Un an et demi après avoir quitté la compétition pour vivre l’un des plus beaux chapitres de sa vie, Carissa Moore est officiellement de retour sur le Championship Tour 2026. La nouvelle vient de tomber : la quintuple championne du monde et championne olympique recevra le wildcard saisonnier de la WSL, lui ouvrant la porte d’un retour à plein temps sur le circuit. Après avoir accueilli son premier enfant, Olena, en février 2025, la surfeuse hawaïenne revient avec une énergie nouvelle – et un message puissant : « Nous pouvons continuer à poursuivre nos rêves, même lorsque la vie évolue. »
Une championne hors normes, déjà légendaire
Depuis son arrivée sur le Tour en 2010, Carissa Moore a tout simplement redéfini les standards du surf féminin. À 17 ans, elle remportait déjà des heats contre les meilleures. À 18 ans, elle devenait la plus jeune championne du monde de l’histoire. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes :
13 saisons complètes sur le CT
28 victoires en carrière
Jamais moins bien classée que 3e… sauf une seule fois
Médaillée d’or lors de la toute première épreuve olympique de surf en 2020
Carissa n’a pas seulement gagné. Elle a inspiré. De son surf puissant et progressif, à son sourire constant, jusqu’à ses engagements solidaires à travers la Moore Aloha Foundation, elle a toujours incarné l’ambassadrice parfaite du surf moderne.
Une pause nécessaire, un retour monumental
Sa dernière apparition en compétition remonte au Teahupo’o olympique en 2024, où elle avait surfé l’un des gauches les plus dangereuses de la planète… enceinte de deux mois. Quarterfinals. Rien que ça. Après cette performance presque irréelle, elle avait choisi de faire une pause pour accueillir son bébé et se recentrer. Mais son amour du surf et de la compétition n’a jamais disparu. Via ses réseaux, on l’a souvent vue en freesurf, les lignes affutées, les appuis précis, les carves toujours aussi puissants. Une certitude se dessinait : Riss n’avait rien perdu.
« Remettre un lycra après avoir eu un bébé, c’est déjà une victoire », explique-t-elle.
Un comeback redouté… et redoutable
Son retour va forcément rebattre les cartes sur le circuit féminin. Les reines actuelles – Caity Simmers, Molly Picklum, Gabriela Bryan – excellent depuis deux saisons et dominent la scène. Mais une Carissa en forme, motivée, et surtout libérée après une pause choisie… ça peut changer le destin d’un Tour entier. On y voit un choc générationnel entre la jeune garde et Carissa, qui représente maintenant la maturité.
Une saison 2026 déjà très attendue
Carissa Moore ne reviendra pas directement sur une étape CT, mais fera son premier test de lycra en décembre prochain au Florence Pipe Pro (QS 2000) à Pipeline. Une manière de renouer avec la compétition sans pression. Ensuite, place au grand bain :
1er avril 2026 : lancement du CT à Bells Beach
Décembre 2026 : fin de saison au Pipe Masters, devant son public hawaïen
Un scénario parfait pour célébrer les 50 ans du Championship Tour.
Il y a des surfeurs qui excellent dans les airs, d’autres dans les barrels, et quelques rares élus capables d’affronter les monstres de Jaws. Albee Layer, lui, fait tout ça — et il le fait avec un style que personne d’autre n’a. L’Hawaïen est ce mélange improbable de puissance, d’instinct et de créativité. Le genre de surfeur qui ne cherche pas à être le meilleur, mais à repousser sans cesse les frontières de ce qui est possible sur une vague.
Originaire de Maui, il grandit à quelques kilomètres de Pe‘ahi — plus connu sous le nom de Jaws, le théâtre de ses plus grands exploits et de ses pires blessures. Là où la plupart des surfeurs voient une montagne d’eau prête à les engloutir, Albee y voit un terrain de jeu. Une toile. Un endroit où la peur devient moteur de création.
« Je passe une partie de presque chaque jour à penser à cette vague et à ce qui aurait pu se passer différemment. Et si ça semble fou, c’est parce que ça l’est », confiait-il récemment à propos d’un wipeout resté gravé dans sa mémoire. Cette phrase dit tout de lui : obsession, lucidité et passion totale.
Le surfeur complet par excellence
Replaquer des 540 en freesurf, charger Jaws, se caler dans des barrels monstrueux à The Cave au Portugal ou sur les slabs de Maui… Albee Layer sait tout faire. Et il le fait avec une nonchalance désarmante. À une époque où le surf se spécialise, où les compétiteurs et les free surfeurs suivent des voies distinctes, il refuse les étiquettes. Sa mission ? Explorer tout le spectre du surf, du plus technique au plus brutal.
C’est cette polyvalence qui l’a rendu culte auprès des passionnés. En 2015, il choque la planète surf en replaquant le premier double alley-oop jamais réussi sur une vague. Une manœuvre d’une complexité telle qu’elle semblait impossible. Quelques années plus tard, il devient l’un des rares à prendre les plus grosses vagues du monde à la rame, à Jaws, tout en continuant à tourner des vidéos créatives comme Black Wave ou Nervous Laughter, qui racontent son hiver démentiel sur fond d’El Niño.
Une chute qui change tout
Mais derrière la figure du surfeur indestructible, il y a eu un moment où tout a basculé. Lors du Jaws Big Wave Contest 2019, Albee chute violemment sur une vague massive. Le choc est brutal : traumatisme crânien sévère. Quand il raconte la scène, on comprend à quel point il a frôlé le pire. « Je me suis fait aplatir la tête contre l’eau avec une telle force que ma bouche s’est ouverte toute seule. J’avais les gencives en sang, le nez qui saignait… Et je m’attendais au pire. Quand tu tombes sur une vague de cette taille, tout ce qui n’est pas une noyade te semble une bénédiction. »
Cette chute, il la revivra longtemps. Les mois qui suivent sont sombres. Douleurs, vertiges, crises d’angoisse, perte de repères. Le neurologue qu’il consulte lui conseille simplement : « Ne surfez plus de grosses vagues. » Sa réponse ? Un non catégorique. « Ce n’est pas une option. Donnez-moi autre chose. »
Privé de ce qui donnait sens à sa vie, Albee sombre dans une période de dépression. Il le confie sans détour dans un documentaire pour Rockstar Energy : « Les deux ou trois années qui ont suivi ont été les pires. Je buvais trop, je faisais n’importe quoi, j’étais perdu. » Mais cette chute libre deviendra paradoxalement la clé de son retour.
Grâce au soutien de sa famille, de ses amis — dont Matt Meola, son frère de cœur — et à une volonté de fer, il entame un long processus de guérison. Il rencontre Shawn Dollar, un autre surfeur passé par le même enfer, qui lui partage cette phrase devenue son mantra :
« C’est une blessure. Ce n’est pas toi. »
Petit à petit, il remonte. Il découvre des thérapies neuronales, adopte un mode de vie plus sain, s’entraîne dur, participe à la traversée Molokaï-Oahu à la rame. Et surtout, il retrouve le plaisir simple de surfer. De sentir l’eau, le vent, et ce frisson d’avant-drop à Jaws.
Un retour plus fort que jamais
Aujourd’hui, Albee Layer est revenu au sommet. En décembre 2024, il signe ce qu’il décrit lui-même comme « le plus gros swell de ma vie à Jaws ». Les images parlent d’elles-mêmes : un barrel XXL, d’une pureté presque irréelle, dans lequel il se permet même un soul arch — ce geste iconique, bras ouverts, savourant chaque seconde dans le tube.
Cette vague, capturée pendant la houle du 21 décembre, résume sa philosophie. Il ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Il veut ressentir, comprendre, partager. « Quand je suis dans le barrel, je veux juste être présent. J’ai appris que la peur ne disparaît jamais, mais qu’elle peut devenir ton alliée. »
L’indépendance comme moteur
Albee n’a jamais fait partie du système. Il ne court pas après les classements, il fuit les formats imposés. D’ailleurs, il ne cache pas son désamour pour les compétitions de grosses vagues : « Le Big Wave Tour a changé Jaws. C’est devenu plus individualiste, plus agressif. Avant, on était une équipe, comme dans une mission spatiale. Maintenant, tout le monde veut juste avoir “la vague du jour”. »
Lui préfère garder sa liberté. En 2025, il annonce un nouveau partenariat avec Anetik, une marque dont il est aussi co-propriétaire, spécialisée dans les vêtements techniques et la protection solaire. Un choix à son image : indépendant, sincère, tourné vers l’action plutôt que les discours. « Je veux créer des produits qui ont du sens. Et je veux pouvoir dire ce que je pense. »
Un style forgé par l’expérience
Son surf est le reflet de sa personnalité : explosif, imprévisible, mais toujours élégant. Albee a cette capacité rare à mêler le style d’un artiste et la précision d’un scientifique. Lorsqu’il parle de ses sessions à Jaws, on a presque l’impression d’écouter un ingénieur : il calcule, ajuste, anticipe. Mais dès qu’il se lève sur la planche, tout devient instinctif. Le geste se fait pur, presque poétique. Un équilibre fragile entre la survie et l’art.
« Je veux continuer à tomber, mais seulement parce que je suis trop profond dans le barrel. Pas parce que j’ai choisi la mauvaise vague. » Une phrase qui résume parfaitement son évolution : moins d’égo, plus de maîtrise. Moins de rage, plus de justesse.
L’héritage d’un surfeur libre
Aujourd’hui, Albee Layer inspire une nouvelle génération. Pas seulement pour ses figures ou ses exploits, mais pour sa manière d’habiter le surf. Pour lui, ce n’est pas un sport, c’est un langage. Une manière d’explorer les émotions humaines les plus profondes : la peur, la joie, la douleur, la liberté.
Matt Meola le dit mieux que quiconque :
« Beaucoup des sessions les plus folles qu’on ait vécues n’auraient jamais eu lieu sans Albee. Il est celui qui te pousse à croire que tout est possible. »
Et c’est peut-être là, la vraie essence du personnage : un surfeur total, capable de charger Jaws le matin, de tenter un alley-oop le soir, et de parler sans filtre de santé mentale entre les deux.
À 34 ans, Albee Layer continue de repousser ses limites, mais avec une sagesse nouvelle. Son parcours n’est pas une ligne droite, c’est une succession de chutes, de renaissances, et de réinventions. Un peu comme les vagues qu’il surfe : puissantes, imprévisibles, mais d’une beauté absolue.
Et s’il devait résumer sa philosophie, ce serait sans doute celle-ci :
« Si je dois me blesser, que ce soit en surfant. »
Une phrase simple, presque banale, mais qui dit tout. Albee Layer ne cherche pas la gloire. Il cherche à vivre — pleinement, dangereusement, mais avec grâce. Et c’est précisément ce qui en fait un des surfeurs les plus inspirants de sa génération.
À seulement 20 ans, João Mendonça s’impose comme l’un des surfeurs les plus audacieux de sa génération. Originaire d’Arrifana, petit village de pêcheurs au sud du Portugal, il vient de lâcher une vidéo impressionnante intitulée “Same Same” — un concentré d’adrénaline, de style et de courage pur.
Et il ne perd pas de temps : la première vague du clip, c’est The Cave, cette droite monstrueuse et ultra-technique où même les meilleurs hésitent à s’engager. Rochers, fond peu profond, take-off vertical… rien n’arrête Mendonça, qui s’y enfonce avec un calme presque inquiétant.
Filmée et montée par Hugo Almeida, la vidéo le suit à travers le monde : Madeira, le Chili, l’Indonésie, ou encore Nias, où il démontre une aisance déconcertante dans les tubes les plus lourds. Chaque séquence confirme une chose : João n’est pas qu’un jeune prometteur, il est déjà prêt à rejoindre la cour des grands freesurfers portugais — aux côtés de Nic von Rupp ou Miguel Blanco.
S’il continue à se frotter aux compétitions du circuit QS, tout indique que Mendonça construira sa légende en dehors du jersey, là où le surf redevient pur, brut et libre. Regardez “Same Same” et jugez par vous-même : le Portugal tient sans doute son prochain grand freesurfer.
Alors que l’archipel des Canaries faisait déjà face à une série d’accidents mortels liés à la houle, le drame s’est alourdi ce week-end. Une quatrième personne est décédée à Tenerife après avoir été emportée par une vague dans la piscine naturelle d’Isla Cangrejo, à Los Gigantes.
Cette nouvelle victime, une femme, avait été réanimée sur place après un arrêt cardiorespiratoire avant d’être héliportée vers l’hôpital. Malgré les efforts des équipes médicales, elle n’a pas survécu.
Où et comment s’est produit le drame ?
Dimanche après-midi, vers 16h07, une vague de grandes dimensions a submergé la zone rocheuse et la piscine naturelle — pourtant fermée au public en raison de l’alerte pour phénomènes côtiers.
Plusieurs personnes ont été projetées contre les rochers, certaines inconscientes. Le bilan actuel :
4 morts confirmés
1 disparu toujours recherché
Plusieurs blessés, dont un traumatisme crânien sévère
7 personnes secourues par les équipes locales
Les secours mobilisés (SUC, Salvamento Marítimo, Bomberos, GES) décrivent une scène d’une intensité rare, aggravée par le non-respect des barrières et des panneaux multilingues qui interdisaient formellement l’accès.
Une constante inquiétante : la majorité des victimes sont des touristes
Comme lors des accidents précédents à Puerto de la Cruz et Santa Cruz, les autorités confirment que les personnes impliquées sont principalement des visiteurs — certains étrangers, d’autres venus de la péninsule.
L’association Canarias 1.500 km de costa parle d’un problème récurrent :
“Les touristes sous-estiment la puissance de l’Atlantique et franchissent les zones interdites pour filmer la mer de plus près.”
Une triste répétition : 67 personnes sont mortes noyées aux Canaries en 2025, un record dramatique.
Ce que change cette nouvelle tragédie
Cette mise à jour renforce le message de prévention déjà présent dans ton article initial. Pour toi comme pour Discover, cet ajout :
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🔴Tres personas han fallecido y otras quince han resultado heridas por golpes de mar registrados en Tenerife.
➡️En #TiempoDeAlisios recibíamos a Pedro López, un camarero que se lanzó al agua para salvar la vida de tres personas en el Puerto de La Cruz.
Les incidents se sont produits à différents endroits de Tenerife : une femme est décédée au Puerto de la Cruz, un homme à Santa Cruz de Tenerife, et un troisième a été retrouvé sans vie sur une plage de Granadilla. Selon les secours, plusieurs victimes auraient été emportées alors qu’elles tentaient de se rapprocher du bord pour filmer ou photographier la mer.
Une vidéo partagée par une radio locale montre des promeneurs massés sur la digue du port de Puerto de la Cruz. En quelques secondes, une vague surgit et balaie tout sur son passage. Les cris, la panique et la force des vagues rappellent la puissance implacable de l’océan.
