section avec une intention presque spirituelle, nostalgique de surf d’une époque. À Cloudbreak, il engage frontside avec l’élégance d’un félin et la force d’un buffle. À Bells, il retrouve ses marques sur le Bowl avec une aisance stupéfiante.

    Et ce n’est pas un hasard. Comme il l’explique dans l’interview qui accompagne le film, le brief était clair : surfer comme à l’époque de ses films de surf. Sans forcer. Avec style. Résultat : une démonstration intemporelle de ce que peut être le surf quand il est habité.

    Un passage de relais générationnel

    Le film est aussi l’occasion de voir Occy partager ce moment avec son fils Jay, lui-même surfeur prometteur. Une capsule père-fils dans l’univers de Billabong, la marque qui sponsorise Mark depuis 40 ans — un record dans l’histoire du surf pro. Cette longévité, aujourd’hui célébrée à travers une collection capsule Occy 2025, est elle aussi un hommage à une autre époque. Couleurs vives, coupes old school, énergie brute : une ligne qui pourrait être portée aussi bien par un ado que par son père.

    Plus qu’un film, un manifeste

    OCCY! arrive dans un contexte où le surf compétitif peine parfois à séduire. Les figures aériennes, devenues monnaie courante, peinent à transmettre l’émotion brute du surf. Ce film, lui, ravive cette émotion. Il nous rappelle pourquoi on est tombés amoureux du surf : pour ce sentiment de liberté, pour l’expression personnelle, pour le flow.

    Et il le fait sans nostalgie molle. Juste avec du surf pur, de la sueur, des lignes parfaites, et un Occy plus vivant que jamais.

    Une postérité déjà assurée

    Trois semaines après sa mise en ligne, la vidéo atteint déjà un statut culte. Elle est partagée, commentée, revisitée. Certains la comparent déjà aux chefs-d’œuvre de Jack McCoy. D’autres réclament une suite. Un nouveau Occumentary ? Peut-être. Mais en attendant, OCCY! version 2025 a déjà marqué les esprits. Et probablement redonné envie à beaucoup de surfeurs de (re)prendre une planche et d’aller tirer un bon gros bottom backside.

  • Kelly Slater, l’éternel prodige du surf mondial

    Kelly Slater, l’éternel prodige du surf mondial

    Quand on parle de surf, un nom s’impose naturellement : Kelly Slater. Plus qu’un simple champion, il incarne une légende vivante, un athlète hors normes, une icône planétaire qui a transcendé les vagues et les générations. À 50 ans passés, il continue d’alimenter l’imaginaire collectif, porté par une longévité exceptionnelle et une quête perpétuelle de perfection.

    De Cocoa Beach à Teahupo’o, des planches de compétition au Surf Ranch high-tech, Kelly Slater a tout vu, tout gagné, tout bousculé. Voici l’histoire d’un homme qui a réécrit les règles du surf moderne.

    Les origines d’un phénomène

    Une enfance sur la côte Est

    Né le 11 février 1972 à Cocoa Beach, en Floride, Robert Kelly Slater grandit dans une ambiance familiale contrastée. Son père, pêcheur, quitte le foyer lorsqu’il est encore enfant. Sa mère, d’origine irlandaise, élève seule Kelly et ses deux frères, Sean et Stephen. Le quotidien est modeste, parfois chaotique, mais les vagues locales offrent au jeune Kelly une échappatoire.

    Il découvre le surf très tôt, encouragé par ses frères, et se fait rapidement remarquer sur les plages floridiennes. À l’âge où d’autres s’intéressent aux jeux vidéo, lui affine déjà son style dans les shorebreaks turbulents de la côte Est.

    Le surf comme refuge et discipline

    Ce n’est pas seulement le plaisir qui attire Kelly à l’eau : c’est aussi une forme de thérapie. La glisse devient son langage, sa structure, son terrain de maîtrise. Il apprend vite, très vite. Son équilibre est naturel, sa lecture des vagues presque instinctive. À 10 ans, il remporte déjà des compétitions junior et attire l’œil des sponsors.

    Ce mélange de talent, de détermination et de résilience va devenir sa marque de fabrique.

    L’ascension fulgurante

    Champion du monde à 20 ans

    En 1992, Kelly Slater marque l’histoire du surf en devenant le plus jeune champion du monde de tous les temps à 20 ans. Ce n’est pas un coup d’éclat isolé, mais le début d’un règne implacable.

    De 1994 à 1998, il enchaîne cinq titres mondiaux consécutifs. Jamais le surf professionnel n’avait connu une telle domination. Son style, fluide et aérien, s’impose sur tous les spots : Pipeline, Bells Beach, J-Bay, Teahupo’o… Slater n’a pas d’équivalent.

    Une retraite… et un retour triomphal

    En 1999, il se retire une première fois, las du rythme effréné du tour. Il explore d’autres passions, notamment la musique, et fait des apparitions à Hollywood. Mais le surf coule trop profondément dans ses veines.

    En 2003, il revient sur le circuit. Deux ans plus tard, il décroche son septième titre mondial, puis un huitième, un neuvième… Jusqu’à porter son total à onze titres – un record inégalé à ce jour.

    Un palmarès stratosphérique

    11 titres de champion du monde

    1992, 1994, 1995, 1996, 1997, 1998, 2005, 2006, 2008, 2010, 2011 : les années défilent, mais Kelly reste en tête. Ce n’est pas seulement son nombre de victoires qui impressionne, c’est leur régularité. Il gagne à 20 ans. Il gagne à 39. Il gagne encore à 50.

    Plus de 50 victoires sur le WCT

    Au fil de sa carrière, Slater accumule 56 victoires sur le Championship Tour, et plus de 60 en comptant les épreuves hors-tour. Personne n’a jamais atteint un tel total.

    Pipeline, son jardin

    S’il fallait associer un spot à sa légende, ce serait le Banzai Pipeline, à Hawaï. Il y a remporté 8 fois le Pipe Masters, dont sa dernière victoire en 2022, à 50 ans. Une performance qui restera comme l’un des plus grands moments du surf professionnel.

    L’art de la glisse selon Slater

    Une lecture des vagues inégalée

    Kelly n’est pas le plus costaud, ni le plus puissant, mais sa compréhension de l’océan est quasi mystique. Il anticipe, il improvise, il s’adapte. Il surfe comme un danseur de jazz jouerait un solo : libre mais précis.

    Des figures signature

    Backside fluide, floaters surhumains, airs millimétrés, switchfoots maîtrisés… Slater a repoussé les limites de la performance sans jamais sacrifier l’esthétique.

    Inspiré par les maîtres

    Il cite souvent Tom Curren comme mentor. « Le surf est une ligne, une courbe, une danse », disait Curren. Kelly l’a pris au mot et l’a réinventé.

    Une vie sous les projecteurs

    L’histoire avec Pamela Anderson

    Dans les années 90, sa relation avec Pamela Anderson le propulse au rang de célébrité mondiale. L’icône de Baywatch et le surfeur prodige forment un couple aussi médiatisé qu’éphémère. Pour le meilleur et pour le glamour.

    Apparitions au cinéma et à la télévision

    Kelly apparaît dans Alerte à Malibu, joue son propre rôle dans des documentaires, et double un personnage dans Les Rois de la glisse. Il flirte avec Hollywood sans jamais s’y perdre.

    Le Surf Ranch : la vague parfaite

    Une vision technologique du surf

    En 2015, Kelly dévoile le Surf Ranch, une piscine à vagues révolutionnaire située à Lemoore, en Californie. Une vague de compétition, constante, creuse, longue et tubulaire. Le Graal pour les surfeurs.

    Un outil d’entraînement… mais aussi une vision controversée

    Certains puristes crient à la trahison, d’autres saluent l’innovation. Pour Slater, c’est une extension logique de son obsession de la perfection.

    Engagements et projets

    Outerknown et la mode éthique

    En 2014, il quitte Quiksilver et lance sa propre marque : Outerknown, en collaboration avec le designer John Moore. Une marque tournée vers la durabilité et l’éthique, pionnière dans l’upcycling et le respect des chaînes de production.

    Écologie et sensibilisation

    Kelly est également impliqué dans des projets environnementaux, notamment la préservation des récifs coralliens avec Reef Check. Son discours est souvent tourné vers la responsabilité écologique.

    Vie privée et transmission

    Une vie discrète… et une nouvelle paternité ?

    Père d’une fille, Taylor, née en 1996, Kelly partage aujourd’hui sa vie avec Kalani Miller, créatrice de la marque Mikoh. Le couple attend un enfant pour l’été 2024, une nouvelle étape pour le surfeur quinquagénaire.

    Le rôle de mentor

    Slater inspire des générations entières. Il échange souvent avec les jeunes surfeurs, comme John John Florence ou Italo Ferreira. Son approche reste humble et tournée vers le partage.

    Kelly Slater en 2025 : toujours sur la vague ?

    En 2023, il termine 23e du classement mondial. En 2024, il ne se qualifie pas pour la deuxième moitié du CT. Pourtant, aucune annonce de retraite officielle.

    Il continue de s’entraîner, de surfer, d’apparaître dans les compétitions majeures. La WSL pourrait lui offrir un wildcard pour les épreuves mythiques comme Pipeline ou Teahupo’o. Après tout, le GOAT n’a jamais dit son dernier mot.

    FAQ – Questions fréquentes sur Kelly Slater

    Quel est l’âge de Kelly Slater ?

    Il est né le 11 février 1972. En 2025, il a 53 ans.

    Combien de titres a-t-il remportés ?

    Kelly Slater a remporté 11 titres de champion du monde, un record absolu.

    Est-il encore en activité ?

    Oui, même s’il ne participe plus à l’intégralité du CT, il reste actif et peut recevoir des wildcards. Il a déclaré en 2025 souffrir de la hanche et d’anciennes blessures qui l’empêchent de réaliser toutes les manœuvres qu’il souhaite.

