Catégorie : surfer

  • WSL vs Pedro Scooby : l’affaire Saquarema, du scandale de scoring à l’accord

    WSL vs Pedro Scooby : l’affaire Saquarema, du scandale de scoring à l’accord

    Il y a des polémiques qui durent le temps d’une story. Et puis il y a celles qui deviennent un cas d’école. À Saquarema, en 2025, on n’a pas seulement eu un débat classique de passionnés (“j’aurais mis 0,5 de plus”, “t’as vu la section ?”). On a eu un cocktail beaucoup plus sérieux : une contestation publique du jugement, des accusations de racisme, une démarche judiciaire engagée au Brésil… et, au final, une résolution discrète, loin des caméras, avec rétractation et accord entre les parties.

    Le point de départ : une note, deux vagues, et une vidéo qui met le feu

    L’étincelle, c’est un heat du Challenger Series à Saquarema. Dans le surf, la note n’est jamais “juste un chiffre” : c’est une décision qui résume un enchaînement de manœuvres, un choix de vague, un style, un niveau de risque, une comparaison directe avec l’adversaire… et parfois une frustration qui explose.

    Pedro Scooby, surfeur brésilien et personnalité ultra-médiatique, prend la parole publiquement. Son point de vue est simple et percutant : il compare deux vagues notées de manière très proche (voire identique selon la présentation qui circule) et estime que la vague de Weslley Dantas, plus engagée et plus “riche” en manœuvres, méritait mieux que celle de George Pittar. Là où l’histoire bascule, c’est que la critique ne reste pas cantonnée à “mauvaise appréciation”. Scooby associe cet épisode à une lecture beaucoup plus lourde : racisme, et impression que “le système choisit” qui doit avancer.

    Résultat : la polémique sort du microcosme surf. Elle se transforme en sujet grand public, parce qu’un avis amplifié par des millions d’abonnés n’est plus un commentaire.

    Pourquoi la WSL ne pouvait pas laisser passer

    La World Surf League vit d’un contrat implicite avec le public : “vous acceptez que le surf soit jugé, donc subjectif, parce que vous croyez au sérieux du cadre”. Si ce cadre est publiquement qualifié de raciste ou manipulé, on ne critique plus un heat : on attaque l’intégrité du produit sportif.

    Dans ce contexte, la réaction de la WSL est presque mécanique. Quand une organisation estime que son arbitrage est mis en cause au niveau de la réputation, elle cherche à reprendre le contrôle de deux choses :

    1. Les faits (qu’est-ce qui a été dit exactement ? sur quoi se base l’accusation ?)
    2. Le cadre (est-ce une opinion, une dénonciation, une affirmation ?)

    C’est là qu’intervient la démarche judiciaire : une demande formelle d’explications, déposée localement. En clair, on demande à la personne de préciser : “qu’entends-tu par là ? Maintiens-tu tes propos ? As-tu des preuves ?”. Ce n’est pas encore un “procès show” au sens populaire du terme ; c’est aussi une façon de fixer une version officielle, datée, opposable, dans un dossier.

    L’enjeu réel : le surf est subjectif… mais la confiance ne peut pas l’être

    On touche ici à un paradoxe permanent. Le surf est jugé parce qu’il n’est pas chronométrable comme un 100 mètres. Mais plus la discipline grandit, plus la demande de transparence augmente.

    Or, sur un heat tendu, la perception du public est souvent binaire :

    • soit “les juges ont vu un détail que je n’ai pas vu” (confiance)
    • soit “il y a quelque chose derrière” (soupçon)

    Quand on ajoute une accusation de racisme, la barre monte d’un cran. Parce que même si, juridiquement, tout se joue sur la nature des propos et les preuves, symboliquement, on est sur une question qui dépasse la compétition : qui bénéficie du doute ? qui subit les biais ? qui a accès aux opportunités, aux sponsors, à la visibilité ?

    Le twist : une affaire “en cours”… alors que c’était déjà réglé

    Ce qui rend cet épisode fascinant, c’est sa deuxième vie médiatique. Des articles relancent l’histoire autour de la procédure engagée, donnant l’impression d’un conflit qui s’installe. Puis surgit l’information clé : le dossier est déjà clos depuis un moment, avec une résolution hors tribunal.

    La logique est classique dans les conflits à forte charge réputationnelle :

    • on discute
    • il peut y avoir une rétractation (totale ou partielle)
    • on acte un accord mutuel
    • et on évite l’escalade (qui serait souvent perdant-perdant)

    En clair : tout le monde a intérêt à éteindre l’incendie. La WSL protège la crédibilité de son système. Scooby évite que la polémique ne se transforme en feuilleton judiciaire long et coûteux, où chaque mot serait disséqué.

    Pourquoi ça reste un signal fort pour la suite

    Même “résolue”, l’affaire Saquarema laisse trois enseignements.

    1) Les athlètes-influenceurs pèsent autant que les athlètes-résultats
    Aujourd’hui, une déclaration peut secouer le circuit plus vite qu’un podium. L’audience est un levier de pouvoir, et la WSL doit composer avec.

    2) Le jugement est le talon d’Achille structurel du surf
    On peut perfectionner les critères, former, auditer, publier davantage de détails… mais il restera toujours un espace d’interprétation. La question devient : comment rendre cet espace acceptable, compréhensible, et perçu comme équitable ?

    3) La frontière entre critique légitime et accusation grave est devenue centrale
    Dire “je ne suis pas d’accord avec la note” est normal. Dire “c’est raciste / manipulé” engage un autre niveau de responsabilité. Dans l’ère des réseaux, cette frontière est franchie plus vite—et les institutions répliquent plus vite aussi.

    Et maintenant ?

    Le plus intéressant, ce n’est pas de “choisir un camp”. C’est de voir comment le surf va évoluer : plus de pédagogie sur le scoring, plus de transparence, peut-être des formats vidéo explicatifs, des communications plus réactives, et une gestion de crise mieux huilée.

    Parce que la prochaine polémique de notes n’est pas une possibilité. C’est une certitude. Et après Saquarema, tout le monde sait que ça peut aller plus loin qu’un débat de parking… jusqu’aux portes d’un tribunal, avant de revenir—silencieusement—à la table des discussions.

  • Kelly Slater de retour à la compétition à 53 ans : la surprise Pipeline

    Kelly Slater de retour à la compétition à 53 ans : la surprise Pipeline

    Le surf pensait avoir tourné la page. Et pourtant. À 53 ans, Kelly Slater vient de rallumer une flamme que beaucoup croyaient définitivement éteinte. Le GOAT a annoncé son retour à la compétition pour le Da Hui Backdoor Shootout 2026, une épreuve mythique disputée à Pipeline, sur la North Shore d’Oahu. Une annonce à la fois surprenante… et parfaitement mesurée.

    Car non, Kelly Slater ne signe pas un retour à plein temps sur le Championship Tour. Pas de saison complète, pas de quête d’un 12ᵉ titre mondial. Juste une compétition, choisie avec soin, sur la vague la plus emblématique de sa carrière.

    Un retour symbolique, pas une retraite annulée

    Officiellement, Kelly Slater a quitté le CT en 2024, après avoir été éliminé par le Mid-Season Cut à Margaret River. Officieusement, il n’a jamais vraiment disparu. Depuis, on l’a vu réapparaître sous forme de wildcards, notamment à Pipeline ou à Lower Trestles, rappelant qu’à certains endroits, il reste dangereux pour n’importe qui.

    Son retour annoncé pour le Da Hui Backdoor Shootout, dont la fenêtre s’étend du 4 au 16 janvier 2026, s’inscrit dans cette logique. Ce n’est pas un come-back au sens classique du terme, mais un clin d’œil à l’histoire, à son histoire.

    À quelques semaines de son 54ᵉ anniversaire, Slater prouve surtout qu’il choisit désormais ses batailles.

    Pipeline, le terrain de jeu éternel de Slater

    S’il y a bien un endroit où Kelly Slater peut encore faire parler l’instinct, l’expérience et le timing, c’est Pipeline. Onze fois champion du monde, il y a signé certaines des performances les plus marquantes de l’histoire du surf de compétition.

    Le Da Hui Backdoor Shootout n’est pas un contest comme les autres. Format par équipes, ambiance old-school, pression maximale, respect absolu du spot. Un événement qui résiste au temps, comme Slater lui-même.

    Peter King, figure historique de l’épreuve, le résume parfaitement : le Shootout est un survivant sur le North Shore, là où tant d’événements ont disparu.

    Une équipe taillée pour Pipeline

    Kelly Slater fera partie de la team A New Earth Project, aux côtés de surfeurs qui incarnent l’ADN de Pipeline :

    • Jamie O’Brien, maître du chaos maîtrisé
    • Moana Jones-Wong, référence absolue côté femmes
    • Koa Smith, Shayden Pacarro, et Luke Tema en alternate

    Un mélange de générations, de styles et de connaissances du spot, parfaitement adapté à la brutalité de Backdoor et Pipeline.

    L’ombre des blessures, la lucidité du champion

    Ce retour reste néanmoins conditionné à une réalité que Slater n’a jamais cachée : son corps. Blessures à répétition, usure naturelle, scoliose… Le Floridien avance désormais avec prudence.

    Sur ses réseaux, fidèle à son ton à la fois détaché et honnête, il a simplement écrit :

    “Hoping I’m healed enough to surf by early mid January.” « « J’espère être suffisamment rétabli pour pouvoir surfer mi janvier. »

    Pas de promesse héroïque. Pas de storytelling forcé. Juste un champion qui écoute enfin ses limites, sans renoncer à ce qui le fait vibrer.

    À Pipeline, l’âge compte moins que le placement. Et dans ce domaine, Slater reste une référence absolue.

    En janvier 2026, il ne s’agira pas de prouver qu’il est encore le meilleur. Juste de rappeler pourquoi il est devenu une légende.

  • Faut-il laisser des enfants charger Nazaré ? Le débat relancé après l’exploit d’Aninha Dagostini

    Faut-il laisser des enfants charger Nazaré ? Le débat relancé après l’exploit d’Aninha Dagostini

    Le surf de grosses vagues vit une nouvelle ère : plus jeune, plus exposée, plus spectaculaire. La preuve avec Ana Gabriela Aninha Pessoti Dagostini, Brésilienne de 13 ans, aperçue début décembre 2025 à Nazaré — le colosse portugais qui engloutit même les surfeurs les plus expérimentés.

    Encadrée par Lucas « Chumbo » Chianca, elle a pris plusieurs bombes à Praia do Norte avant d’être violemment aspirée par une mousse massive. Dix secondes sous l’eau, un gilet déclenché, une récupération rapide par le jet : un scénario que même les adultes redoutent.

    Mais derrière l’exploit, un malaise grandissant

    Honnêtement, difficile de comprendre cette course à l’extrême où l’on cherche à savoir qui sera « le plus jeune » à charger des vagues capables de tuer. Jusqu’où ira-t-on dans cette surenchère ?

    Un point essentiel revient dans toutes les discussions :
    jusqu’à un certain âge, un mineur ne devrait pas être autorisé à surfer des vagues de cette taille s’il n’est pas capable de les prendre à la rame.

    Parce qu’il faut le dire :

    • le surf tracté rend l’accès aux vagues géantes trompeusement facile ;
    • les gilets gonflables donnent un sentiment de sécurité qui n’efface pas la violence réelle des impacts ;
    • un surfeur moyen peut, grâce au tow-in, accéder à des vagues qu’il ne pourrait jamais approcher par lui-même.

    Tout le monde dans l’industrie le sait. Mais, tout le monde ne le dit pas.

    Quand le risque rencontre le marketing

    Il suffit qu’un sponsor mise sur un jeune, lui promette une exposition mondiale parce qu’il « charge Nazaré à 13 ans », pour que le phénomène se reproduise ailleurs.
    D’autres enfants essaieront.
    D’autres parents accepteront.
    D’autres marques y verront une opportunité.

    Et ce n’est pas la première mise en garde que la communauté lance.

    Où placer les limites ?

    Nazaré n’est pas un terrain de jeu. C’est un spot qui a envoyé à l’hôpital — ou pire — certains des meilleurs big wave riders du monde. Alors imaginer des enfants dans ces mêmes conditions pose une question urgente :

    Avons-nous perdu la notion de limite dans la quête d’images spectaculaires ?

    Le surf a toujours été un sport de passion. Mais, la passion seule ne peut justifier de mettre des mineurs dans des situations où, objectivement, même les professionnels rompus au danger hésitent avant de s’engager.

    Affaire à suivre. Mais, le débat, lui, est bien lancé.

  • Carlos Burle échappe au pire à Nazaré : le wipeout qui change tout

    Carlos Burle échappe au pire à Nazaré : le wipeout qui change tout

    Il a 58 ans, une carrière jalonnée d’exploits, des décennies d’expérience dans les vagues les plus monstrueuses de la planète… et pourtant, Carlos Burle vient de vivre la pire expérience de sa vie.
    Mercredi matin, sur un Nazaré en mode XXL, la légende brésilienne a été littéralement engloutie par une vague massive, entraînée dans les profondeurs, puis frappée par une seconde montagne d’eau avant d’être secourue dans un scénario d’une tension extrême.
    Un accident qui, heureusement, se termine bien — mais qui ouvre une réflexion essentielle sur la sécurité dans le surf de grosses vagues.

    Une mauvaise lecture… et tout bascule

    Burle le dit lui-même : « J’ai mal lu la vague. » Sur cette gauche gigantesque, la vitesse et sa trajectoire lui ont laissé croire qu’il pouvait s’échapper. Il s’est engagé, a tenté de maintenir le cap… et a été pulvérisé.
    Le premier impact l’a entraîné très profondément, plus encore qu’il ne l’imaginait. Là-dessous, une autre bataille a commencé :

    • pression énorme,
    • veste gonflée qui limite les mouvements,
    • combinaison épaisse,
    • souffle qui s’amenuise.

    « Je n’ai jamais eu autant besoin de respirer de ma vie », raconte-t-il.
    Lorsqu’il a enfin atteint la surface, il n’a eu qu’une fraction de seconde pour prendre une inspiration avant qu’une deuxième vague ne l’écrase. Le corps passe alors en « mode survie », dit-il : répondre, sans réfléchir.

    Lucas “Chumbo” Chianca, héros du jour

    Ce qui arrive ensuite tient du miracle — mais aussi d’un professionnalisme absolu. Lucas Chumbo, son partenaire de tow-in, parvient à le rejoindre dans l’impact zone. Burle lui dit aussitôt : « Je ne vais pas bien, amène-moi à la plage. »
    Sauf qu’il reste encore deux vagues à encaisser.

    Dans la tourmente, Chumbo doit abandonner la machine, plonger pour atteindre Burle, et activer deux cylindres de flottabilité pour le maintenir en surface. Une manœuvre risquée, presque irréalisable dans un tel chaos.
    Finalement, c’est Will Santana qui récupère Burle sur le sled (planche à l’arrière du jet ski) et l’amène jusqu’au rivage, où les sauveteurs lui administrent de l’oxygène.

    Quelques heures plus tard, l’hôpital le déclare stable : pas d’eau dans les poumons, aucune blessure grave — un miracle.

    Une GoPro qui change la trajectoire du drame

    Le point le plus frappant du témoignage de Burle est sans doute celui-ci :
    « Je n’aurais jamais dû avoir une GoPro. »

    En voulant filmer un nouvel angle, caméra pointée vers son visage, Burle confesse qu’il n’était plus pleinement concentré sur sa ligne. Au moment de la chute, il serrait encore la caméra, ce qui a retardé le déclenchement de sa veste gonflable. Ensuite, avec une main occupée, remonter sur la motoneige est devenu presque impossible.

    Son message est clair :

    « Dans une situation aussi risquée, on doit être à 100 % concentré sur la sécurité. Pas sur l’image. »

    Un rappel fort, à l’heure où le surf XXL s’accompagne de plus en plus de caméras embarquées.

    Humilité, préparation et gratitude

    Malgré la violence de l’incident, Burle souligne que son calme, sa préparation physique et mentale ont joué un rôle déterminant. Et surtout, il exprime une gratitude immense envers son équipe : « Sans eux, je ne serais peut-être pas là. » Il salue particulièrement le courage de Chumbo, qui a mis sa propre sécurité en jeu pour le sauver.

    Nazaré reste Nazaré

    En quittant l’hôpital, Burle a confié qu’il rêvait déjà d’y retourner. Je ne sais pas s’il sincère, ou s’il essaie de se convaincre, mais un peu de repos ne lui ferait pas de mal.
    Cet accident rappelle cependant une vérité immuable :
    Nazaré ne pardonne jamais. Même aux légendes.

  • Malik Joyeux, mémoire d’un prince du surf parti trop tôt

    Malik Joyeux, mémoire d’un prince du surf parti trop tôt

    Chaque 2 décembre réveille une douleur particulière dans la communauté française de surf. Une date qui ne devrait être qu’un simple jour d’hiver, mais qui porte depuis 2005 la lourde trace d’un drame à Pipeline. Pour toute une génération de surfeurs français, dont je fais partie, Malik Joyeux n’était pas seulement un prodige tahitien : il incarnait la pureté du surf, la gentillesse, la simplicité, la beauté d’un style. Aujourd’hui, alors que de plus jeunes pratiquants ne connaissent parfois ni son nom, ni son histoire, il est essentiel de transmettre sa mémoire.

    Le Petit Prince de Tahiti : un talent solaire

    Né en 1980 à Moorea, Malik Joyeux grandit entouré d’océan, de lumière et de vagues qui sculptent son caractère. Très jeune, il se distingue par un style naturel et une aisance qui dépasse le simple don. À huit ans, il surfe déjà tous les jours. À quinze ans, il rivalise avec les grands. À vingt ans, il devient l’un des meilleurs watermen de Tahiti.

    Sa relation avec Teahupo’o forge sa légende. Là où la plupart voient une mâchoire prête à se refermer sur eux, Malik y voit une danse précise, exigeante, presque intime. Il charge en tow-in, puis à la rame, dans un engagement absolu qui impressionne même les anciens. Une vague titanesque, en 2003, lui offre le Billabong XXL Tube of the Year, récompensant l’un des plus gros tubes jamais surfés à la rame. Le monde découvre alors ce sourire permanent, ce talent rare, ce jeune homme humble qui ne semblait jamais forcer quoi que ce soit.

    On le surnomme vite « Le Petit Prince de Tahiti » — un surnom qui ne quittera jamais sa mémoire collective.