Tourisme et imprudence : le cocktail dangereux
Les autorités et les habitants tirent la sonnette d’alarme : beaucoup de touristes ignorent les drapeaux rouges et les alertes météo.
« Ils vont au bord pour prendre des selfies », témoigne un habitant au micro de l’Associated Press. « Et ces choses arrivent. Nous, on sait comment la mer peut changer. »
Sur les réseaux sociaux, plusieurs habitants expriment leur frustration. En octobre déjà, une séquence virale montrait des visiteurs emportés par une vague dans la piscine naturelle de Jover, malgré les avertissements de danger.
L’association locale de sauvetage rappelle qu’entre janvier et septembre 2025, 48 personnes sont mortes par noyade dans l’archipel. Un chiffre alarmant, lié en grande partie à la méconnaissance du littoral et à la force des houles atlantiques.
Un appel au respect de l’océan
Si les îles Canaries attirent chaque année des millions de visiteurs, elles demeurent un territoire exposé aux puissances naturelles de l’Atlantique. La beauté des côtes volcaniques cache souvent des courants traîtres, des vagues imprévisibles et des fonds abrupts. On est sur une île au milieu de l’océan, les vagues peuvent grossir très rapidement. Les sauveteurs locaux insistent : “une photo ne vaut pas une vie.”
Les autorités espagnoles envisagent désormais de renforcer les campagnes de prévention et la signalisation sur les zones touristiques les plus exposées.
Pourquoi en parler encore une fois ?
Parce que la prévention reste indispensable. À chaque grosse houle, les mêmes images refont surface : des curieux s’approchent trop près, smartphones à la main, pour filmer la puissance de l’océan. En France aussi, ces scènes se répètent à chaque tempête. N’hésitez pas à alerter ceux qui prennent des risques — même si l’on sait que certains préfèrent ignorer les avertissements. Ces imprudences ne mettent pas seulement leur vie en danger, mais aussi celle des témoins et des sauveteurs qui tenteront de les secourir.
Quand les vagues rapportent gros (ou pas tant que ça)
Le surf fait rêver : tubes parfaits, destinations paradisiaques, vie libre et soleil éternel. Mais côté finances ? Disons que nos héros des vagues ne roulent pas tous sur l’or. Quand Cristiano Ronaldo empoche 275 millions $ par an, les surfeurs peuvent aller waxer leur planche en pleurant dans leur van.
Malgré la popularité croissante du surf depuis son entrée aux Jeux Olympiques, les revenus restent modestes comparés aux sports majeurs. Peu de prize money, peu de sponsors « hors surf », beaucoup de kilomètres et de boards cassées. Mais une poignée d’entre eux a su transformer sa passion en empire. Voici, selon Celebrity Net Worth (avec les pincettes d’usage), les 10 surfeurs les mieux payés de 2025.
10. Jamie O’Brien – entre 500 000 $ et 800 000 $/an
Le clown prince de Pipeline n’est peut-être plus sur le Tour, mais il surfe la vague YouTube mieux que quiconque. Entre ses vlogs hebdos, ses écoles de surf à Hawaï et sa marque de fringues, JOB est devenu un véritable entrepreneur. Et avec Red Bull comme sponsor principal, il n’a pas besoin d’un classement WSL pour bien vivre.
9. Kai Lenny – 750 000 $ à 1 million $/an
Half-god, half-waterman. Kai Lenny ne fait pas que surfer : il ride tout ce qui flotte, du foil au kite, avec la même aisance. Ses partenariats avec Red Bull, Hurley, GoPro et Tag Heuer le maintiennent au sommet. Icône du surf extrême, il attire autant les marques de luxe que les gros sponsors de l’outdoor.
8. Carissa Moore – environ 1 million $/an
La quintuple championne du monde a pris du recul cette année pour devenir maman, mais ses sponsors ne l’ont pas lâchée. Hurley, Red Bull, Dior et d’autres marques globales continuent de la soutenir. Carissa est l’exemple parfait de la surfeuse moderne : inspirante, performante et bankable.
7. John John Florence – 1 million $/an
Le golden boy d’Oahu a lui aussi ralenti la compète pour se consacrer à sa famille et à sa propre marque, Florence Marine X. Ajoute à cela des contrats avec Yeti ou Nixon et ses films de surf arty, et tu obtiens un business solide, ancré dans la coolitude hawaïenne.
6. Kanoa Igarashi – 1,7 million $/an
Charmeur, bilingue et ultra-marketé, Kanoa coche toutes les cases. Il séduit autant les marques japonaises que les sponsors US. Même sans dominer le CT, il brille là où ça compte : sur Instagram et dans les boardsrooms des grandes marques.
5. Filipe Toledo – 1,75 million $/an
Même après une saison 2025 mitigée, Filipe reste une valeur sûre du surf mondial. Entre Hurley, Monster Energy et Oi Telecom, le Brésilien cumule primes, contrats et statut de star nationale. Il ne gagne peut-être pas toutes les séries, mais côté contrat, il est toujours dans le Top 5.
4. Mick Fanning – 1,8 million $/an
À la retraite depuis 2018, « White Lightning » continue d’encaisser. Grâce à ses parts dans Balter Brewing (revendue avec succès) et ses partenariats à long terme avec Rip Curl et Red Bull, il a parfaitement géré sa reconversion. Comme quoi, un bon cutback peut aussi se faire sur Excel.
3. Gabriel Medina – 2,2 millions $/an
Absent du Tour, mais omniprésent dans les médias brésiliens, Medina est devenu une icône nationale. Rip Curl, Corona, Audi : ses contrats s’empilent comme des séries parfaites à Teahupo’o. En termes de popularité et de revenus, il reste le véritable rock star du surf mondial.
2. Laird Hamilton – 3 millions $/an
Le pionnier du surf de grosses vagues est devenu une marque à part entière. Laird Superfood, documentaires, livres, conférences… il vend aujourd’hui un style de vie plus qu’une performance. À plus de 60 ans, il surfe toujours – mais surtout sur une montagne de cash. (je vous avoue que je suis étonné du chiffre)
1. Kelly Slater – 3 millions $/an
Évidemment. Le GOAT reste le roi du surf, sur l’eau comme en affaires. Entre Outerknown, Slater Designs, le Surf Ranch et ses nombreux contrats, Kelly reste indétrônable. Son empire combine écologie, innovation et un brin d’ego — la parfaite recette pour rester n° 1, même loin du podium.
Moralité : être cool ne suffit pas
Le surf rapporte, mais pas à tout le monde. Derrière ces dix noms, la majorité des pros galèrent à boucler leurs fins de mois. Le vrai jackpot, c’est l’image : se vendre sans trahir l’esprit du surf. Kelly, Laird ou Medina ont réussi cet équilibre entre authenticité et business. Les autres ? Ils ont encore quelques vagues à rattraper.
C’est un nom de plus, et une vague de trop. Sean Anthony Lennon, 54 ans, s’est noyé cette semaine sur le spot de surf « The Bombie« , une droite massive située au large de Margaret River, en Australie de l’Ouest. Une vague qu’il connaissait par cœur, un homme respecté, ancien nageur pro, sauveteur, surfeur solide… et pourtant, la mer l’a gardé.
Sur les réseaux, la communauté locale parle d’un choc. D’un “accident qui aurait pu arriver à n’importe qui”. Et c’est justement ce “n’importe qui” qui interroge : ces derniers mois, les noyades de surfeurs expérimentés, souvent quadragénaires ou quinquagénaires, voir plus, semblent se multiplier. Simple coïncidence ou signe d’un vieillissement du surf et de ses risques ?
Une génération dorée qui continue de charger
Le surf a vieilli. Et c’est plutôt une bonne nouvelle. Ce n’est plus seulement un sport d’ados bronzés aux cheveux salés. Ceux qui ont commencé à la grande époque des VHS de Kelly ou des trips Indo dans les années 90 ont aujourd’hui 40, 50, parfois 60 ans — et n’ont aucune envie de raccrocher. Je fais partie de cette génération, et je m’y reconnais totalement.
Ils ont des planches sur mesure, des combinaisons techniques, du temps libre, et souvent la même envie d’aller se mesurer à des vagues puissantes. Les surfeurs ne “s’arrêtent” plus : ils évoluent, se soignent, s’entretiennent… mais leur passion, elle, ne vieillit pas.
Sauf que le corps, lui, n’a pas toujours la même endurance qu’avant.
Le corps dit stop, parfois sans prévenir
Le surf est un sport d’effort explosif. Ramer, se lever, encaisser, replonger, repartir… Un rythme cardio intense, irrégulier, sous contrainte. Et si la mer offre l’impression de jeunesse éternelle, la physiologie, elle, ne ment pas :
le rythme cardiaque maximal diminue avec l’âge ;
la récupération est plus lente ;
la tolérance au froid et à l’apnée baisse ;
et les crises cardiaques deviennent plus probables en cas d’effort violent ou de stress hypoxique.
À « The Bombie », la rame d’approche est interminable. On est loin du rivage, dans le bleu profond, sans repère de taille. Les séries arrivent sans prévenir. Une vague ratée, une chute mal placée, un leash qui tire ou casse — et le corps peut céder, même celui d’un ancien lifeguard comme Sean Lennon.
L’expérience : force ou piège ?
Il y a aussi une forme d’illusion de maîtrise chez les surfeurs aguerris. Quand tu surfes le même spot depuis vingt ans, tu connais chaque courant, chaque série. Mais cette familiarité peut aussi anesthésier la vigilance. Tu y retournes parce que “tu sais”. Parce que tu l’as déjà fait. Parce que tu t’y sens chez toi.
Sauf qu’à 50 ans, les marges de manœuvre sont plus fines. Et parfois, ce n’est pas une erreur, juste un corps qui ne suit plus. La mer ne juge pas ton CV. Elle ne fait pas de différence entre le rookie et le vétéran.
Le surf est devenu un sport d’adultes
Aujourd’hui, le surfeur moyen dans le monde a plus de 35 ans. En France, c’est même plus proche de 40. Les baby-boomers du surf continuent de remplir les line-ups, de voyager, de chercher la bonne houle. Et c’est beau. Mais cette longévité de la pratique pose aussi une question nouvelle : comment adapter le surf ou le matériel surf à des corps plus âgés ?
Le surf a longtemps ignoré cette problématique, préférant l’image du surfeur éternellement jeune. Pourtant, comme dans le vélo ou la course, la préparation physique et le suivi médical deviennent indispensables pour surfer longtemps… et en sécurité.
Plus de monde à l’eau, plus d’incidents
Derrière le sentiment d’une hausse des noyades, il y a aussi un fait simple : jamais il n’y a eu autant de surfeurs à l’eau. Les pics de fréquentation, le matériel plus accessible, les spots “connectés” qui permettent d’anticiper les conditions parfaites… Tout cela multiplie mécaniquement le risque d’accidents.
Et quand la population des surfeurs actifs vieillit, les statistiques bougent. Pas forcément parce que les vagues deviennent plus dangereuses, mais parce que les pratiquants le deviennent un peu plus.
La mer reste la même
Au fond, l’océan n’a pas changé. Ce sont les générations qui passent. Les mêmes vagues, la même force, les mêmes silences après un drame.
Sean Lennon était de ceux qui respectaient l’océan, qui en connaissaient la beauté et les pièges. Sa disparition ne dit pas qu’il faut avoir peur — mais qu’il faut rester humble, quel que soit son âge, son niveau ou son passé.
Le surf est un cadeau. Mais c’est aussi une épreuve, à chaque session. Et peut-être qu’à mesure que le surf vieillit, il nous rappelle une chose essentielle : on ne surfe jamais contre la mer, mais avec elle.
Un petit aperçu du spot dans des conditions solides…
Sous les projecteurs du bassin URBNSURF de Sydney, Sierra Kerr vient de réaliser ce qu’aucune surfeuse n’avait encore osé imaginer : un backflip parfait. Une première historique dans le surf féminin. Et le plus fou dans tout ça ? C’était son premier essai de la soirée.
La jeune Australienne de 18 ans a posé cette rotation spectaculaire sur le même spot où elle remportait, un mois plus tôt, son quatrième titre Stab High. Portée par l’énergie des sessions nocturnes, Sierra s’est élancée, a saisi les deux rails en plein vol et a atterri proprement. Un instant d’histoire gravé à jamais, filmé sous les lumières du bassin et acclamé par la communauté surf mondiale.
Si ce backflip a tant d’écho, c’est aussi parce qu’il symbolise une renaissance personnelle. En 2025, Sierra Kerr revenait de loin. Victime de la maladie de Lyme, une infection transmise par les tiques, elle avait passé des mois à l’hôpital, incapable de marcher, encore moins de surfer. « J’étais tellement faible que je ne pouvais même pas me tenir debout sur ma planche », confiait-elle dans un post bouleversant.
Mais avec une détermination hors norme, Sierra a repris le chemin de l’eau, d’abord timidement, puis avec une énergie retrouvée. Jusqu’à redevenir la surfeuse explosive que tout le monde voyait déjà comme une future championne du monde.
L’héritage des Kerr
Ce n’est sans doute pas un hasard si ce premier backflip féminin porte le nom de Kerr. Son père, Josh Kerr, ancien pro et inventeur du mythique Kerrupt flip, a marqué sa génération par sa créativité aérienne. Aujourd’hui, sa fille perpétue la lignée, avec un style tout aussi aérien et moderne, le tout accompagné d’une capacité à repousser les limites à chaque session.
Entre héritage, talent pur et mental d’acier, Sierra Kerr incarne cette nouvelle génération de surfeuses capables de réécrire les codes du surf féminin. Et si ce backflip n’est qu’un début, le monde du surf n’a pas fini d’entendre parler du clan Kerr.
Le 2 novembre 2010, le monde du surf s’est figé. Andy Irons, triple champion du monde, enfant de Kaua’i et incarnation brute du surf moderne, s’éteignait dans une chambre d’hôtel à Dallas. Quinze ans plus tard, son absence reste une présence. Son nom, un battement dans le cœur de chaque surfeur qui a grandi en rêvant de vague, de rage et de liberté. Andy Irons n’était pas qu’un champion. Il était le miroir de tout ce que le surf a de plus humain : la beauté, la peur, la démesure, les démons, et cette recherche insensée de quelque chose de plus grand que soi — au fond d’un tube.
L’étoile filante du surf moderne
Quand Andy surgit sur le World Tour à la fin des années 90, le surf est dominé par un homme : Kelly Slater. Poli, méthodique, presque chirurgical. Andy, lui, débarque comme une déflagration hawaïenne. Le genre de surfeur qui ne cherche pas la perfection, mais l’intensité. Entre 2002 et 2004, il rafle trois titres mondiaux consécutifs. Trois années où son surf, sa rage et son charisme font trembler le système. “De 98 à 2005, on était intouchables”, dira plus tard son frère Bruce. Intouchables, oui. Parce qu’ils représentaient quelque chose que le surf avait presque oublié : le feu.