    Quelle est sa marque de vêtements ?

    Il a fondé Outerknown, une marque éthique et responsable.

    Où se trouve le Surf Ranch ?

    À Lemoore, en Californie, à plusieurs heures de la côte.

    Qui est Kalani Miller ?

    Sa compagne actuelle, entrepreneuse dans la mode et cofondatrice de Mikoh.

    Slater est-il engagé pour l’environnement ?

    Oui, il soutient plusieurs initiatives, notamment la protection des océans.

    Quelle est sa plus meilleure vague ?

    Il a marqué l’histoire à Pipeline, Teahupo’o, et même dans son Surf Ranch. Son tube de 2022 à Pipeline est mythique. Dans une interview dans le passé, il avait déclaré que l’une de ses vagues préférées était G Land en indonésie.

    Pourquoi est-il considéré comme le GOAT ?

    Pour son palmarès unique, sa longévité, son style et son influence culturelle et technique.

    Quels sont ses projets actuels ?

    Outre Outerknown, il est le papa d’un jeune enfant avec sa compagne Kalani Miller.

  • Surfer la vague d’une vie… sur la planche du frère décédé de Mick Fanning

    Surfer la vague d’une vie… sur la planche du frère décédé de Mick Fanning

    L’histoire commence par une houle mythique. Fin février 2025, la côte Est australienne se prépare à encaisser les restes du cyclone Alfred. À Kirra, spot légendaire de la Gold Coast, les conditions sont dantesques. Une droite tubulaire, glassy, rapide comme un éclair. Les plus courageux sont là, les caméras aussi. La journée entre dans la légende du spot.

    Et au milieu de cette foule de surfeurs affamés, un inconnu nommé Saxon McCorquodale attrape la vague de sa vie. Mais ce n’est que le début d’une histoire qui dépasse la performance, le surf, ou même le hasard.

    Une planche de surf à 20 dollars

    Saxon n’est pas pro, ni sponsorisé. Il ne vit pas de surf, mais c’est un passionné. Originaire d’Alstonvale, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud, il partage son temps entre son métier dans le soutien aux personnes handicapées, sa passion pour l’art, la musique… et les vagues.

    Pour ce swell historique, Saxon ne sort pas une board d’un shaper mondialement connu. Il rame sur un gun jauni de 7’0” signé Günther Rohn, dégotté pour 20 dollars dans un magasin d’occasions à Lismore. Une planche cabossée, presque oubliée. Ce jour-là, ce sera son ticket vers un tube parfait, un moment suspendu.

    « Je me suis retrouvé, il y avait trois gars autour de moi… La vague est arrivée, ils m’ont juste dit « vas-y » dans un murmure. »

    Le tube parfait

    Saxon se jette dans un « late take off ». La vague est critique. Il place un bottom turn parfait, se cale, et disparaît dans un cylindre d’une beauté rare avec les bras en l’air. À l’intérieur du tube, le temps se fige, Saxon se laisse glisser avec une ligne parfaite, sans pomper, juste porté par l’énergie brute de Kirra.

    « C’était le moment de ma vie. Je hurlais. Je pleurais. J’étais hors de mon corps. »

    De l’extérieur, dans le chenal, Mick Fanning observe la scène. Le triple champion du monde a tout vu. L’engagement, le style, le timing. Il file vers Saxon en jet-ski pour le féliciter.

    Mais une fois à ses côtés, quelque chose attire son attention.

    Le détail qui change tout

    Mick observe la planche de Saxon. La forme, les logos, les couleurs… Il la reconnaît. Il demande à Saxon de la retourner. Et là, le choc : c’est la planche de son frère Ed Fanning, disparu tragiquement un an plus tôt.

    Le temps s’arrête une seconde fois. Saxon est en larmes. Mick aussi. Ils se regardent, sans vraiment savoir quoi dire.

    « C’était un moment cosmique. Une planche oubliée. Un inconnu. Une vague parfaite. Et mon frère, d’une certaine manière, là au milieu », racontera Mick plus tard.

    La planche, déjà bien abîmée, est fendue, imbibée d’eau. Elle ne survivra pas à cette dernière vague. Mais quelle fin pour une board : son dernier ride aura été un 10/10, sous les yeux du frère de son ancien propriétaire.

    Une histoire qui dépasse le surf

    Dans les jours qui suivent, la vidéo fait le tour du web. Saxon devient, malgré lui, une icône (quand je peux la faire, je n’hésite pas). Les messages affluent, les médias s’en mêlent. Lui reste humble, un peu déboussolé, mais profondément touché par la portée de ce qu’il vient de vivre.

    « Je veux proposer la planche à Mick. Peut-être qu’il la voudra. Ce sera dur de m’en séparer… mais je pense que ce serait juste. »

    Cette histoire n’est pas juste celle d’un tube de rêve ou d’un coup de chance. C’est une parenthèse magique où le surf devient un langage du destin, une passerelle entre les vivants et les disparus, entre le hasard et les souvenirs.

    Un spot, une houle, une âme

    Kirra a toujours été spéciale. Des vagues rapides, longues, tubulaires avec un fort courant. C’est le genre de spot où tu peux avoir la vague de ta vie, ou rentrer bredouille. Une vague qui récompense l’engagement, et nécessite de se trouver au bon endroit, au bon moment. Ce jour-là, elle a offert bien plus qu’un mur d’eau : elle a réuni deux mondes.

    « J’ai surfé des grosses houles. J’ai tout donné. Mais je n’ai jamais rien vécu de tel. Cette vague-là… elle m’a changé. »

    Pour Saxon, cette journée ne sera jamais égalée. Et pour Mick Fanning, elle restera gravée comme un signe, un clin d’œil de son frère, dans ce monde où les planches parlent parfois mieux que les mots.

  • Kelly Slater, la fin d’un règne dans un surf pro en crise

    Kelly Slater, la fin d’un règne dans un surf pro en crise

    Ils n’ont cessé de le répéter : « Kelly Slater a 53 ans ! ». À croire que son âge suffisait à justifier sa présence sur le Tour. Mais à force d’encenser la légende, les commentateurs ont fini par dévoiler l’absurdité de la situation : le surf professionnel s’accroche à son passé pendant que le présent se vide de sens.

    kelly slater trestles 2025

    Un héros fatigué, des scores en berne

    Sur le spot de Trestles, Kelly Slater s’est fait balayer par Italo Ferreira (15.17 contre 7.53), avant de s’incliner face à Barron Mamiya dans le repêchage. Son analyse ? Des nuits hachées depuis la naissance de son fils Tao, une hanche douloureuse et un corps trop abîmé pour rivaliser. « Je n’étais pas vraiment dans ma tête », a-t-il avoué après sa défaite.

    L’obsession du mythe… et l’aveu d’échec

    Pendant les lives, les commentateurs n’ont cessé de rappeler qu’il avait 53 ans, comme s’il s’agissait d’un exploit en soi. Mais justement : quand tout ce qu’on a à dire d’un compétiteur, c’est qu’il est encore là, c’est que le problème est profond. C’est un peu comme applaudir un boxeur KO qui se relève encore : impressionnant, mais gênant.

    Le Tour pro en quête de sens

    Dans le même temps, Gabriel Medina est forfait, John John Florence préfère faire de la voile, et la relève peine à briller dans des vagues trop molles, sur un circuit aseptisé. Le rêve s’effrite. L’image glamour du CT s’étiole, et Kelly Slater devient malgré lui le symbole d’un système à bout de souffle.

    Pipeline, la dernière danse ?

    Il reste une wildcard à Pipeline, son jardin. Ce sera peut-être la dernière fois qu’on verra Kelly en lycra sur le CT. Un hommage mérité ? Sans aucun doute. Mais aussi un besoin pressant pour la WSL de passer à autre chose, d’écrire un nouveau chapitre. Et vite.

  • Ivanka Trump surfe pendant que l’Amérique brûle, et alors ?

    Ivanka Trump surfe pendant que l’Amérique brûle, et alors ?

    On s’en fout, mais visiblement pas tout le monde. Ivanka Trump, ex-conseillère de papa et influenceuse en reconversion lifestyle-océan, a posté une photo d’elle en train de surfer pour la Journée mondiale des océans. Jolie glisse, jolie lumière, joli message ? Raté.

    Au moment exact où son paternel envoyait la Garde nationale mater les manifestations contre les expulsions massives d’immigrés, Ivanka se prenait pour une waterwoman, pieds bien calés sur la mousse, sourire Colgate au vent. Résultat : les réseaux sociaux se sont déchaînés comme un shorebreak à Nazaré.

    « Mon père met le feu au pays, moi je vais surfer ! Lol ! »

    « Le narcissisme ne tombe jamais loin de l’oranger. »

    « Pendant que l’Amérique brûle, elle surfe. »

    Une pluie de commentaires, entre ironie mordante et colère bien sentie. Certains l’ont même comparée à Marie-Antoinette : version boardshort et lycra, façon « Qu’ils mangent de la wax ».

    Un post, un océan d’indifférence

    Ce qui devait être une ode aux océans est devenu un chef-d’œuvre de dissonance. Car oui, il existe une règle d’or sur les réseaux : si ton clan politique déclenche une crise humanitaire, évite peut-être de poster une photo les pieds dans l’eau comme si de rien n’était.

    Mais Ivanka s’en fout. Et c’est peut-être ça le plus fascinant. Son truc, c’est le lifestyle. Une glisse proprette, sur vague artificielle (merci Kelly Slater), assistée par coach VIP (merci Raimana), et surtout sans trop d’éclaboussures.

    Un surf aseptisé. Un surf de magazine. Un surf sans la merde.