    Pipeline, le rêve devenu tragédie

    Pipeline… lieu sacré, temple, juge et bourreau. Le 2 décembre 2005, Malik y surfe comme tant d’autres jours : concentré, solide, confiant. On est sur un swell longue période en forte hausse dans la journée de mémoire. C’est le genre de jour, où ce n’est pas si gros, mais la puissance des vagues indiquent que la houle est en hausse. Les conditions sont sérieuses, mais pas hors norme pour un surfeur de son calibre. Pourtant, comme souvent à Pipe, ce n’est pas le plus gros jour qui fait le plus grand mal.

    Vers 10h30, Malik s’engage sur la première vague d’un set de trois. Un take-off tardif. Un léger déséquilibre. Et la lèvre, lourde, qui s’abat sur lui en pleine accélération. Le choc est violent. Sa planche casse. Son leash est arraché. Ce qui ne devrait être qu’un wipe-out de plus se transforme en drame.

    Les témoins plongent, cherchent, crient. Greg Long, présent ce matin-là, raconte des minutes interminables où personne ne sait si Malik est remonté plus loin, s’il est sur la plage, s’il flotte quelque part sous la mousse. Finalement, son corps est retrouvé une quinzaine de minutes plus tard, dérivant vers Pupukea. Trop tard. Beaucoup trop tard.

    Pipeline a pris un prince.

    Une onde de choc dans le monde du surf

    La nouvelle traverse le monde comme une lame de fond. À Hawaii, un cercle de prière se forme spontanément sur le sable. En Polynésie, la tristesse est immense. En France, où Malik était particulièrement apprécié, la communauté surf est abasourdie.

    Benjamin Sanchis, ami proche, confiera simplement :
    « C’était un pote, un frère. Il était cool avec tout le monde, et tout le monde l’adorait. »

    Car au-delà du rideur spectaculaire, Malik était aimé pour sa simplicité. Aucun ego. Aucune posture. Juste un passionné, heureux d’être là, heureux d’être dans l’eau. Pipeline rappelle souvent sa dangerosité, mais ce jour-là, c’est un symbole qui disparaît. Un de ceux qui rappellent pourquoi ce spot est à la fois mythique et meurtrier.

    L’héritage d’un surfeur qui mérite d’être transmis

    Pour beaucoup d’entre nous, Malik Joyeux représente une époque du surf encore brute, profondément humaine. Une époque où les images de Teahupo’o faisaient frissonner une génération entière. Une époque où les icônes n’étaient pas des influenceurs, mais des garçons discrets qui repoussaient les limites avec un sourire timide.

    Et pourtant…
    Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes surfeurs — 16, 18, 20 ans — qui ignorent totalement qui était Malik. La preuve en est mon fils de 18 ans, passionné de surf, ne connaît ni l’homme, ni l’histoire, ni la légende.

    C’est là que réside l’importance de raconter, encore et encore. Parce que la culture surf n’est pas seulement faite de tricks, de boards et de vidéos TikTok. Elle est faite de récits, de figures, de drames et de victoires humaines.
    Elle est faite de surfeurs comme Malik Joyeux.

    Transmettre son histoire, c’est maintenir vivant un héritage, une mentalité humble, un engagement total dans les vagues les plus dangereuses du monde.

    Un devoir de mémoire

    Icônes Surf, ancré depuis des années dans la culture surf française, a toujours eu ce rôle : raconter, documenter, transmettre. Et le 2 décembre reste une date impossible à oublier. Une date qu’on se doit de marquer chaque année, pour rappeler aux nouvelles générations d’où l’on vient, qui étaient les pionniers, qui ont ouvert les portes de Teahupo’o au monde entier.

    Malik n’a pas eu le temps de tout montrer.
    Mais ce qu’il a laissé suffit à inspirer des milliers de surfeurs.

    Qu’on se le dise :
    il fait partie de l’histoire du surf.
    Et notre responsabilité est de faire en sorte qu’il ne tombe jamais dans l’oubli.

    Là où les légendes surfent encore

    On aime imaginer Malik quelque part, dans un barrel sans fin, là où l’eau est claire et les vagues parfaites. Un endroit où le temps ne compte plus. Où les wipe-outs n’existent pas. Où les surfeurs charismatiques conservent pour toujours leur sourire.

    Chaque 2 décembre, on pense à lui.
    À ses proches.
    À ses amis.
    À la communauté tahitienne.
    Et à cet héritage immense qu’il nous a laissé.

    Mauruuru, Malik. I haere ma.

  • Joel Tudor encore dans la tourmente : un simple commentaire rallume la polémique

    Joel Tudor encore dans la tourmente : un simple commentaire rallume la polémique

    Difficile de trouver un surfeur qui divise autant que Joel Tudor. Légende du longboard, triple champion du monde, icône du style traditionnel… mais aussi aimant à controverses, spécialiste des sorties de route et figure paternaliste d’un rétro-surf souvent caricatural. Cette semaine, une nouvelle polémique s’ajoute à la liste : un simple commentaire sur Instagram autour du drapeau confédéré a déclenché un feu d’artifice sur Reddit. Et une fois encore, Tudor en prend pour son grade.

    Tout est parti d’un souvenir partagé par le Californien : une planche aperçue il y a des années en Floride, décorée intégralement comme un drapeau confédéré. Il décrit “un travail de résine incroyable” et regrette de ne pas l’avoir achetée. Rien de politique selon lui, juste l’admiration d’un travail artisanal. Mais sur Reddit, l’interprétation est tout autre : les utilisateurs dégainent immédiatement les termes “fasciste”, “quasiment nazi”, “provocation sournoise”. Le ton monte, et les commentaires s’enchaînent.

    Ce n’est pas la première fois que Tudor se retrouve sous le feu des projecteurs pour ses positions ou ses provocations. On parle d’un homme connu pour jouer les “gardes du temple”, qui juge sans filtre, attaque en ligne et se plaît régulièrement à opposer “vrai surf” et “modernité”. Sur Reddit, un commentaire résume parfaitement l’image qu’il renvoie :

    « Il est le leader des talibans du retro single-fin. Si tu surfes une planche moderne au mauvais moment, pas d’invit’ au Duct Tape Invitational. »

    Pas besoin de chercher longtemps pour comprendre pourquoi cette phrase circule depuis des années dans la communauté. Nombreux sont ceux qui reprochent à Tudor d’avoir transformé la culture longboard en micro-secte élitiste, où seuls les puristes estampillés “old school validés par Joel” auraient droit de cité. Et pour certains athlètes—dont des Français pourtant exemplaires—ses prises de position frôlent parfois l’obsession personnelle. Du coup, je vous avoue, avoir adopté la même obsession sur lui….lol

    La polémique actuelle a donc servi de catalyseur : sous couvert d’un débat sur un symbole de l’histoire américaine, les internautes déversent surtout des années de frustration accumulée. Entre les accusations d’arrogance, les commentaires moqueurs sur son attitude condescendante et les récits de rencontres peu flatteuses, l’image de Tudor prend encore un coup.

    Et comme souvent, le débat politique s’invite dans le surf. Certains rappellent que le drapeau confédéré reste un symbole associé au racisme, au suprémacisme blanc et à la ségrégation. D’autres insistent sur la nuance historique. Un utilisateur tente même de remettre un peu de contexte, notant que “la majorité des soldats confédérés n’étaient pas propriétaires d’esclaves”. Une tentative d’équilibrer le débat… noyée immédiatement sous les downvotes.

    En réalité, l’affaire dit moins de choses sur un drapeau que sur l’homme qui l’a mis en lumière. Joel Tudor s’est bâti une réputation : du génie du longboard au provocateur professionnel, il joue souvent avec la ligne rouge. Parfois par passion, parfois par ego, souvent par plaisir de contrarier. Mais à chaque fois, l’étincelle allume un brasier.

    Reste une question : que restera-t-il de tout ça ? Pour beaucoup, pas grand-chose. Juste une polémique de plus sur un surfeur qui semble parfois autant aimer la confrontation que le nose-ride. Mais pour d’autres, c’est un rappel que l’aura d’une légende ne suffit pas à effacer les dérives du personnage.

    Une chose est sûre : Joel Tudor n’a pas fini de diviser.

  • Docteur Strange victime d’un “accident de surf” ? La vraie histoire derrière la révélation de Benedict Cumberbatch

    Docteur Strange victime d’un “accident de surf” ? La vraie histoire derrière la révélation de Benedict Cumberbatch

    Quand on parle de surf et de célébrités, on pense rarement à Benedict Cumberbatch, aka le mythique Docteur Strange de Marvel. Et pourtant… l’acteur anglais a surpris tout le monde en révélant qu’il s’était mis au surf sur le tard — et qu’il avait même dû faire une pause forcée après un sérieux pépin à l’épaule. De quoi déclencher un mini-buzz dans la planète people/surf.

    Tout est parti d’une interview dans le podcast Smartless, où Jason Bateman lui demande s’il y a quelque chose qu’il aimerait maîtriser à moitié aussi bien que son métier d’acteur. Cumberbatch répond du tac au tac : “le surf”. Pas un rôle, pas une technique de jeu… non, une planche et des vagues.

    Un surfeur tardif, mais complètement accro

    L’acteur raconte qu’il a découvert la discipline en Nouvelle-Zélande, pendant le tournage (et surtout l’arrêt brutal) de The Power of the Dog durant le Covid. Bloqué dans le pays avec sa famille, il s’installe près d’une petite droite tranquille de Te Awanga, à Hawke’s Bay — l’endroit où tout a commencé.

    Et comme beaucoup de surfeurs, il se fait happer par la magie du line-up :

    “Je suis tombé amoureux de cette sensation, de l’océan, du littoral, du moment présent… C’est impossible à expliquer à quelqu’un qui n’a jamais surfé.”

    Le “presque accident” qui fait parler

    Mais Cumberbatch glisse aussi une info plus sombre : une opération de la coiffe des rotateurs (les tendons de l’épaule) l’a tenu éloigné de l’eau pendant six mois. Pas un wipe-out dramatique à Hollywood, mais suffisamment sérieux pour devenir… un accident de surf façon Docteur Strange, dans les titres du moment.

    Une passion qui rassemble tout le monde

    Ce qu’il préfère dans le surf ? Le mélange improbable de profils dans l’eau : du dealer au chef de la police, tous dans la même file d’attente pour une vague, “tant que tu ne leur voles pas la leur”. Je pense que l’acteur n’a pas fréquenté les spots avec des locaux pas très accueillants…

  • Clément Roseyro ouvre l’hiver à Nazaré avec un premier swell XXL

    Clément Roseyro ouvre l’hiver à Nazaré avec un premier swell XXL

    Quand l’hiver frappe à Nazaré, ce n’est jamais timidement. Et pour ce premier swell de la saison, Clément Roseyro était — évidemment — au rendez-vous. Le Français, devenu en un temps record une référence des grosses vagues, ouvre une nouvelle fois le bal avec une vidéo qui sent la mousse froide, l’adrénaline et cette obsession très personnelle qu’il entretient avec les murs liquides portugais.

    L’éclosion éclair d’un surfeur hors-norme

    Il y a encore quelques années, Clément Roseyro était surtout connu des initiés pour sa polyvalence rare : surf, foil, kite, wing, tow-in… Il touche à tout, et surtout, il excelle partout. Une trajectoire qui rappelle forcément celle de Kai Lenny, souvent citée lorsqu’on parle de ces athlètes multi-supports capables de lire l’océan comme personne. Sauf que cette fois, la comparaison vient avec une bonne dose de fierté : Clément Roseyro, c’est notre Kai Lenny français.

    Et malgré son jeune âge, il fait déjà partie de ceux dont la simple présence rassure les équipes sur l’eau. À Nazaré, on l’a vu très tôt prendre des lignes sérieuses, s’imposer dans les discussions, puis dans les images. Aujourd’hui, il est clairement devenu l’un des noms qui comptent.

    Un premier swell qui donne le ton

    La vidéo démarre comme un bulletin météo diabolique : une houle propre, solide, longue, l’un de ces signaux que tout surfeur de grosses vagues reconnaît instantanément. Clément était déjà sur zone, prêt à dégainer la planche et préparer le jet ski.

    Dans ce premier swell d’hiver, il enchaîne les drops tendus, les lignes à haute vitesse et quelques rides d’école, le genre qui fait comprendre en une seconde pourquoi il a gagné autant de crédibilité sur place. Ce n’est pas juste du courage : c’est du sang-froid, de la lecture, de la technique, et surtout une vraie vision de la vague.

    Une saison qui s’annonce féroce

    Si le premier swell ressemble à ça, la suite promet des épisodes encore plus intenses. On parle d’une année Nina, souvent annonciateur de swell consistant et fréquent sur nos côtes. Nazaré n’a jamais été un spot de demi-mesure, et Clément Roseyro semble plus affûté que jamais pour cette nouvelle saison hivernale. Sa capacité à rester calme dans le chaos, à accélérer là où d’autres ralentissent, et à transformer chaque mur d’eau en ligne artistique laisse présager le meilleur.

    Une chose est sûre : l’hiver ne fait que commencer, mais Clément Roseyro est déjà lancé à pleine vitesse. Et cette nouvelle vidéo en est la première preuve éclatante.

  • Drame au spot du Hook à Santa Cruz : un jeune surfeur de 19 ans perd la vie

    Drame au spot du Hook à Santa Cruz : un jeune surfeur de 19 ans perd la vie

    Le Hook, l’un des spots les plus fréquentés de Santa Cruz, est connu pour son ambiance électrique, ses longues droites qui déroulent le long de la falaise… mais aussi pour ses jours compliqués lorsque la houle se mêle au vent et aux marées hautes. Le 5 novembre dernier, le spot a été le théâtre d’un drame qui secoue toute la communauté surf de Californie : deux surfeurs ont été emportés par des conditions particulièrement dangereuses, et l’un d’eux, Nathaniel John Ramirez, 19 ans, n’a pas survécu.

    Un sauvetage difficile dans des eaux chaotiques

    Ce mercredi matin, une tempête balayait la côte. Vent fort, vagues désorganisées, courant puissant et marée haute : un cocktail redoutable, même pour les locaux habitués à voir le spot se déchaîner. Vers 9 h, les secours reçoivent une alerte : deux surfeurs sont en détresse au Hook, en difficulté pour rejoindre la plage.

    Selon le chef de division Patrick Winters (Central Fire District), les conditions rendaient l’intervention extrêmement délicate. Malgré des moyens rapides — rescue watercraft, patrouille portuaire, paramédics —, le chaos du plan d’eau complique tout.

    L’un des deux surfeurs parvient à sortir de l’eau par ses propres moyens. Mais pour l’autre, la situation est bien plus critique.

    Un jeune surfeur retrouvé inconscient sur les rochers

    Les secouristes finissent par localiser la deuxième victime sur la zone rocheuse, inconsciente, sérieusement blessée à la tête. Sa planche de surf avait été retrouvé auparavant, brisée contre les rochers, signe de la violence des impacts.

    L’équipe de secours extrait le surfeur vers un jet-ski puis le transfère immédiatement vers les équipes médicales. Ils pratiquent la réanimation pendant tout le trajet jusqu’au port de Santa Cruz, puis le relaient aux paramédics de la ville.

    Malgré tous leurs efforts, l’espoir s’amenuise rapidement.

    Le jeune surfeur était Nathaniel John Ramirez

    Le lendemain, la Santa Cruz County Sheriff’s Office confirme l’identité de la victime : Nathaniel John Ramirez, originaire de Morgan Hill. Il était âgé de 19 ans à peine.

    Transporté à l’hôpital Dignity Health Dominican Hospital, il est déclaré mort le 7 novembre, deux jours après l’accident. L’autopsie n’a pas encore révélé la cause officielle du décès, mais les premiers éléments indiquent un traumatisme crânien lié aux conditions extrêmes du jour.

    Un hommage à un jeune homme passionné et déterminé

    Selon son avis de décès relayé par la presse locale, Nathaniel était un jeune homme « déterminé », « loyal » et profondément attaché à sa famille, notamment à sa mère avec laquelle il travaillait. Ses proches décrivent un adolescent « plein de vie », amoureux de l’aventure, drôle, parfois timide, mais toujours prêt à profiter de chaque instant.

    « Il a vécu intensément ses 19 années », écrit sa famille. Un service en sa mémoire est organisé dans sa ville natale ce samedi.

    Une tragédie qui rappelle la dangerosité des tempêtes

    Cet accident tragique prend une résonance particulière alors que les tempêtes hivernales arrivent sur la côte californienne. Chaque année, des surfeurs expérimentés ou non sous-estiment la puissance des houles combinées aux courants et aux vents violents.

    Le Hook, spot magnifique mais exigeant, peut se transformer en piège lorsque les conditions se dégradent. Même pour les habitués, l’océan impose un respect total.

    La communauté surf de Santa Cruz, soudée et passionnée, est aujourd’hui en deuil. Le décès de Nathaniel Ramirez rappelle que chaque session comporte une part de risque — et que les décisions prises avant d’entrer à l’eau peuvent, parfois, sauver une vie.

  • L’incroyable parcours de Kev Merifield, pionnier discret et surfeur éternel

    L’incroyable parcours de Kev Merifield, pionnier discret et surfeur éternel

    Il existe des surfeurs dont la légende se construit non pas sur les podiums, mais dans le silence des petites routines de plage, la régularité des sessions à l’aube, les décennies passées à surfer sur les mêmes lignes d’horizon. Kev Merifield fait partie de ceux-là. Une figure discrète, presque invisible hors d’Australie occidentale, mais dont l’histoire résume à elle seule ce qu’est pratiquer le surf par amour, pour toujours.

    Né bien avant les premiers shortboards, avant la révolution des années 70, avant même que Margaret River ne devienne un nom mondialement connu, Kev surfait, à une époque où l’on partait en bagnole sans cartes, où l’on dormait dans le sable, où les vagues n’étaient pas encore des destinations mais des territoires à explorer.

    Dans les années 50 et 60, il fait partie d’une petite bande de pionniers qui tracent les routes du Western Australia. Ces jeunes types n’en avaient pas conscience à l’époque, mais ils étaient en train d’ouvrir des chapitres entiers de l’histoire du surf moderne. Leurs sessions improvisées à Margaret River, leurs nuits passées dans le bush, leurs premières photos des lignes parfaites du Sud-Ouest : tout cela allait influencer des générations entières.

    Mais ce qui rend Kev réellement unique, ce n’est pas ce passé héroïque. C’est ce qu’il a continué à faire pendant les soixante années suivantes.

    Surfing forever : le jour où la vieillesse n’a jamais gagné

    On pourrait croire que l’âge finit toujours par avoir le dernier mot. Chez Kev, il a fallu patienter longtemps. Très longtemps. avant 80 ans, la plupart des surfeurs raccrochent. Lui, non. Lui continuait.