Andy ne surfait pas pour les juges. Il surfait avec passion, avec l’envie de se dépasser, de toucher les limites. Dans chaque vague, il y avait un cri, une colère, une prière. Ce n’était pas de la technique — c’était du rock’n’roll. Face à Slater, il incarne l’anti-héros parfait. Là où Kelly calculait tout, Andy explosait. Là où Kelly méditait, Andy vivait trop fort. C’est ce contraste qui a fait de leur rivalité une légende vivante du surf. Deux pôles, deux philosophies : la perfection contre la passion. Et pendant un temps, la passion a gagné.
Le feu et la grâce : l’art du backside selon Andy
Il y a un consensus dans le monde du surf : personne, avant ou depuis, n’a surfé en backside comme Andy Irons. Son approche, mélange de puissance et de contrôle absolu, a redéfini ce que signifiait surfer dos à la vague. CJ Hobgood l’a dit un jour : “Le backside, c’est la plus haute forme de l’art. Et Andy en était le maître.”
À Teahupo’o, il entrait sous le lip comme un kamikaze, no grab, toujours à la limite. À Cloudbreak, il découpait les sections avec une violence presque élégante. Chaque bottom turn était un mélange de style et de puissance. Chaque tube était plus engagé que les précédents, la peur n’avait pas sa place. Les images tournées par Jack McCoy dans Blue Horizon restent parmi les plus intenses jamais filmées : Andy, Bruce et Rastovich dans 8 à 10 pieds à Chopes, le regard fixé sur le gouffre, comme si la vague était la seule chose qui pouvait le comprendre. McCoy racontera :
“Ce matin-là, il a pris une vague sous le lip, a décroché, puis replanté le rail de sa planche dans la vague, pour après sortir du tube. C’était un moment légendaire. Bruce disait qu’il n’y serait jamais allé sans lui crier ‘Go !’. Ce genre d’instant, c’est ce qui fait une légende.”
Dans l’eau, Andy était un tigre. Mais hors de l’eau, il avait quelque chose d’un enfant. McCoy se souvenait aussi d’un cliché perdu : Andy tenant un petit chaton dans ses bras. “Le champion du monde prêt à tout pour gagner, mais capable de la plus grande douceur.” C’est cette dualité, ce mélange d’acier et de tendresse, qui faisait d’Andy une figure unique.
L’homme derrière le mythe
Sous les tubes et les trophées, il y avait l’humain — fragile, instable, vrai. Andy souffrait de troubles bipolaires, de dépression, et d’une addiction qui le rongeait lentement. Longtemps, ces blessures sont restées dans l’ombre, couvertes par l’image du guerrier invincible. Mais en 2018, le film Andy Irons: Kissed by God a ouvert les portes de la vérité. Réalisé par Steve Jones, il révèle un homme à la fois lumineux et déchiré. “Andy voulait raconter son histoire pour aider les autres”, confiait Kelly Slater dans le documentaire. “Il m’avait dit : si je peux changer la vie d’un seul gamin, j’aurai réussi la mienne.”
Ce film, soutenu par Lyndie Irons, sa femme, et Bruce, son frère, brise le silence. On y découvre un Andy vulnérable, lucide sur ses failles, conscient de ses excès, mais incapable de les fuir. Jones dira plus tard :
“Andy n’était pas seulement un surfeur, c’était un être humain avec un cœur immense, qui se battait contre des démons plus grands que lui.”
Son histoire dépasse le surf. Elle parle de santé mentale, d’addiction, de solitude — des sujets longtemps tabous dans ce milieu. Car derrière les sourires et les vagues parfaites, beaucoup de surfeurs partagent ces blessures invisibles. Andy en a payé le prix fort. Mais il a aussi ouvert la voie à une parole plus honnête.
Les hommages d’une génération
Le jour de sa mort, le circuit professionnel s’est arrêté. Les larmes ont coulé à Puerto Rico, sur le sable et dans les line-ups. Joel Parkinson, son ami, racontera plus tard :
“Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai blêmi. J’ai pleuré, puis j’ai été comme anesthésié. Le lendemain, j’ai compris que c’était réel : je ne reverrai plus jamais mon frère.”
Parko se souvient de nuits passées à camper dans le désert australien, de rires, de colères, de tubes partagés.
“Il avait ce côté fou, imprévisible, mais aussi une gentillesse incroyable. Il se souvenait de chaque visage, de chaque prénom. Il faisait se sentir spécial n’importe qui croisait sa route.”
C’est ce lien humain, plus encore que son palmarès, qui a marqué ceux qui l’ont connu. Kelly Slater lui-même, son rival éternel, dira qu’Andy était le seul à l’avoir vraiment fait douter. Le seul à lui rappeler que le surf, ce n’était pas un sport, mais un combat intérieur.
La mort de la rébellion
Après sa disparition, quelque chose a changé dans le surf. Comme l’écrivait Stab Magazine : “Après Andy, les surfeurs sont devenus des athlètes du jour au lendemain.” Fini les excès, les gueules cassées, les colères sincères. Place aux entraînements, aux smoothies verts et aux interviews calibrées. Et c’est peut-être ça, le plus grand vide laissé par Andy Irons : la disparition d’un certain esprit du surf, celui de la rébellion, de l’imperfection, de la liberté.
Andy représentait tout ce que la génération actuelle n’ose plus être : sauvage, contradictoire, incontrôlable, vrai. Il avait ce “fuck you” dans le style, ce mélange de grâce et de rage qu’aucun coach ne peut enseigner. Regarde les meilleurs surfeurs d’aujourd’hui : la plupart ont été formés, polis, programmés. Aucun n’a cette imprévisibilité brute, cette étincelle qui faisait qu’une vague surfée par Andy était un moment d’histoire.
Mais son héritage demeure. Quand Crosby Colapinto enchaîne un combo hallucinant à Cloudbreak, les comparaisons pleuvent : “C’est du Andy.” Quand une jeune surfeuse de 15 ans, Skai Suitt, remporte Stab High avec un spray inspiré de lui, c’est encore Andy. Quand on revoit Blue Horizon ou Kissed by God, c’est toujours lui qu’on cherche — parce qu’il symbolise le surf comme on l’aime : humain, intense, imparfait.
L’héritage d’un roi
Sur les plages du monde entier, des groms portent encore ses boardshorts, des tatouages rappellent son nom, et les tubes les plus profonds lui sont dédiés en silence. Andy Irons, c’est plus qu’un souvenir : c’est une boussole. Il nous rappelle que surfer, c’est aussi tomber, se relever, vivre trop fort.
De nombreux noms célèbres perpétuent son nom et son héritage, que cela soit son fils Axel, qu’il n’a jamais connu, et qui porte aujourd’hui ce flambeau à sa manière. À chaque image de lui à l’eau, c’est comme un message du passé. Bruce, son frère, qui continue d’entretenir la flamme de son frère avec cette même énergie : rebelle, libre, poétique dans la destruction.
Et nous, quinze ans plus tard, on regarde le line-up et on se dit que le surf a peut-être perdu un champion, mais gagné une légende. Parce qu’Andy Irons, c’est le livre qu’on ne peut pas refermer. Chaque vague de Teahupo’o, chaque drop à pleine vitesse, chaque cri dans le vent — tout ça lui appartient un peu. Je me souviens encore de la finale qu’il gagne contre son frère la Nord à Hossegor, un moment inscrit dans ma mémoire.
Quinze ans après : le roi est toujours là
Quinze ans après, le surf continue d’avancer, de s’entraîner, de se discipliner. Mais au fond, on sait tous qu’il manque quelque chose : le chaos magnifique d’un homme qui vivait pour la vague, pas pour le résultat. Andy Irons, c’est la preuve que la légende ne se mesure pas en points, mais en émotions.
Sur sa tombe à Hanalei, les fleurs se renouvellent sans cesse. Les vagues déferlent toujours dans la baie. Et quelque part, dans le vacarme du Pacifique, on croit encore entendre ce cri :
Certains naissent pour suivre les traces des autres. D’autres, comme Hugues Oyarzabal, tracent la leur, quitte à s’y brûler les ailes. Né à Biriatou, petit village perché au-dessus de la Bidassoa, il grandit face à l’océan, avec Hendaye pour terrain de jeu. Très vite, la mer devient son refuge et son miroir. D’abord tennisman, puis bodyboardeur, il découvre le surf à l’âge de dix ans et n’en ressortira jamais vraiment.
À 16 ans, il quitte tout – l’école, la routine, le confort – pour partir étudier en Australie. Un choix radical, presque instinctif. Là-bas, loin du Pays basque, il perfectionne son art. Ce n’est pas la compétition qui l’attire, mais la sensation pure, l’exploration, la liberté. Pendant que d’autres apprennent à gagner des heats, Hugues apprend à vivre autrement : en dehors des cadres, en quête de sens, de vagues et d’images.
Dès son retour, le jeune Basque se forge une réputation de surfeur complet et imprévisible. Capable de charger un gros Parlementia, de se caler dans les tubes de Mundaka ou de s’envoler sur un beach break landais, il se distingue par une aisance naturelle et un style instinctif. Un surdoué du surf, mais surtout un électron libre, rétif à toute forme d’enfermement.
Le free surfeur avant l’heure
Avant que le mot free surf ne devienne un label marketing, Hugues Oyarzabal incarnait déjà cet esprit : celui d’un surfeur qui ne répond à personne, qui choisit ses vagues, ses voyages, ses images, et sa propre manière d’exister.
Sur une même semaine, il pouvait sortir un single fin à Lafitenia, un fish rétro à Bidart, un shortboard high performance à Mundaka ou un skimboard sur le sable d’Hendaye. Il surfait tout, partout, tout le temps. Cette curiosité sans limite faisait de lui un expérimentateur plus qu’un simple surfeur.
Au Pays basque, il est l’un des premiers à s’attaquer à des slabs encore considérés comme insurfables, dont Vanthrax, au large d’Hendaye. Les locaux le regardent d’abord avec incrédulité : la vague est courte, creuse, semée de marches et fermantes. Lui, s’y cale un tube monstrueux, immortalisé en couverture de Surf Session. Cet épisode résume à lui seul le personnage : téméraire, visionnaire, obstiné. Là où les autres voient une limite, Hugues voit un défi.
Ses amis le décrivent comme un fou génial, capable de surfer nu une gauche indonésienne sous champignon comme de s’extasier devant une vague de 30 centimètres. Le surf, pour lui, n’est pas une performance mais une expérience, presque mystique.
Le visionnaire de l’image
Au début des années 2010, bien avant que YouTube ne devienne la vitrine du surf mondial, Hugues Oyarzabal tourne, monte et diffuse ses propres films. Sa trilogie Peace & Left est un ovni. Réalisée en autoproduction, sans sponsor majeur, elle mêle surf, poésie visuelle et esprit do it yourself. La caméra, souvent tenue par son ex femme Jana, des caméramans locaux ou son père, capte les reflets dorés de Bali, les gauches parfaites de Desert Point, les ombres dansantes d’Uluwatu.
Mais ce qui frappe surtout, c’est la présence de la caméra dans le tube. Bien avant la déferlante GoPro, Oyarzabal bricole ses propres systèmes embarqués : perche tenue entre les dents, caméra fixée dans un sac étanche, angles improbables. Le résultat ? Des images inédites, viscérales, qui plongent le spectateur au cœur de la vague.
Cette créativité lui vaut, en 2012 à Hawaii, le tout premier GoPro Award jamais décerné. Et c’est Kelly Slater en personne qui lui remet le trophée, devant les meilleurs surfeurs du monde. La séquence récompensée : un tube interminable à Skeleton Bay (Namibie), filmé de l’intérieur. Une immersion totale dans la vague, un moment d’histoire du surf filmé comme jamais auparavant.
Ce jour-là, le monde du surf découvre ce que les Basques savaient déjà : Hugues n’est pas seulement un surfeur, c’est un créateur d’images, un pionnier de la narration embarquée. Il avait dix ans d’avance sur tout le monde.
L’Indonésie, son second foyer
S’il existe un lieu qui incarne Hugues Oyarzabal, c’est l’Indonésie. Là-bas, il trouvait l’équilibre qu’il cherchait ailleurs : la lumière, la lenteur, les gauches infinies. À force d’y voyager, il finit par adopter un prénom local : Wayan, celui qu’on donne au premier fils balinais. En associant ce nom à ses initiales (H.O.), il invente sa propre signature : WHO.
L’archipel devient son sanctuaire. Il connaît Desert Point comme d’autres connaissent leur jardin. Il y surfe des vagues de rêve, seul, souvent à l’aube, caméra au poing. Son style, compact et précis, épouse la paroi liquide des tubes avec une élégance rare. Dans les lineup balinais, il n’est plus un étranger : il est devenu l’un des leurs.
Hugues y tourne aussi certaines de ses plus belles séquences. On y retrouve cette esthétique faite de contrastes : la puissance du tube, la douceur des musiques, la simplicité des plans. Toujours en quête de perfection, il monte ses films la nuit, apprend sur Google, explore Final Cut, Twixtor et Cinema Tools jusqu’à la dernière compression. Il disait souvent : “Google is my professor.”
Loin des circuits commerciaux, il offre ses films gratuitement sur Vimeo. Peace & Left II se télécharge librement, sans contrepartie. Une philosophie du partage, fidèle à son esprit : le surf appartient à tout le monde.
L’homme complexe et lumineux
Derrière la caméra et les tubes parfaits se cache un homme tourmenté. Hugues Oyarzabal souffrait de TDAH (trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité), un trouble qu’il évoquait ouvertement. Cette hyperactivité, moteur de sa créativité, pouvait aussi devenir un fardeau. Toujours en mouvement, toujours à mille projets, il vivait à un rythme effréné.
Certains proches parlent d’un tempérament bipolaire: des périodes d’euphorie créative suivies de phases d’abattement. Ce déséquilibre faisait partie de son génie. Il pouvait être épuisant, insupportable parfois, mais jamais indifférent.
C’était un illuminé au sens noble du terme. Un homme qui ressentait tout plus fort que les autres : la joie, la colère, la beauté, la douleur. Il avait cette intensité qui dérange, mais qui crée. Cette folie douce qui alimente les grandes œuvres.
Son entourage raconte qu’il pouvait passer de l’euphorie d’un barrel parfait à l’angoisse la plus profonde en quelques heures. Mais il y avait toujours la mer, ce remède universel. “Après une session de surf, on est apaisé, calmé…” disait-il.
L’héritage d’un pionnier oublié
En France, le nom de Hugues Oyarzabal ne résonne pas autant qu’il le devrait. Pourtant, son influence sur le surf moderne est immense. Il a inspiré toute une génération de free surfeurs, de vidéastes et de créateurs de contenu sans jamais revendiquer quoi que ce soit.