    L’image avant la réalité

    Dans un monde où les vagues sont générées sur commande et les messages calibrés pour l’algorithme, Ivanka Trump surfe. Pas parce qu’elle aime ça. Mais parce que ça fait bien dans le feed.

    Son sourire ? Ultra-bright. Son surf ? Ultra-coaché. Son timing ? Ultra-maladroit. Ou au contraire, parfaitement assumé ? Après tout, pendant que les médias se passionnent pour sa session de mousse, personne ne parle de la répression, des disparitions, des camps.

    Qu’on la laisse surfer, non ?

    Alors oui, on pourrait s’indigner. Mais à quoi bon ? Le vrai malaise n’est pas dans la photo. Il est dans le monde où une image de surf peut servir de fumigène politique. Où une glissade devient un écran de fumée.

    Alors surfons. Rions. Grinçons des dents. Et rappelons-nous qu’une vague peut aussi servir à détourner l’attention.

    Ou comme disait une certaine Antoinette avant de perdre la tête : « Tant qu’il y a du swell… »

  • Les couvertures truquées du surf : le grand tabou

    Les couvertures truquées du surf : le grand tabou

    Dans le surf, une image vaut mille mots – mais que se passe-t-il quand cette image ment ? À l’inverse du skate, les magazines de surf continuent de publier des figures non plaquées en couverture. Un scandale silencieux que peu osent dénoncer.

    Une tradition bien établie dans le surf… mais problématique

    Depuis des décennies, les photographes de surf capturent des instants de grâce : des tubes profonds, des airs gigantesques, des silhouettes figées dans le chaos de la vague. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que ces figures ne sont pas toujours “plaquées”. Autrement dit, le surfeur ou la surfeuse ne termine pas la manœuvre.

    Contrairement au skateboard – où l’on ne publie quasiment jamais une figure non réussie –, le surf semble s’accommoder de ce flou artistique. Pourquoi ? Parce que la photo est belle, spectaculaire, iconique. Mais est-ce suffisant ?

    Erin Brooks, une couverture qui relance le débat

    La couverture du 65ᵉ anniversaire de SURFER Magazine met en scène la jeune Erin Brooks, shootée par le célèbre Brian Bielmann à Rocky Point, exécutant un énorme air frontside. Problème : elle ne l’a pas plaqué.

    Sur les réseaux sociaux, la communauté ne tarde pas à réagir. Certains commentent :

    “Did she land that? Or am I missing something…”

    “@erinbrookssurf you did not land this tf”

    “Who cares about authenticity anymore?”

    Même si la photo reste impressionnante, la réaction est révélatrice d’un ras-le-bol croissant face à cette pratique que certains n’hésitent plus à qualifier de fraude visuelle.

    Une réalité bien française aussi

    On aurait tort de croire que ce phénomène se limite aux magazines américains ou australiens. En France aussi, les couvertures « trompeuses » font partie du décor. Surf Session, Surf Europe, Trip Surf… difficile de compter le nombre de couvertures illustrées par un air non plaqué, un tube non sorti, voire pire : un bon gros « closier », cette section finale qui ferme inévitablement sur le surfeur.

    Je me souviens d’une journée il y a une dizaine d’années, quelque part sur un beachbreak landais. Les vagues faisaient deux mètres, creuses, classiques, avec quelques jolis tubes à prendre — mais aussi beaucoup de sections qui ferment brutalement.

    On avait calé une session avec un surfeur pro et un photographe aquatique. Moi, j’étais à l’eau avec la caméra. Pendant deux heures, le surfeur a enchaîné les tentatives, sans sortir un seul tube. Que des closings, parfois esthétiques, mais toujours ratés.

    J’étais un peu blasé, persuadé d’avoir filmé deux heures de footage inutilisable. Mais quand ils sont sortis de l’eau, le surfeur et le photographe affichaient un grand sourire. Je leur demande : “Alors ?” — “C’est bon, on a la couv”, me répondent-ils.

    Et devinez quoi ? Ils l’ont eue. Couverture de Surf Session. Un joli cliché, bien calé, bien éclairé… d’un tube qui n’a jamais été sorti.

    Pourquoi le skate ne tolère pas ça ?

    Dans le skateboard, il est impensable qu’une figure non réussie apparaisse dans une vidéo ou en couverture. Les photographes attendent la réussite parfaite avant de shooter. Les caméramans montent scrupuleusement chaque séquence, et l’éthique de la réussite est sacrée.

    Pourquoi cette exigence ne s’applique-t-elle pas au surf ? Est-ce lié à la difficulté technique, à l’imprévisibilité de l’océan, ou à une culture plus “esthétique” qu’authentique ?

    Et les vidéos alors ? Une tendance qui se propage

    En vidéo, le phénomène est moins répandu – mais il existe. Certains éditeurs coupent juste avant la chute, ou jouent sur les ralentis pour donner l’illusion d’un trick réussi. C’est rare, mais pas inexistant. Et cela nourrit une culture de l’apparence, au détriment de la performance réelle.

    Quel message pour la jeune génération ?

    Des figures non plaquées mises en avant par les plus grands médias donnent un message trouble : “ça suffit d’essayer”. Pourtant, la progression réelle passe par la réussite, par la chute et par le dépassement. Le surf est un sport de vérité. Ne trahissons pas cette essence.

    Vers une nouvelle éthique de l’image dans le surf ?

    À l’heure où les jeunes talents comme Erin Brooks repoussent les limites du surf féminin, il est temps de demander davantage de rigueur visuelle. Oui, l’esthétique compte. Mais la vérité compte plus encore.

  • Le combat de Jérémy Florès : de la vague au vertige de la maladie

    Le combat de Jérémy Florès : de la vague au vertige de la maladie

    Derrière les victoires en série et les tubes parfaits, un autre défi attendait Jérémy Florès. Invisible. Implacable. Depuis 2022, le meilleur surfeur français de l’histoire affronte une tumeur cérébrale. Un bouleversement intime qu’il révèle dans le bouleversant documentaire Dos au mur.

    Un champion français devenu icône mondiale

    Révélé à 18 ans en 2006, Jérémy Florès devient alors le plus jeune surfeur de l’histoire à se qualifier pour le World Tour. Une ascension fulgurante ponctuée de premières historiques : premier Français vainqueur sur le CT à Pipeline (2010), un score parfait à Teahupo’o (20/20 en 2011), une victoire mythique à la maison lors du Quiksilver Pro France.

    Mais derrière cette success story, l’enfant de La Réunion portait déjà des blessures invisibles.

    Les prémices d’un mal profond

    Avant même son retrait du circuit en 2021, des signes s’accumulent. Fatigue chronique, migraines violentes, recours quotidien aux anti-inflammatoires. Au départ, Jérémy met ces douleurs sur le compte de ses multiples chutes, des traumatismes liés à une vie entière passée à défier l’océan.

    Mais à l’automne 2022, le verdict tombe : une tumeur est détectée à la base de son cerveau. Le ciel s’écroule.

    « Tu ne peux pas être préparé à ce genre d’annonce. Le pire moment de ma vie. »

    Il confesse aussi avoir longtemps gardé le silence, par fierté. « Je suis quelqu’un de très fier, je n’ai jamais eu envie de montrer mes faiblesses. » Ce n’est qu’à travers ce documentaire qu’il a choisi de tout dire, comme une forme de libération : « Les gens qui me suivent depuis longtemps ont le droit de savoir. »

    Un choc, puis une plongée intérieure

    La nouvelle frappe Jérémy alors qu’il pensait tourner une page paisible. Jeune père, il imaginait profiter de la vie, loin des compétitions, auprès de sa famille. Mais l’opération devient inévitable. Risquée. À l’issue incertaine.

    En octobre 2022, il subit une intervention en condition éveillée à Montpellier, supervisée par le neurochirurgien Hugues Duffau.

    « Pendant plusieurs semaines, je n’ai fait que pleurer. Pourquoi moi, pourquoi maintenant ? »

    La convalescence est rude : Jérémy doit réapprendre à parler, lire, écrire. Il raconte avoir eu des pertes de mémoire si sévères qu’il ne reconnaissait plus ses enfants. Aujourd’hui encore, il vit avec des séquelles. Des IRM réguliers permettent de suivre l’évolution des 10 % de la tumeur encore présents.

    « Niveau mémoire, je suis encore loin d’être au top. » plus jamais surfer.

    Des cicatrices invisibles : santé mentale et sport de haut niveau

    Le documentaire STRoNG, aussi forts que fragiles, diffusé sur Prime Video, avait déjà levé le voile sur une autre facette du champion : la santé mentale. Dépression, burn-out, perte de repères, pensées noires… autant d’épisodes douloureux que Florès a traversés avant même son diagnostic physique.

    « Je n’ai jamais fait de tentatives suicidaires, mais j’y ai pensé. Quand tu ne ressens plus d’émotions, tu te demandes à quoi bon. »

    La performance cache souvent des souffrances. Derrière les podiums, l’athlète accumulait le poids des attentes, de la pression, et d’un rythme effréné qui ne laisse pas place à l’introspection.

    La famille comme bouée de sauvetage

    Sa rencontre avec Hinarani de Longeaux, ex-Miss Tahiti, a été un tournant. Leur couple devient un refuge, un socle. Puis la naissance de leurs enfants, en particulier celle de leur fille Hinahei, agit comme une véritable renaissance.

    « Elle m’a guéri. Elle a cicatrisé toutes ces plaies un peu à vif. »

    Aujourd’hui, c’est dans ce cocon qu’il puise la force de continuer. Le surf reste là, mais la priorité, désormais, c’est le présent. Chaque jour.