    Même lorsqu’un problème d’équilibre — conséquence d’une blessure à l’oreille — l’a obligé à abandonner la position debout, Kev n’a pas quitté l’océan. Il s’est mis à surfer à plat ventre, sur une sorte de mix entre bodyboard et kneeboard. Et les jours de grosses vagues à Margaret River, il était toujours là. Trois heures à l’eau. À 80 ans passés.

    Pour Taj Burrow, qui le connaît depuis longtemps, Kev représente un objectif de vie :
    « Surfer à 80 ans, ça devrait être le rêve de tout surfeur. Kev est une légende. »

    Et quand on lui demandait pourquoi il continuait encore et encore, sa réponse était toujours la même :
    « Cette première vision de vagues qui déroulent… ça fait battre mon cœur. »

    C’est peut-être ça, finalement, la clé de la longévité dans le surf : ne jamais perdre cette étincelle.

    L’ultime décision : à 87 ans, le surf s’arrête

    Mais même les plus belles histoires ont une dernière page. En 2025, Kev Merifield annonce qu’il arrête de surfer. Il a 87 ans. « C’est très triste, mais j’ai décidé que c’était le moment », confie-t-il. Souffle court, problèmes cardiaques… le corps ne suit plus. Et autant il a passé sa vie à repousser les limites, autant il sait reconnaître le moment où il faut dire stop.

    Pourtant, quand on lit son parcours, on se dit que ce “stop” arrive incroyablement tard. Combien sont ceux qui surfent encore leur spot de prédilection après 60 ans ? Après 70 ans ? Après 80 ? Très, très peu.

    Doc Paskowitz, autre icône du “surf-every-day”, est allé jusqu’à 93 ans, mais d’une manière ou d’une autre, ces deux hommes partageaient la même philosophie : vivre selon le rythme de la mer, sans jamais renoncer.

    Kev, c’est l’antidote à la crispation du surf moderne

    Dans son portrait original de 2018, Alexander Haro expliquait que les surfeurs passaient souvent par trois “couches” psychologiques :

    • l’enthousiasme naïf de la jeunesse
    • la période plus dure, plus orgueilleuse, où l’on prend tout au sérieux
    • et enfin, la sagesse du “vrai” surf, celle du plaisir simple

    Kev, lui, avait clairement atteint ce troisième stade. Il n’était plus là pour le look, ni pour la performance, ni pour la validation sociale. Il était là par amour du mouvement. Par amour de l’océan. Par fidélité à ce qui l’avait construit.

    Les hommes comme Kev Merifield rappellent que le surf n’est pas un sport, mais un compagnon de vie. Quelque chose qu’on n’abandonne pas facilement. Quelque chose qui façonne la manière de voir le monde.

    Un héritage intangible mais immense

    Kev n’a jamais cherché la lumière. La plupart des surfeurs du monde ne connaîtront jamais son nom. Mais là où il vivait, il était considéré comme une sorte de trésor local. Un homme gentil, modeste, présent tous les jours ou presque. Un surfeur qui avait traversé sept décennies de swell. Une mémoire vivante d’un surf pur, brut, débarrassé de tout l’étalage social actuel.

    Aujourd’hui, il ne rame plus. Mais son histoire continue : elle inspire ceux qui se demandent à quel âge il faut “arrêter”, ceux qui redoutent la baisse de niveau, ceux qui pensent qu’il existe un âge pour avoir le droit de se sentir surfeur.

    La réponse de Kev a toujours été simple :
    Tant que le cœur suit. Tant que la passion reste. Tant qu’on a envie.

    Et même si Kev a finalement rangé sa planche, sa vie entière répond à une seule question :
    Oui, on peut être surfeur jusqu’au bout.

  • Hommage à Iñigo Letamendia, légende basque du surf disparu en 2025

    Hommage à Iñigo Letamendia, légende basque du surf disparu en 2025

    Il y a des figures dont la disparition laisse un vide impossible à combler. Des personnalités qui n’ont jamais cherché la lumière, mais qui l’attiraient naturellement, juste par la force de leur présence, de leurs idées, de leur énergie.
    Iñigo Letamendia (1948-2025) fait partie de ces êtres rares. Visionnaire sans plan de carrière, rebelle sans drapeau, pionnier sans jamais se dire pionnier. Avec lui, le surf basque n’a pas seulement grandi : il a explosé en couleurs, en bruit, en chaos, en créativité — bref, en vie.

    Sa trajectoire, de La Concha à Casa Lola, des ateliers improvisés aux podiums internationaux, a façonné l’ADN d’une des marques les plus mythiques d’Europe : Pukas. Et derrière cette aventure, c’est tout un pan de la culture surf espagnole et européenne qui lui doit son élan.

    Cet article est un hommage. À l’homme. À la légende. À “Indigo”.

    Un anticonformiste qui a tout déclenché

    Au début des années 70, Iñigo glisse pour la première fois sur une planche empruntée à La Concha.
    Un moment simple, presque banal. Un moment qui change pourtant toute une vie.

    À l’époque, il est diplômé, marié à Marian Azpiroz, et travaille dans l’hôtellerie. Bref : il est en route vers une vie stable, respectable… mais qui ne lui ressemble pas.

    Ce qu’il veut, c’est l’inconnu. Le surf. La liberté. Et surtout : vivre avec assez d’intensité pour que chaque jour compte.

    Alors, il quitte tout. Et Marian, loin de l’en empêcher, le suit. Elle aussi quitte une carrière prestigieuse, direction un mode de vie bohème où l’on fabrique des planches sur des tréteaux, des bikinis à partir de rideaux, et où une idée folle peut changer un destin.

    Casa Lola : le laboratoire du chaos créatif

    Avant que Pukas ne naisse officiellement, il y a un lieu mythique : Casa Lola, à Somo. Une maison-atelier, un squat créatif, une commune avant l’heure. On y fabrique les premières planches sous les noms :

    • Tablas Santa Marina (1973-74)
    • Jeronimo Surfboards (1975-76)
    • Geronimo Surfboards (1977-78)

    C’est là que naissent :

    • un style
    • une philosophie
    • un mouvement culturel

    C’est aussi là qu’Iñigo devient Iñigo, celui que tout le monde va suivre. Il ignore les règles, les barrières, la logique même. Il crée parce qu’il ne sait pas faire autrement.

    1979 : la naissance de Pukas, un tournant historique

    En 1979, l’arrivée d’un troisième personnage change la donne : Miguel Azpiroz, le petit frère de Marian.
    Travailleur acharné, technicien, instinctif. Le trio Iñigo – Marian – Miguel devient immédiatement un moteur.

    C’est l’acte de naissance officiel de Pukas Surfboards.

    Ce qui n’était qu’un atelier devient une marque.
    Ce qui n’était qu’un rêve devient une entreprise.
    Ce qui n’était qu’une bande d’allumés devient une culture.

    Les années 80-90 : amitiés, excès et surf mondial

    Iñigo est partout.
    Dans l’eau, dans les ateliers, dans les fêtes, dans les contests, sur les routes.
    Un aimant à rencontres.

    Son énergie, parfois indestructible, parfois fragile, lui permet de tisser des relations improbables.
    Les plus grands surfeurs du monde deviennent ses amis :

    • Sunny Garcia, son frère de cœur
    • Occy
    • Vetea “Poto” David
    • Les frères Irons
    • Et une longue liste de légendes internationales

    Tous voient en lui un mélange unique : du génie, de la folie, du cœur, du chaos.

    Son charisme est tel qu’il influence plusieurs générations de surfeurs, d’artistes, de shapers, de rêveurs. Et au Pays basque, il est déjà une figure locale incontournable.

    Sunny Garcia, la consécration d’une vie

    En 2000, un moment symbolique cristallise tout le chemin parcouru. Sunny Garcia devient champion du monde sur une Pukas.

    Pour Iñigo, c’est le sommet. Le triomphe d’un ami, avec une planche née dans un atelier basque. La preuve que l’insolence, la sueur, la créativité et les coups de folie peuvent mener au sommet du monde.

    Ce jour-là, il pleure, rit, hurle de joie. Et il dira plus tard que c’est le plus grand bonheur de sa vie.

    Le rayonnement basque : là où son cœur battait le plus fort

    Mais s’il y a une chose qui rendait Iñigo vraiment fier, ce n’est pas l’international.
    C’est le local.

    Les surfeurs basques qu’il voyait grandir :

    • Ibon Amatriain
    • Aritz Aranburu
    • Aitor “Gallo” Francesena
    • Et tant d’autres…

    Les contests organisés à San Sebastián, Zarautz, ou aux Canaries, avec une énergie brute, un esprit festif presque incontrôlable, et cette folie douce devenue la signature Pukas.

    Les Pukas Pro des années 80-90 étaient des événements cultes : chaotiques, bruyants, incroyablement authentiques.
    Du surf, de la fête, et une atmosphère que personne n’a jamais su reproduire.

    Une entreprise familiale devenue un pilier mondial

    Pukas, ce n’était pas qu’un business. C’était une famille élargie.

    Des ateliers clandestins aux usines professionnelles. Des planches shapées à la main aux collaborations internationales (Quiksilver, Vans…). Des premières boutiques à Zarautz et San Sebastián aux 8 points de vente actuels. Des premiers essais à Casa Lola à l’usine Olatu, devenue l’une des plus grandes fabriques de surf d’Europe.

    Pukas a vu défiler :

    • Ron Roush
    • Pat Rawson
    • Johnny Cabianca
    • DHD
    • Matt Biolos
    • Tokoro
    • Axel Lorentz
    • Et des dizaines d’artistes, shapers et artisans géniaux… ou géniaux et complètement fous.

    Tout cela est né grâce à trois personnes. Mais l’étincelle, l’énergie, la vision… venaient de lui.

    Un homme, un mythe, et une trace indélébile

    Iñigo Letamendia n’était pas parfait. Il ne l’a jamais revendiqué. Il était entier, parfois excessif. Toujours passionné. Toujours en mouvement.

    Il a connu des moments d’ombre, liés notamment à sa santé mentale. Mais il a surtout illuminé des milliers de vies avec une force rare.

    Il laisse :

    • Un mouvement
    • Une marque
    • Une famille élargie
    • Une culture
    • Des générations de surfeurs
    • Et un Pays basque qui ne serait pas le même sans lui

    Il s’est éteint à Saint-Sébastien, entouré de Marian et de leurs enfants, Tala et Adur.
    Et si une légende ne disparaît jamais vraiment, c’est parce que son héritage continue de glisser sur toutes les vagues du monde.

    L’histoire du surf européen s’écrit avec beaucoup de noms. Mais l’un d’eux restera gravé pour toujours.

    Iñigo Letamendia a donné une âme au surf basque.
    Il a donné une famille aux rêveurs, une direction aux shapers, une fierté à une région, une identité à une marque, et un état d’esprit à toute une culture. Plus qu’un homme.
    Un souffle. Un mythe. Une étincelle éternelle.

  • Un swell irlandais d’une violence rare avec Kai Lenny, Ben Larg et Nathan Florence

    Un swell irlandais d’une violence rare avec Kai Lenny, Ben Larg et Nathan Florence

    L’Irlande a encore montré son visage le plus brut : un slab difficilement introuvable, capricieux, et capable de transformer une session en véritable lutte pour la survie. Dans la vidéo du jour, où apparaissent Kai Lenny et Ben Larg et Nathan Florence, c’est surtout le début de la vidéo qu’il faut regarder : le reste n’a pas la même intensité, mais les premières minutes suffisent pour vous glacer le sang.

    Un slab parmi les plus capricieux d’Europe

    Ce spot irlandais, dont on taira le nom, coche toutes les cases du slab impossible :

    • marée millimétrée,
    • vent dans le bon quart de degré,
    • direction de houle ultra précise,
    • période longue mais pas trop…

    « C’est un slab compliqué à trouver et encore plus difficile à surfer », explique l’un des surfeurs locaux présents. Une vague rare, brutale, qui n’offre aucune seconde de retard.

    Les premières minutes : une scène terrifiante

    La vidéo s’ouvre sur une session effrayante, captée dans une lumière froide typique de l’Atlantique nord. Les trois compères sont à l’eau avec Kai Lenny et Ben Larg en action, et Nathan Florence dans le chenal à lever les bras. Mais une scène domine tout le reste.

    Un surfeur parvient à passer la section la plus critique du slab (je pense que c’est Kai Lenny). On croit qu’il a géré la vague parfaite… jusqu’à ce que la réalité se rappelle à lui. Derrière, une nouvelle série surgit. Pas le temps de reprendre son souffle. Coincé dans un courant de mousse, il se fait aspirer — littéralement — vers la dalle. Il est balloté, retenu, tiré comme un pantin par l’énergie brute de l’Atlantique, incapable de remonter.

    Les secondes s’étirent. Trop longtemps. Et on le voit enfin réapparaître juste avant la vague suivante, dans un timing miraculeux. Une scène qui glace le sang.

    Après cette séquence, la vidéo change de ton

    Le reste du contenu — sessions plus douces à Lahinch, rencontres avec Jango, Tola, discussions spirituelles des réalisateurs — a son charme, mais l’intensité est clairement dans les premières minutes. C’est là que se trouve l’histoire. Le reste fait davantage office de carnet de bord paisible.

  • Christian Fletcher, l’anti-héros qui a réinventé le surf

    Christian Fletcher, l’anti-héros qui a réinventé le surf

    Il y a des surfeurs qui suivent les lignes. Et puis il y a ceux qui les brisent, les brûlent, les réinventent. Christian Fletcher appartient à cette seconde catégorie. Un électron libre, un punk des vagues, un précurseur visionnaire qui a fait voler en éclats les certitudes d’un sport parfois trop sage.
    Atypique, controversé, chaotique, brillant : Fletcher est tout cela à la fois. Et en 2025, à 55 ans, le voir débarquer sur un QS aux Philippines avec un mullet, une planche maison et le sourire d’un gosse en récré a prouvé une chose simple : certains esprits ne vieillissent jamais.

    Ce portrait raconte l’histoire d’un homme qui n’a cessé, toute sa vie, de dire une seule chose : « Je fais les choses à ma manière. Et si ça ne plaît pas, c’est ton problème. »

    Naissance d’un iconoclaste : un destin écrit dans la wax

    Pour comprendre Christian Fletcher, il faut d’abord comprendre d’où il vient. Né en 1970 à Hawaï, il grandit dans une famille où le surf est aussi naturel que respirer.

    • Son père, Herbie Fletcher, pionnier du longboard moderne.
    • Sa mère, Dibi Hoffman, membre d’une lignée mythique du surf.
    • Son grand-père, Walter Hoffman, à l’origine du tissu qui rendra célèbres les chemises hawaïennes.
    • Sa tante, Joyce Hoffman, double championne du monde.

    Avec un tel héritage, Christian aurait pu devenir un surfeur “classique”.
    Mais non. Son truc, ce n’est pas la douceur du longboard. Son ADN s’accorde plutôt sur le bruit d’une guitare saturée, les croûtes de skatepark et les combinaisons vert fluo.

    L’ère des airs : quand Christian met le feu au surf

    À la fin des années 80, le surf n’a pas encore entamé sa révolution aérienne. Et puis Christian arrive. Des airs partout, des grabs venus du skate, des trajectoires verticales, un style agressif qui noircit les pages des magazines.
    L’establishment ne comprend pas. Certains sont outrés.
    Un groupe de surfeurs du Top 16 va même jusqu’à envoyer une lettre aux magazines demandant d’arrêter de publier des photos de Fletcher. Le public, lui, adore Fletcher.
    Les puristes le détestent.
    Parfait : il n’a jamais eu pour mission de plaire à tout le monde.

    Un talent pur : capable de gagner… quand il en avait envie

    En 1989, il remporte le Body Glove Surf Bout, l’un des plus gros prize money de l’époque :
    31 725 $ (oui, c’est important pour lui : pas 30 000, 31 725). Ce jour-là, tout le monde comprend qu’il pourrait devenir champion du monde. Mais il n’en veut pas.
    Il le dit très clairement :
    « Je m’en fiche complètement d’être champion du monde. »

    Et plus tôt encore, lorsqu’il parlait du World Tour :
    « Les mecs sur le World Tour ne s’amusent pas. Je le sais, j’y étais en 87 — c’était l’enfer. »

    Tout est dit.

    Excès, chaos et rock’n’roll : la vie hors cadre

    Sponsors improbables (dont un sex-shop), groupes de métal aux noms censurables, courses en moto, fréquentations borderline… Christian vit vite, fort, trop fort parfois. Une phrase résume parfaitement cette période :
    « J’aime la vitesse. Sous toutes ses formes. Je me retiens juste d’en pratiquer certaines aujourd’hui. »

    Le chaos finit par l’engloutir : addictions, dépression, faillite de sa marque, éloignement progressif du surf. Mais il n’est pas du genre à rester au fond.

    Tomber, se relever : les blessures invisibles

    Dans une interview culte avec Mark Occhilupo, Fletcher raconte son effondrement mental après l’achat précipité d’une maison et une vie de responsabilité imposée trop tôt.

    À Occy, il lâche :
    « 31 725 dollars. Tout est parti dans la maison, la famille, les obligations… C’était trop. »

    Cette lucidité, brute et désarmante, montre Fletcher sans façade : un homme brisé par un costume qui n’était pas taillé pour lui. Il s’en sortira, avec son style, ses excès, et une forme de philosophie personnelle :
    « Je fais ce que je veux, quand je veux. Je choisis juste de ne pas le faire trop souvent. »

    2025 : l’événement improbable – Fletcher en QS à Cloud 9

    Le monde du surf n’en revient pas quand il voit son nom sur la startlist du QS 6000 de Cloud 9 en 2025.

    Pourquoi revenir en compétition à 55 ans ?
    Il le dit lui-même :
    « Je veux juste me faire des tubes, envoyer des airs, et surtout… m’amuser. »

    Il termine troisième de sa série.
    Aucun enjeu.
    Aucun objectif.
    Juste l’envie.

    Lorsqu’il surfe contre un jeune de 13 ans, Jayden Wilcoxen, il poste ensuite :
    « Maltraitance envers une personne âgée ou c’est juste prendre un bonbon à un bébé ? »

    L’humour est intact.
    Le style est intact.
    L’esprit est intact.

    Aujourd’hui : survivant, symbole, inspiration

    Il surfe encore des reefs creux et rapides. Il roule encore comme un dingue à moto. Il continue d’être un électron libre, mais avec un mantra plus mature :
    « Quand tu es prudent, tu finis par te faire embarquer, dans le surf comme dans la vie. Être prudent, c’est hésiter. Tu t’engages ou tu ne t’engages pas — et moi, je m’engage. »

    Et tout est là :
    Christian Fletcher n’a jamais été un modèle, mais il est devenu une référence.