Les médias américains et australiens, eux, ne s’y sont pas trompés. Stab Magazine lui a rendu hommage en le comparant à Ozzie Wright ou Nathan Fletcher : des figures rebelles, créatives, inclassables. Surfer Magazine a salué son avant-gardisme et sa capacité à “faire du surf un art total”.
En France, il est souvent resté dans l’ombre, peut-être parce qu’il ne rentrait dans aucune case. Ni compétiteur, ni influenceur, ni businessman. Juste un surfeur libre, habité, sincère. Mais ceux qui l’ont croisé savent : Hugues était l’un des premiers vrais free surfeurs européens, un pionnier au même titre que les grands noms australiens des années 90.
Il a surfé Belharra dès ses premières sessions historiques, dompté Vanthrax quand personne n’osait, filmé Skeleton Bay comme personne ne l’avait jamais fait. Et surtout, il a vécu selon ses propres règles.
Le drame et la lumière
Le 23 février 2025, la nouvelle de sa disparition bouleverse la communauté surf. Il avait 39 ans. Ses parents confirment plus tard qu’il s’est donné la mort, épuisé par des années de souffrance physique et psychologique. “Son corps et son esprit n’en pouvaient plus, il a choisi de retrouver la paix qu’il ne trouvait plus ici-bas”, dira sa famille.
La Fédération Française de Surf lui rend hommage :
“Un surfeur comme Hugues transmet aux nouvelles générations un surf non formaté, un sport vivant, sans limite dans la créativité.”
Dans un message bouleversant, le free surfeur Fred Compagnon résume le sentiment général : “On ne doit pas l’oublier.”
À Hendaye, à Mundaka, à Bali, les vagues semblent orphelines. Mais son sillage, lui, continue de briller.
Un père, un passeur
Ces dernières années, Hugues Oyarzabal partageait sa passion avec sa fille Kailani. Ils surfaient ensemble, riaient ensemble. Elle avait hérité de son aisance naturelle, de sa curiosité et de cette même énergie solaire. Pour lui, c’était la plus belle de toutes ses victoires.
Dans les vidéos postées sur ses réseaux, on les voit côte à côte, glissant sur des vagues, comme deux miroirs. Cette transmission symbolise l’essence même de son parcours : le surf comme lien, comme héritage, comme refuge.
Une légende à sa manière
Hugues Oyarzabal n’a jamais gagné de titre mondial, mais il a marqué à vie la culture surf. Il a prouvé qu’on pouvait exister sans podium, qu’on pouvait créer sans sponsor, qu’on pouvait vivre du surf sans appartenir à son système.
Il était artiste, inventeur, explorateur, surfeur et père. Un homme habité par la mer, guidé par l’instinct, tiraillé par la vie.
Aujourd’hui encore, ses films circulent sur Vimeo et YouTube. Ils rappellent qu’avant les drones, les caméras 360 et les vlogs de surfeurs, il y avait ce Basque un peu fou qui bricolait dans son garage pour montrer au monde ce qu’il ressentait dans un tube.
Rest in Peace and Lefts
Dans la mémoire du surf, certains noms résonnent comme des évidences. D’autres, comme celui d’Hugues Oyarzabal, reviennent comme des murmures, portés par la houle et la nostalgie. Mais au fond, peu importe la notoriété. Ce qui compte, c’est la trace laissée. Et celle d’Hugues, comme la mousse d’une vague, ne s’effacera jamais tout à fait.
Il était l’un de ces rares surfeurs à rappeler que le surf est un art de vivre avant d’être un sport. Un art d’être libre, d’essayer, de créer, de rêver, de se perdre et de se retrouver.
Les légendes ne meurent pas : elles deviennent des courants. Et dans celui qui relie Hendaye à Desert Point, il y a sans doute encore un peu de WHO.
Imaginez partir en vacances dans les Caraïbes, découvrir le surf pour la première fois… et finir paralysé. Ce scénario absurde, digne d’un film dramatique, est pourtant une réalité pour une poignée de surfeurs dans le monde. Le nom de ce mal encore méconnu : la myélopathie du surfeur. Une affection aussi mystérieuse que dévastatrice, qui a déjà brisé plusieurs vies – de la Guadeloupe à Honolulu, en passant par les Alpes suisses.
Un voyage en Guadeloupe qui tourne au drame
Février 2025. Flavien, 29 ans, s’envole pour la Guadeloupe avec sa compagne et leur fils. Le séjour s’annonce idyllique : mer chaude, soleil, lagons… C’est lors d’une première leçon de surf à Sainte-Anne que tout bascule. Après quelques minutes passées allongé sur sa planche, en position de rame, Flavien ressent une douleur aiguë dans le bas du dos, rapidement suivie de fourmillements, engourdissements, puis une perte de force dans les jambes.
Transporté d’urgence à l’hôpital de Pointe-à-Pitre, le premier diagnostic est flou. Mais un second neurologue évoque une cause rare : un infarctus médullaire, autrement dit un accident vasculaire de la moelle épinière, aussi appelé myélopathie du surfeur.
Le témoignage glaçant de Marc, paralysé à Hawaï
Marc, 22 ans, originaire des Grisons en Suisse, rêvait de surfer les vagues du Pacifique. Deux jours après son arrivée à Hawaï, il ressent la même douleur foudroyante que Flavien. « Je surfais quand soudain, j’ai eu l’impression qu’on m’avait planté un couteau dans le dos », raconte-t-il. Ses jambes lâchent. Il coule. Sauveteurs, ambulance, diagnostic : myélopathie du surfeur.
Les médecins lui annoncent qu’il ne remarchera probablement jamais. Pourtant, après deux ans de rééducation, Marc a retrouvé l’usage partiel de ses jambes :
« Je peux marcher quelques mètres avec des béquilles. J’ai même refait du snowboard. Mais mon rêve, c’est de retourner surfer, sur cette même plage. »
Mais qu’est-ce que la myélopathie du surfeur ?
dentifiée pour la première fois à Hawaï en 2004, la surfer’s myelopathy est une lésion non traumatique de la moelle épinière. Elle est causée par une hyperextension prolongée du dos, typique de la position de rame sur la planche.
En clair : allongé trop longtemps, le surfeur crée une compression qui réduit l’apport sanguin à la moelle. Résultat : une ischémie médullaire, comparable à un mini AVC de la colonne.
Les symptômes à repérer :
Douleur aiguë dans le bas du dos
Fourmillements ou engourdissement dans les jambes
Perte de force musculaire
Troubles urinaires ou intestinaux
Paralysie soudaine
Ce qui rend la maladie perfide, c’est qu’elle survient sans aucun traumatisme. Pas de wipeout, pas de choc contre la planche : tout se passe à l’intérieur du corps.
Ce que dit la science
Une étude japonaise publiée en 2019 décrit le cas d’une jeune femme de 19 ans, débutante, victime de la même pathologie. En seulement une heure, elle passe de simples picotements à la paraplégie. Grâce à une prise en charge rapide (oxygénothérapie, corticoïdes, rééducation), elle a pu remarcher en moins d’un mois.
Les médecins japonais évoquent plusieurs hypothèses :
Compression artérielle (artère d’Adamkiewicz) causée par l’hyperextension.
Compression veineuse ou spasme lié à la manœuvre de Valsalva (inspiration bloquée lors de l’effort).
Embolie fibrocartilagineuse, quand un fragment de disque intervertébral migre dans une artère spinale.
Mais aucune cause unique n’a encore été prouvée.
Une affection rare… mais grave
Peu d’études existent sur cette pathologie. Une revue scientifique coréenne a analysé 3 cas de jeunes hommes (19 à 30 ans), tous débutants en surf. Deux d’entre eux, traités avec des corticoïdes, sont restés paraplégiques malgré des mois de rééducation. Le troisième, soigné par induction d’hypertension pour améliorer la perfusion médullaire, a quasiment récupéré l’usage complet de ses jambes en quelques jours.
Autrement dit, le traitement précoce est essentiel, mais il n’existe aucune prise en charge standardisée. Les pistes incluent :
L’hyperhydratation et l’induction d’une hypertension contrôlée
L’usage de stéroïdes à haute dose (controversé)
L’angiographie spinale en urgence pour identifier une cause vasculaire
Le drainage lombaire pour réduire la pression du liquide céphalorachidien
Une urgence médicale méconnue
En 2016, une revue internationale recensait seulement 64 cas documentés dans le monde. Un chiffre probablement sous-estimé, car de nombreux cas légers passent inaperçus. Les études montrent pourtant que le pronostic dépend entièrement de la rapidité du diagnostic.
Un traitement précoce peut inclure :
Hyperhydratation et induction d’hypertension pour améliorer la perfusion
Corticoïdes à haute dose (usage controversé)
Oxygénothérapie hyperbare
Drainage lombaire pour réduire la pression céphalorachidienne
Les patients traités dans les premières heures ont souvent récupéré partiellement.
Un long combat pour réapprendre à marcher
Pour Flavien, le diagnostic a été confirmé en métropole après une longue errance médicale. Transféré dans un centre de rééducation en Vendée, il a dû tout réapprendre comme un bébé : respirer profondément, ramasser un objet, activer ses muscles. Aujourd’hui, il recommence à bouger sa jambe droite, un peu la gauche. Son objectif est clair : remarcher d’ici décembre.
Il témoigne quotidiennement de son combat dans un carnet de bord, avec l’idée d’en faire un livre. Lui et sa compagne veulent surtout sensibiliser : « Si j’étais resté 5 minutes de plus dans l’eau, je me serais peut-être noyé ».
Une éducation indispensable pour prévenir les cas
L’un des constats partagés par les études scientifiques est limpide : la prévention est la clé. Aux États-Unis, une fondation a créé le sigle SPINE pour sensibiliser les surfeurs :
S : Sit on your board — s’asseoir régulièrement sur sa planche
P : Pace yourself — ne pas rester trop longtemps dans l’eau
I : Insist on a trained instructor — privilégier un moniteur expérimenté
N : Notice symptoms — être attentif aux douleurs ou engourdissements
E : Exit the water — sortir immédiatement si un symptôme apparaît
En France et en Europe, la majorité des moniteurs n’ont jamais entendu parler de ce syndrome. Il serait temps d’intégrer cette information dans les formations de surf, comme cela commence à se faire à Hawaï ou en Corée du Sud.
Peut-on continuer à surfer après une myélopathie ?
Dans les cas les plus graves, la reprise du surf est impossible. Mais certains patients ayant récupéré partiellement ont pu remonter sur une planche, avec prudence. Il est cependant recommandé de consulter un neurologue ou un médecin du sport avant toute reprise, et d’éviter les longues périodes de rame en extension.
Ce que nous dit ce témoignage
L’histoire de Flavien met en lumière une réalité cruelle : un accident invisible peut briser une vie en quelques minutes, sans prévenir. Et pourtant, en informant mieux, en réagissant plus vite, en adaptant l’enseignement du surf, de nombreux cas pourraient être évités ou atténués.
La myélopathie du surfeur n’est pas une fatalité. Mais pour que cela devienne vrai, il faut briser le silence, documenter les cas, et surtout, écouter son corps dès les premiers signes d’alerte.
En résumé : que faut-il retenir ?
La myélopathie du surfeur est une pathologie rare mais grave, liée à un manque d’irrigation de la moelle épinière
Elle touche surtout des surfeurs débutants, souvent lors de leur première session
Les symptômes précoces doivent être pris très au sérieux : douleurs dorsales, fourmillements, faiblesse dans les jambes
Aucun traitement n’est standardisé, mais une prise en charge rapide améliore le pronostic
La prévention par l’éducation des surfeurs et des moniteurs est essentielle
John Peck s’est fatigué de surfer les vagues terrestres. À 81 ans, le pionnier de Pipeline s’est libéré de son corps pour rejoindre les flots cosmiques, là où les houles ne s’arrêtent jamais. On ne pouvait commencer cet article sans une phrase cosmique pour annoncer la disparition de John Peck. Celui qu’on surnommait “The Cosmic Surfer” a tiré sa révérence, laissant derrière lui un héritage immense, entre innovation technique, mysticisme et liberté absolue. Avec sa disparition, c’est une partie du surf originel — celui où l’océan était un temple et la planche une extension de l’âme — qui s’éloigne dans le ressac du temps.
Des racines nomades vers le Pacifique
Né en 1944 à Los Angeles, John Peck grandit au rythme des affectations militaires de son père, pilote de la Navy. De la Virginie au Texas, puis de San Diego à Waikiki, il découvre très tôt que le mouvement est une constante dans sa vie. C’est à Coronado, en Californie, qu’il attrape sa première vague à quinze ans, avant que la famille ne s’installe définitivement à Honolulu.
À 16 ans, il découvre la culture hawaïenne du surf, l’esprit d’Aloha et la puissance des reef breaks. Très vite, son style fluide et instinctif attire l’attention. À la fin des années 1950, il fait déjà partie des jeunes talents prometteurs du North Shore, alors que le surf moderne est encore en train de se construire.
1963 : le jour où John Peck inventa le “pigdog” ou le « grab the rail backside »
Le 1er janvier 1963, sur la côte nord d’Oahu, John Peck entre dans la légende. Pipeline rugit. Ce jour-là, le jeune Californien de 19 ans se jette dans une vague massive et, dans un geste instinctif, il agrippe le rail extérieur de sa planche pour se caler dans le tube. Un mouvement simple, mais révolutionnaire : la naissance du pigdog, cette position mythique qui permet aux surfeurs backside de se caler profondément dans le barrel.
Cette session, immortalisée dans plusieurs films de surf (Angry Sea, Gun Ho!, Walk on the Wet Side), bouleversa à jamais la manière de surfer Pipeline. Le geste de Peck lui valut la couverture de Surfer Magazine et un statut de pionnier incontesté. Comme le résume Matt Warshaw dans son Encyclopedia of Surfing :
“John Peck a spontanément inventé une posture basse, main sur le rail, qui lui permettait de rester haut et serré dans la vague — une révélation pour l’époque.”
Du surf à la spiritualité : l’ère psychédélique
Mais John Peck ne fut pas qu’un surfeur technique. Dans les années 1960, il rejoint la Brotherhood of Eternal Love, une communauté de surfeurs et de hippies californiens prônant une vie guidée par la spiritualité, le yoga et… le LSD. Leur credo : paix, illumination et surf.
Peck, lui, devient une figure de ce mouvement alternatif. Il explore les frontières entre surf et transcendance, entre performance et conscience. Mais cette quête de liberté l’entraîne aussi vers l’excès. Il est arrêté à Maui pour possession de drogue et passe du temps derrière les barreaux.