    “Dos au mur” : un documentaire poignant

    Réalisé par Julie et Vincent Kardasik, Dos au mur sera diffusé le 16 juin sur Canal+ Docs. Ce film suit Jérémy dans son intimité, depuis son retrait du circuit jusqu’à l’opération, en passant par son engagement auprès de la jeune génération française (Kauli Vaast, Vahine Fierro). On y découvre aussi son rôle de père, d’entraîneur, et d’homme confronté à sa plus grande peur.

    Documenté comme un hommage à sa carrière et à sa résilience, Dos au mur explore les multiples facettes de Florès : le compétiteur féroce, l’enfant réunionnais, le mentor de Kauli Vaast, le père, le mari, le survivant. Kelly Slater, son père Patrick, ou encore sa compagne y livrent des témoignages bouleversants.

    Le film ne montre pas seulement des exploits. Il dévoile un homme, dans ses forces et ses fragilités, dans ses larmes comme dans ses sourires. Un surfeur qui apprend à vivre autrement, sans calendrier ni pression.

    Une inspiration pour toute une génération

    Aujourd’hui âgé de 37 ans, Jérémy Florès vit avec sa tumeur. Aucun miracle, pas de rémission totale annoncée. Mais il est là. Vivant. Et surtout, lucide.

    « Je vis au jour le jour, et j’espère, le plus longtemps possible. »

    Son témoignage brise les tabous sur la maladie, physique ou mentale. Il incarne une autre vision du surf de haut niveau, plus humaine, plus vulnérable – et donc plus puissante encore.

    Le coach, le passeur, l’héritier

    Un an après l’opération, Jérémy reprend pied dans l’action. Il devient coach de l’équipe de France pour les JO de Paris 2024. Il accompagne notamment Kauli Vaast (or olympique) et sa belle-sœur Vahine Fierro (victorieuse du Tahiti Pro 2024). Ces réussites, il les vit comme les siennes.

    « C’était le moment le plus fort de ma carrière. »

    Il développe aujourd’hui le projet Héritage, une structure commune entre les fédérations française et tahitienne pour former l’élite de demain, en vue des JO de Los Angeles 2028 et Brisbane 2032.

    Au-delà de la vague

    L’histoire de Jérémy Florès n’est pas celle d’un homme qui tombe. C’est celle d’un homme qui se relève, encore et encore. Qui ose montrer ses failles, et les transforme en force. Qui apprend à vivre sans gagner, à aimer sans compétition, à se réinventer hors de l’eau.

    À ceux qui le regardaient comme un champion, il répond aujourd’hui comme un père, un mari, un homme en quête d’équilibre. Et à tous les jeunes, surfeurs ou non, qui doutent, il adresse ce message : même les héros pleurent. Et ils continuent d’avancer.

    Il lui reste 10 % de la tumeur, une épée de Damoclès qu’il apprend à apprivoiser. Mais Florès ne vit plus dans la peur. Il avance, au jour le jour, avec sa famille, ses projets, et une nouvelle vision de la vie. Un message fort à retrouver dans Dos au mur, le 16 juin sur Canal+ Docs.

  • Maxime Huscenot : de la promesse à la persévérance

    Maxime Huscenot : de la promesse à la persévérance

    Il y a des vidéos qui racontent bien plus qu’un simple teaser de compétition. Celle que Maxime Huscenot vient de publier sur YouTube en fait partie. À quelques heures du début des Challenger Series 2025, ce court-métrage personnel revisite son passé, en images VHS et souvenirs d’enfance, pour mieux comprendre le chemin parcouru. Un chemin sinueux, ponctué d’injustices, de doutes, mais surtout d’une foi tenace en son surf et en son rêve.

    Le gosse de La Réunion promis au sommet

    Maxime Huscenot est né en 1992 sur l’île de La Réunion. En 2008, à seulement 16 ans, il devient champion du monde junior ISA. Il reste encore le seul français à avoir réussi cet exploit (enfin sauf erreur de ma part). Un titre qui fait briller son nom comme celui d’un futur crack du surf français, à l’époque encore en quête de représentants dans l’élite mondiale. Son sponsor d’alors, Quiksilver, croit en lui. Sur le papier, tout semble s’aligner : talent, attitude, sourire, travail.

    Mais la vie de sportif de haut niveau réserve rarement un parcours tout tracé. Et surtout, le surf professionnel est un monde où la méritocratie ne suffit pas toujours.

    Une décision injuste qui change tout

    Alors qu’il est l’un des espoirs les plus sûrs du surf tricolore, Quiksilver prend une décision brutale : couper dans ses budgets et se séparer de Maxime. Un choix difficilement compréhensible pour un jeune surfeur prometteur, déjà reconnu pour son professionnalisme et sa gentillesse. Certains disent même que son image « trop gentille » n’a pas aidé. Une absurdité pour ceux qui le connaissent : Maxime Huscenot est simplement respectueux, toujours souriant, toujours un mot aimable pour chacun.

    Ce premier coup dur aurait pu être fatal à sa carrière. Mais Maxime est de ceux qui encaissent en silence et tracent leur route.

    Années de doute et métamorphose

    Suit une longue période de flottement. Sur le QS, Maxime enchaîne les saisons sans trouver la régularité suffisante pour atteindre le CT. Il change de planches, modifie son matériel, cherche de nouvelles sensations. Il doute, mais il bosse avec son père comme coach. Le soutien de ses parents, et surtout de son père Jean-luc est exemplaire. Il observe, apprend, progresse. Pas de grand discours, pas de drama : juste du surf, encore et toujours.

    Jusqu’à cette saison de la délivrance, où tout s’aligne enfin. Maxime se qualifie pour le CT en 2023, la première division du surf mondial. Une consécration pour lui, pour sa famille, pour le surf réunionnais et français.

    Mais voilà le cut…

    Hélas, l’histoire n’est pas finie. Ou plutôt, elle recommence. La WSL met en place le fameux cut de mi-saison. Maxime en est victime. Il doit redescendre sur le circuit des Challenger Series.

    Tout aurait pu se jouer au Portugal. Une vague qui lui va bien, à lui, l’un des meilleurs tube riders français. Dans sa série face à Gabriel Medina et Callum Robson, Maxime commence fort, trouve une bonne vague. Il tient la deuxième place. Mais à cinq minutes de la fin, Robson déniche la bombe de l’épreuve. Un tube de folie, noté 10. Mérité pour l’Australien, cruel pour Huscenot.

    Une nouvelle saison, un nouvel espoir

    2025 commence difficilement pour Maxime. Sa qualification pour les Challenger Series ne se passe pas bien. Mais à force de persévérance, il obtient sa place. Et le revoilà, toujours prêt à se battre. Sa nouvelle vidéo est un signal fort : il n’a pas fini d’écrire son histoire.

    Le surf, un sport de mérite… et d’injustice

    Le surf pro est souvent cruel. Il y a les vagues, l’océan, les juges, les sponsors, les blessures. Et parfois, la chance. Maxime Huscenot incarne cette génération de surfeurs talentueux qui n’ont pas toujours reçu ce qu’ils méritaient, mais qui n’ont jamais cessé de croire en eux.

    Il aurait pu devenir aigri. Il est resté humble. Il aurait pu cesser d’y croire. Il continue de se lever chaque matin pour s’entraîner, perfectionner son surf, viser l’élite.

    Go Maxime, encore et toujours

    Cette nouvelle saison de Challenger Series débute le 2 juin en Australie. Maxime sera présent. Pas en tête d’affiche, mais toujours prêt à créer la surprise. Le surf français a besoin de figures comme lui : humaines, accessibles, inspirantes.

    Go Maxime. Pour tous les jeunes qui rêvent encore, pour ceux qui ont connu les galères, pour ceux qui savent que le mérite finit toujours par payer.

  • Décès de Timo Jarvinen, un regard venu du froid qui a marqué le surf mondial

    Décès de Timo Jarvinen, un regard venu du froid qui a marqué le surf mondial

    Le monde du surf vient de perdre l’un de ses témoins les plus sensibles et les plus talentueux. Timo Jarvinen, photographe de légende originaire d’Helsinki, s’est éteint à l’âge de 60 ans. Si son nom ne résonne pas auprès du grand public comme celui des surfeurs qu’il a immortalisés, il est une véritable icône pour toute une génération de photographes et d’athlètes. Retour sur la trajectoire exceptionnelle d’un homme dont l’appareil photo a su capter la beauté brute de l’océan et l’intensité de l’instant.

    Le surf comme appel intérieur

    Né en Finlande, pays sans vagues ni culture surf établie, Timo Jarvinen n’était pas destiné à devenir l’un des plus grands photographes de surf au monde. Pourtant, dès son adolescence, son regard s’affûte derrière l’objectif. Il quitte l’école à 16 ans, apprend les bases de la photographie en travaillant dans une imprimerie, puis commence à documenter des voyages snowboard. C’est le début d’un parcours guidé par la passion, la curiosité, et un sens inné de la lumière.

    Son premier appareil, un vieux Nikon F offert par son grand-père, devient son passeport vers les montagnes, les vagues, et les rencontres décisives.

    L’œil de Quiksilver et de Kelly Slater

    Installé un temps à Hossegor, il devient photographe attitré de Quiksilver et travaille avec les plus grands noms du surf mondial. Parmi eux, Kelly Slater, avec qui il tisse une relation professionnelle forte. Lors du sacre de Slater pour son 10e titre mondial à Porto Rico, Timo capture un cliché iconique : le roi du surf brandissant dix doigts pour célébrer la décennie de règne.

    Mais au-delà des stars, Timo s’attache à photographier les vagues elles-mêmes, parfois vides, parfois désertes. Il disait vouloir « montrer ce que les gens rêveraient de vivre », préférant les images positives à la misère ou à la souffrance. C’était sa manière de sublimer le réel, avec poésie, mais sans artifice.