    Les airs d’aujourd’hui ?
    Les manœuvres aériennes en compétition ?
    Les rotations, les grabs, l’attitude skate ?

    Tout vient de lui.

    Christian Fletcher n’a jamais été un héros. Et c’est pour ça qu’il est une icône.

    Pas un prophète, pas un sage, pas un champion :
    un rebelle qui a bousculé le surf parce qu’il refusait catégoriquement d’entrer dans une case.

    Son héritage est immense, et paradoxal : en ne cherchant jamais à révolutionner le surf, il l’a fait sans même s’en rendre compte. Christian Fletcher reste la preuve vivante que le surf n’est pas qu’un sport.
    C’est un cri.
    Un style.
    Une liberté totale.
    Un doigt levé vers les juges.
    Un air au-dessus d’un autre surfeur.
    Un homme qui vieillit sans jamais devenir vieux.

    Un punk éternel.

  • Ramzi Boukhiam retrouve enfin l’océan après sept mois d’absence

    Ramzi Boukhiam retrouve enfin l’océan après sept mois d’absence

    La scène a ému tout le monde : Ramzi Boukhiam, le meilleur surfeur marocain de l’histoire, a remis les pieds — et surtout la planche — dans l’eau après sept mois de convalescence. Un retour symbolique, attendu, et porteur d’un immense soulagement pour celui qui avait vécu l’une des blessures les plus improbables de sa carrière en avril dernier.

    Un accident improbable à Bells Beach

    Tout a basculé lors du Rip Curl Pro Bells Beach, deuxième étape du Championship Tour 2025. Ramzi venait de terminer sa première manche lorsqu’un simple retour vers le sable a viré au cauchemar : sa jambe s’est coincée dans le récif, une vague l’a frappé par-derrière, et son genou a cédé. Une blessure inattendue, presque « bête », mais dont les conséquences ont été lourdes.

    Quelques jours plus tard, les examens révélaient la nécessité d’une intervention chirurgicale. Le Marocain expliquait alors, sur Instagram, la nature de l’opération : une chirurgie TTA (Avancement de la Tubérosité Tibiale), consistant à déplacer et fixer la proéminence osseuse à l’avant du tibia (un peu comliqué je vous l’accorde). Une prise en charge effectuée dans une clinique sportive de Mérignac, en France.

    « Après six semaines d’attente, mon genou était enfin prêt pour l’opération », écrivait-il. « Cela s’est avéré un peu plus compliqué que prévu, mais j’étais prêt. »

    Sept mois de travail, de doutes et de patience

    La suite, c’est une période longue et douloureuse, comme Ramzi lui-même le décrit aujourd’hui. Pas de surf, peu de déplacements, un quotidien centré sur la récupération et la physiothérapie. Cette blessure l’a touché profondément : « Avec tout ce que j’ai déjà traversé, ça m’a marqué », confiait-il après son retrait de Bells.

    Dans les mois qui ont suivi, il a partagé avec beaucoup de transparence les étapes de sa convalescence. Pas de surenchère, pas de grandes annonces : juste un athlète confronté à un obstacle majeur et déterminé à le surmonter étape par étape.

    Le grand moment : retour dans l’eau

    Et puis, en novembre, la bonne nouvelle tombe. Ramzi est de retour à l’eau.

    « Première fois sur une planche depuis sept mois. Ça a été long, douloureux… Je ne suis pas encore à 100 %, j’ai encore du travail, mais je n’arrivais pas à arrêter de sourire dans l’eau », explique-t-il.

    Pas besoin de plus pour imaginer le poids qui se libère. Le surf fait partie de sa vie, et retrouver l’océan, même prudemment, marque le début d’un nouveau chapitre.

    Et maintenant ?

    Côté compétition, le flou demeure. Le système des wildcards du CT reste opaque, et l’un d’eux devrait déjà être attribué à Gabriel Medina. Ramzi pourrait en bénéficier… ou non. Rien n’est tranché.

    Sportivement, son début d’année n’avait pas été le plus solide, même si sa 9e place au Surf City El Salvador Pro avait rappelé son potentiel. Une fois rétabli, il reste un compétiteur dangereux, complet, affûté, et plus mature que jamais.

    L’essentiel, pour l’instant, est ailleurs : Ramzi Boukhiam est de retour dans l’océan. Et ça, pour lui comme pour ses supporters, c’est déjà une victoire immense.

  • Hommage: ne pas oublier les surfeurs tombés le 13 novembre 2015

    Hommage: ne pas oublier les surfeurs tombés le 13 novembre 2015

    Il y a des dates auxquelles on revient, même quand l’actualité surf nous entraîne vers d’autres horizons. Dix ans après cette nuit qui a marqué la France, impossible de ne pas consacrer un moment à la mémoire. Le 13 novembre 2015, notre pays sombrait dans l’horreur et parmi les 130 victimes figuraient plusieurs passionnés de glisse. Des surfeurs, des amis, des membres silencieux et essentiels de notre communauté.

    Aujourd’hui, leur souvenir mérite plus que quelques lignes : il mérite d’être ravivé, partagé, transmis.

    Dix ans après : une communauté qui se souvient

    Le surf, c’est une famille élargie. Des gens qui ne se connaissent pas forcément mais qui partagent la même lumière au lever du jour, la même adrénaline sur une vague bien creuse, la même complicité tacite au pic. Quand l’un des nôtres disparaît, la blessure remonte jusqu’au rivage.

    Dix ans après les attentats, la communauté n’a rien oublié. Surtout pas ceux qui, le plus souvent, vivaient en harmonie avec l’océan.

    Pierre Innocenti : un homme tourné vers l’infini

    Parmi ces visages, celui de Pierre Innocenti, 40 ans, reste gravé dans beaucoup de mémoires. Patron d’une pizzeria à Neuilly, oui — mais surtout surfeur dans l’âme. Un passionné de glisse totale : skate, snow, wake, surf… Un homme qui vivait pour l’intensité et la liberté.

    Avec son ami d’enfance Jean-Philippe, Pierre avait sillonné le monde dès la fin des années 80 et le début des années 90, à une époque où partir en Indo relevait encore de l’expédition. Bali version “une rue à Kuta”. Nias avant l’électricité. Les Mentawai encore vierges. Ce premier voyage avait façonné leur jeunesse et leur vie d’adultes.

    Les proches décrivent Pierre comme un homme attiré par “l’infini”. Celui des montagnes, de l’océan et du ciel. Un tempérament lumineux, généreux, impossible à oublier.

    Bertrand Navarret : un local du Santosha, un cœur immense

    On se souvient aussi de Bertrand Navarret, 37 ans, charpentier installé à Capbreton pour vivre au plus près des vagues. Passionné de surf, voyageur, amoureux de musique et de rugby, Bertrand faisait partie de ces locaux au sourire reconnaissable et à la présence discrète mais solide.

    Une cérémonie à l’eau avait été organisée en son honneur au Santosha, rassemblant des dizaines de surfeurs formant un grand cercle sur l’eau. Une image forte, presque rituelle, qui reste encore dans les mémoires de Capbreton.

    Deux autres surfeurs basques parmi les victimes

    À l’époque, plusieurs médias locaux et témoignages de la communauté surf basque avaient également évoqué deux autres pratiquants réguliers des spots de Guéthary et Parlementia parmi les victimes du 13 novembre.

    Par respect pour les familles et parce que certaines archives de 2015 ne sont plus disponibles, leurs noms n’étaient pas systématiquement rendus publics. Mais leur présence dans les hommages de la communauté, notamment au Pays Basque, a marqué durablement ceux qui partageaient leurs line-ups.

    Cette mention, discrète mais essentielle, rappelle que la glisse rassemble des individus aux parcours différents… et que chacun, même dans la discrétion, compte profondément.

    Transmettre la mémoire, parler aux nouvelles générations

    Dix ans ont passé. Beaucoup d’entre nous en parlent à leurs enfants, pour expliquer ce qui s’est passé. Pour montrer que la liberté, celle qu’on ressent en surfant, ne se vit que lorsqu’elle est protégée.

    Aujourd’hui, une pensée accompagne Pierre, Bertrand, et ces deux surfeurs anonymes dont la mémoire continue de vivre dans les vagues qu’ils aimaient tant. Une pensée pour leurs proches, leurs amis, leurs familles.

    Parce que se souvenir, c’est déjà honorer. Parce que la mer n’oublie jamais.

  • Carissa Moore signe son grand retour sur le CT en 2026

    Carissa Moore signe son grand retour sur le CT en 2026

    Un an et demi après avoir quitté la compétition pour vivre l’un des plus beaux chapitres de sa vie, Carissa Moore est officiellement de retour sur le Championship Tour 2026. La nouvelle vient de tomber : la quintuple championne du monde et championne olympique recevra le wildcard saisonnier de la WSL, lui ouvrant la porte d’un retour à plein temps sur le circuit.
    Après avoir accueilli son premier enfant, Olena, en février 2025, la surfeuse hawaïenne revient avec une énergie nouvelle – et un message puissant : « Nous pouvons continuer à poursuivre nos rêves, même lorsque la vie évolue. »

    Une championne hors normes, déjà légendaire

    Depuis son arrivée sur le Tour en 2010, Carissa Moore a tout simplement redéfini les standards du surf féminin. À 17 ans, elle remportait déjà des heats contre les meilleures. À 18 ans, elle devenait la plus jeune championne du monde de l’histoire.
    Et les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • 13 saisons complètes sur le CT
    • 28 victoires en carrière
    • Jamais moins bien classée que 3e… sauf une seule fois
    • Médaillée d’or lors de la toute première épreuve olympique de surf en 2020

    Carissa n’a pas seulement gagné. Elle a inspiré. De son surf puissant et progressif, à son sourire constant, jusqu’à ses engagements solidaires à travers la Moore Aloha Foundation, elle a toujours incarné l’ambassadrice parfaite du surf moderne.

    Une pause nécessaire, un retour monumental

    Sa dernière apparition en compétition remonte au Teahupo’o olympique en 2024, où elle avait surfé l’un des gauches les plus dangereuses de la planète… enceinte de deux mois. Quarterfinals. Rien que ça.
    Après cette performance presque irréelle, elle avait choisi de faire une pause pour accueillir son bébé et se recentrer. Mais son amour du surf et de la compétition n’a jamais disparu. Via ses réseaux, on l’a souvent vue en freesurf, les lignes affutées, les appuis précis, les carves toujours aussi puissants. Une certitude se dessinait : Riss n’avait rien perdu.

    « Remettre un lycra après avoir eu un bébé, c’est déjà une victoire », explique-t-elle.

    Un comeback redouté… et redoutable

    Son retour va forcément rebattre les cartes sur le circuit féminin. Les reines actuelles – Caity Simmers, Molly Picklum, Gabriela Bryan – excellent depuis deux saisons et dominent la scène. Mais une Carissa en forme, motivée, et surtout libérée après une pause choisie… ça peut changer le destin d’un Tour entier. On y voit un choc générationnel entre la jeune garde et Carissa, qui représente maintenant la maturité.

    Une saison 2026 déjà très attendue

    Carissa Moore ne reviendra pas directement sur une étape CT, mais fera son premier test de lycra en décembre prochain au Florence Pipe Pro (QS 2000) à Pipeline. Une manière de renouer avec la compétition sans pression.
    Ensuite, place au grand bain :

    • 1er avril 2026 : lancement du CT à Bells Beach
    • Décembre 2026 : fin de saison au Pipe Masters, devant son public hawaïen

    Un scénario parfait pour célébrer les 50 ans du Championship Tour.

    Un retour historique pour une athlète iconique.

  • Albee Layer, l’homme qui repousse les limites du surf

    Albee Layer, l’homme qui repousse les limites du surf

    Il y a des surfeurs qui excellent dans les airs, d’autres dans les barrels, et quelques rares élus capables d’affronter les monstres de Jaws. Albee Layer, lui, fait tout ça — et il le fait avec un style que personne d’autre n’a. L’Hawaïen est ce mélange improbable de puissance, d’instinct et de créativité. Le genre de surfeur qui ne cherche pas à être le meilleur, mais à repousser sans cesse les frontières de ce qui est possible sur une vague.

    Originaire de Maui, il grandit à quelques kilomètres de Pe‘ahi — plus connu sous le nom de Jaws, le théâtre de ses plus grands exploits et de ses pires blessures. Là où la plupart des surfeurs voient une montagne d’eau prête à les engloutir, Albee y voit un terrain de jeu. Une toile. Un endroit où la peur devient moteur de création.

    « Je passe une partie de presque chaque jour à penser à cette vague et à ce qui aurait pu se passer différemment. Et si ça semble fou, c’est parce que ça l’est », confiait-il récemment à propos d’un wipeout resté gravé dans sa mémoire. Cette phrase dit tout de lui : obsession, lucidité et passion totale.

    Le surfeur complet par excellence

    Replaquer des 540 en freesurf, charger Jaws, se caler dans des barrels monstrueux à The Cave au Portugal ou sur les slabs de Maui… Albee Layer sait tout faire. Et il le fait avec une nonchalance désarmante.
    À une époque où le surf se spécialise, où les compétiteurs et les free surfeurs suivent des voies distinctes, il refuse les étiquettes. Sa mission ? Explorer tout le spectre du surf, du plus technique au plus brutal.

    C’est cette polyvalence qui l’a rendu culte auprès des passionnés. En 2015, il choque la planète surf en replaquant le premier double alley-oop jamais réussi sur une vague. Une manœuvre d’une complexité telle qu’elle semblait impossible. Quelques années plus tard, il devient l’un des rares à prendre les plus grosses vagues du monde à la rame, à Jaws, tout en continuant à tourner des vidéos créatives comme Black Wave ou Nervous Laughter, qui racontent son hiver démentiel sur fond d’El Niño.

    Une chute qui change tout

    Mais derrière la figure du surfeur indestructible, il y a eu un moment où tout a basculé.
    Lors du Jaws Big Wave Contest 2019, Albee chute violemment sur une vague massive. Le choc est brutal : traumatisme crânien sévère. Quand il raconte la scène, on comprend à quel point il a frôlé le pire.
    « Je me suis fait aplatir la tête contre l’eau avec une telle force que ma bouche s’est ouverte toute seule. J’avais les gencives en sang, le nez qui saignait… Et je m’attendais au pire. Quand tu tombes sur une vague de cette taille, tout ce qui n’est pas une noyade te semble une bénédiction. »

    Cette chute, il la revivra longtemps.
    Les mois qui suivent sont sombres. Douleurs, vertiges, crises d’angoisse, perte de repères. Le neurologue qu’il consulte lui conseille simplement : « Ne surfez plus de grosses vagues. »
    Sa réponse ? Un non catégorique. « Ce n’est pas une option. Donnez-moi autre chose. »

    La descente, puis la renaissance

    Privé de ce qui donnait sens à sa vie, Albee sombre dans une période de dépression.
    Il le confie sans détour dans un documentaire pour Rockstar Energy : « Les deux ou trois années qui ont suivi ont été les pires. Je buvais trop, je faisais n’importe quoi, j’étais perdu. »
    Mais cette chute libre deviendra paradoxalement la clé de son retour.

    Grâce au soutien de sa famille, de ses amis — dont Matt Meola, son frère de cœur — et à une volonté de fer, il entame un long processus de guérison. Il rencontre Shawn Dollar, un autre surfeur passé par le même enfer, qui lui partage cette phrase devenue son mantra :

    « C’est une blessure. Ce n’est pas toi. »

    Petit à petit, il remonte. Il découvre des thérapies neuronales, adopte un mode de vie plus sain, s’entraîne dur, participe à la traversée Molokaï-Oahu à la rame.
    Et surtout, il retrouve le plaisir simple de surfer. De sentir l’eau, le vent, et ce frisson d’avant-drop à Jaws.

    Un retour plus fort que jamais

    Aujourd’hui, Albee Layer est revenu au sommet.
    En décembre 2024, il signe ce qu’il décrit lui-même comme « le plus gros swell de ma vie à Jaws ».
    Les images parlent d’elles-mêmes : un barrel XXL, d’une pureté presque irréelle, dans lequel il se permet même un soul arch — ce geste iconique, bras ouverts, savourant chaque seconde dans le tube.

    Cette vague, capturée pendant la houle du 21 décembre, résume sa philosophie.
    Il ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Il veut ressentir, comprendre, partager.
    « Quand je suis dans le barrel, je veux juste être présent. J’ai appris que la peur ne disparaît jamais, mais qu’elle peut devenir ton alliée. »

    L’indépendance comme moteur

    Albee n’a jamais fait partie du système. Il ne court pas après les classements, il fuit les formats imposés.
    D’ailleurs, il ne cache pas son désamour pour les compétitions de grosses vagues :
    « Le Big Wave Tour a changé Jaws. C’est devenu plus individualiste, plus agressif. Avant, on était une équipe, comme dans une mission spatiale. Maintenant, tout le monde veut juste avoir “la vague du jour”. »

    Lui préfère garder sa liberté. En 2025, il annonce un nouveau partenariat avec Anetik, une marque dont il est aussi co-propriétaire, spécialisée dans les vêtements techniques et la protection solaire.
    Un choix à son image : indépendant, sincère, tourné vers l’action plutôt que les discours.
    « Je veux créer des produits qui ont du sens. Et je veux pouvoir dire ce que je pense. »

    Un style forgé par l’expérience

    Son surf est le reflet de sa personnalité : explosif, imprévisible, mais toujours élégant.
    Albee a cette capacité rare à mêler le style d’un artiste et la précision d’un scientifique.
    Lorsqu’il parle de ses sessions à Jaws, on a presque l’impression d’écouter un ingénieur : il calcule, ajuste, anticipe.
    Mais dès qu’il se lève sur la planche, tout devient instinctif.
    Le geste se fait pur, presque poétique.
    Un équilibre fragile entre la survie et l’art.

    « Je veux continuer à tomber, mais seulement parce que je suis trop profond dans le barrel. Pas parce que j’ai choisi la mauvaise vague. »
    Une phrase qui résume parfaitement son évolution : moins d’égo, plus de maîtrise. Moins de rage, plus de justesse.

    L’héritage d’un surfeur libre

    Aujourd’hui, Albee Layer inspire une nouvelle génération.
    Pas seulement pour ses figures ou ses exploits, mais pour sa manière d’habiter le surf.
    Pour lui, ce n’est pas un sport, c’est un langage. Une manière d’explorer les émotions humaines les plus profondes : la peur, la joie, la douleur, la liberté.