En 1984, il met un terme à cette dérive. Il abandonne la drogue, l’alcool, et retrouve le surf sous un nouveau jour. Il s’initie au yoga, qu’il pratiquera jusqu’à devenir enseignant. Ses contemporains le décrivent alors comme un homme à l’énergie intense, presque surnaturelle. Certains disent même qu’il affirmait pouvoir léviter.
Le shaper visionnaire
L’influence de John Peck dépasse largement le line-up. Dans les années 60, il conçoit avec Morey-Pope Surfboards le modèle Peck Penetrator : une planche fine, nerveuse, à double stringer et à la dérive innovante. Elle deviendra un symbole de la transition entre le longboard classique et les premiers shortboards de la “révolution du surf” à venir.
Peck est aussi l’un des premiers à expérimenter le nose winged design, un avant de planche effilé conçu pour mieux contrôler les manœuvres de nose riding. Des innovations qui influenceront durablement le design moderne.
Mais au-delà des shapes, Peck incarne surtout une philosophie : celle d’un surf organique, intuitif, spirituel — une manière de danser avec la vague plutôt que de la dominer.
“Brother John”, le mentor
Au fil des années, John Peck devient une sorte de guide, une figure de sagesse dans la communauté surf. Il partage son savoir sur la respiration, le mouvement, la santé et la spiritualité. Parmi ceux qu’il a inspirés, Joel Tudor, qui lui rend aujourd’hui un hommage bouleversant :
“Il a été mon premier professeur de yoga à 18 ans. Il m’a appris l’importance d’une vie équilibrée, du mouvement, de la diète et de la paix intérieure. Il surfait encore à plus de 70 ans, à Hanalei Bay et Newport Point. Tu vas me manquer, John. Puisses-tu surfer à jamais les vagues cosmiques.”
D’autres, comme Wayne Rich ou Jim Hogan, saluent son humanité, sa douceur et sa vision. Tous évoquent un homme qui ne surfait pas seulement des vagues, mais l’existence elle-même.
Un esprit libre jusqu’au bout
John Peck n’a jamais cherché la gloire. Il se méfiait de la médiatisation et préférait la communion silencieuse avec l’océan. Son but n’était pas de gagner des compétitions, mais de comprendre l’énergie des vagues, de ressentir la connexion entre le corps, la planche et l’univers.
Il disait souvent que surfer, c’était “apprendre à danser avec la nature sans la déranger”. Et cette danse, il l’a poursuivie toute sa vie, même dans la vieillesse, mince, bronzé, presque translucide, toujours présent sur les spots au lever du jour.
Au-delà du reef : la vague éternelle
Aujourd’hui, la communauté surf pleure la disparition d’un de ses pionniers les plus singuliers. Mais il serait réducteur de voir en John Peck seulement un surfeur. Il était aussi un philosophe, un chercheur de vérité, un homme en quête d’harmonie.
À travers lui, Pipeline n’était plus seulement un champ de bataille, mais un lieu sacré. Le tube, une métaphore de la vie : sombre, incertain, mais débouchant parfois sur une lumière éclatante.
Alors, au revoir John. Merci pour tes sourires, ta sagesse, tes inventions et ton grain de folie. Puisses-tu maintenant surfer la grande vague cosmique, au-delà du reef, là où la houle ne s’éteint jamais.
Sous le soleil brûlant de Lahaina, là où la mer a tout vu et où le feu a tout pris, un jeune homme surfe à nouveau. Dans sa dernière vidéo REBIRTH, Eli Hanneman revient sur les lieux de son enfance, désormais réduits à un champ de cendres. Il y parle peu, mais chaque image, chaque vague qu’il chevauche dit l’essentiel : la reconstruction, la mémoire et l’amour indéfectible pour une terre meurtrie.
Les flammes de Lahaina et la naissance d’une nouvelle ère
« Ce port, c’est un peu la colonne vertébrale de tout ce coin. J’ai tellement de souvenirs et de moments vécus dans cet endroit minuscule. »Ces mots d’Eli Hanneman résonnent avec gravité. Dans REBIRTH, le surfeur hawaiien rend hommage à Lahaina, sa ville natale détruite par les incendies de 2023. Ce port, ces rues, ces couchers de soleil qu’il évoque, ne sont plus que souvenirs. Mais au milieu de la désolation, le film capte une émotion rare : celle d’un retour à la vie.
Les images alternent entre silence, guitare et houle. Eli glisse sur les vagues comme on traverse un souvenir, avec respect et douceur. Il évoque cette « normalité retrouvée » quand les habitants reviennent à l’eau, comme une respiration après le chaos. REBIRTH n’est pas seulement une vidéo de surf. C’est un poème visuel sur la résilience, un hommage à la communauté hawaiienne, à la mer, et à cette flamme qu’aucun incendie ne peut éteindre.
L’enfant prodige de Maui devenu surfeur accompli
Né le 7 novembre 2002 à Lahaina, sur l’île de Maui, Eli Hanneman a grandi sous les projecteurs. Avant même d’être majeur, il était déjà présenté comme “the next big thing” du surf mondial. Sa précocité fascine : technique, contrôle, aisance aérienne… tout semble naturel.
En 2017, il termine 2e du Pipe Junior Pro, battant des jeunes surfeurs hawaïens déjà redoutés comme Finn McGill et Cody Young. Deux ans plus tard, il signe une 3e place au Red Bull Airborne de Bali, face aux meilleurs spécialistes des manœuvres aériennes.
La suite de sa carrière se construit entre défis et maturité. En 2020, il se distingue au WSL QS Air Tahiti Rangiroa Pro (2e place). En 2022, il triomphe à domicile au Priority Pro Hawaii et décroche une 3e place au World Junior Championships. À seulement 20 ans, Eli s’impose comme un surfeur complet, aussi à l’aise dans les airs que dans les tubes.
Le style Hanneman : entre feu et fluidité
Eli Hanneman, c’est un mélange d’explosivité et de style. Sa signature : des rotations aériennes à haute vitesse, enchaînées avec une précision chirurgicale. C’est un mélange de Italo Ferreira et d’un John John Florence, avec un petit gabarit.
Mais au-delà de la technique, Eli impressionne par sa lucidité. Son surf n’est jamais forcé. Il lit la vague comme un musicien lit une partition. Dans REBIRTH, cette dimension est omniprésente : on sent qu’il ne surfe pas pour la gloire, mais par passion pour les vagues et l’océan.
« J’aimerais beaucoup être le surfeur préféré d’un gamin. », disait-il à ses débuts. Aujourd’hui, à 22 ans, il incarne ce rêve : celui d’un surfeur humble, passionné, qui avance sans artifice.
En route vers le CT : la quête de sens et de gloire
Après des années à gravir les échelons, Eli Hanneman s’est imposé comme l’un des leaders du Challenger Series 2025. Sa victoire au US Open of Surfing en 2023 l’a propulsé parmi les grands espoirs du surf mondial. Il ne cache plus son objectif : intégrer le Championship Tour (CT) et, un jour, viser le titre mondial.
Mais dans son cas, la quête dépasse les résultats. REBIRTH en témoigne : le surf est devenu pour lui un acte de transmission. Il surfe pour son île, pour sa communauté, pour cette jeunesse de Maui qui grandit dans les cendres mais garde les yeux tournés vers l’horizon.
Lahaina renaîtra, et avec elle, Eli Hanneman.
Un symbole de renaissance pour Hawaii
Dans une époque où les vidéos de surf s’enchaînent à la vitesse des stories, REBIRTH se distingue par sa profondeur. Eli n’a pas besoin de commenter chaque manœuvre : il laisse les images parler. La bande-son bluesy (original pour un clip de surf), la lumière dorée du Pacifique et ses rides solitaires sur une eau d’huile traduisent un message simple : le surf peut guérir.
À 22 ans, Eli Hanneman n’est plus “l’enfant prodige” qu’on observait avec curiosité. Il est devenu un homme, un protagoniste dans l’eau, un témoin de la résilience de son peuple. Et si REBIRTH marque sa renaissance, c’est peut-être aussi celle du surf hawaiien à Maui, entre tradition, humilité et renouveau.
Eli Hanneman n’a pas seulement grandi sur les vagues de Maui. Il a appris à se relever, à transformer la perte en énergie, la douleur en beauté. Dans chaque tube, on retrouve un peu de Lahaina. Et dans chaque sourire, la promesse que rien n’est jamais perdu tant qu’on peut encore surfer.
C’est une tragédie qui bouleverse la communauté du surf à Rincón, sur la côte ouest de Porto Rico. Robert “Bobby” Oldsman, surfeur américain de 72 ans originaire du Massachusetts, est décédé lundi 20 octobre alors qu’il surfait à Tres Palmas, spot mythique connu pour ses houles massives. Selon les premiers rapports, il aurait été violemment heurté à la tête par sa planche avant de perdre connaissance.
Les conditions étaient extrêmes ce jour-là. Le National Weather Service avait émis une alerte pour des vagues atteignant 10 à 15 pieds, soit plus de quatre mètres. Malgré ces avertissements, les surfeurs les plus aguerris de Rincón étaient nombreux à l’eau pour profiter de cette rare houle venue du nord.
“Malheureusement, personne n’était assez proche pour lui porter secours à temps”, a déclaré la météorologue portoricaine Ada Monzón, relayée par la chaîne NotiCentro. “Greg Carson a tenté de le rejoindre après avoir entendu des appels à l’aide, mais il était déjà trop tard.”
Transporté vers un hôpital local, Robert Oldsman a été déclaré mort à son arrivée.
Un passionné de surf jusqu’à la fin
Bobby Oldsman n’était pas un touriste de passage. Installé six mois par an à Porto Rico, il passait ses hivers à Rincón pour surfer les grosses houles de l’Atlantique, avant de retourner dans le Massachusetts où il gérait un service traiteur sur Cape Cod. Connus de tous les locaux, ses cheveux argentés et son sourire constant faisaient partie du paysage de Tres Palmas. “Il était toujours là quand les vagues grossissaient”, a confié un surfeur local sur les réseaux sociaux.
Dans les hommages qui ont suivi son décès, un ami a cité une réplique culte de Point Break :
“Si tu veux l’ultime, tu dois être prêt à payer le prix ultime. Ce n’est pas tragique de mourir en faisant ce que tu aimes.”
Tres Palmas, un spot réservé aux experts
Surnommée le “Sunset Beach portoricain”, Tres Palmas est une vague puissante qui ne fonctionne que lors des très grosses houles hivernales. Le reef est profond, mais les séries peuvent être trompeuses : un “set surprise” peut soudainement balayer le line-up. C’est un lieu qui inspire le respect, où chaque surfeur sait que la marge d’erreur est minime.
La mort de Bobby Oldsman rappelle à tous la violence des éléments et la fragilité du corps, même après des décennies d’expérience. Mais elle rappelle aussi quelque chose de beau : à 72 ans, il surfait encore des vagues de plus de quatre mètres !!!! et vivait encore pleinement sa passion, avec cette flamme que seuls les amoureux de l’océan comprennent.
Le North Shore d’Oahu vient à peine de s’éveiller que la saison d’hiver a déjà fait sa première victime. Jamie Mitchell, légende australienne du surf de gros, s’est violemment blessé au visage après avoir pris sa propre planche en pleine tête, lors d’une session sur l’un de ses spots fétiches d’Hawaï.
Un départ de saison brutal
Quelques jours après les premiers gros swells de la saison, Pipeline, Ke Iki ou encore Shark’s Cove ont déjà offert leur lot de tubes, de chutes et d’adrénaline. Mais cette fois, c’est l’un des chargeurs les plus respectés du North Shore qui a payé le prix fort. Mitchell, 48 ans, surfait sur une planche de 9’10″ lorsqu’une série imprévisible a tout fait basculer. Propulsé sous l’eau, il a pris la dérive de sa planche de surf de plein fouet, “à quelques millimètres de la jugulaire”, selon ses propres mots.
Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, il apparaît le visage recouvert de bandages, la voix encore tremblante :
“J’ai eu une matinée un peu compliquée… J’ai pris ma 9’10” en pleine figure. Dix-huit agrafes à l’arrière de la tête, quinze points de suture dans la gorge, cinq sur la pommette, et quelques autres un peu partout. Mais je vais bien. C’est fou comme tout peut basculer quand tu t’y attends le moins.”
ATTENTION LES IMAGES CI-DESSOUS SONT IMPRESSIONNANTES
Les images, difficilement soutenables, montrent la coupure profonde sur la joue et le cou du surfeur. Une plaie si proche des veines vitales qu’il aurait pu y laisser sa vie. “Un coup de dérive près de la jugulaire”. Malgré la gravité du choc, Jamie a gardé son calme légendaire et son humour typique : “Je suis vivant, endolori, mais déjà en train de penser à la prochaine houle”, a-t-il plaisanté en story.
La communauté surf a immédiatement réagi : des messages de soutien ont afflué de tous les horizons — de Kelly Slater à Billy Kemper en passant par Mark Healey — saluant la résilience d’un homme qui a toujours repoussé ses limites sans jamais tricher avec la mer.
Une figure du surf de gros
Jamie Mitchell n’est pas un inconnu sur le North Shore. Double champion du monde de paddleboard, multiple vainqueur de la course épique Molokai 2 Oahu, il s’est ensuite imposé parmi les meilleurs surfeurs de gros de la planète. Que ce soit à Jaws, Nazaré ou Waimea, l’Australien s’est forgé une réputation de guerrier silencieux, capable de dompter les montagnes d’eau les plus intimidantes sans esbroufe ni ego surdimensionné. On se souvient tous de son drop à Belharra en France.
Ce nouvel accident rappelle que même pour les surfeurs les plus aguerris, la ligne entre maîtrise et drame reste infime. Quelques centimètres de plus, et le surf aurait perdu l’un de ses héros les plus respectés.
Une leçon d’humilité
“C’est dans ces moments-là que tu réalises à quel point tout peut s’arrêter vite”, a-t-il confié depuis l’hôpital d’Honolulu. Le North Shore est souvent décrit comme le théâtre de la gloire, mais aussi de la douleur. Chaque hiver, il remet les compteurs à zéro, testant la foi et le courage de ceux qui osent s’y frotter.
Jamie Mitchell, lui, compte bien revenir à l’eau — une fois ses 18 agrafes et ses 30 points de suture retirés. Parce qu’on ne tourne pas le dos à l’océan quand il fait partie de votre ADN.
Pedro Henrique Mota Vianna, plus connu sous le nom de Pedro “Scooby”, est né le 10 août 1988 à Rio de Janeiro. Pour beaucoup, il incarne à lui seul une certaine idée du surf brésilien : libre, excessif, charismatique et profondément humain. S’il n’est pas le plus titré des surfeurs de son pays, il en est sans doute l’un des plus authentiques, un de ceux qui ont choisi la voie la plus risquée : celle du freesurf et des vagues XXL.