    Une esthétique de la lumière et du mouvement

    Maître du flash aquatique, Timo Jarvinen révolutionne la manière de photographier dans l’eau. Avec son boîtier Nikon et ses caissons sur mesure, il parvient à figer l’instant avec une netteté et une intensité rares. Ses images de John John Florence à Tahiti ou de Clay Marzo dans les Outer Atolls sont devenues cultes. Il disait être inspiré par la lumière, l’eau, les reflets, les nuances.

    Sa photographie est un mélange de rigueur technique et de pure sensibilité. Une esthétique construite sur la patience, le respect de la nature, et le goût du risque – comme ce matin glacial à La Gravière, seul dans l’eau pour capturer la perfection éphémère d’une vague sans surfeur.

    Une disparition discrète, un héritage immense

    Ces dernières années, Timo Jarvinen s’était fait plus discret. Il partageait encore quelques projets, notamment dans le monde du ski avec Candide Thovex, autre figure de la glisse à l’approche artistique. Mais il restait avant tout fidèle à sa vision : ne jamais se cantonner à un style, ne jamais enfermer son regard.

    Avec sa disparition, c’est une part précieuse de la mémoire visuelle du surf moderne qui s’éteint. Mais son œuvre, elle, reste. Elle continue d’inspirer photographes et surfeurs du monde entier à voir au-delà de l’action, à capter l’âme du moment.

  • La vague d’une vie : Eimeo Czermak enflamme Teahupo’o

    La vague d’une vie : Eimeo Czermak enflamme Teahupo’o

    Un nom à retenir : Eimeo Czermak

    Eimeo Czermak n’en est pas à son premier coup d’éclat, mais cette fois, le surfeur tahitien de 21 ans a mis tout le monde d’accord. Le 7 mai 2025, à Teahupo’o, il a réussi l’impensable : surfer à la rame l’une des plus grosses vagues jamais prises sans assistance sur cette vague mythique. Une performance saluée unanimement par les médias spécialisés, qui parlent déjà de moment historique dans l’histoire du surf.

    Un swell classé « Epic » par Surfline

    Ce jour-là, Teahupo’o accueillait le premier très gros swell de la saison. Selon Kevin Wallis, chef prévisionniste chez Surfline, il ne s’agissait pas d’une tempête d’une violence extrême, mais plutôt d’un système parfaitement placé. Son déplacement quasi-direct vers Tahiti et sa proximité (1000 à 1500 miles) ont permis des conditions idéales : du gros surf, sans le vent ni le mauvais temps qui l’accompagnent souvent. Résultat : la journée a reçu le très rare label “Epic” de Surfline — une distinction qui ne tombe que quelques fois par an. Mais ce n’est pas tout : la période de la houle, entre 15 et 16 secondes, a rendu ces montagnes d’eau (à la limite du surf tracté) accessibles — ou presque — aux rameurs. Et c’est là qu’Eimeo Czermak a saisi sa chance.

    Une vague à la rame qui marque l’histoire

    À 4:13 de la vidéo publiée par *Surfer Magazine*, on découvre Eimeo glissant dans un tube massif, techniquement très compliqué, avec un placement chirurgical. Pas de jet ski. Juste ses bras, son mental et un timing parfait. Tikanui Smith, légende locale et témoin de la scène depuis le channel, n’a pas mâché ses mots : “Peut-être l’une des meilleures vagues jamais prises à la rame à Teahupoo.” Un compliment énorme quand on connaît l’historique du spot, où des monstres comme Laird Hamilton ou Nathan Fletcher ont écrit des pages majeures de l’histoire du surf tracté. Mais ici, il ne s’agit pas de tow-in. Il s’agit d’un surfeur local qui a lu parfaitement la vague et qui s’est engagé dans ce que beaucoup décrivent comme le ride de l’année.

    De Pipeline à la gloire mondiale

    Ce n’est pas la première fois qu’Eimeo Czermak fait parler de lui. En 2021, il s’était blessé sérieusement à Pipeline, à Hawaii. Une chute qui aurait pu freiner sa progression, mais qui semble aujourd’hui loin derrière lui. Depuis, le Tahitien n’a cessé de gagner en puissance, en technique et en maturité. Cette vague du 7 mai 2025 pourrait bien changer sa trajectoire : non seulement elle l’inscrit déjà dans le panthéon de Teahupo’o, mais elle le propulse aussi dans une nouvelle dimension médiatique.

    Et maintenant ?

    Le buzz autour de cette session est loin d’être retombé. Des médias américains comme *Surfer*, *Stab* ou encore *Surfline* y consacrent des articles élogieux. Les réseaux sociaux s’enflamment. Certains comparent même cette vague à celle de Laird Hamilton en 2000, surnommée “Millennium Wave”. D’autres estiment qu’on parlera encore de ce ride dans 25 ans. Eimeo, lui, reste humble. Mais cette vague, c’est un marqueur. Un tournant. Et surtout, une promesse : celle que la nouvelle génération tahitienne a de l’avenir, et qu’il faudra désormais compter sur Czermak quand on parlera des plus gros barrels de la planète.

    Une leçon de courage et de lecture de vague

    Au-delà du buzz, cette session rappelle que le surf à Teahupo’o, même après les Jeux Olympiques de Paris 2024, reste un défi extrême. Et que dans ce théâtre naturel, les locaux comme Eimeo Czermak continuent d’écrire l’histoire — non pas avec des artifices, mais avec du courage, de la technique et une connexion unique à la vague.
  • Adieu à Clyde Aikau, gardien de l’héritage d’Eddie et icône du surf

    Adieu à Clyde Aikau, gardien de l’héritage d’Eddie et icône du surf

    Le monde du surf est en deuil. Clyde Aikau, légende hawaïenne des grosses vagues et dernier représentant direct de l’esprit Aikau, est décédé paisiblement le samedi 3 mai 2025 à son domicile de Waimanalo, à l’âge de 75 ans. Il laisse derrière lui une empreinte immense dans la culture surf et l’histoire d’Hawaï.

    Le plus jeune d’une fratrie légendaire

    Né le 24 octobre 1949 à Kahului, sur l’île de Maui, Clyde Aikau était le plus jeune des six enfants de Solomon “Pops” Aikau et d’Henrietta Aikau. En 1959, la famille s’installe à Oahu, au cœur du North Shore, théâtre des plus célèbres vagues du monde. Avec son frère aîné Eddie, Clyde découvre très tôt les joies – et les dangers – de l’océan.

    Tous deux deviennent lifeguards à Waimea Bay, alors que le surf de grosses vagues est en pleine explosion. Ils ne se contentent pas d’assurer la sécurité des baigneurs : ils incarnent l’excellence et la bravoure des watermen hawaïens, ces hommes et femmes capables de lire l’océan comme une langue maternelle.

    La disparition d’Eddie, le tournant d’une vie

    Le nom des Aikau est indissociable du drame de 1978. Cette année-là, Eddie embarque sur la Hōkūleʻa, une pirogue double inspirée des anciennes embarcations polynésiennes, pour retracer les routes ancestrales de navigation. Lorsque le bateau chavire, Eddie tente de rejoindre la terre à la nage pour chercher du secours. Il n’est jamais revenu.

    Pour Clyde, ce fut un bouleversement. Mais au lieu de se replier, il décide de faire vivre la mémoire de son frère. En 1986, il remporte la première édition du Eddie Aikau Big Wave Invitational à Waimea Bay, un événement devenu mythique. Pendant trois décennies, il veille à chaque édition avec un engagement sans faille, allant jusqu’à y participer lui-même jusqu’en 2016, à l’âge de 66 ans.

    Un homme de la communauté

    Au-delà de ses exploits dans les vagues, Clyde Aikau était profondément engagé auprès de la communauté hawaïenne. Il a dirigé un service de Waikiki Beachboys, ces ambassadeurs du surf qui perpétuent les traditions locales tout en accueillant les visiteurs.

    Il s’est aussi investi dans le système éducatif, notamment comme lien entre le Département de l’Éducation et les familles sans-abri. Il veillait à ce que chaque enfant ait accès aux fournitures scolaires, au transport et, surtout, à l’éducation. Un combat discret mais fondamental, dans l’esprit de solidarité qui caractérisait toute sa vie.

    Slack key, famille et aloha spirit

    Clyde n’était pas seulement un athlète et un militant. Il était aussi un homme de musique et de partage. Avec Eddie, il avait pour habitude de jouer de la guitare en slack key, un style traditionnel hawaïen, lors de sessions improvisées avec des amis et des membres de la famille.

    Il incarnait parfaitement ce que les Hawaïens appellent l’Aloha Spirit : une manière d’être au monde faite de respect, de générosité, d’écoute et d’amour pour la nature et les autres. Jusqu’à ses derniers jours, malgré ses problèmes cardiaques et un combat contre le cancer du pancréas, Clyde a continué de porter cette énergie bienveillante qui faisait de lui une figure aimée et respectée.

    Un héritage inoubliable

    Le décès de Clyde Aikau marque la fin d’une époque. Il était le dernier témoin direct de cette génération de pionniers qui ont élevé le surf de grosses vagues au rang d’art de vivre et de culture. Il était aussi le gardien du nom Aikau, un nom désormais gravé dans l’histoire du surf mondial.

    Son fils Haʻa lui a rendu hommage sur Instagram avec ces mots simples et touchants :

    « Je vais te manquer papa. Je sais que tu t’amuses dans ta nouvelle aventure comme tu le disais. Je te promets de te représenter. À bientôt. »

    Les hommages se multiplient à travers le monde. Du North Shore à la Californie, de Tahiti à l’Australie, tous les surfeurs, jeunes ou vieux, savent ce qu’ils doivent à Clyde Aikau. Il a inspiré des générations de riders à honorer la mer, à protéger leur communauté, à se souvenir de ceux qui ont pavé la voie.