    Matt Meola le dit mieux que quiconque :

    « Beaucoup des sessions les plus folles qu’on ait vécues n’auraient jamais eu lieu sans Albee. Il est celui qui te pousse à croire que tout est possible. »

    Et c’est peut-être là, la vraie essence du personnage : un surfeur total, capable de charger Jaws le matin, de tenter un alley-oop le soir, et de parler sans filtre de santé mentale entre les deux.

    À 34 ans, Albee Layer continue de repousser ses limites, mais avec une sagesse nouvelle.
    Son parcours n’est pas une ligne droite, c’est une succession de chutes, de renaissances, et de réinventions.
    Un peu comme les vagues qu’il surfe : puissantes, imprévisibles, mais d’une beauté absolue.

    Et s’il devait résumer sa philosophie, ce serait sans doute celle-ci :

    « Si je dois me blesser, que ce soit en surfant. »

    Une phrase simple, presque banale, mais qui dit tout.
    Albee Layer ne cherche pas la gloire. Il cherche à vivre — pleinement, dangereusement, mais avec grâce.
    Et c’est précisément ce qui en fait un des surfeurs les plus inspirants de sa génération.

  • João Mendonça, le prodige portugais qui défie les slabs les plus dangereux

    João Mendonça, le prodige portugais qui défie les slabs les plus dangereux

    À seulement 20 ans, João Mendonça s’impose comme l’un des surfeurs les plus audacieux de sa génération. Originaire d’Arrifana, petit village de pêcheurs au sud du Portugal, il vient de lâcher une vidéo impressionnante intitulée “Same Same” — un concentré d’adrénaline, de style et de courage pur.

    Et il ne perd pas de temps : la première vague du clip, c’est The Cave, cette droite monstrueuse et ultra-technique où même les meilleurs hésitent à s’engager. Rochers, fond peu profond, take-off vertical… rien n’arrête Mendonça, qui s’y enfonce avec un calme presque inquiétant.

    Filmée et montée par Hugo Almeida, la vidéo le suit à travers le monde : Madeira, le Chili, l’Indonésie, ou encore Nias, où il démontre une aisance déconcertante dans les tubes les plus lourds. Chaque séquence confirme une chose : João n’est pas qu’un jeune prometteur, il est déjà prêt à rejoindre la cour des grands freesurfers portugais — aux côtés de Nic von Rupp ou Miguel Blanco.

    S’il continue à se frotter aux compétitions du circuit QS, tout indique que Mendonça construira sa légende en dehors du jersey, là où le surf redevient pur, brut et libre.
    Regardez “Same Same” et jugez par vous-même : le Portugal tient sans doute son prochain grand freesurfer.

  • Drame aux Canaries : trois morts, quinze blessés….

    Drame aux Canaries : trois morts, quinze blessés….

    Alors que l’archipel des Canaries faisait déjà face à une série d’accidents mortels liés à la houle, le drame s’est alourdi ce week-end. Une quatrième personne est décédée à Tenerife après avoir été emportée par une vague dans la piscine naturelle d’Isla Cangrejo, à Los Gigantes.

    Cette nouvelle victime, une femme, avait été réanimée sur place après un arrêt cardiorespiratoire avant d’être héliportée vers l’hôpital. Malgré les efforts des équipes médicales, elle n’a pas survécu.

    Où et comment s’est produit le drame ?

    Dimanche après-midi, vers 16h07, une vague de grandes dimensions a submergé la zone rocheuse et la piscine naturelle — pourtant fermée au public en raison de l’alerte pour phénomènes côtiers.

    Plusieurs personnes ont été projetées contre les rochers, certaines inconscientes.
    Le bilan actuel :

    • 4 morts confirmés
    • 1 disparu toujours recherché
    • Plusieurs blessés, dont un traumatisme crânien sévère
    • 7 personnes secourues par les équipes locales

    Les secours mobilisés (SUC, Salvamento Marítimo, Bomberos, GES) décrivent une scène d’une intensité rare, aggravée par le non-respect des barrières et des panneaux multilingues qui interdisaient formellement l’accès.

    Une constante inquiétante : la majorité des victimes sont des touristes

    Comme lors des accidents précédents à Puerto de la Cruz et Santa Cruz, les autorités confirment que les personnes impliquées sont principalement des visiteurs — certains étrangers, d’autres venus de la péninsule.

    L’association Canarias 1.500 km de costa parle d’un problème récurrent :

    “Les touristes sous-estiment la puissance de l’Atlantique et franchissent les zones interdites pour filmer la mer de plus près.”

    Une triste répétition : 67 personnes sont mortes noyées aux Canaries en 2025, un record dramatique.

    Ce que change cette nouvelle tragédie

    Cette mise à jour renforce le message de prévention déjà présent dans ton article initial. Pour toi comme pour Discover, cet ajout :

    • montre que le contenu est actualisé,
    • améliore le taux de clics grâce à la contextualisation,
    • répond aux requêtes tendances (“Tenerife”, “Isla Cangrejo”, “golpe de mar”, “vagues Tenerife”, “Los Gigantes”).

    Un enchaînement tragique le mois dernier

    Les incidents se sont produits à différents endroits de Tenerife : une femme est décédée au Puerto de la Cruz, un homme à Santa Cruz de Tenerife, et un troisième a été retrouvé sans vie sur une plage de Granadilla.
    Selon les secours, plusieurs victimes auraient été emportées alors qu’elles tentaient de se rapprocher du bord pour filmer ou photographier la mer.

    Une vidéo partagée par une radio locale montre des promeneurs massés sur la digue du port de Puerto de la Cruz. En quelques secondes, une vague surgit et balaie tout sur son passage. Les cris, la panique et la force des vagues rappellent la puissance implacable de l’océan.

    Tourisme et imprudence : le cocktail dangereux

    Les autorités et les habitants tirent la sonnette d’alarme : beaucoup de touristes ignorent les drapeaux rouges et les alertes météo.

    « Ils vont au bord pour prendre des selfies », témoigne un habitant au micro de l’Associated Press. « Et ces choses arrivent. Nous, on sait comment la mer peut changer. »

    Sur les réseaux sociaux, plusieurs habitants expriment leur frustration. En octobre déjà, une séquence virale montrait des visiteurs emportés par une vague dans la piscine naturelle de Jover, malgré les avertissements de danger.

    L’association locale de sauvetage rappelle qu’entre janvier et septembre 2025, 48 personnes sont mortes par noyade dans l’archipel. Un chiffre alarmant, lié en grande partie à la méconnaissance du littoral et à la force des houles atlantiques.

    Un appel au respect de l’océan

    Si les îles Canaries attirent chaque année des millions de visiteurs, elles demeurent un territoire exposé aux puissances naturelles de l’Atlantique. La beauté des côtes volcaniques cache souvent des courants traîtres, des vagues imprévisibles et des fonds abrupts. On est sur une île au milieu de l’océan, les vagues peuvent grossir très rapidement.
    Les sauveteurs locaux insistent : “une photo ne vaut pas une vie.”

    Les autorités espagnoles envisagent désormais de renforcer les campagnes de prévention et la signalisation sur les zones touristiques les plus exposées.

    Pourquoi en parler encore une fois ?

    Parce que la prévention reste indispensable. À chaque grosse houle, les mêmes images refont surface : des curieux s’approchent trop près, smartphones à la main, pour filmer la puissance de l’océan. En France aussi, ces scènes se répètent à chaque tempête.
    N’hésitez pas à alerter ceux qui prennent des risques — même si l’on sait que certains préfèrent ignorer les avertissements. Ces imprudences ne mettent pas seulement leur vie en danger, mais aussi celle des témoins et des sauveteurs qui tenteront de les secourir.

  • Les 10 surfeurs les mieux payés du monde en 2025

    Les 10 surfeurs les mieux payés du monde en 2025

    Quand les vagues rapportent gros (ou pas tant que ça)

    Le surf fait rêver : tubes parfaits, destinations paradisiaques, vie libre et soleil éternel. Mais côté finances ? Disons que nos héros des vagues ne roulent pas tous sur l’or. Quand Cristiano Ronaldo empoche 275 millions $ par an, les surfeurs peuvent aller waxer leur planche en pleurant dans leur van.

    Malgré la popularité croissante du surf depuis son entrée aux Jeux Olympiques, les revenus restent modestes comparés aux sports majeurs. Peu de prize money, peu de sponsors « hors surf », beaucoup de kilomètres et de boards cassées. Mais une poignée d’entre eux a su transformer sa passion en empire. Voici, selon Celebrity Net Worth (avec les pincettes d’usage), les 10 surfeurs les mieux payés de 2025.

    10. Jamie O’Brien – entre 500 000 $ et 800 000 $/an

    Le clown prince de Pipeline n’est peut-être plus sur le Tour, mais il surfe la vague YouTube mieux que quiconque. Entre ses vlogs hebdos, ses écoles de surf à Hawaï et sa marque de fringues, JOB est devenu un véritable entrepreneur. Et avec Red Bull comme sponsor principal, il n’a pas besoin d’un classement WSL pour bien vivre.

    9. Kai Lenny – 750 000 $ à 1 million $/an

    Half-god, half-waterman. Kai Lenny ne fait pas que surfer : il ride tout ce qui flotte, du foil au kite, avec la même aisance. Ses partenariats avec Red Bull, Hurley, GoPro et Tag Heuer le maintiennent au sommet. Icône du surf extrême, il attire autant les marques de luxe que les gros sponsors de l’outdoor.

    8. Carissa Moore – environ 1 million $/an

    La quintuple championne du monde a pris du recul cette année pour devenir maman, mais ses sponsors ne l’ont pas lâchée. Hurley, Red Bull, Dior et d’autres marques globales continuent de la soutenir. Carissa est l’exemple parfait de la surfeuse moderne : inspirante, performante et bankable.

    7. John John Florence – 1 million $/an

    Le golden boy d’Oahu a lui aussi ralenti la compète pour se consacrer à sa famille et à sa propre marque, Florence Marine X. Ajoute à cela des contrats avec Yeti ou Nixon et ses films de surf arty, et tu obtiens un business solide, ancré dans la coolitude hawaïenne.

    6. Kanoa Igarashi – 1,7 million $/an

    Charmeur, bilingue et ultra-marketé, Kanoa coche toutes les cases. Il séduit autant les marques japonaises que les sponsors US. Même sans dominer le CT, il brille là où ça compte : sur Instagram et dans les boardsrooms des grandes marques.

    5. Filipe Toledo – 1,75 million $/an

    Même après une saison 2025 mitigée, Filipe reste une valeur sûre du surf mondial. Entre Hurley, Monster Energy et Oi Telecom, le Brésilien cumule primes, contrats et statut de star nationale. Il ne gagne peut-être pas toutes les séries, mais côté contrat, il est toujours dans le Top 5.

    4. Mick Fanning – 1,8 million $/an

    À la retraite depuis 2018, « White Lightning » continue d’encaisser. Grâce à ses parts dans Balter Brewing (revendue avec succès) et ses partenariats à long terme avec Rip Curl et Red Bull, il a parfaitement géré sa reconversion. Comme quoi, un bon cutback peut aussi se faire sur Excel.

    3. Gabriel Medina – 2,2 millions $/an

    Absent du Tour, mais omniprésent dans les médias brésiliens, Medina est devenu une icône nationale. Rip Curl, Corona, Audi : ses contrats s’empilent comme des séries parfaites à Teahupo’o. En termes de popularité et de revenus, il reste le véritable rock star du surf mondial.

    2. Laird Hamilton – 3 millions $/an

    Le pionnier du surf de grosses vagues est devenu une marque à part entière. Laird Superfood, documentaires, livres, conférences… il vend aujourd’hui un style de vie plus qu’une performance. À plus de 60 ans, il surfe toujours – mais surtout sur une montagne de cash. (je vous avoue que je suis étonné du chiffre)

    1. Kelly Slater – 3 millions $/an

    Évidemment. Le GOAT reste le roi du surf, sur l’eau comme en affaires. Entre Outerknown, Slater Designs, le Surf Ranch et ses nombreux contrats, Kelly reste indétrônable. Son empire combine écologie, innovation et un brin d’ego — la parfaite recette pour rester n° 1, même loin du podium.

    Moralité : être cool ne suffit pas

    Le surf rapporte, mais pas à tout le monde. Derrière ces dix noms, la majorité des pros galèrent à boucler leurs fins de mois. Le vrai jackpot, c’est l’image : se vendre sans trahir l’esprit du surf. Kelly, Laird ou Medina ont réussi cet équilibre entre authenticité et business. Les autres ? Ils ont encore quelques vagues à rattraper.

  • Le surf vieillit, les surfeurs aussi : faut-il s’inquiéter de la hausse des noyades ?

    Le surf vieillit, les surfeurs aussi : faut-il s’inquiéter de la hausse des noyades ?

    C’est un nom de plus, et une vague de trop.
    Sean Anthony Lennon, 54 ans, s’est noyé cette semaine sur le spot de surf « The Bombie« , une droite massive située au large de Margaret River, en Australie de l’Ouest. Une vague qu’il connaissait par cœur, un homme respecté, ancien nageur pro, sauveteur, surfeur solide… et pourtant, la mer l’a gardé.

    Sur les réseaux, la communauté locale parle d’un choc. D’un “accident qui aurait pu arriver à n’importe qui”. Et c’est justement ce “n’importe qui” qui interroge : ces derniers mois, les noyades de surfeurs expérimentés, souvent quadragénaires ou quinquagénaires, voir plus, semblent se multiplier. Simple coïncidence ou signe d’un vieillissement du surf et de ses risques ?

    Une génération dorée qui continue de charger

    Le surf a vieilli. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.
    Ce n’est plus seulement un sport d’ados bronzés aux cheveux salés. Ceux qui ont commencé à la grande époque des VHS de Kelly ou des trips Indo dans les années 90 ont aujourd’hui 40, 50, parfois 60 ans — et n’ont aucune envie de raccrocher. Je fais partie de cette génération, et je m’y reconnais totalement.

    Ils ont des planches sur mesure, des combinaisons techniques, du temps libre, et souvent la même envie d’aller se mesurer à des vagues puissantes. Les surfeurs ne “s’arrêtent” plus : ils évoluent, se soignent, s’entretiennent… mais leur passion, elle, ne vieillit pas.

    Sauf que le corps, lui, n’a pas toujours la même endurance qu’avant.

    Le corps dit stop, parfois sans prévenir

    Le surf est un sport d’effort explosif. Ramer, se lever, encaisser, replonger, repartir… Un rythme cardio intense, irrégulier, sous contrainte.
    Et si la mer offre l’impression de jeunesse éternelle, la physiologie, elle, ne ment pas :

    • le rythme cardiaque maximal diminue avec l’âge ;
    • la récupération est plus lente ;
    • la tolérance au froid et à l’apnée baisse ;
    • et les crises cardiaques deviennent plus probables en cas d’effort violent ou de stress hypoxique.

    À « The Bombie », la rame d’approche est interminable. On est loin du rivage, dans le bleu profond, sans repère de taille. Les séries arrivent sans prévenir. Une vague ratée, une chute mal placée, un leash qui tire ou casse — et le corps peut céder, même celui d’un ancien lifeguard comme Sean Lennon.

    L’expérience : force ou piège ?

    Il y a aussi une forme d’illusion de maîtrise chez les surfeurs aguerris.
    Quand tu surfes le même spot depuis vingt ans, tu connais chaque courant, chaque série. Mais cette familiarité peut aussi anesthésier la vigilance.
    Tu y retournes parce que “tu sais”. Parce que tu l’as déjà fait. Parce que tu t’y sens chez toi.

    Sauf qu’à 50 ans, les marges de manœuvre sont plus fines. Et parfois, ce n’est pas une erreur, juste un corps qui ne suit plus.
    La mer ne juge pas ton CV. Elle ne fait pas de différence entre le rookie et le vétéran.

    Le surf est devenu un sport d’adultes

    Aujourd’hui, le surfeur moyen dans le monde a plus de 35 ans. En France, c’est même plus proche de 40.
    Les baby-boomers du surf continuent de remplir les line-ups, de voyager, de chercher la bonne houle. Et c’est beau.
    Mais cette longévité de la pratique pose aussi une question nouvelle : comment adapter le surf ou le matériel surf à des corps plus âgés ?

    Le surf a longtemps ignoré cette problématique, préférant l’image du surfeur éternellement jeune. Pourtant, comme dans le vélo ou la course, la préparation physique et le suivi médical deviennent indispensables pour surfer longtemps… et en sécurité.

    Plus de monde à l’eau, plus d’incidents

    Derrière le sentiment d’une hausse des noyades, il y a aussi un fait simple : jamais il n’y a eu autant de surfeurs à l’eau.
    Les pics de fréquentation, le matériel plus accessible, les spots “connectés” qui permettent d’anticiper les conditions parfaites… Tout cela multiplie mécaniquement le risque d’accidents.

    Et quand la population des surfeurs actifs vieillit, les statistiques bougent. Pas forcément parce que les vagues deviennent plus dangereuses, mais parce que les pratiquants le deviennent un peu plus.

    La mer reste la même

    Au fond, l’océan n’a pas changé. Ce sont les générations qui passent.
    Les mêmes vagues, la même force, les mêmes silences après un drame.

    Sean Lennon était de ceux qui respectaient l’océan, qui en connaissaient la beauté et les pièges. Sa disparition ne dit pas qu’il faut avoir peur — mais qu’il faut rester humble, quel que soit son âge, son niveau ou son passé.

    Le surf est un cadeau. Mais c’est aussi une épreuve, à chaque session.
    Et peut-être qu’à mesure que le surf vieillit, il nous rappelle une chose essentielle : on ne surfe jamais contre la mer, mais avec elle.

    Un petit aperçu du spot dans des conditions solides…

  • Sierra Kerr entre dans l’histoire avec le premier backflip féminin en surf

    Sierra Kerr entre dans l’histoire avec le premier backflip féminin en surf

    Sous les projecteurs du bassin URBNSURF de Sydney, Sierra Kerr vient de réaliser ce qu’aucune surfeuse n’avait encore osé imaginer : un backflip parfait. Une première historique dans le surf féminin. Et le plus fou dans tout ça ? C’était son premier essai de la soirée.

    La jeune Australienne de 18 ans a posé cette rotation spectaculaire sur le même spot où elle remportait, un mois plus tôt, son quatrième titre Stab High. Portée par l’énergie des sessions nocturnes, Sierra s’est élancée, a saisi les deux rails en plein vol et a atterri proprement. Un instant d’histoire gravé à jamais, filmé sous les lumières du bassin et acclamé par la communauté surf mondiale.