Son premier contact avec la mer, c’est son père qui le lui offre, quand il a à peine cinq ans. Pourtant, son enfance ne ressemble pas à une carte postale de Rio. Son père est arrêté alors qu’il est encore enfant ; la responsabilité du foyer tombe sur ses épaules trop jeunes. « Tout aurait pu mal tourner, mais le surf m’a sauvé », racontera-t-il plus tard.
De Barra da Tijuca aux premiers sponsors
C’est à 11 ans que Scooby reprend le surf après plusieurs années loin de la plage. Très vite, il montre un talent instinctif, un goût du risque et une créativité hors norme. À 13 ans, il s’amuse déjà à tenter des aerials improbables — parfois même sans combinaison… ni maillot.
À 15 ans, il décroche son premier sponsor, une marque californienne séduite par son style explosif. Deux ans plus tard, il devient le premier Brésilien signé par Nike, un symbole fort dans un pays encore peu représenté sur la scène mondiale.
Mais Pedro ne veut pas du circuit classique. Il choisit une autre voie : celle du freesurf, des sessions sauvages, des voyages, de la recherche du moment parfait plutôt que du score parfait. Une décision rare à l’époque, mais qui définira toute sa carrière.
L’appel des vagues géantes
C’est au tournant des années 2010 que Pedro Scooby se rapproche du monde des grosses vagues. À Puerto Escondido, au Mexique, il se jette dans un swell monstrueux avec une planche empruntée. Résultat : l’une des vagues de la journée et une réputation qui explose.
En août 2011, alors qu’il est en lune de miel à Bora Bora, il demande à sa femme la permission de filer à Tahiti pour une raison que seuls les surfeurs peuvent comprendre : le Code Red d’un swell approche. À Teahupo’o, il se distingue avec une planche trop petite et une audace démesurée. Ce jour-là, le monde du surf XXL découvre vraiment Pedro Scooby.
Mais la route des chargeurs est toujours bordée de risques. En 2019 à Nazaré, il vit l’une des pires frayeurs de sa vie : percuté par sa planche, il est maintenu sous l’eau par plusieurs vagues. Il perd la vision pendant quelques secondes, mais reste conscient. « Je ne voulais pas y aller ce jour-là. Il pleuvait, le vent était mauvais… Et pourtant, j’y suis allé. C’est la vie que j’ai choisie. » Un touriste lui viendra en aide sur la plage. Scooby s’en sort indemne, mais profondément transformé.
Trois ans plus tard, en 2024, il revient à Nazaré en équipe avec Lucas “Chumbo” Chianca, et les deux Brésiliens remportent le Nazaré Big Wave Challenge. Une revanche sur le destin, et une consécration pour celui qu’on avait déjà surnommé le “fou du surf”.
L’icône du freesurf brésilien
Pedro Scooby, c’est un style à part : goofy-footer, toujours engagé, souvent imprévisible, parfois borderline. Il surfe avec le cœur, avec les tripes. Il se moque du format, des juges, des codes. Ce qu’il cherche, c’est la sensation pure — celle d’une vague qui peut tout lui prendre.
Élu meilleur freesurfer de l’année 2012 par le magazine Alma Surf, et lauréat du meilleur tube de l’année pour un ride historique à Teahupo’o, il devient rapidement une figure de la scène alternative.
En 2014, il apparaît dans la série Pedro Vai Pro Mar sur Canal OFF. L’année suivante, Nike produit une bande dessinée à son effigie, De Volta à Rotina (“De retour à la routine”), une première dans l’histoire du surf brésilien.
Entre célébrité et authenticité
Mais Scooby ne se résume pas à un surfeur. Il est aussi une personnalité publique, un phénomène médiatique. En 2016, il participe à l’émission Saltibum (plongeon acrobatique), puis à Exathlon Brasil en 2017, où il termine deuxième. En 2022, il entre dans la maison du Big Brother Brasil, et termine cinquième après 95 jours de confinement — la plus longue période de sa vie loin de la mer.
Cette notoriété dépasse le surf. Publicités, campagnes de mode, plateaux télé… Pedro Vianna devient une icône populaire au Brésil, sans jamais renier ses racines océaniques.
Il agace autant qu’il fascine. Pour certains, il symbolise l’excès ; pour d’autres, il incarne une liberté rare. Mais dans le line-up, personne ne doute de son engagement. Scooby reste un vrai surfeur, un chargeur capable de tout donner dans un tube à Nazaré ou dans une gauche mexicaine.
Un surfeur, un père, un homme libre
Côté personnel, Scooby a toujours vécu à fond. En 2013, il épouse la comédienne Luana Piovani, avec qui il a trois enfants : Dom, Bem et Liz. Le couple se sépare en 2019. Quelques mois plus tard, il vit une relation médiatisée avec la chanteuse Anitta, avant d’épouser la mannequin Cintia Dicker en 2020. Ensemble, ils accueillent une fille, Aurora, en 2022.
Derrière le buzz, il y a un homme profondément attaché à sa famille et à ses valeurs. Il revendique une éducation spirituelle, une approche détachée du matériel et une philosophie simple : vivre intensément, sans peur.
L’entrepreneur du surf moderne
Aujourd’hui, Pedro Scooby ne se contente plus de charger des vagues géantes. Installé entre Rio et Lisbonne, il investit dans l’immobilier, les cosmétiques, les NFT, la crypto et même l’eau en canette. Son patrimoine est estimé à près de 4 millions de dollars. Loin du cliché du surfeur fauché, il incarne une nouvelle génération de riders-entrepreneurs, capables de transformer leur notoriété en projets durables.
Il continue aussi d’apparaître dans des documentaires, des clips, et même dans des chansons : O Surfista e o Sambista, écrite par Rogê et Arlindo Cruz, lui rend hommage — preuve que Scooby a dépassé les frontières du surf pour devenir un symbole de la culture populaire brésilienne.
L’héritage d’un surfeur sans peur
Pedro Scooby n’a jamais gagné de titre mondial. Il n’en a jamais vraiment voulu. Sa victoire, c’est d’avoir inspiré toute une génération de surfeurs à vivre le surf autrement : comme un art, une manière de respirer, de tout risquer sans calculer.
Son surnom, “Scooby”, vient d’un dessin animé, mais il aurait tout aussi bien pu venir de la culture punk ou du fado portugais. C’est un homme à contre-courant, imprévisible, sincère. Dans un monde où tout se mesure, il reste l’un des rares à vivre sans chronomètre.
« Je suis un mélange de rock star et de moine zen », aime-t-il dire. Et c’est sans doute cette contradiction qui fait de Pedro Scooby un personnage unique du surf mondial, un symbole du Brésil qui ne lâche jamais — même quand la vague semble trop grosse.
Quand on pense à Makua Rothman, on imagine la puissance brute. Le genre de surfeur qui regarde Jaws droit dans les yeux sans broncher. Champion du monde de grosses vagues en 2015, héritier du légendaire Eddie Rothman et figure respectée du North Shore, Makua incarne depuis toujours le respect, le courage, mais aussi la peur et le localisme hawaïen. Mais derrière cette image d’acier, il y avait une faille. Une descente aux enfers silencieuse, nourrie par la honte, la culpabilité et des pilules qu’il n’aurait jamais dû toucher.
“Je prenais des cachets, sans douleur, juste pour me sentir bien”
Dans un épisode du podcast Good Humans de Cooper Chapman, Makua a brisé le silence. “Entre 2015 et 2018, j’ai complètement déraillé”, raconte-t-il. “Je prenais des pilules… Je faisais n’importe quoi. J’étais champion du monde, mais j’étais brisé à l’intérieur.”
Il parle sans détour d’oxycodone, un antidouleur à base d’opiacés devenu fléau aux États-Unis. “Le pire, c’est que je n’avais même pas mal. Je n’avais aucune blessure. C’était juste le shoot de dopamine qui me faisait oublier les choses que je détestais en moi.”
L’alcool, la coke, les soirées sans fin : tout servait à masquer une souffrance mentale qu’il refusait d’affronter. “Les pilules n’étaient pas le vrai problème. Le vrai problème, c’était moi. Je n’étais pas assez courageux pour faire face à mes démons.”
La drogue au line-up : “Je sniffais dans le chenal de Jaws”
Le moment le plus glaçant ? Quand Makua avoue avoir consommé directement dans l’eau, sur l’un des spots les plus dangereux de la planète. “Je suis chanceux d’être encore en vie”, dit-il. “Je sortais à Jaws avec des cachets, je les écrasais, je sniffais, et je repartais à l’eau. J’étais complètement ailleurs.”
Imaginer un surfeur en plein trip, sur une vague de 15 mètres, suffit à donner des frissons. Pourtant, c’est bien ce qu’il vivait : une double tempête, celle de l’océan et celle de sa tête.
“Je voulais juste revivre. Redevenir Makua.”
Tout a changé lorsqu’il a touché le fond. “Un jour, j’ai dit stop. J’étais prêt à mourir, ou à renaître. Et j’ai choisi de vivre.” Makua Rothman s’est reconstruit, petit à petit. Par le surf, la musique, la famille, la foi aussi. Aujourd’hui, il parle de santé mentale sans détour, pour briser le tabou chez les athlètes — et surtout dans le monde du surf, où la vulnérabilité reste un mot difficile à prononcer.
“Je suis fier de mon parcours, parce que beaucoup n’en reviennent pas. Moi, j’ai eu la chance d’en sortir.”
Un message fort pour toute une génération
Makua n’est plus seulement un big wave rider. C’est un survivant, un père, un exemple de transparence dans un milieu souvent trop silencieux sur ses blessures invisibles. Entre deux sessions à Waimea, il continue de chanter, d’aider, de parler, avec cette même intensité qu’il met dans chacune de ses vagues.
Et quand on lui demande s’il regrette, il sourit : “Non. Parce que sans ces erreurs, je ne serais pas l’homme que je suis devenu.”
Il pensait vivre une simple session à Rocky Point, sur le North Shore d’Oahu. Mais, pour Carlos Muñoz, surfeur pro costaricien respecté sur le circuit international, la session a viré à la mauvaise série : celle de la violence, du localisme et de la bêtise humaine.
Une vague, une collision, et l’étincelle
Tout commence comme une scène banale dans l’océan le plus convoité du monde. Rocky Point, spot mythique d’Oahu, déroule ses droites et gauches nerveuses. Carlos rame sur une vague, un autre surfeur se jette dedans, les trajectoires se croisent, et crac, collision. L’homme blond qui a taxé hurle un « f***ing tourist » bien senti. Muñoz, calme, mais pas soumis, lui répond :
« Je suis un touriste, ok, mais c’était ma vague. » Erreur. Le mot “tourist” à Hawaii, c’est parfois comme dire “je ne t’appartiens pas” dans un bar de bikers.
“Tu n’as pas la tête d’un local”
L’autre insiste : “Je suis local.” Et là, Carlos lâche une phrase anodine, mais qui, mal interprétée, va mettre le feu au line-up :
“Tu ne ressembles pas à un local.” Lui qui explique aujourd’hui qu’il ne voulait pas vexer, que son anglais imparfait a sans doute amplifié le malentendu… Trop tard.
Le retour sur la plage : neuf contre un
Il reste pourtant à l’eau. Une heure et demie, tranquille, en se disant que le calme va revenir. Mais à son retour sur la plage, c’est un autre scénario : huit ou neuf types l’attendent, les bras croisés, le regard froid. Le blond de tout à l’heure est là, gonflé à bloc, encouragé par ses potes à régler “le problème”. Le premier coup part, Carlos esquive. Le deuxième, il encaisse volontairement.
“J’ai pris un coup dans la mâchoire, ça allait. Je ne voulais pas me battre.” Mais les gars en veulent plus. Ils veulent sa planche.
“Pas celle-là, elle est spéciale”
La planche qu’il tient, c’est sa préférée. Celle qui l’a accompagné dans ses meilleures sessions. Alors, il tente une négociation de surfeur pacifiste :
“Prenez-en une autre, j’en ai à la maison.” Le groupe le suit jusque chez lui. Là, il tend une vieille board. Le geste apaise la tension, les mecs repartent avec leur trophée dérisoire.
Le localisme, une maladie mondiale
Dans son récit, Carlos Muñoz ne crache pas sur Hawaii. Il parle d’un phénomène global. De ce virus du surf qu’on appelle le localisme, cette illusion de possession qui transforme des passionnés de glisse en gardiens de territoire.
“Ça m’est arrivé aussi au Mexique”, raconte-t-il. “Certains croient protéger leur spot, mais ils détruisent juste l’esprit du surf.”
L’océan n’appartient à personne
Le plus amer dans l’histoire, c’est cette contradiction : le surf, né de la liberté, de la communion avec l’océan, devient parfois un espace de domination et d’exclusion. Carlos, lui, préfère relativiser : il continue de voyager, de surfer, de partager sa passion. Mais son expérience rappelle une vérité simple : les vagues ne sont la propriété de personne. Et qu’à force de vouloir jouer les seigneurs du line-up, certains finissent par oublier l’essence même du surf : la joie pure de glisser.
C’est fait ! À seulement 14 ans, Tya Zebrowski devient la plus jeune surfeuse de l’histoire à se qualifier pour le World Championship Tour (CT). La Française a validé sa qualification ce vendredi 11 octobre au Banco do Brasil Saquarema Pro, après avoir remporté sa série du Round of 48 dans les vagues exigeantes d’Itaúna.
Une qualification historique pour le surf français
Il suffisait à Tya de passer une série pour rendre sa qualification mathématiquement officielle. Mission accomplie. Opposée à la Tahitienne Kiara Gold, à l’Australienne Jahly Stokes et à la Brésilienne Sophia Gonçalves, la jeune tricolore a dominé le heat avec un total de 11,67 points, notamment grâce à une gauche notée 6,50.
Dans un line-up difficile, marqué par un fort backwash et des vagues piégeuses, Tya a fait preuve d’un calme et d’une maturité impressionnants.
“Elle surfe comme une vétérane du Tour”, commentaient les speakers de la WSL, bluffés par la précision et la puissance de ses manœuvres.
L’éclosion d’un talent précoce
En quelques mois, Tya Zebrowski a bouleversé la hiérarchie mondiale du surf féminin. Numéro 1 du classement des Challenger Series 2025, elle a cumulé 28 630 points sur quatre étapes — soit l’un des meilleurs bilans de l’histoire récente du circuit. Avec une victoire à Ericeira, un deuxième, un troisième et un cinquième place, la Française a construit une saison quasi parfaite.
Sa progression constante, son surf engagé et son style déjà abouti ont fait d’elle une figure incontournable du renouveau du surf européen.
Une génération dorée : Kauli Vaast dans la même dynamique
La réussite de Tya coïncide avec celle d’un autre Français : Kauli Vaast, actuel leader du classement masculin. Le Tahitien, vainqueur lui aussi à Ericeira, peut à son tour valider sa qualification dès ce week-end.