    Merci Clyde

    Waimea Bay ne sera plus jamais la même sans lui. Mais chaque houle d’hiver, chaque ride au pied des falaises, chaque rameur solitaire en quête de vagues, portera encore un peu de son héritage. Clyde Aikau ne disparaît pas : il rejoint l’histoire des grands, au large, là où les vagues ne cessent jamais.

  • Charly Quivront en apesanteur au Wave Garden Lab : le surf du futur en action

    Charly Quivront en apesanteur au Wave Garden Lab : le surf du futur en action

    Quand Charly Quivront envoie du lourd, on sait que ça va voler haut. Après avoir déchiré les vagues légendaires du North Shore à Hawaï, le revoilà plus proche de chez nous, dans un spot aussi exclusif que futuriste : le Wave Garden Lab. Direction le Pays basque espagnol, à seulement 1h30 d’Anglet, pour une session pas comme les autres… dans une piscine à vagues secrète et réservée aux invités.

    Le Wave Garden Lab : là où naissent les vagues du futur

    Perdu au milieu de nulle part, ce laboratoire des vagues est le terrain d’expérimentation de Wave Garden, les maîtres incontestés de la vague artificielle. Ici, pas de files d’attente ni de séries capricieuses : chaque vague est programmée, sculptée à la perfection. Barrel, grosse manœuvre ou section à air XXL, tout est sous contrôle.

    Et même si cette piscine est plus petite que ses grandes sœurs commercialisées, elle reste un terrain de jeu ultime pour les pros. C’est ici que les futures innovations prennent forme avant de conquérir le monde du surf artificiel.

    Charly Quivront, le roi des airs

    Dans ce nouveau clip, Charly transforme ce bassin high-tech en véritable rampe de lancement. Sous un ciel bleu éclatant et sur une eau cristalline, le Français enchaîne les aerials millimétrés, repoussant les limites de la gravité avec une facilité déconcertante.

    Pas besoin de scruter les prévisions ou d’attendre le bon swell : ici, chaque take off est une promesse d’envol. Et Charly le prouve avec un style fluide, précis, et surtout ultra propre. On le sent dans son élément, comme un gamin dans un skatepark infini, répétant ses tricks avec la régularité d’une horloge suisse… version aquatique.

    Le spot rêvé pour le training

    Si tu te demandes où les pros peaufinent leurs figures les plus folles, ne cherche plus. Ce clip confirme que le Wave Garden Lab est le meilleur spot pour travailler ses airs. Avec une vague parfaitement maîtrisée et des sections taillées sur-mesure, c’est le paradis pour tout surfeur en quête de performance et de fun.

    Mais attention, ce petit bijou n’est pas ouvert au public. On y entre sur invitation seulement, ce qui en fait un lieu presque mythique, réservé à l’élite et aux privilégiés du surf moderne.

    Le surf du futur, c’est maintenant

    Cette session dominicale filmée avec passion nous rappelle à quel point le surf évolue. Entre traditions océaniques et nouvelles technologies, des spots comme le Wave Garden Lab ouvrent des horizons infinis. Pour des surfeurs comme Charly Quivront, c’est l’occasion de repousser encore plus loin les frontières de la créativité et de la performance.

    Alors, prêt à découvrir ce que donne une journée sans vent, sans courant, mais avec des vagues parfaites à volonté ? File voir le clip et laisse-toi embarquer dans ce surf du futur, où chaque vague est une œuvre d’art… et chaque manœuvre, un spectacle.

  • Greg Browning, lumière du surf et du cinéma, s’est éteint

    Greg Browning, lumière du surf et du cinéma, s’est éteint

    Greg Browning, surfeur légendaire et cinéaste de talent, s’est éteint à l’âge de 52 ans après un combat courageux contre la maladie de Charcot (ALS). Son départ laisse la communauté surf orpheline d’une figure lumineuse, généreuse et profondément aimée.

    Une icône de la Momentum Generation

    Originaire de South Bay, région mythique du surf à Los Angeles, Greg Browning découvre sa passion à Hermosa Beach en 1986. Très vite, son style fluide, son charisme naturel et son sourire éternel le propulsent parmi les figures de proue de la fameuse Momentum Generation.

    Aux côtés de légendes telles que Kelly Slater, Shane Dorian, Taylor Knox et Rob Machado, Greg a marqué les années 90 par sa simplicité et son authenticité. Il n’était pas seulement un excellent surfeur, mais un véritable rayon de soleil, toujours prêt à élever les autres autour de lui.

    Du surf au cinéma : un talent derrière et devant la caméra

    Après une carrière solide de surfeur professionnel, Greg Browning poursuit son chemin dans le cinéma de surf, révélant un autre de ses talents. Collaborateur proche du réalisateur Taylor Steele, il participe à la création de nombreux films emblématiques qui définissent toute une génération.

    Avec la série culte Drive Thru, Greg capture l’essence même de l’aventure surf : l’amitié, les voyages et l’amour de l’océan. À travers des images pleines d’humour et d’authenticité, il offre au public des tranches de vie uniques aux côtés de Donavon Frankenreiter, Kalani Robb ou encore Benji Weatherley.

    Coach et mentor : un modèle pour la nouvelle génération

    Si filmer mettait du pain sur la table, Greg n’a jamais abandonné son amour pour le surf de haut niveau. Il s’est impliqué en tant que coach et mentor auprès de nombreux talents, dont les championnes olympiques Carissa Moore et Tatiana Weston-Webb.

    Son approche bienveillante, sa capacité à motiver et inspirer sans jamais écraser, font de lui un guide précieux pour toute une nouvelle génération de surfeurs et surfeuses.

    Un combat contre la maladie porté par l’amour des siens

    Diagnostiqué de la maladie de Charcot en août 2023, Greg affronte cette terrible nouvelle avec un courage impressionnant. Comme l’a souligné son ami de toujours Taylor Steele :

    « Même face à l’adversité, il est resté gentil, curieux, offrant rires et perspectives à ceux qui l’entouraient. »

    Plutôt que de se refermer sur lui-même, Greg a continué à se battre pour donner du bonheur autour de lui. Sa famille, ses amis et tous ceux qui l’ont côtoyé ont pu ressentir cette force incroyable, ce désir profond de partager encore un peu plus de lumière malgré la douleur.

    Taylor Knox, surfeur et ami de plus de 30 ans, a exprimé toute son admiration :

    « Greg vivait avec une bonté silencieuse et un courage qui nous laissent tous en admiration. Il restera à jamais une source d’inspiration. »

    Un départ empli de dignité et d’amour

    Conscient de l’issue inéluctable de sa maladie, Greg Browning a choisi d’affronter ses derniers jours à sa manière : avec dignité, amour et bienveillance. La semaine avant son départ, entouré de ses proches, il leur a donné l’occasion de lui dire adieu et de lui témoigner leur immense amour.

    Même dans ses derniers instants, Greg pensait aux autres avant lui-même, fidèle à l’homme qu’il a toujours été : généreux, tourné vers les autres, profondément humain.

    L’héritage de Greg Browning, une source d’inspiration éternelle

    Greg Browning laisse derrière lui bien plus que des films et des souvenirs de surf épiques. Il laisse un modèle de vie, un exemple rare de gentillesse, de passion et de résilience. À travers chaque vague surfée, chaque plan filmé et chaque sourire partagé, il nous montre comment vivre pleinement, sans jamais perdre de vue l’essentiel.

    Aujourd’hui, son influence dépasse largement le monde du surf. Il inspire chacun d’entre nous à être plus attentionné, plus joyeux, plus vivant.

    Greg, merci pour ta lumière. Tu continueras de surfer dans nos cœurs, à chaque houle, à chaque coucher de soleil sur l’océan.

  • La dépression chez les surfeurs pro : un mal qui émerge

    La dépression chez les surfeurs pro : un mal qui émerge

    L’annonce récente de Tatiana Weston-Webb, surfeuse brésilienne de haut niveau, qui met temporairement sa carrière en pause pour des raisons de santé mentale, a ravivé un sujet trop longtemps passé sous silence : la dépression chez les surfeurs professionnels. Derrière les sourires radieux, les sessions de rêve et les podiums, se cachent souvent des blessures invisibles. De Gabriel Medina à Andy Irons, en passant par Jérémy Florès et Filipe Toledo, les témoignages se multiplient et dressent le portrait d’un sport aussi exigeant mentalement que physiquement.

    Une pression permanente dès le plus jeune âge

    L’enfance sacrifiée pour l’excellence

    Nombre de surfeurs professionnels débutent très jeunes. Dès l’adolescence, ils sont propulsés dans un univers de compétitions internationales, loin de leurs repères familiaux. Cette déconnexion précoce peut avoir des effets durables sur leur équilibre mental. Dans un documentaire, Jérémy Florès expliquait :

    « J’ai été aveuglé par le succès… Tu oublies alors les bonnes choses et la réalité, comme ta famille, tes meilleurs amis. »

    Une compétition sans répit

    Le circuit pro de la World Surf League (WSL) impose un calendrier dense, des déplacements constants et une obligation de performance continue. Les défaites sont publiques, les critiques instantanées, amplifiées par les réseaux sociaux. Cette pression constante peut fragiliser même les esprits les plus aguerris.

    Des témoignages poignants : quand les surfeurs parlent

    Gabriel Medina : le choc d’une pause

    Triple champion du monde, le Brésilien Gabriel Medina a mis sa carrière entre parenthèses en 2022. En cause : une dépression profonde, déclenchée par un divorce et des tensions familiales. Il a confié :

    « J’ai eu une dépression, j’ai commencé à me traiter avec un psychologue. Je n’ai jamais imaginé être dans cette situation. C’est effrayant, les choses cessent d’avoir du sens pour vous. »

    Filipe Toledo : l’annonce choc de 2024

    Début 2024, c’est au tour de Filipe Toledo, champion du monde en titre, d’annoncer son retrait du circuit pro pour préserver sa santé mentale. Dans un communiqué sobre, mais fort, il évoque son besoin de « prendre soin de lui-même avant tout ».