    Une progression fulgurante, malgré la maladie

    Si ce backflip a tant d’écho, c’est aussi parce qu’il symbolise une renaissance personnelle. En 2025, Sierra Kerr revenait de loin.
    Victime de la maladie de Lyme, une infection transmise par les tiques, elle avait passé des mois à l’hôpital, incapable de marcher, encore moins de surfer. « J’étais tellement faible que je ne pouvais même pas me tenir debout sur ma planche », confiait-elle dans un post bouleversant.

    Mais avec une détermination hors norme, Sierra a repris le chemin de l’eau, d’abord timidement, puis avec une énergie retrouvée. Jusqu’à redevenir la surfeuse explosive que tout le monde voyait déjà comme une future championne du monde.

    L’héritage des Kerr

    Ce n’est sans doute pas un hasard si ce premier backflip féminin porte le nom de Kerr.
    Son père, Josh Kerr, ancien pro et inventeur du mythique Kerrupt flip, a marqué sa génération par sa créativité aérienne. Aujourd’hui, sa fille perpétue la lignée, avec un style tout aussi aérien et moderne, le tout accompagné d’une capacité à repousser les limites à chaque session.

    Entre héritage, talent pur et mental d’acier, Sierra Kerr incarne cette nouvelle génération de surfeuses capables de réécrire les codes du surf féminin. Et si ce backflip n’est qu’un début, le monde du surf n’a pas fini d’entendre parler du clan Kerr.

  • Andy Irons, quinze ans après : l’icône qu’on n’oubliera jamais

    Andy Irons, quinze ans après : l’icône qu’on n’oubliera jamais

    Le 2 novembre 2010, le monde du surf s’est figé. Andy Irons, triple champion du monde, enfant de Kaua’i et incarnation brute du surf moderne, s’éteignait dans une chambre d’hôtel à Dallas. Quinze ans plus tard, son absence reste une présence. Son nom, un battement dans le cœur de chaque surfeur qui a grandi en rêvant de vague, de rage et de liberté.
    Andy Irons n’était pas qu’un champion. Il était le miroir de tout ce que le surf a de plus humain : la beauté, la peur, la démesure, les démons, et cette recherche insensée de quelque chose de plus grand que soi — au fond d’un tube.

    L’étoile filante du surf moderne

    Quand Andy surgit sur le World Tour à la fin des années 90, le surf est dominé par un homme : Kelly Slater. Poli, méthodique, presque chirurgical. Andy, lui, débarque comme une déflagration hawaïenne. Le genre de surfeur qui ne cherche pas la perfection, mais l’intensité.
    Entre 2002 et 2004, il rafle trois titres mondiaux consécutifs. Trois années où son surf, sa rage et son charisme font trembler le système.
    De 98 à 2005, on était intouchables”, dira plus tard son frère Bruce. Intouchables, oui. Parce qu’ils représentaient quelque chose que le surf avait presque oublié : le feu.

    Andy ne surfait pas pour les juges. Il surfait avec passion, avec l’envie de se dépasser, de toucher les limites. Dans chaque vague, il y avait un cri, une colère, une prière. Ce n’était pas de la technique — c’était du rock’n’roll.
    Face à Slater, il incarne l’anti-héros parfait. Là où Kelly calculait tout, Andy explosait. Là où Kelly méditait, Andy vivait trop fort.
    C’est ce contraste qui a fait de leur rivalité une légende vivante du surf. Deux pôles, deux philosophies : la perfection contre la passion. Et pendant un temps, la passion a gagné.

    Le feu et la grâce : l’art du backside selon Andy

    Il y a un consensus dans le monde du surf : personne, avant ou depuis, n’a surfé en backside comme Andy Irons.
    Son approche, mélange de puissance et de contrôle absolu, a redéfini ce que signifiait surfer dos à la vague. CJ Hobgood l’a dit un jour : “Le backside, c’est la plus haute forme de l’art. Et Andy en était le maître.”

    À Teahupo’o, il entrait sous le lip comme un kamikaze, no grab, toujours à la limite. À Cloudbreak, il découpait les sections avec une violence presque élégante.
    Chaque bottom turn était un mélange de style et de puissance. Chaque tube était plus engagé que les précédents, la peur n’avait pas sa place.
    Les images tournées par Jack McCoy dans Blue Horizon restent parmi les plus intenses jamais filmées : Andy, Bruce et Rastovich dans 8 à 10 pieds à Chopes, le regard fixé sur le gouffre, comme si la vague était la seule chose qui pouvait le comprendre.
    McCoy racontera :

    “Ce matin-là, il a pris une vague sous le lip, a décroché, puis replanté le rail de sa planche dans la vague, pour après sortir du tube. C’était un moment légendaire. Bruce disait qu’il n’y serait jamais allé sans lui crier ‘Go !’. Ce genre d’instant, c’est ce qui fait une légende.”

    Dans l’eau, Andy était un tigre.
    Mais hors de l’eau, il avait quelque chose d’un enfant. McCoy se souvenait aussi d’un cliché perdu : Andy tenant un petit chaton dans ses bras. “Le champion du monde prêt à tout pour gagner, mais capable de la plus grande douceur.”
    C’est cette dualité, ce mélange d’acier et de tendresse, qui faisait d’Andy une figure unique.

    L’homme derrière le mythe

    Sous les tubes et les trophées, il y avait l’humain — fragile, instable, vrai.
    Andy souffrait de troubles bipolaires, de dépression, et d’une addiction qui le rongeait lentement. Longtemps, ces blessures sont restées dans l’ombre, couvertes par l’image du guerrier invincible.
    Mais en 2018, le film Andy Irons: Kissed by God a ouvert les portes de la vérité.
    Réalisé par Steve Jones, il révèle un homme à la fois lumineux et déchiré. “Andy voulait raconter son histoire pour aider les autres”, confiait Kelly Slater dans le documentaire. “Il m’avait dit : si je peux changer la vie d’un seul gamin, j’aurai réussi la mienne.”

    Ce film, soutenu par Lyndie Irons, sa femme, et Bruce, son frère, brise le silence. On y découvre un Andy vulnérable, lucide sur ses failles, conscient de ses excès, mais incapable de les fuir.
    Jones dira plus tard :

    “Andy n’était pas seulement un surfeur, c’était un être humain avec un cœur immense, qui se battait contre des démons plus grands que lui.”

    Son histoire dépasse le surf. Elle parle de santé mentale, d’addiction, de solitude — des sujets longtemps tabous dans ce milieu.
    Car derrière les sourires et les vagues parfaites, beaucoup de surfeurs partagent ces blessures invisibles. Andy en a payé le prix fort. Mais il a aussi ouvert la voie à une parole plus honnête.

    Les hommages d’une génération

    Le jour de sa mort, le circuit professionnel s’est arrêté. Les larmes ont coulé à Puerto Rico, sur le sable et dans les line-ups.
    Joel Parkinson, son ami, racontera plus tard :

    “Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai blêmi. J’ai pleuré, puis j’ai été comme anesthésié. Le lendemain, j’ai compris que c’était réel : je ne reverrai plus jamais mon frère.”

    Parko se souvient de nuits passées à camper dans le désert australien, de rires, de colères, de tubes partagés.

    “Il avait ce côté fou, imprévisible, mais aussi une gentillesse incroyable. Il se souvenait de chaque visage, de chaque prénom. Il faisait se sentir spécial n’importe qui croisait sa route.”

    C’est ce lien humain, plus encore que son palmarès, qui a marqué ceux qui l’ont connu.
    Kelly Slater lui-même, son rival éternel, dira qu’Andy était le seul à l’avoir vraiment fait douter. Le seul à lui rappeler que le surf, ce n’était pas un sport, mais un combat intérieur.

    La mort de la rébellion

    Après sa disparition, quelque chose a changé dans le surf.
    Comme l’écrivait Stab Magazine : “Après Andy, les surfeurs sont devenus des athlètes du jour au lendemain.”
    Fini les excès, les gueules cassées, les colères sincères. Place aux entraînements, aux smoothies verts et aux interviews calibrées.
    Et c’est peut-être ça, le plus grand vide laissé par Andy Irons : la disparition d’un certain esprit du surf, celui de la rébellion, de l’imperfection, de la liberté.

    Andy représentait tout ce que la génération actuelle n’ose plus être : sauvage, contradictoire, incontrôlable, vrai.
    Il avait ce “fuck you” dans le style, ce mélange de grâce et de rage qu’aucun coach ne peut enseigner.
    Regarde les meilleurs surfeurs d’aujourd’hui : la plupart ont été formés, polis, programmés. Aucun n’a cette imprévisibilité brute, cette étincelle qui faisait qu’une vague surfée par Andy était un moment d’histoire.

    Mais son héritage demeure.
    Quand Crosby Colapinto enchaîne un combo hallucinant à Cloudbreak, les comparaisons pleuvent : “C’est du Andy.”
    Quand une jeune surfeuse de 15 ans, Skai Suitt, remporte Stab High avec un spray inspiré de lui, c’est encore Andy.
    Quand on revoit Blue Horizon ou Kissed by God, c’est toujours lui qu’on cherche — parce qu’il symbolise le surf comme on l’aime : humain, intense, imparfait.

    L’héritage d’un roi

    Sur les plages du monde entier, des groms portent encore ses boardshorts, des tatouages rappellent son nom, et les tubes les plus profonds lui sont dédiés en silence.
    Andy Irons, c’est plus qu’un souvenir : c’est une boussole.
    Il nous rappelle que surfer, c’est aussi tomber, se relever, vivre trop fort.

    De nombreux noms célèbres perpétuent son nom et son héritage, que cela soit son fils Axel, qu’il n’a jamais connu, et qui porte aujourd’hui ce flambeau à sa manière. À chaque image de lui à l’eau, c’est comme un message du passé.
    Bruce, son frère, qui continue d’entretenir la flamme de son frère avec cette même énergie : rebelle, libre, poétique dans la destruction.

    Et nous, quinze ans plus tard, on regarde le line-up et on se dit que le surf a peut-être perdu un champion, mais gagné une légende.
    Parce qu’Andy Irons, c’est le livre qu’on ne peut pas refermer.
    Chaque vague de Teahupo’o, chaque drop à pleine vitesse, chaque cri dans le vent — tout ça lui appartient un peu. Je me souviens encore de la finale qu’il gagne contre son frère la Nord à Hossegor, un moment inscrit dans ma mémoire.

    Quinze ans après : le roi est toujours là

    Quinze ans après, le surf continue d’avancer, de s’entraîner, de se discipliner. Mais au fond, on sait tous qu’il manque quelque chose : le chaos magnifique d’un homme qui vivait pour la vague, pas pour le résultat.
    Andy Irons, c’est la preuve que la légende ne se mesure pas en points, mais en émotions.

    Sur sa tombe à Hanalei, les fleurs se renouvellent sans cesse.
    Les vagues déferlent toujours dans la baie.
    Et quelque part, dans le vacarme du Pacifique, on croit encore entendre ce cri :

    “Go, Andy, go !”

  • Hugues Oyarzabal, l’âme libre du surf français

    Hugues Oyarzabal, l’âme libre du surf français

    L’enfant de Biriatou qui rêvait d’ailleurs

    Certains naissent pour suivre les traces des autres. D’autres, comme Hugues Oyarzabal, tracent la leur, quitte à s’y brûler les ailes. Né à Biriatou, petit village perché au-dessus de la Bidassoa, il grandit face à l’océan, avec Hendaye pour terrain de jeu. Très vite, la mer devient son refuge et son miroir. D’abord tennisman, puis bodyboardeur, il découvre le surf à l’âge de dix ans et n’en ressortira jamais vraiment.

    À 16 ans, il quitte tout – l’école, la routine, le confort – pour partir étudier en Australie. Un choix radical, presque instinctif. Là-bas, loin du Pays basque, il perfectionne son art. Ce n’est pas la compétition qui l’attire, mais la sensation pure, l’exploration, la liberté. Pendant que d’autres apprennent à gagner des heats, Hugues apprend à vivre autrement : en dehors des cadres, en quête de sens, de vagues et d’images.

    Dès son retour, le jeune Basque se forge une réputation de surfeur complet et imprévisible. Capable de charger un gros Parlementia, de se caler dans les tubes de Mundaka ou de s’envoler sur un beach break landais, il se distingue par une aisance naturelle et un style instinctif. Un surdoué du surf, mais surtout un électron libre, rétif à toute forme d’enfermement.

    Le free surfeur avant l’heure

    Avant que le mot free surf ne devienne un label marketing, Hugues Oyarzabal incarnait déjà cet esprit : celui d’un surfeur qui ne répond à personne, qui choisit ses vagues, ses voyages, ses images, et sa propre manière d’exister.

    Sur une même semaine, il pouvait sortir un single fin à Lafitenia, un fish rétro à Bidart, un shortboard high performance à Mundaka ou un skimboard sur le sable d’Hendaye. Il surfait tout, partout, tout le temps. Cette curiosité sans limite faisait de lui un expérimentateur plus qu’un simple surfeur.

    Au Pays basque, il est l’un des premiers à s’attaquer à des slabs encore considérés comme insurfables, dont Vanthrax, au large d’Hendaye. Les locaux le regardent d’abord avec incrédulité : la vague est courte, creuse, semée de marches et fermantes. Lui, s’y cale un tube monstrueux, immortalisé en couverture de Surf Session. Cet épisode résume à lui seul le personnage : téméraire, visionnaire, obstiné. Là où les autres voient une limite, Hugues voit un défi.

    Ses amis le décrivent comme un fou génial, capable de surfer nu une gauche indonésienne sous champignon comme de s’extasier devant une vague de 30 centimètres. Le surf, pour lui, n’est pas une performance mais une expérience, presque mystique.

    Le visionnaire de l’image

    Au début des années 2010, bien avant que YouTube ne devienne la vitrine du surf mondial, Hugues Oyarzabal tourne, monte et diffuse ses propres films.
    Sa trilogie Peace & Left est un ovni. Réalisée en autoproduction, sans sponsor majeur, elle mêle surf, poésie visuelle et esprit do it yourself. La caméra, souvent tenue par son ex femme Jana, des caméramans locaux ou son père, capte les reflets dorés de Bali, les gauches parfaites de Desert Point, les ombres dansantes d’Uluwatu.

    Mais ce qui frappe surtout, c’est la présence de la caméra dans le tube. Bien avant la déferlante GoPro, Oyarzabal bricole ses propres systèmes embarqués : perche tenue entre les dents, caméra fixée dans un sac étanche, angles improbables. Le résultat ? Des images inédites, viscérales, qui plongent le spectateur au cœur de la vague.

    Cette créativité lui vaut, en 2012 à Hawaii, le tout premier GoPro Award jamais décerné. Et c’est Kelly Slater en personne qui lui remet le trophée, devant les meilleurs surfeurs du monde. La séquence récompensée : un tube interminable à Skeleton Bay (Namibie), filmé de l’intérieur. Une immersion totale dans la vague, un moment d’histoire du surf filmé comme jamais auparavant.

    Ce jour-là, le monde du surf découvre ce que les Basques savaient déjà : Hugues n’est pas seulement un surfeur, c’est un créateur d’images, un pionnier de la narration embarquée. Il avait dix ans d’avance sur tout le monde.

    L’Indonésie, son second foyer

    S’il existe un lieu qui incarne Hugues Oyarzabal, c’est l’Indonésie.
    Là-bas, il trouvait l’équilibre qu’il cherchait ailleurs : la lumière, la lenteur, les gauches infinies. À force d’y voyager, il finit par adopter un prénom local : Wayan, celui qu’on donne au premier fils balinais. En associant ce nom à ses initiales (H.O.), il invente sa propre signature : WHO.

    L’archipel devient son sanctuaire. Il connaît Desert Point comme d’autres connaissent leur jardin. Il y surfe des vagues de rêve, seul, souvent à l’aube, caméra au poing. Son style, compact et précis, épouse la paroi liquide des tubes avec une élégance rare. Dans les lineup balinais, il n’est plus un étranger : il est devenu l’un des leurs.

    Hugues y tourne aussi certaines de ses plus belles séquences. On y retrouve cette esthétique faite de contrastes : la puissance du tube, la douceur des musiques, la simplicité des plans. Toujours en quête de perfection, il monte ses films la nuit, apprend sur Google, explore Final Cut, Twixtor et Cinema Tools jusqu’à la dernière compression.
    Il disait souvent : “Google is my professor.

    Loin des circuits commerciaux, il offre ses films gratuitement sur Vimeo. Peace & Left II se télécharge librement, sans contrepartie. Une philosophie du partage, fidèle à son esprit : le surf appartient à tout le monde.

    L’homme complexe et lumineux

    Derrière la caméra et les tubes parfaits se cache un homme tourmenté.
    Hugues Oyarzabal souffrait de TDAH (trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité), un trouble qu’il évoquait ouvertement. Cette hyperactivité, moteur de sa créativité, pouvait aussi devenir un fardeau. Toujours en mouvement, toujours à mille projets, il vivait à un rythme effréné.

    Certains proches parlent d’un tempérament bipolaire: des périodes d’euphorie créative suivies de phases d’abattement. Ce déséquilibre faisait partie de son génie. Il pouvait être épuisant, insupportable parfois, mais jamais indifférent.

    C’était un illuminé au sens noble du terme. Un homme qui ressentait tout plus fort que les autres : la joie, la colère, la beauté, la douleur. Il avait cette intensité qui dérange, mais qui crée. Cette folie douce qui alimente les grandes œuvres.

    Son entourage raconte qu’il pouvait passer de l’euphorie d’un barrel parfait à l’angoisse la plus profonde en quelques heures. Mais il y avait toujours la mer, ce remède universel. “Après une session de surf, on est apaisé, calmé…” disait-il.

    L’héritage d’un pionnier oublié

    En France, le nom de Hugues Oyarzabal ne résonne pas autant qu’il le devrait. Pourtant, son influence sur le surf moderne est immense. Il a inspiré toute une génération de free surfeurs, de vidéastes et de créateurs de contenu sans jamais revendiquer quoi que ce soit.

    Les médias américains et australiens, eux, ne s’y sont pas trompés. Stab Magazine lui a rendu hommage en le comparant à Ozzie Wright ou Nathan Fletcher : des figures rebelles, créatives, inclassables. Surfer Magazine a salué son avant-gardisme et sa capacité à “faire du surf un art total”.

    En France, il est souvent resté dans l’ombre, peut-être parce qu’il ne rentrait dans aucune case. Ni compétiteur, ni influenceur, ni businessman. Juste un surfeur libre, habité, sincère.
    Mais ceux qui l’ont croisé savent : Hugues était l’un des premiers vrais free surfeurs européens, un pionnier au même titre que les grands noms australiens des années 90.