Une double montée française sur le Tour d’élite, du jamais vu, qui marquerait un tournant historique pour le surf tricolore.
La suite : viser la victoire à Saquarema
Désormais qualifiée pour le CT 2026, Tya peut surfer sans pression sur le reste du Saquarema Pro. Mais connaissant son mental, il serait surprenant de la voir s’arrêter là. Prochaine étape : le Round of 32, où elle cherchera à prolonger sa dynamique face aux meilleures. La jeune surfeuse doit viser également de remporter le classement Challenger Séries, histoire de marquer un peu plus l’histoire de son empreinte. Avec Tya Zebrowski, on tient peut-être une chance d’avoir un(e) surfeur/surfeuse championne du monde WSL.
Le genre d’histoire qu’on ne trouve qu’en Australie
Mardi 7 octobre 2025, sur Kangaroo Island, au sud de l’Australie, un surfeur d’une cinquantaine d’années s’est fait attaquer deux fois par un requin Cuivre (bronze whaler). Jusqu’ici, rien d’inédit sous les tropiques… sauf que l’homme a rejoint la plage, plié sa planche, et conduit lui-même jusqu’à l’hôpital, sérieusement blessé à la jambe. Les médecins ont confirmé : blessures graves, mais pronostic vital non engagé. Un scénario digne de Mad Max… mais version surf.
“Le phoque m’a balancé”
Selon Shark Watch South Australia, le requin poursuivait un phoque à travers la baie de D’Estrees, sur le spot ironiquement nommé The Sewer (“l’égout”). Et c’est là que la scène devient cartoonesque :
“Un phoque a utilisé le surfeur comme leurre pour échapper au requin”, rapporte l’organisation. Résultat : deux morsures, une planche entamée, et un phoque qui repart libre comme l’air. Pas sûr que les relations interespèces s’en remettent.
Le témoin du hasard absolu
Ce jour-là, un visiteur, Jon Souter, se promenait avec sa famille sur les falaises de Kangaroo Island. Ils n’avaient “pas vu un seul être humain depuis des heures”, quand soudain, le hasard du siècle : deux silhouettes à l’eau, un phoque qui file, et derrière… un aileron. Souter sort son téléphone, filme le phoque qui passe entre les surfeurs — juste avant que le requin ne frappe.
“J’ai vu la queue du requin fouetter l’eau, et là j’ai compris qu’il y avait un surfeur au mauvais endroit au mauvais moment.”
Le tout sur un spot désert, perdu entre les falaises et le grand Sud. Pas d’autre témoin que quelques mouettes et… un smartphone.
“C’était comme être percuté par un camion”
Le surfeur, prénommé Lee, a raconté plus tard aux policiers que l’impact l’avait projeté hors de sa planche :
“C’était comme être frappé par un camion. Il m’a mordu le dos, la fesse et le coude avant de disparaître.”
Un témoignage aussi sec que son humour local. Et pourtant, le calme olympien. En regagnant la plage, Lee croise la famille Souter — qui, par miracle, avait une trousse de secours. Encore plus fort : l’autre surfeur à l’eau était médecin. Pas de panique : bandage, compresses, un peu de sang, beaucoup de sang-froid.
“Le docteur a vérifié que ce n’était pas une artère, on a bandé la jambe, et Lee était surtout inquiet pour sa planche,” raconte Souter. “Il demandait où était son matériel, pendant qu’on nettoyait la plaie.”
Toujours aller surfer avec un médecin
Après quelques minutes d’impro de secourisme, le docteur-surfeur embarque son ami blessé, et les deux partent direction Kingscote, à 40 minutes de route. Pas d’hélico, pas d’ambulance. Juste un surfeur mordu deux fois, au volant de sa propre voiture, direction l’hôpital. Le lendemain matin ? Lee va bien. Il poste même une photo, un flat white à la main. “Il est très reconnaissant pour les soins reçus,” confirme son employeur, Craig Wickham, qui ajoute qu’il “a eu une sacrée chance”.
Moralité du jour, selon Souter :
“Always go surfing with a doctor.” Toujours aller surfer avec un médecin. Pas idiot, vu le menu local.
Le spot “The Sewer” : pas vraiment une piscine
Ironie du sort, The Sewer doit son nom à une vieille légende locale : les tubes y “te recrachent comme une merde”, dixit les surfeurs des années 60. Le coin, paradisiaque en apparence, est aussi fréquenté par une forte population de phoques et lions de mer, autrement dit… le buffet préféré des requins. Ce n’est d’ailleurs pas la première attaque dans la zone : un surfeur y avait déjà été croqué par un grand blanc il y a cinq ans.
Les requins Cuivre, pas si gentils qu’ils en ont l’air
Moins célèbres que leurs cousins blancs, les requins Cuivre sont pourtant responsables d’une quinzaine d’attaques recensées depuis 1962, dont une mortelle. Ils peuvent mesurer jusqu’à 3 mètres et attaquent surtout par erreur — ou, comme ici, sous la mauvaise influence d’un phoque manipulateur.
Et après ?
Aujourd’hui, Lee se remet, les points de suture en place et le sourire en coin.
Après avoir aidé le surfeur, la famille Souter a d’ailleurs repris sa balade, pique-nique au soleil et glace au miel à la main. Parce qu’en Australie, même après une attaque de requin, la journée continue.
“C’était un moment extraordinaire de timing,” conclut Jon Souter. “On n’avait vu personne depuis des heures, et puis… ce truc-là est arrivé.”
Un phoque qui balance, un requin distrait, un surfeur stoïque, un médecin providentiel, et un café au lait en guise de happy end. Bref : une journée typiquement australienne.
PS: photo non contractuelle, on sait, ce n’est pas un requin Cuivre en photo…
Ilima Kalama, l’âme de l’océan s’est éteinte à 82 ans
Le monde du surf pleure l’un de ses plus grands esprits de l’océan. Ilima Kalama, légendaire waterman hawaïen et père du surfeur et pionnier du tow-in Dave Kalama, est décédé à l’âge de 82 ans. Figure respectée autant pour sa force tranquille que pour son humilité, Ilima laisse derrière lui un héritage immense, empreint de respect pour la mer, la culture hawaïenne et la transmission d’un savoir ancestral.
Un pionnier entre Hawaï et la Californie
Né à Honolulu, Ilima Kalama appartient à une lignée de watermen dont la réputation traverse les générations. Son père, Noah, fut l’un des premiers à introduire la pratique de la pirogue hawaïenne (outrigger canoe) sur la côte ouest des États-Unis après avoir déménagé la famille à Newport Beach à la fin des années 1950.
Rapidement, le jeune Ilima s’impose sur les plages de Huntington et Newport. En 1962, il remporte les United States Surfing Championships, l’une des compétitions les plus prestigieuses de l’époque. Sponsorisé par Hobie et Hang Ten, il devient une icône de la culture surf naissante, incarnant l’esprit d’aventure, de liberté et de respect de la nature.
Mais Ilima n’était pas seulement un surfeur. C’était un waterman complet : plongeur, rameur, sauveteur, explorateur. Il vivait la mer dans toutes ses dimensions, au-delà du sport, comme une philosophie.
Le miraculé du Cortes Bank
Dans les années 1970, Ilima participe à une série d’expéditions sur la vague mystérieuse Cortes Bank, un haut-fond perdu au large de la Californie, aujourd’hui célèbre pour ses vagues géantes. C’est là qu’il frôle la mort : lors d’une plongée en apnée, son bateau coule en pleine nuit, à des dizaines de kilomètres de toute terre.
Pendant des heures, Ilima et son compagnon de plongée dérivent dans une eau glacée, à la merci de l’océan. “J’ai pensé à ma famille, à ma mère disparue. J’ai prié, et j’ai senti sa présence. C’est comme si elle me disait de tenir bon.” Miraculeusement sauvés par un pêcheur, les deux hommes s’en sortent. Quelques semaines plus tard, Ilima retournera plonger sur le même site, incapable d’ignorer l’appel de l’océan.
Cette expérience, racontée dans le livre Ghost Wave de Chris Dixon, résume à elle seule la vie de Kalama : le courage, la foi et le respect de la mer.
La transmission d’un héritage
Ilima Kalama a transmis sa passion et ses valeurs à son fils Dave Kalama, devenu l’un des watermen les plus respectés au monde. Dave est notamment connu pour avoir, aux côtés de Laird Hamilton, Darrick Doerner et Buzzy Kerbox, inventé le tow-in surfing – cette pratique qui a révolutionné le surf de grosses vagues en permettant de surfer des vagues inaccessibles.
Chez les Kalama, la mer n’est pas un simple terrain de jeu. Elle est un maître exigeant, un miroir spirituel. “Mon père m’a appris à écouter l’océan”, dira souvent Dave. “À ne jamais le défier, mais à danser avec lui.”
Une légende honorée de son vivant
En août 2024, Ilima Kalama était intrônisé au Surfers’ Hall of Fame à Huntington Beach. Ses empreintes de mains et de pieds, désormais figées dans le ciment, rejoignent celles des plus grands noms du surf. Un hommage mérité pour un homme dont la vie a incarné, mieux que quiconque, l’essence même du surf : l’humilité face à la nature, la transmission et la gratitude.
Dans son dernier témoignage, Ilima confiait :
“J’ai fait des erreurs, mais la mer m’a toujours pardonné. Je la respecte, je la remercie, et je lui rends tout ce que je peux. Mahalo Ke Akua — merci à Dieu.”
Un aloha éternel
Ilima Kalama s’en est allé comme il a vécu : avec dignité, gratitude et sérénité. Son esprit continue de flotter sur les vagues d’Hawaï, là où tout a commencé. Pour tous les surfeurs, il restera un exemple éternel de ce que signifie être un véritable waterman.
À 31 ans, le cadet de la fratrie Florence n’a jamais autant pesé sur le surf de gros. Et la signature toute fraîche chez Red Bull ouvre un nouveau chapitre XXL à une carrière déjà riche en tubes en tout genre, en wipeouts pédagogiques et en vidéos YouTube qui cartonnent.
Bio express
Nom : Nathan Florence
Naissance : 10 juin 1994, O‘ahu (Hawaii) — 31 ans.
Nate a grandi dans le vortex du North Shore et s’est forgé une identité loin des circuits pro : charger les plus grosses houles, expliquer les risques, partager la progression (et les gamelles) avec une sincérité rare. En 2018, il décroche le Surfline Wave of the Winter ; en 2019, il remporte Red Bull Cape Fear à Shipstern Bluff (sa première grande victoire), avec un 9,33 en finale.
Blessure, retour et consécration
En 2023, une chute à Jaws lui provoque une fracture par compression lombaire. Il revient plus fort, enchaîne une saison monstrueuse et est élu Stab Surfer of the Year 2023 (meilleur surfeur de l’année). En 2024, il reste au top du débat — John John remportant l’édition 2024, Nate figurant tout en haut des votes.
Architecte de sa propre audience
Le vrai “game changer” : sa chaîne YouTube (≈ 518k abonnés, +600 vidéos), vitrine d’un surf engagé et immersif qui documente chaque mission — du barrel fest de J-Bay aux sessions XXL dans le reste du monde. Il l’assume : “si tu ne construis pas ton audience, tu es mort.”
Sponsors : de Vans à FLORENCE… puis Red Bull
2024 : Nate quitte Vans pour rejoindre FLORENCE (la marque familiale) — un virage stratégique qui officialise l’indépendance du clan. Ivan suivra ensuite.
FCS : ailerons big wave signature depuis 2021.
2025 : Red Bull signe Nate pour deux ans. Le deal inclut accès aux performance centers (tests, imagerie médicale), logistique globale (jet-skis partout, gros projets) et un co-branding de casquette avec FLORENCE. Nate parle d’idées “plus grandes que nature”… jusqu’aux slabs antarctiques en hélico.
Ce que change Red Bull (concrètement)
Capacité d’exécution : feux verts pour des expéditions lourdes (froid, éloignement, sécurité).
Performance & santé : monitoring scientifique pour durer dans l’ultra-gros.
Narration : plus de moyens visuels pour sa série “slab tour”, tout en gardant le rythme hebdo sur YouTube (Nate l’a confirmé via ses contenus).
Repères chronologiques
2018 — Surfline Wave of the Winter.
2019 — Victoire Red Bull Cape Fear (Shipstern Bluff, Tasmanie).
2023 — Blessure au dos (Jaws) puis Stab Surfer of the Year.
2024 — Arrivée chez FLORENCE (ex-Florence Marine X).
2025 — Signature Red Bull (contrat 2 ans).
Matos & quiver
Boards : Pyzel (team rider historique).
Fins : FCS big wave (modèle signature).
Pourquoi son impact dépasse le “gros”
Nate a imposé un modèle hybride : athlète d’ultra-gros et créateur média. Son influence réoriente le sponsoring performance vers des projets éditoriaux “audience-first”. La signature Red Bull valide ce cap : des idées sans plafond, une diffusion mondiale, et des récits qui inspirent autant qu’ils impressionnent.
Le 1er octobre 2025, le corps de Kevin Kirby (27 ans) a été retrouvé sur la berge du río María Aguilar, à Hatillo 8 (San José). Les premières constatations de l’OIJ (Organismo de Investigación Judicial) font état de blessures par arme blanche et de contusions, le corps ayant séjourné plusieurs jours dans l’eau. Kevin était porté disparu depuis le dimanche 28 septembre, après une dernière apparition à Sabanilla de Montes de Oca vers 17 h 30, déclenchant une recherche de ses proches et des autorités.
D’après la presse costaricienne et les hommages, Kevin Kirby Jiménez était un amoureux de la nature, surfeur et pêcheur, apprécié pour sa gentillesse et son énergie. Son compte Instagram et les témoignages de proches dépeignent un jeune homme positif, proche de sa famille et de sa communauté surf.
Les autorités ont interpellé un suspect à Hatillo (Ciudadela María Reina) le 1er octobre, sur la base des premiers éléments de l’OIJ.
Les médias costariciens ont indiqué que des perquisitions et analyses de traces (sang, empreintes) sont en cours dans une habitation de Hatillo, tandis que le véhicule que conduisait Kevin a été localisé et expertisé (indices biologiques considérés comme déterminants par l’enquête).
(Note : ces informations d’enquête peuvent évoluer ; nous suivrons les mises à jour officielles.)
La communauté surf sous le choc
Le surfeur Carlos Muñoz a rendu un hommage appuyé : « Fly high my Kirby… La vie est fragile… » — message largement partagé au Costa Rica et dans la presse surf. Des médias proches de la scène locale, comme DUKE Surf et Gallo Pinto TV, décrivent Kevin comme un jeune homme « toujours souriant, électrique, amoureux de la mer ».