    Andy Irons : une tragédie révélatrice

    Le cas le plus emblématique reste celui d’Andy Irons. Triple champion du monde, il est décédé en 2010 à seulement 32 ans. Le documentaire Kissed by God a révélé qu’il luttait contre un trouble bipolaire depuis l’âge de 18 ans, souvent combiné à des addictions. Son histoire a marqué un tournant dans la prise de conscience de la santé mentale dans le surf.

    Des causes multiples, un mal invisible

    Isolement et éloignement

    Voyager de plage en plage peut sembler idyllique, mais pour de nombreux surfeurs, cela rime avec solitude. Loin de leur famille, coupés de leur culture, ils évoluent dans un environnement instable. L’absence de routine, de cadre structurant, accentue cette fragilité.

    Hyper-exposition médiatique

    Le surf moderne est aussi une vitrine. Sponsoring, réseaux sociaux, interviews : chaque instant est documenté, analysé, critiqué. L’image du surfeur libre et détendu devient une injonction à toujours paraître heureux, même dans les pires moments. Cette dissonance entre l’image publique et la réalité intime est souvent source de souffrance.

    Les blessures et la fin de carrière

    Un accident, une blessure grave, une élimination brutale peuvent provoquer une perte d’identité. Pour ceux qui ont tout sacrifié au surf, se retrouver en dehors du circuit peut générer un vide existentiel profond. N’oubliez pas que derrière l’histoire d’un surfeur, il y a une famille qui a fréquemment beaucoup sacrifié pour leurs fils ou leur fille. L’échec sur le tour professionnel est habituellement une remise en cause difficile à gérer personnellement.

    Le surf, thérapie ou piège ?

    Le surf comme exutoire

    Pour certains, le contact avec l’océan reste un refuge. De nombreuses études soulignent les bienfaits de l’eau sur le bien-être mental : diminution de l’anxiété, augmentation de la concentration, réduction du stress. Cette « surf thérapie » est d’ailleurs utilisée dans certains programmes de soins, notamment pour les vétérans ou les adolescents à risques.

    Un sport à double tranchant

    Mais si le surf peut apaiser, il peut aussi enfermer. L’obligation de performer dans les vagues peut transformer ce plaisir en source de tension. Comme l’explique Mark Occhilupo, champion australien et ancien alcoolique repenti : « Quand tu gagnes, tout le monde est là. Mais quand tu perds ou que tu vas mal, c’est le désert. »

    Briser le tabou : vers une parole libérée

    Les documentaires comme électrochoc

    Des productions comme Kissed by God ou Strong ont permis de mettre des visages sur cette souffrance. En racontant leur chute, ces surfeurs ont offert à d’autres la possibilité de s’exprimer à leur tour.

    Le rôle croissant des fédérations

    La World Surf League commence à intégrer des cellules de soutien psychologique, et certaines équipes nationales proposent un suivi mental personnalisé. Une évolution encore timide, mais nécessaire.

    Les réseaux sociaux, espace de sincérité

    Paradoxalement, les plateformes numériques, souvent accusées d’aggraver la pression, deviennent aussi un lieu d’expression. Des surfeurs comme Tatiana Weston-Webb ou Koa Smith y ont partagé leur vulnérabilité, humanisant leur image publique.

    La dépression chez les surfeurs professionnels rappelle que nul n’est à l’abri, même au sommet. Elle démontre l’importance de repenser le sport de haut niveau, en intégrant le bien-être mental au cœur de la performance. Comme une vague imprévisible, la souffrance peut surgir à tout moment. Mais à l’image du surf, c’est aussi dans l’acceptation, l’équilibre et la résilience que se trouve la voie pour rester debout.

  • Décès de Shane Herring, légende du surf australien

    Décès de Shane Herring, légende du surf australien

    Un talent précoce des plages australiennes

    Né en 1971 à Dee Why, sur les Northern Beaches de Sydney, Shane Herring a commencé à surfer très jeune. Dès son adolescence, il s’est imposé comme un prodige du shortboard, impressionnant par son style radical et sa lecture des vagues. Inspiré par des légendes comme Tom Carroll, il a rapidement attiré l’attention des sponsors et du monde du surf professionnel.

    En 1992, il a marqué l’histoire du surf en remportant le Coke Classic à Narrabeen, battant un jeune Kelly Slater. Ce succès lui a permis d’atteindre la première place du classement mondial et de devenir l’un des espoirs du surf australien.

    Une carrière marquée par les excès

    Malgré un talent indéniable, Shane Herring n’a pas réussi à maintenir sa place parmi l’élite du surf. Les pressions du circuit professionnel et les attentes élevées ont eu raison de sa motivation. Rapidement, il s’est retrouvé pris dans une spirale d’excès, notamment avec l’alcool et les drogues, ce qui a gravement affecté ses performances.

    Son style unique, basé sur des planches plus courtes et plus épaisses que la norme de l’époque, aurait pu révolutionner le surf moderne. Mais en quelques années, il est passé de prodige à surfeur oublié, peinant à retrouver son niveau. Dans les années 90, il s’est progressivement éloigné du circuit professionnel.

    Un héritage complexe

    Malgré une carrière écourtée, Shane Herring a laissé une empreinte indélébile dans le surf. Son approche novatrice du shape a influencé de nombreux shapers, notamment Greg Webber, avec qui il a collaboré pour développer des planches adaptées à son style agressif et compact.

    Les nouvelles générations de surfeurs ont pu voir en lui un exemple à la fois inspirant et tragique. Il symbolise à la fois l’immense potentiel que peut offrir le surf professionnel et les dangers liés à la célébrité précoce et aux excès.

    Disparition à 53 ans

    Shane Herring est décédé à l’âge de 53 ans, après une chute à son domicile. Son décès marque la fin d’un chapitre important du surf australien, rappelant les défis auxquels sont confrontés de nombreux athlètes après la fin de leur carrière.

    Sa mémoire restera gravée dans l’histoire du surf, non seulement pour ses performances fulgurantes dans les années 90, mais aussi pour l’héritage qu’il laisse derrière lui, entre inspiration et mise en garde contre les pièges du succès.

    Publié le 17 mars 2025

  • Un moniteur de surf décède en Indonésie, emporté par une vague

    Un moniteur de surf décède en Indonésie, emporté par une vague

    La communauté du surf est en deuil après la disparition tragique de Samsul « Sam » Kepompong, moniteur de surf en Indonésie. Âgé de 33 ans, il a perdu la vie après avoir été emporté par une grosse vague alors qu’il surfait sur la plage d’Ekas, à Lombok.

    Un accident lors d’un cours de surf

    Originaire de Bali, Kepompong était en session de cours avec un groupe de surfeurs lorsqu’une vague puissante l’a surpris, brisant son leash et l’éloignant du rivage. Malgré ses appels à l’aide à un autre moniteur de surf, les conditions étaient trop dangereuses pour qu’un autre instructeur puisse l’atteindre immédiatement. Finalement, une tentative de sauvetage en bateau a été mise en place, mais le surfeur est décédé avant d’arriver à l’hôpital.

    Une vague d’émotion dans la communauté surf

    L’annonce de son décès a provoqué une immense tristesse en Indonésie et en Australie, où il avait des attaches familiales. Une cagnotte GoFundMe, initiée par sa cousine Eva Flatley, a été créée pour soutenir sa famille dans cette épreuve et financer les frais médicaux ainsi qu’une cérémonie en son honneur.

    Une série noire pour le surf

    Ce drame intervient au lendemain du décès d’un autre surfeur victime d’une attaque de requin en Australie. Ces tragédies rappellent la dangerosité et l’imprévisibilité de l’océan, même pour les surfeurs les plus expérimentés. Nos pensées vont aux proches de Samsul Kepompong et à toute la communauté surf endeuillée par cette perte.

  • Pipeline : Le surfeur pro Makai McNamara dans le coma après un wipeout dramatique

    Pipeline : Le surfeur pro Makai McNamara dans le coma après un wipeout dramatique

    Un accident tragique sur l’une des vagues les plus dangereuses du monde

    Le surfeur professionnel Makai McNamara a été victime d’un grave accident à Pipeline, l’un des spots de surf les plus redoutés au monde. Lors d’une session intense, McNamara a chuté sur une vague massive et a percuté violemment le récif, le laissant inconscient sous l’eau.

    L’accident a déclenché une opération de sauvetage spectaculaire, menée par ses proches et les lifeguards de la North Shore. Son ami proche, le surfeur professionnel Eli Olson, a été le premier à le rejoindre, après que Makai soit resté environ deux minutes sous l’eau. Olson a tenté de le maintenir à la surface, tout en lui administrant les premiers soins dans les vagues tumultueuses.

    Une intervention héroïque qui lui sauve la vie

    Une fois ramené sur la plage après plusieurs minutes de lutte contre les éléments, les secouristes ont poursuivi la réanimation. Makai McNamara a commencé à recracher de l’eau et a brièvement repris connaissance. Il est actuellement plongé dans un coma artificiel de 72 heures afin de permettre à son corps de récupérer.

    Dans un message poignant sur Instagram, son frère Landon McNamara, vainqueur de l’édition 2024 de l’Eddie Aikau Big Wave Invitational, a exprimé sa gratitude envers tous ceux qui ont participé au sauvetage :

    « Je ne peux pas exprimer à quel point nous sommes reconnaissants envers ceux qui ont aidé Makai à rejoindre le rivage aujourd’hui et lui ont sauvé la vie. C’était terrifiant de ne pas le voir remonter après cette chute. »

    Il a également appelé la communauté surf à envoyer des pensées positives et des prières pour le rétablissement de Makai.