    Il a surfé Belharra dès ses premières sessions historiques, dompté Vanthrax quand personne n’osait, filmé Skeleton Bay comme personne ne l’avait jamais fait. Et surtout, il a vécu selon ses propres règles.

    Le drame et la lumière

    Le 23 février 2025, la nouvelle de sa disparition bouleverse la communauté surf.
    Il avait 39 ans. Ses parents confirment plus tard qu’il s’est donné la mort, épuisé par des années de souffrance physique et psychologique. “Son corps et son esprit n’en pouvaient plus, il a choisi de retrouver la paix qu’il ne trouvait plus ici-bas”, dira sa famille.

    La Fédération Française de Surf lui rend hommage :

    “Un surfeur comme Hugues transmet aux nouvelles générations un surf non formaté, un sport vivant, sans limite dans la créativité.”

    Dans un message bouleversant, le free surfeur Fred Compagnon résume le sentiment général : “On ne doit pas l’oublier.

    À Hendaye, à Mundaka, à Bali, les vagues semblent orphelines. Mais son sillage, lui, continue de briller.

    Un père, un passeur

    Ces dernières années, Hugues Oyarzabal partageait sa passion avec sa fille Kailani.
    Ils surfaient ensemble, riaient ensemble. Elle avait hérité de son aisance naturelle, de sa curiosité et de cette même énergie solaire. Pour lui, c’était la plus belle de toutes ses victoires.

    Dans les vidéos postées sur ses réseaux, on les voit côte à côte, glissant sur des vagues, comme deux miroirs. Cette transmission symbolise l’essence même de son parcours : le surf comme lien, comme héritage, comme refuge.

    Une légende à sa manière

    Hugues Oyarzabal n’a jamais gagné de titre mondial, mais il a marqué à vie la culture surf.
    Il a prouvé qu’on pouvait exister sans podium, qu’on pouvait créer sans sponsor, qu’on pouvait vivre du surf sans appartenir à son système.

    Il était artiste, inventeur, explorateur, surfeur et père.
    Un homme habité par la mer, guidé par l’instinct, tiraillé par la vie.

    Aujourd’hui encore, ses films circulent sur Vimeo et YouTube. Ils rappellent qu’avant les drones, les caméras 360 et les vlogs de surfeurs, il y avait ce Basque un peu fou qui bricolait dans son garage pour montrer au monde ce qu’il ressentait dans un tube.

    Rest in Peace and Lefts

    Dans la mémoire du surf, certains noms résonnent comme des évidences. D’autres, comme celui d’Hugues Oyarzabal, reviennent comme des murmures, portés par la houle et la nostalgie. Mais au fond, peu importe la notoriété. Ce qui compte, c’est la trace laissée. Et celle d’Hugues, comme la mousse d’une vague, ne s’effacera jamais tout à fait.

    Il était l’un de ces rares surfeurs à rappeler que le surf est un art de vivre avant d’être un sport.
    Un art d’être libre, d’essayer, de créer, de rêver, de se perdre et de se retrouver.

    Les légendes ne meurent pas : elles deviennent des courants.
    Et dans celui qui relie Hendaye à Desert Point, il y a sans doute encore un peu de WHO.

  • Myélopathie du surfeur : quand le rêve de glisse vire au cauchemar

    Myélopathie du surfeur : quand le rêve de glisse vire au cauchemar

    Imaginez partir en vacances dans les Caraïbes, découvrir le surf pour la première fois… et finir paralysé. Ce scénario absurde, digne d’un film dramatique, est pourtant une réalité pour une poignée de surfeurs dans le monde. Le nom de ce mal encore méconnu : la myélopathie du surfeur.
    Une affection aussi mystérieuse que dévastatrice, qui a déjà brisé plusieurs vies – de la Guadeloupe à Honolulu, en passant par les Alpes suisses.

    Un voyage en Guadeloupe qui tourne au drame

    Février 2025. Flavien, 29 ans, s’envole pour la Guadeloupe avec sa compagne et leur fils. Le séjour s’annonce idyllique : mer chaude, soleil, lagons… C’est lors d’une première leçon de surf à Sainte-Anne que tout bascule. Après quelques minutes passées allongé sur sa planche, en position de rame, Flavien ressent une douleur aiguë dans le bas du dos, rapidement suivie de fourmillements, engourdissements, puis une perte de force dans les jambes.

    Transporté d’urgence à l’hôpital de Pointe-à-Pitre, le premier diagnostic est flou. Mais un second neurologue évoque une cause rare : un infarctus médullaire, autrement dit un accident vasculaire de la moelle épinière, aussi appelé myélopathie du surfeur.

    Le témoignage glaçant de Marc, paralysé à Hawaï

    Marc, 22 ans, originaire des Grisons en Suisse, rêvait de surfer les vagues du Pacifique. Deux jours après son arrivée à Hawaï, il ressent la même douleur foudroyante que Flavien.
    « Je surfais quand soudain, j’ai eu l’impression qu’on m’avait planté un couteau dans le dos », raconte-t-il.
    Ses jambes lâchent. Il coule. Sauveteurs, ambulance, diagnostic : myélopathie du surfeur.

    Les médecins lui annoncent qu’il ne remarchera probablement jamais. Pourtant, après deux ans de rééducation, Marc a retrouvé l’usage partiel de ses jambes :

    « Je peux marcher quelques mètres avec des béquilles. J’ai même refait du snowboard. Mais mon rêve, c’est de retourner surfer, sur cette même plage. »

    Mais qu’est-ce que la myélopathie du surfeur ?

    dentifiée pour la première fois à Hawaï en 2004, la surfer’s myelopathy est une lésion non traumatique de la moelle épinière.
    Elle est causée par une hyperextension prolongée du dos, typique de la position de rame sur la planche.

    En clair : allongé trop longtemps, le surfeur crée une compression qui réduit l’apport sanguin à la moelle. Résultat : une ischémie médullaire, comparable à un mini AVC de la colonne.

    Les symptômes à repérer :

    • Douleur aiguë dans le bas du dos
    • Fourmillements ou engourdissement dans les jambes
    • Perte de force musculaire
    • Troubles urinaires ou intestinaux
    • Paralysie soudaine

    Ce qui rend la maladie perfide, c’est qu’elle survient sans aucun traumatisme. Pas de wipeout, pas de choc contre la planche : tout se passe à l’intérieur du corps.

    Ce que dit la science

    Une étude japonaise publiée en 2019 décrit le cas d’une jeune femme de 19 ans, débutante, victime de la même pathologie.
    En seulement une heure, elle passe de simples picotements à la paraplégie.
    Grâce à une prise en charge rapide (oxygénothérapie, corticoïdes, rééducation), elle a pu remarcher en moins d’un mois.

    Les médecins japonais évoquent plusieurs hypothèses :

    1. Compression artérielle (artère d’Adamkiewicz) causée par l’hyperextension.
    2. Compression veineuse ou spasme lié à la manœuvre de Valsalva (inspiration bloquée lors de l’effort).
    3. Embolie fibrocartilagineuse, quand un fragment de disque intervertébral migre dans une artère spinale.

    Mais aucune cause unique n’a encore été prouvée.

    Une affection rare… mais grave

    Peu d’études existent sur cette pathologie. Une revue scientifique coréenne a analysé 3 cas de jeunes hommes (19 à 30 ans), tous débutants en surf. Deux d’entre eux, traités avec des corticoïdes, sont restés paraplégiques malgré des mois de rééducation. Le troisième, soigné par induction d’hypertension pour améliorer la perfusion médullaire, a quasiment récupéré l’usage complet de ses jambes en quelques jours.

    Autrement dit, le traitement précoce est essentiel, mais il n’existe aucune prise en charge standardisée. Les pistes incluent :

    • L’hyperhydratation et l’induction d’une hypertension contrôlée
    • L’usage de stéroïdes à haute dose (controversé)
    • L’angiographie spinale en urgence pour identifier une cause vasculaire
    • Le drainage lombaire pour réduire la pression du liquide céphalorachidien

    Une urgence médicale méconnue

    En 2016, une revue internationale recensait seulement 64 cas documentés dans le monde.
    Un chiffre probablement sous-estimé, car de nombreux cas légers passent inaperçus.
    Les études montrent pourtant que le pronostic dépend entièrement de la rapidité du diagnostic.

    Un traitement précoce peut inclure :

    • Hyperhydratation et induction d’hypertension pour améliorer la perfusion
    • Corticoïdes à haute dose (usage controversé)
    • Oxygénothérapie hyperbare
    • Drainage lombaire pour réduire la pression céphalorachidienne

    Les patients traités dans les premières heures ont souvent récupéré partiellement.

    Un long combat pour réapprendre à marcher

    Pour Flavien, le diagnostic a été confirmé en métropole après une longue errance médicale. Transféré dans un centre de rééducation en Vendée, il a dû tout réapprendre comme un bébé : respirer profondément, ramasser un objet, activer ses muscles. Aujourd’hui, il recommence à bouger sa jambe droite, un peu la gauche. Son objectif est clair : remarcher d’ici décembre.

    Il témoigne quotidiennement de son combat dans un carnet de bord, avec l’idée d’en faire un livre. Lui et sa compagne veulent surtout sensibiliser : « Si j’étais resté 5 minutes de plus dans l’eau, je me serais peut-être noyé ».

    Une éducation indispensable pour prévenir les cas

    L’un des constats partagés par les études scientifiques est limpide : la prévention est la clé. Aux États-Unis, une fondation a créé le sigle SPINE pour sensibiliser les surfeurs :

    • S : Sit on your board — s’asseoir régulièrement sur sa planche
    • P : Pace yourself — ne pas rester trop longtemps dans l’eau
    • I : Insist on a trained instructor — privilégier un moniteur expérimenté
    • N : Notice symptoms — être attentif aux douleurs ou engourdissements
    • E : Exit the water — sortir immédiatement si un symptôme apparaît

    En France et en Europe, la majorité des moniteurs n’ont jamais entendu parler de ce syndrome. Il serait temps d’intégrer cette information dans les formations de surf, comme cela commence à se faire à Hawaï ou en Corée du Sud.

    Peut-on continuer à surfer après une myélopathie ?

    Dans les cas les plus graves, la reprise du surf est impossible. Mais certains patients ayant récupéré partiellement ont pu remonter sur une planche, avec prudence. Il est cependant recommandé de consulter un neurologue ou un médecin du sport avant toute reprise, et d’éviter les longues périodes de rame en extension.

    Ce que nous dit ce témoignage

    L’histoire de Flavien met en lumière une réalité cruelle : un accident invisible peut briser une vie en quelques minutes, sans prévenir. Et pourtant, en informant mieux, en réagissant plus vite, en adaptant l’enseignement du surf, de nombreux cas pourraient être évités ou atténués.

    La myélopathie du surfeur n’est pas une fatalité. Mais pour que cela devienne vrai, il faut briser le silence, documenter les cas, et surtout, écouter son corps dès les premiers signes d’alerte.

    En résumé : que faut-il retenir ?

    • La myélopathie du surfeur est une pathologie rare mais grave, liée à un manque d’irrigation de la moelle épinière
    • Elle touche surtout des surfeurs débutants, souvent lors de leur première session
    • Les symptômes précoces doivent être pris très au sérieux : douleurs dorsales, fourmillements, faiblesse dans les jambes
    • Aucun traitement n’est standardisé, mais une prise en charge rapide améliore le pronostic
    • La prévention par l’éducation des surfeurs et des moniteurs est essentielle

  • John Peck, pionnier de Pipeline et âme mystique du surf, s’en est allé à 81 ans

    John Peck, pionnier de Pipeline et âme mystique du surf, s’en est allé à 81 ans

    John Peck s’est fatigué de surfer les vagues terrestres. À 81 ans, le pionnier de Pipeline s’est libéré de son corps pour rejoindre les flots cosmiques, là où les houles ne s’arrêtent jamais. On ne pouvait commencer cet article sans une phrase cosmique pour annoncer la disparition de John Peck. Celui qu’on surnommait “The Cosmic Surfer” a tiré sa révérence, laissant derrière lui un héritage immense, entre innovation technique, mysticisme et liberté absolue. Avec sa disparition, c’est une partie du surf originel — celui où l’océan était un temple et la planche une extension de l’âme — qui s’éloigne dans le ressac du temps.

    Des racines nomades vers le Pacifique

    Né en 1944 à Los Angeles, John Peck grandit au rythme des affectations militaires de son père, pilote de la Navy. De la Virginie au Texas, puis de San Diego à Waikiki, il découvre très tôt que le mouvement est une constante dans sa vie. C’est à Coronado, en Californie, qu’il attrape sa première vague à quinze ans, avant que la famille ne s’installe définitivement à Honolulu.

    À 16 ans, il découvre la culture hawaïenne du surf, l’esprit d’Aloha et la puissance des reef breaks. Très vite, son style fluide et instinctif attire l’attention. À la fin des années 1950, il fait déjà partie des jeunes talents prometteurs du North Shore, alors que le surf moderne est encore en train de se construire.

    1963 : le jour où John Peck inventa le “pigdog” ou le « grab the rail backside »

    Le 1er janvier 1963, sur la côte nord d’Oahu, John Peck entre dans la légende. Pipeline rugit. Ce jour-là, le jeune Californien de 19 ans se jette dans une vague massive et, dans un geste instinctif, il agrippe le rail extérieur de sa planche pour se caler dans le tube.
    Un mouvement simple, mais révolutionnaire : la naissance du pigdog, cette position mythique qui permet aux surfeurs backside de se caler profondément dans le barrel.

    Cette session, immortalisée dans plusieurs films de surf (Angry Sea, Gun Ho!, Walk on the Wet Side), bouleversa à jamais la manière de surfer Pipeline. Le geste de Peck lui valut la couverture de Surfer Magazine et un statut de pionnier incontesté. Comme le résume Matt Warshaw dans son Encyclopedia of Surfing :

    “John Peck a spontanément inventé une posture basse, main sur le rail, qui lui permettait de rester haut et serré dans la vague — une révélation pour l’époque.”

    Du surf à la spiritualité : l’ère psychédélique

    Mais John Peck ne fut pas qu’un surfeur technique. Dans les années 1960, il rejoint la Brotherhood of Eternal Love, une communauté de surfeurs et de hippies californiens prônant une vie guidée par la spiritualité, le yoga et… le LSD. Leur credo : paix, illumination et surf.

    Peck, lui, devient une figure de ce mouvement alternatif. Il explore les frontières entre surf et transcendance, entre performance et conscience. Mais cette quête de liberté l’entraîne aussi vers l’excès. Il est arrêté à Maui pour possession de drogue et passe du temps derrière les barreaux.

    En 1984, il met un terme à cette dérive. Il abandonne la drogue, l’alcool, et retrouve le surf sous un nouveau jour. Il s’initie au yoga, qu’il pratiquera jusqu’à devenir enseignant. Ses contemporains le décrivent alors comme un homme à l’énergie intense, presque surnaturelle. Certains disent même qu’il affirmait pouvoir léviter.

    Le shaper visionnaire

    L’influence de John Peck dépasse largement le line-up. Dans les années 60, il conçoit avec Morey-Pope Surfboards le modèle Peck Penetrator : une planche fine, nerveuse, à double stringer et à la dérive innovante. Elle deviendra un symbole de la transition entre le longboard classique et les premiers shortboards de la “révolution du surf” à venir.

    Peck est aussi l’un des premiers à expérimenter le nose winged design, un avant de planche effilé conçu pour mieux contrôler les manœuvres de nose riding. Des innovations qui influenceront durablement le design moderne.

    Mais au-delà des shapes, Peck incarne surtout une philosophie : celle d’un surf organique, intuitif, spirituel — une manière de danser avec la vague plutôt que de la dominer.

    “Brother John”, le mentor

    Au fil des années, John Peck devient une sorte de guide, une figure de sagesse dans la communauté surf. Il partage son savoir sur la respiration, le mouvement, la santé et la spiritualité. Parmi ceux qu’il a inspirés, Joel Tudor, qui lui rend aujourd’hui un hommage bouleversant :

    “Il a été mon premier professeur de yoga à 18 ans. Il m’a appris l’importance d’une vie équilibrée, du mouvement, de la diète et de la paix intérieure. Il surfait encore à plus de 70 ans, à Hanalei Bay et Newport Point. Tu vas me manquer, John. Puisses-tu surfer à jamais les vagues cosmiques.”

    D’autres, comme Wayne Rich ou Jim Hogan, saluent son humanité, sa douceur et sa vision. Tous évoquent un homme qui ne surfait pas seulement des vagues, mais l’existence elle-même.

    Un esprit libre jusqu’au bout

    John Peck n’a jamais cherché la gloire. Il se méfiait de la médiatisation et préférait la communion silencieuse avec l’océan. Son but n’était pas de gagner des compétitions, mais de comprendre l’énergie des vagues, de ressentir la connexion entre le corps, la planche et l’univers.

    Il disait souvent que surfer, c’était “apprendre à danser avec la nature sans la déranger”. Et cette danse, il l’a poursuivie toute sa vie, même dans la vieillesse, mince, bronzé, presque translucide, toujours présent sur les spots au lever du jour.

    Au-delà du reef : la vague éternelle

    Aujourd’hui, la communauté surf pleure la disparition d’un de ses pionniers les plus singuliers.
    Mais il serait réducteur de voir en John Peck seulement un surfeur. Il était aussi un philosophe, un chercheur de vérité, un homme en quête d’harmonie.

    À travers lui, Pipeline n’était plus seulement un champ de bataille, mais un lieu sacré. Le tube, une métaphore de la vie : sombre, incertain, mais débouchant parfois sur une lumière éclatante.

    Alors, au revoir John. Merci pour tes sourires, ta sagesse, tes inventions et ton grain de folie.
    Puisses-tu maintenant surfer la grande vague cosmique, au-delà du reef, là où la houle ne s’éteint jamais.

  • Eli Hanneman, renaissance d’un prodige hawaïen

    Eli Hanneman, renaissance d’un prodige hawaïen

    Sous le soleil brûlant de Lahaina, là où la mer a tout vu et où le feu a tout pris, un jeune homme surfe à nouveau. Dans sa dernière vidéo REBIRTH, Eli Hanneman revient sur les lieux de son enfance, désormais réduits à un champ de cendres. Il y parle peu, mais chaque image, chaque vague qu’il chevauche dit l’essentiel : la reconstruction, la mémoire et l’amour indéfectible pour une terre meurtrie.