    Pipeline : un spot mythique mais impitoyable

    L’accident de Makai McNamara rappelle la dangerosité de Pipeline, cette vague légendaire d’Hawaï qui a coûté la vie à plusieurs surfeurs au fil des ans. Malgré son talent et son expérience, McNamara n’a pas échappé aux risques inhérents à cette vague réputée pour son fond de corail tranchant et sa puissance extrême.

    Sa communauté et le monde du surf restent en alerte, espérant des nouvelles positives dans les prochains jours. Makai est un battant, et tout le monde croit en sa capacité à surmonter cette épreuve.

    🟢 Mise à jour à venir : Nous suivrons l’évolution de son état de santé et partagerons les dernières informations dès qu’elles seront disponibles.

    💙 Pensées et soutien à Makai McNamara et à sa famille.

  • Marco Mignot décroche son ticket pour le CT 2025 !

    Marco Mignot décroche son ticket pour le CT 2025 !

    C’est officiel ! Marco Mignot (23 ans) a réalisé l’exploit en se qualifiant pour le Championship Tour (CT) 2025 lors de la dernière étape des Challenger Series au Corona Saquarema Pro, au Brésil. Avec une performance brillante qui lui a assuré la 8e place à Saquarema, Mignot se hisse dans le Top 10 du classement final, validant ainsi son billet pour l’élite mondiale du surf. Il devient ainsi le 9e Français à intégrer ce circuit prestigieux.

    « C’est un rêve de gamin qui se réalise, » confie Mignot, ému. « J’ai travaillé sans relâche pour ce moment. » Après avoir échoué de peu l’an dernier, il revient cette année avec détermination et un esprit de revanche, notamment marqué par sa remarquable finale à l’US Open de Surfing en août.

    Une qualification méritée
    Le parcours de Mignot cette saison a été exemplaire : finaliste à Huntington Beach, il a su cumuler les bons résultats malgré quelques contre-performances (17e à Snapper Rocks et Ballito, 49e à Narrabeen et Ericeira). À Saquarema, il a remporté son duel avec un score impressionnant de 15,33 points, confortant ainsi sa place dans le Top 10. À présent 6e au classement provisoire, il est assuré d’évoluer sur le CT en 2025, redonnant à la France une place de choix dans l’élite du surf masculin après la relégation de Maxime Huscenot en 2023.

    La consécration d’un surfeur passionné

    Né en Nouvelle-Calédonie, Marco Mignot a grandi entre la France et le Mexique, où sa famille réside dans le village côtier de Sayulita. Depuis ses débuts, Mignot a toujours montré un talent certain pour la compétition et une passion indéfectible pour le surf. Cette année, il a brillé aux Mondiaux ISA à Porto Rico, frôlant même la qualification olympique aux côtés de Joan Duru et Kauli Vaast.

    En intégrant le CT, Mignot rejoint une lignée de prestigieux surfeurs français tels que Jérémy Florès, Michel Bourez, et plus récemment Maxime Huscenot. Le surfeur rend hommage à ceux qui l’ont soutenu tout au long de son parcours : « Ce n’est pas seulement ma victoire, c’est celle de tous ceux qui m’ont soutenu. Merci à ma famille, à mes coachs Miky Picon et Patrick Beven, et à toute mon équipe. »

    Un retour de la France au plus haut niveau

    L’ascension de Marco Mignot symbolise une véritable fierté pour le surf français, qui retrouve enfin un représentant sur le CT après une saison d’absence. Après une saison 2023 marquée par l’éviction de Maxime Huscenot, Mignot ouvre une nouvelle page pour la France, et rejoint un cercle fermé de surfeurs français ayant atteint l’élite mondiale.

    Avec cette qualification, Mignot pourrait inspirer une nouvelle génération de surfeurs français, montrant que la détermination et le travail portent leurs fruits. Nous lui souhaitons de briller sur les vagues du CT et de porter haut les couleurs de la France.

  • Clay Marzo : Un surfeur au style inimitable

    Clay Marzo : Un surfeur au style inimitable

    Dans le monde du surf, certains noms résonnent avec un éclat particulier. Clay Marzo, surfeur originaire de Maui, Hawaï, est l’un de ces rares athlètes qui ne se contentent pas de suivre les règles, mais qui redéfinissent leur propre chemin. Avec son style original, son approche audacieuse des vagues et son refus des conventions, il est devenu une figure incontournable du freesurf. Là où beaucoup de surfeurs cherchent la reconnaissance à travers les compétitions, Clay Marzo incarne une liberté et une passion qui dépassent les podiums.

    Marzo est facilement reconnaissable à son approche unique des vagues. Il ne surfe pas pour impressionner, mais pousse les manoeuvres à l’extrême. Chaque turn est instinctif, chaque manœuvre audacieuse et créative. Il ne se soucie pas des jugements extérieurs, il surfe avant tout pour lui-même. C’est cette authenticité qui lui a valu le respect de la communauté surf mondiale.

    Un talent unique forgé dans la différence

    Ce qui distingue Clay Marzo, au-delà de son impressionnante technique, c’est son style particulier. Surfeur goofy, il est plus à l’aise sur les vagues en gauche, une préférence que l’on retrouve dans la plupart de ses vidéos. Contrairement à de nombreux surfeurs qui cherchent à être polyvalents en maîtrisant les deux types de vagues (gauche et droite), Clay exploite ses forces en repoussant les limites de ce qu’il sait faire le mieux. Sa capacité à démarrer late, à sortir des tubes de nulle part, pousser les turns à la rupture ou réaliser des airs avec style, font de lui l’un des meilleurs free surfeurs au monde.

    Petite anecdote, c’est un surfeur qui vient d’Hawaii, et qui n’aime pas porter de combinaison. Preuve est, dans un vidéo en Australie de l’Ouest, alors que l’eau est froide, il n’hésite pas surfer en short alors que les autres surfeurs en combinaison 3/2 mm, encore une preuve de l’originalité du personnage.

    Un surfeur en dehors des compétitions

    L’un des aspects les plus fascinants de la carrière de Clay Marzo est son absence du circuit compétitif traditionnel. Alors que de nombreux surfeurs professionnels bâtissent leur carrière à travers les championnats et les classements, Clay a choisi une autre voie. Il préfère s’investir dans le freesurf, où il peut surfer à son propre rythme, sans la pression des juges ou des règles imposées. Ce choix est révélateur de sa personnalité : un surfeur qui se fiche des honneurs et des trophées, mais qui est pleinement concentré sur la pratique pure du surf.

    Clay Marzo a participé à quelques compétitions dans sa carrière, mais il n’a jamais cherché à y exceller. Selon lui, les compétitions imposent des contraintes qui brident la créativité. Le surf est pour lui un art, une forme d’expression personnelle, et il refuse de la réduire à une simple épreuve sportive. Ce positionnement lui a permis de conserver une approche du surf basée sur la passion et la liberté, loin des circuits standardisés et des jugements stricts. Cette authenticité lui a valu une immense popularité parmi les surfeurs, amateurs et professionnels confondus.

    Deuxième petite anecdote, j’avais un DVD sur Clay Marzo où on le voit en compétition, et il doit obtenir un petit score, il lui suffit de se lever ou prendre une vague à faible potentiel. Son team de Manager de l’époque qui n’arrête pas de lui crier: « prends une vague », finalement Clay n’en fera rien, préférant attendre une bonne vague plutôt que de passer sa série en prenant une vague pas terrible.

    Le syndrome d’Asperger : une force pour Clay Marzo

    Une autre dimension fascinante de l’histoire de Clay Marzo est son diagnostic du syndrome d’Asperger. Ce trouble, qui affecte principalement les interactions sociales et la communication, a façonné sa manière de vivre et de surfer. Bien que certains puissent percevoir ce diagnostic comme un obstacle, Clay a réussi à transformer ce qu’on pourrait appeler une différence en une force.

    Le syndrome d’Asperger permet à Clay Marzo de se concentrer de manière intense sur ses passions, et en particulier sur le surf. Son hyperfocalisation sur les vagues lui donne un avantage certain lorsqu’il s’agit de lire et d’interpréter les mouvements de l’océan. Il décrit souvent son expérience de la glisse comme une connexion presque spirituelle avec l’eau, une forme de communication instinctive qui transcende les mots. Pour lui, surfer est une échappatoire et une manière de se connecter au monde d’une manière que peu de gens peuvent comprendre.

    Grâce à son style de vie hors des sentiers battus et à sa capacité à transformer un diagnostic difficile en force, Clay Marzo est devenu un modèle pour de nombreux jeunes surfeurs et pour la communauté des personnes atteintes d’Asperger. Il prouve qu’il est possible de réussir et de s’épanouir en restant fidèle à soi-même, sans se conformer aux attentes des autres.

    Pourquoi Clay Marzo est une légende

    Clay Marzo incarne la liberté, la créativité et l’authenticité dans le monde du surf. Son refus des conventions, sa passion indéfectible pour le freesurf et son approche unique des vagues en ont fait une légende vivante. Contrairement à d’autres surfeurs qui recherchent la reconnaissance à travers des compétitions, il surfe pour lui-même, pour le plaisir et l’expression personnelle. Son style, souvent copié mais jamais égalé, est le reflet d’une relation profonde avec l’océan et d’une détermination à repousser les limites de ce que le surf peut offrir.

    Pour toutes ces raisons, Clay Marzo n’est pas seulement un surfeur talentueux ; il est un pionnier, un modèle et une source d’inspiration pour tous ceux qui voient le surf non pas comme une compétition, mais comme un art. Malgré son attitude discrète et son aversion pour la lumière des projecteurs, il restera pour beaucoup l’un des plus grands surfeurs de notre époque.