    Les flammes de Lahaina et la naissance d’une nouvelle ère

    « Ce port, c’est un peu la colonne vertébrale de tout ce coin. J’ai tellement de souvenirs et de moments vécus dans cet endroit minuscule. »Ces mots d’Eli Hanneman résonnent avec gravité. Dans REBIRTH, le surfeur hawaiien rend hommage à Lahaina, sa ville natale détruite par les incendies de 2023. Ce port, ces rues, ces couchers de soleil qu’il évoque, ne sont plus que souvenirs. Mais au milieu de la désolation, le film capte une émotion rare : celle d’un retour à la vie.

    Les images alternent entre silence, guitare et houle. Eli glisse sur les vagues comme on traverse un souvenir, avec respect et douceur. Il évoque cette « normalité retrouvée » quand les habitants reviennent à l’eau, comme une respiration après le chaos. REBIRTH n’est pas seulement une vidéo de surf. C’est un poème visuel sur la résilience, un hommage à la communauté hawaiienne, à la mer, et à cette flamme qu’aucun incendie ne peut éteindre.

    L’enfant prodige de Maui devenu surfeur accompli

    Né le 7 novembre 2002 à Lahaina, sur l’île de Maui, Eli Hanneman a grandi sous les projecteurs. Avant même d’être majeur, il était déjà présenté comme “the next big thing” du surf mondial. Sa précocité fascine : technique, contrôle, aisance aérienne… tout semble naturel.

    En 2017, il termine 2e du Pipe Junior Pro, battant des jeunes surfeurs hawaïens déjà redoutés comme Finn McGill et Cody Young. Deux ans plus tard, il signe une 3e place au Red Bull Airborne de Bali, face aux meilleurs spécialistes des manœuvres aériennes.

    La suite de sa carrière se construit entre défis et maturité. En 2020, il se distingue au WSL QS Air Tahiti Rangiroa Pro (2e place). En 2022, il triomphe à domicile au Priority Pro Hawaii et décroche une 3e place au World Junior Championships. À seulement 20 ans, Eli s’impose comme un surfeur complet, aussi à l’aise dans les airs que dans les tubes.

    Le style Hanneman : entre feu et fluidité

    Eli Hanneman, c’est un mélange d’explosivité et de style. Sa signature : des rotations aériennes à haute vitesse, enchaînées avec une précision chirurgicale. C’est un mélange de Italo Ferreira et d’un John John Florence, avec un petit gabarit.

    Mais au-delà de la technique, Eli impressionne par sa lucidité. Son surf n’est jamais forcé. Il lit la vague comme un musicien lit une partition. Dans REBIRTH, cette dimension est omniprésente : on sent qu’il ne surfe pas pour la gloire, mais par passion pour les vagues et l’océan.

    « J’aimerais beaucoup être le surfeur préféré d’un gamin. », disait-il à ses débuts. Aujourd’hui, à 22 ans, il incarne ce rêve : celui d’un surfeur humble, passionné, qui avance sans artifice.

    En route vers le CT : la quête de sens et de gloire

    Après des années à gravir les échelons, Eli Hanneman s’est imposé comme l’un des leaders du Challenger Series 2025. Sa victoire au US Open of Surfing en 2023 l’a propulsé parmi les grands espoirs du surf mondial. Il ne cache plus son objectif : intégrer le Championship Tour (CT) et, un jour, viser le titre mondial.

    Mais dans son cas, la quête dépasse les résultats. REBIRTH en témoigne : le surf est devenu pour lui un acte de transmission. Il surfe pour son île, pour sa communauté, pour cette jeunesse de Maui qui grandit dans les cendres mais garde les yeux tournés vers l’horizon.

    Lahaina renaîtra, et avec elle, Eli Hanneman.

    Un symbole de renaissance pour Hawaii

    Dans une époque où les vidéos de surf s’enchaînent à la vitesse des stories, REBIRTH se distingue par sa profondeur.
    Eli n’a pas besoin de commenter chaque manœuvre : il laisse les images parler. La bande-son bluesy (original pour un clip de surf), la lumière dorée du Pacifique et ses rides solitaires sur une eau d’huile traduisent un message simple : le surf peut guérir.

    À 22 ans, Eli Hanneman n’est plus “l’enfant prodige” qu’on observait avec curiosité. Il est devenu un homme, un protagoniste dans l’eau, un témoin de la résilience de son peuple. Et si REBIRTH marque sa renaissance, c’est peut-être aussi celle du surf hawaiien à Maui, entre tradition, humilité et renouveau.

    Eli Hanneman n’a pas seulement grandi sur les vagues de Maui. Il a appris à se relever, à transformer la perte en énergie, la douleur en beauté. Dans chaque tube, on retrouve un peu de Lahaina. Et dans chaque sourire, la promesse que rien n’est jamais perdu tant qu’on peut encore surfer.

  • À 72 ans, il perd la vie dans des vagues de plus de 4 mètres à Porto Rico

    À 72 ans, il perd la vie dans des vagues de plus de 4 mètres à Porto Rico

    C’est une tragédie qui bouleverse la communauté du surf à Rincón, sur la côte ouest de Porto Rico. Robert “Bobby” Oldsman, surfeur américain de 72 ans originaire du Massachusetts, est décédé lundi 20 octobre alors qu’il surfait à Tres Palmas, spot mythique connu pour ses houles massives. Selon les premiers rapports, il aurait été violemment heurté à la tête par sa planche avant de perdre connaissance.

    Les conditions étaient extrêmes ce jour-là. Le National Weather Service avait émis une alerte pour des vagues atteignant 10 à 15 pieds, soit plus de quatre mètres. Malgré ces avertissements, les surfeurs les plus aguerris de Rincón étaient nombreux à l’eau pour profiter de cette rare houle venue du nord.

    “Malheureusement, personne n’était assez proche pour lui porter secours à temps”, a déclaré la météorologue portoricaine Ada Monzón, relayée par la chaîne NotiCentro. “Greg Carson a tenté de le rejoindre après avoir entendu des appels à l’aide, mais il était déjà trop tard.”

    Transporté vers un hôpital local, Robert Oldsman a été déclaré mort à son arrivée.

    Un passionné de surf jusqu’à la fin

    Bobby Oldsman n’était pas un touriste de passage. Installé six mois par an à Porto Rico, il passait ses hivers à Rincón pour surfer les grosses houles de l’Atlantique, avant de retourner dans le Massachusetts où il gérait un service traiteur sur Cape Cod.
    Connus de tous les locaux, ses cheveux argentés et son sourire constant faisaient partie du paysage de Tres Palmas. “Il était toujours là quand les vagues grossissaient”, a confié un surfeur local sur les réseaux sociaux.

    Dans les hommages qui ont suivi son décès, un ami a cité une réplique culte de Point Break :

    “Si tu veux l’ultime, tu dois être prêt à payer le prix ultime. Ce n’est pas tragique de mourir en faisant ce que tu aimes.”

    Tres Palmas, un spot réservé aux experts

    Surnommée le “Sunset Beach portoricain”, Tres Palmas est une vague puissante qui ne fonctionne que lors des très grosses houles hivernales. Le reef est profond, mais les séries peuvent être trompeuses : un “set surprise” peut soudainement balayer le line-up. C’est un lieu qui inspire le respect, où chaque surfeur sait que la marge d’erreur est minime.

    La mort de Bobby Oldsman rappelle à tous la violence des éléments et la fragilité du corps, même après des décennies d’expérience. Mais elle rappelle aussi quelque chose de beau : à 72 ans, il surfait encore des vagues de plus de quatre mètres !!!! et vivait encore pleinement sa passion, avec cette flamme que seuls les amoureux de l’océan comprennent.

  • Jamie Mitchell grièvement blessé sur le North Shore : “J’ai de la chance d’être encore là”

    Jamie Mitchell grièvement blessé sur le North Shore : “J’ai de la chance d’être encore là”

    Le North Shore d’Oahu vient à peine de s’éveiller que la saison d’hiver a déjà fait sa première victime. Jamie Mitchell, légende australienne du surf de gros, s’est violemment blessé au visage après avoir pris sa propre planche en pleine tête, lors d’une session sur l’un de ses spots fétiches d’Hawaï.

    Un départ de saison brutal

    Quelques jours après les premiers gros swells de la saison, Pipeline, Ke Iki ou encore Shark’s Cove ont déjà offert leur lot de tubes, de chutes et d’adrénaline. Mais cette fois, c’est l’un des chargeurs les plus respectés du North Shore qui a payé le prix fort.
    Mitchell, 48 ans, surfait sur une planche de 9’10″ lorsqu’une série imprévisible a tout fait basculer. Propulsé sous l’eau, il a pris la dérive de sa planche de surf de plein fouet, “à quelques millimètres de la jugulaire”, selon ses propres mots.

    Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, il apparaît le visage recouvert de bandages, la voix encore tremblante :

    “J’ai eu une matinée un peu compliquée… J’ai pris ma 9’10” en pleine figure. Dix-huit agrafes à l’arrière de la tête, quinze points de suture dans la gorge, cinq sur la pommette, et quelques autres un peu partout. Mais je vais bien. C’est fou comme tout peut basculer quand tu t’y attends le moins.”

    ATTENTION LES IMAGES CI-DESSOUS SONT IMPRESSIONNANTES

    Une blessure impressionnante, mais pas fatale

    Les images, difficilement soutenables, montrent la coupure profonde sur la joue et le cou du surfeur. Une plaie si proche des veines vitales qu’il aurait pu y laisser sa vie. “Un coup de dérive près de la jugulaire”.
    Malgré la gravité du choc, Jamie a gardé son calme légendaire et son humour typique : “Je suis vivant, endolori, mais déjà en train de penser à la prochaine houle”, a-t-il plaisanté en story.

    La communauté surf a immédiatement réagi : des messages de soutien ont afflué de tous les horizons — de Kelly Slater à Billy Kemper en passant par Mark Healey — saluant la résilience d’un homme qui a toujours repoussé ses limites sans jamais tricher avec la mer.

    Une figure du surf de gros

    Jamie Mitchell n’est pas un inconnu sur le North Shore. Double champion du monde de paddleboard, multiple vainqueur de la course épique Molokai 2 Oahu, il s’est ensuite imposé parmi les meilleurs surfeurs de gros de la planète.
    Que ce soit à Jaws, Nazaré ou Waimea, l’Australien s’est forgé une réputation de guerrier silencieux, capable de dompter les montagnes d’eau les plus intimidantes sans esbroufe ni ego surdimensionné. On se souvient tous de son drop à Belharra en France.

    Ce nouvel accident rappelle que même pour les surfeurs les plus aguerris, la ligne entre maîtrise et drame reste infime. Quelques centimètres de plus, et le surf aurait perdu l’un de ses héros les plus respectés.

    Une leçon d’humilité

    “C’est dans ces moments-là que tu réalises à quel point tout peut s’arrêter vite”, a-t-il confié depuis l’hôpital d’Honolulu.
    Le North Shore est souvent décrit comme le théâtre de la gloire, mais aussi de la douleur. Chaque hiver, il remet les compteurs à zéro, testant la foi et le courage de ceux qui osent s’y frotter.

    Jamie Mitchell, lui, compte bien revenir à l’eau — une fois ses 18 agrafes et ses 30 points de suture retirés. Parce qu’on ne tourne pas le dos à l’océan quand il fait partie de votre ADN.

  • Pedro “Scooby” Vianna, l’enfant indomptable du surf brésilien

    Pedro “Scooby” Vianna, l’enfant indomptable du surf brésilien

    Un destin façonné par les vagues

    Pedro Henrique Mota Vianna, plus connu sous le nom de Pedro “Scooby”, est né le 10 août 1988 à Rio de Janeiro. Pour beaucoup, il incarne à lui seul une certaine idée du surf brésilien : libre, excessif, charismatique et profondément humain.
    S’il n’est pas le plus titré des surfeurs de son pays, il en est sans doute l’un des plus authentiques, un de ceux qui ont choisi la voie la plus risquée : celle du freesurf et des vagues XXL.

    Son premier contact avec la mer, c’est son père qui le lui offre, quand il a à peine cinq ans. Pourtant, son enfance ne ressemble pas à une carte postale de Rio. Son père est arrêté alors qu’il est encore enfant ; la responsabilité du foyer tombe sur ses épaules trop jeunes. « Tout aurait pu mal tourner, mais le surf m’a sauvé », racontera-t-il plus tard.

    De Barra da Tijuca aux premiers sponsors

    C’est à 11 ans que Scooby reprend le surf après plusieurs années loin de la plage. Très vite, il montre un talent instinctif, un goût du risque et une créativité hors norme. À 13 ans, il s’amuse déjà à tenter des aerials improbables — parfois même sans combinaison… ni maillot.

    À 15 ans, il décroche son premier sponsor, une marque californienne séduite par son style explosif. Deux ans plus tard, il devient le premier Brésilien signé par Nike, un symbole fort dans un pays encore peu représenté sur la scène mondiale.

    Mais Pedro ne veut pas du circuit classique. Il choisit une autre voie : celle du freesurf, des sessions sauvages, des voyages, de la recherche du moment parfait plutôt que du score parfait. Une décision rare à l’époque, mais qui définira toute sa carrière.

    L’appel des vagues géantes

    C’est au tournant des années 2010 que Pedro Scooby se rapproche du monde des grosses vagues. À Puerto Escondido, au Mexique, il se jette dans un swell monstrueux avec une planche empruntée. Résultat : l’une des vagues de la journée et une réputation qui explose.

    En août 2011, alors qu’il est en lune de miel à Bora Bora, il demande à sa femme la permission de filer à Tahiti pour une raison que seuls les surfeurs peuvent comprendre : le Code Red d’un swell approche. À Teahupo’o, il se distingue avec une planche trop petite et une audace démesurée. Ce jour-là, le monde du surf XXL découvre vraiment Pedro Scooby.

    Mais la route des chargeurs est toujours bordée de risques. En 2019 à Nazaré, il vit l’une des pires frayeurs de sa vie : percuté par sa planche, il est maintenu sous l’eau par plusieurs vagues. Il perd la vision pendant quelques secondes, mais reste conscient.
    « Je ne voulais pas y aller ce jour-là. Il pleuvait, le vent était mauvais… Et pourtant, j’y suis allé. C’est la vie que j’ai choisie. »
    Un touriste lui viendra en aide sur la plage. Scooby s’en sort indemne, mais profondément transformé.

    Trois ans plus tard, en 2024, il revient à Nazaré en équipe avec Lucas “Chumbo” Chianca, et les deux Brésiliens remportent le Nazaré Big Wave Challenge. Une revanche sur le destin, et une consécration pour celui qu’on avait déjà surnommé le “fou du surf”.

    L’icône du freesurf brésilien

    Pedro Scooby, c’est un style à part : goofy-footer, toujours engagé, souvent imprévisible, parfois borderline. Il surfe avec le cœur, avec les tripes. Il se moque du format, des juges, des codes. Ce qu’il cherche, c’est la sensation pure — celle d’une vague qui peut tout lui prendre.

    Élu meilleur freesurfer de l’année 2012 par le magazine Alma Surf, et lauréat du meilleur tube de l’année pour un ride historique à Teahupo’o, il devient rapidement une figure de la scène alternative.

    En 2014, il apparaît dans la série Pedro Vai Pro Mar sur Canal OFF. L’année suivante, Nike produit une bande dessinée à son effigie, De Volta à Rotina (“De retour à la routine”), une première dans l’histoire du surf brésilien.

    Entre célébrité et authenticité

    Mais Scooby ne se résume pas à un surfeur. Il est aussi une personnalité publique, un phénomène médiatique. En 2016, il participe à l’émission Saltibum (plongeon acrobatique), puis à Exathlon Brasil en 2017, où il termine deuxième.
    En 2022, il entre dans la maison du Big Brother Brasil, et termine cinquième après 95 jours de confinement — la plus longue période de sa vie loin de la mer.

    Cette notoriété dépasse le surf. Publicités, campagnes de mode, plateaux télé… Pedro Vianna devient une icône populaire au Brésil, sans jamais renier ses racines océaniques.

    Il agace autant qu’il fascine. Pour certains, il symbolise l’excès ; pour d’autres, il incarne une liberté rare. Mais dans le line-up, personne ne doute de son engagement. Scooby reste un vrai surfeur, un chargeur capable de tout donner dans un tube à Nazaré ou dans une gauche mexicaine.

    Un surfeur, un père, un homme libre

    Côté personnel, Scooby a toujours vécu à fond. En 2013, il épouse la comédienne Luana Piovani, avec qui il a trois enfants : Dom, Bem et Liz. Le couple se sépare en 2019. Quelques mois plus tard, il vit une relation médiatisée avec la chanteuse Anitta, avant d’épouser la mannequin Cintia Dicker en 2020. Ensemble, ils accueillent une fille, Aurora, en 2022.

    Derrière le buzz, il y a un homme profondément attaché à sa famille et à ses valeurs. Il revendique une éducation spirituelle, une approche détachée du matériel et une philosophie simple : vivre intensément, sans peur.

    L’entrepreneur du surf moderne

    Aujourd’hui, Pedro Scooby ne se contente plus de charger des vagues géantes. Installé entre Rio et Lisbonne, il investit dans l’immobilier, les cosmétiques, les NFT, la crypto et même l’eau en canette. Son patrimoine est estimé à près de 4 millions de dollars.
    Loin du cliché du surfeur fauché, il incarne une nouvelle génération de riders-entrepreneurs, capables de transformer leur notoriété en projets durables.

    Il continue aussi d’apparaître dans des documentaires, des clips, et même dans des chansons : O Surfista e o Sambista, écrite par Rogê et Arlindo Cruz, lui rend hommage — preuve que Scooby a dépassé les frontières du surf pour devenir un symbole de la culture populaire brésilienne.

    L’héritage d’un surfeur sans peur

    Pedro Scooby n’a jamais gagné de titre mondial. Il n’en a jamais vraiment voulu. Sa victoire, c’est d’avoir inspiré toute une génération de surfeurs à vivre le surf autrement : comme un art, une manière de respirer, de tout risquer sans calculer.

    Son surnom, “Scooby”, vient d’un dessin animé, mais il aurait tout aussi bien pu venir de la culture punk ou du fado portugais. C’est un homme à contre-courant, imprévisible, sincère.
    Dans un monde où tout se mesure, il reste l’un des rares à vivre sans chronomètre.

    « Je suis un mélange de rock star et de moine zen », aime-t-il dire.
    Et c’est sans doute cette contradiction qui fait de Pedro Scooby un personnage unique du surf mondial, un symbole du Brésil qui ne lâche jamais — même quand la vague semble trop grosse.