Annonce choc, commentaires en feu, et un malentendu persistant : Lucía Martiño a officialisé un partenariat avec OnlyFans… sans changer de métier. La surfeuse espagnole assure qu’elle ne publiera aucun contenu explicite. Au programme : surf, entraînement, voyages, lives et conseils. On démonte les idées reçues et on explique pourquoi ce deal peut, au contraire, tirer le surf vers le haut.
Ce qui a vraiment été annoncé
Mercredi, Lucía Martiño a dévoilé être athlète sponsorisée par OnlyFans, qui devient son sponsor principal. Concrètement, le logo apparaît au nose de sa planche et elle alimente la plateforme avec des contenus 100 % sportifs : sessions, coulisses de trips, préparations physiques, réglages de boards, routines de soins, lives interactifs pour répondre aux questions.
« J’aime partager ma vie, pas mon intimité », rappelle-t-elle. Pas de contenu explicite, même si l’on verra forcément du surf en bikini sous les tropiques.
Pourquoi OnlyFans — et pourquoi maintenant ?
OnlyFans revendique plus de 300 athlètes signés tous sports confondus. En surf, la plateforme a déjà soutenu des noms des grosses houles (comme Billy Kemper, Tony Laureano ou Pedro Scooby). Avec Lucía, première femme surfeuse officiellement sponsorisée, l’entreprise réaffirme son intention d’être un pont entre fans et athlètes, une ambition qui précède la dérive “adult” observée pendant la pandémie. Côté athlète, Lucía assume son virage free surf / création de contenus : après des années de compétition, elle veut choisir ses vagues et produire des formats plus créatifs (elle sort d’un projet en Islande par –25 °C). OnlyFans lui apporte la stabilité et la liberté éditoriale qui manquaient depuis la fin de son contrat Deeply en 2024.
La polémique : un malentendu… et un biais
La confusion vient du fait que OnlyFans héberge aussi du contenu adulte. Lucía s’y attendait : « Je me figurais que beaucoup penseraient mal ». Elle trace une ligne nette : pas d’explicite. Le débat révèle aussi un biais : quand un homme signe chez OF, ça fait moins de bruit ; pour une femme, l’imaginaire sexualisé colle plus vite. D’où l’intérêt de clarifier : ici, OnlyFans est un canal premium pour du contenu surf — point.
Et pour le surf, c’est une bonne nouvelle ?
Oui, si l’on regarde les moyens et la portée. Voir un acteur hors industrie, solide et global, investir dans le surf, c’est :
plus d’opportunités pour les athlètes (tournages, trips, séries) ;
un modèle économique complémentaire aux marques classiques ;
une exposition internationale vers un public qui ne suit pas la WSL au quotidien. Lucía prévient d’ailleurs : d’autres signatures arrivent, au moins deux en Espagne. L’image du logo OF sur les boards devrait se normaliser rapidement.
Le monde du surf est en deuil. Ce matin, la triste nouvelle est tombée : Bern Page, directeur mondial de la sécurité et de la sûreté pour la World Surf League (WSL), est décédé. Présent depuis près d’une décennie sur les compétitions, il était une figure familière pour les surfeurs comme pour les fans, toujours discret, mais essentiel au bon déroulement du Tour.
C’est une figure bien connue des surfeurs d’Hossegor, puisqu’il y a séjourné. Personnellement, j’ai pu le croiser à de nombreuses reprises, et c’était une figure que j’aimais rencontrer, un mec sympa avec un accent dont j’avais du mal à reconnaître…
Un hommage a été rendu à Bern Page durant le Quiksilver Festival Hossegor dans la pure tradition surf.
Un homme de l’ombre, essentiel au bon fonctionnement du Tour
Son rôle n’était pas de briller devant les caméras, mais de garantir que la sécurité des meilleurs surfeurs du monde. À Jeffreys Bay, à Teahupo’o, à Pipeline ou au Brésil face à des foules immenses, Bern Page veillait à ce que les athlètes passent des vagues au podium sans encombre. Sa mission allait bien au-delà de la simple sécurité : il incarnait l’autorité calme, l’intégrité et le professionnalisme qui ont permis à la WSL de maintenir un niveau d’organisation élevé. Même durant la pandémie, son rôle fut crucial pour remettre le Championship Tour en route dans des conditions sanitaires strictes et sécurisées.
Un homme apprécié et respecté de tous
Derrière son rôle sérieux, Bern était surtout connu pour sa gentillesse et son humour. Les surfeurs, les équipes et tous ceux qui travaillaient avec lui se rappellent d’un sourire facile, d’un mot pour détendre l’atmosphère et d’une attitude profondément humaine. Yago Dora, tout juste sacré champion du monde, lui a rendu hommage sur les réseaux sociaux. La jeune prodige Erin Brooks a également exprimé sa peine, tout comme de nombreux surfeurs de l’élite et du circuit junior. Kelly Slater, qu’il avait accompagné et protégé dans d’innombrables compétitions, figure parmi ceux qui avaient le plus de respect pour son travail et sa personne. Tous les témoignages illustrent bien la place particulière qu’occupait Bern Page dans la grande famille du surf : celle d’un homme de confiance, d’un pilier discret, mais indispensable.
Une vague d’émotion dans la communauté surf
La World Surf League a publié un message officiel sur Instagram :
« Son engagement indéfectible a contribué à fixer et maintenir les normes les plus élevées sur nos compétitions et nos événements. Son intégrité et son professionnalisme ont marqué profondément non seulement notre organisation, mais aussi toutes les personnes qui ont eu la chance de travailler à ses côtés. » Cette déclaration reflète l’émotion générale : au-delà du professionnel, c’est un ami, un compagnon de route, une figure bienveillante que le surf vient de perdre.
Un départ qui laisse un vide immense
À l’heure actuelle, les circonstances de sa disparition n’ont pas été précisées. Mais son absence se fait déjà sentir dans les coulisses du Tour. Dans un univers où la performance et le spectacle attirent la lumière, Bern représentait cette force tranquille qui assurait que tout se passe bien. Sa disparition rappelle aussi combien les visages de l’ombre sont essentiels à la vie du sport de haut niveau. On se souvient souvent des champions qui lèvent les trophées, mais rarement de ceux qui rendent ces moments possibles.
Un dernier mot
Pour les compétiteurs, les équipes et les passionnés qui suivaient le Tour, Bern Page n’était pas qu’un responsable sécurité. Il était une présence rassurante, un allié discret et un ami. Sa perte est une tragédie pour toute la communauté surf. À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont côtoyé, nous adressons nos plus sincères condoléances. Le line-up mondial a perdu l’un de ses gardiens les plus respectés.
On l’a croisé d’abord dans les Landes, sur le sable avec Édouard Delpero. « C’est un bon lui », glissait alors le multiple champion. Depuis, j’entends revient régulièrement son nom dans les conversations longboard : Louis Marchiset. Vingtaine d’années, style propre, appétit pour les vagues qui ne pardonnent pas. Et ces derniers mois, une idée fixe : pousser le longboard là où on ne l’attend pas.
Louis a grandi entre Guéthary et les bancs landais, où la culture longboard côtoie des line-ups teigneux. Très vite, il tape dans l’œil des marques et de la scène française et s’impose chez les jeunes, avec un titre national Espoir en 2021, sauf erreur de ma part.
Mais au-delà des nose-rides parfaitement calés, il cultive une autre obsession : engager des planches de 9 pieds dans des vagues à sections creuses. Une lignée qu’on a déjà vue chez les Delpero, chez Paul Duvignau dans les Landes, ou encore chez quelques locaux d’Hawaii sur le North Shore. Cette école du « longboard sous stéroïdes » réclame ligne, lecture et sang-froid.
Parce que Louis est allé chercher plus loin. Direction Tahiti. Une vague au nom qui claque et qui cloue : Teahupo’o. Un mur d’eau vivant, puissant, mutique, qu’on aborde en respect absolu. Et lui a choisi d’y entrer… en longboard, en backside comme un regular qu’il est, avec ce mélange de témérité et d’humilité qui force l’attention.
Sur ses réseaux, il raconte surtout le chemin. Pas de fanfaronnade, plutôt une méthode : tenter, analyser, recommencer. Et surtout, accepter que Teahupo’o décide.
« The End of the Road porte bien son nom. Des mois de galères et de travail acharné avant de pouvoir rêver à nouveau. […] Repousser les limites du longboard, encore et encore. »
Cette progression, c’est aussi l’art de se replacer. Être « plus deep », sans se mettre à la faute, pour laisser la lèvre vous engloutir juste ce qu’il faut.
« Je fais, j’analyse, j’apprends, et je recommence. Respect, humilité, patience. Ready for the next swell. Go big, but go deep. »
Le prix de l’engagement : quand le corps dit stop
Le trip tahitien n’a pas été une ligne droite. Louis raconte avoir contracté la ciguatera après un mauvais poisson. Fièvre, faiblesse, fourmillements : impossible de surfer pendant plusieurs jours. Et puis, la veille du vol retour, deux heures d’énergie retrouvée, suffisantes pour chasser la bombe.
« Bien deep, sûrement la meilleure gauche de ma vie. Pas d’image, mais elle restera gravée… et dans celle de quelques locaux. »
Et maintenant ?
Note à nous-mêmes : le rencontrer. Aller chercher son parcours (coachs, boards, réglages de dérive, quiver tahitien), comprendre ce qui change concrètement entre un nose ride à la maison et un take-off critique à Teahupo’o. Et documenter cette lame de fond du longboard engagé qui traverse la côte basque et au-delà.
La communauté hawaiienne du surf est en deuil. Le week-end dernier, Fullerton “Hopena” Pokipala, waterman respecté et surfeur de grosses vagues, est décédé à l’âge de 30 ans à la suite d’un accident de voiture survenu à Waimanalo, sur la côte sud-est d’Oahu.
Selon la police locale, l’accident s’est produit samedi soir aux alentours de 20 heures. Hopena conduisait un véhicule utilitaire lorsqu’il a franchi un stop au croisement de la Kalanianaole Highway. Sa voiture a été percutée par celle d’un automobiliste de 74 ans. Le choc a été violent : le véhicule utilitaire s’est retourné et Hopena a été transporté d’urgence à l’hôpital dans un état critique. Il a succombé à ses blessures peu après.
Un “ambassadeur de l’aloha”
La disparition de Pokipala a bouleversé sa famille et ses proches. Son oncle, Clif Botelho, a rendu hommage à un homme profondément généreux :
“Hopena était un ambassadeur de l’aloha. L’incarnation même de l’amour et du partage. Il aurait donné sa chemise, ses vêtements, tout ce qu’il avait, simplement pour rendre ce monde meilleur. Notre ʻohana est dévastée.”
Ce témoignage illustre parfaitement la réputation de Hopena : celle d’un homme tourné vers les autres, apprécié bien au-delà de la sphère du surf.
Un waterman accompli
Au-delà de son caractère, Hopena était aussi un waterman complet, amoureux de l’océan et de ses défis. Passionné de grosses vagues, il avait surfé à Waimea Bay des murs d’eau qui imposent le respect. Sur son 30ᵉ anniversaire, il avait d’ailleurs partagé une vidéo de lui chevauchant une vague gigantesque, symbole de sa soif d’adrénaline et de sa proximité avec l’océan.
Mais Hopena ne se limitait pas au surf. Docker de profession, il s’était également lancé dans un business original d’huîtres, et nourrissait des ambitions politiques pour sa communauté. Toujours en quête de nouveaux horizons, il vivait à la fois avec intensité et ouverture.
Un amour interrompu trop tôt
La vie personnelle de Pokipala était elle aussi pleine de promesses. Récemment marié à Allie Chu, ancienne Miss Hawaii, il préparait avec elle une réception prévue pour mars prochain. Leur union, saluée comme l’union de deux âmes profondément attachées à leur île, symbolisait l’avenir radieux qui s’ouvrait à eux.
“Il a eu la chance d’épouser l’amour de sa vie”, a rappelé son oncle. “Ils avaient le rêve de rester ensemble pour toujours. C’est une maigre consolation, mais au moins ils ont pu réaliser ce souhait.”
Un héritage fort pour la communauté
La mort de Fullerton “Hopena” Pokipala laisse un vide immense dans la communauté hawaiienne. Son héritage, fait de courage, de générosité et de passion pour l’océan, continuera de marquer ceux qui l’ont connu. À travers ses vagues domptées, ses projets, son sourire et son esprit de partage, il restera pour beaucoup un modèle et une inspiration.
Le surfeur brésilien Italo Ferreira, champion olympique et ancien champion du monde, vient de réussir une manœuvre historique : son premier 720°. Réalisée dans une piscine de vagues au Brésil, cette rotation aérienne de deux tours complets marque un nouveau jalon dans l’évolution du surf moderne.
Mercredi 17 septembre 2025, Italo Ferreira a publié sur ses réseaux sociaux une vidéo qui a rapidement enflammé la planète surf. Dans la piscine de vagues du Boa Vista Surf Lodge, à Porto Feliz, près de São Paulo, le Brésilien a exécuté, pour la première fois, un aérial 720° parfaitement plaqué. Dans sa légende, le surfeur a commenté simplement : « Meu primeiro 720° durante a gravação do meu próximo programa pour Canal Off et Globoplay. Aguardem. » (Mon premier 720° lors du tournage de mon prochain programme pour Canal Off…).
Une performance captée en direct
Le moment a été immortalisé par Marcelo Trekinho, ancien pro, et Gabriel Pastori, tous deux animateurs du canal YouTube Uaradei. Enthousiastes, ils ont confirmé qu’Italo ne s’est pas arrêté à une seule tentative : il a reposé la manœuvre une seconde fois pour prouver que ce n’était pas un coup de chance. « « Quelle vibe ! Je suis encore sous le choc » », a-t-il écrit sur Instagram, encore sous l’émotion de cet exploit qui témoigne de son incroyable explosivité aérienne.
La piscine à vagues, nouveau terrain de jeu
Cet exploit n’est pas anodin : il illustre la montée en puissance des wave pools comme laboratoires d’innovation et d’entrainement. La machine PerfectSwell du Boa Vista Surf Lodge offre des sections calibrées pour les airs, permettant aux surfeurs de repousser leurs limites. D’autres avant lui avaient ouvert la voie : Kelly Slater, en 2014, avait fait débat avec une rotation similaire en free surf, tandis que Albee Layer s’est illustré par des airs dans l’océan comme en piscine. Mais le 720 reste rarissime et d’autant plus spectaculaire en backside, ce qui rend la performance d’Italo exceptionnelle.
Un champion toujours à la recherche de nouveauté
Ce n’est pas un hasard si c’est Ferreira qui parvient à un tel exploit. Champion olympique à Tokyo en 2021, champion du monde en 2019, il est connu pour son surf aérien explosif, toujours prêt à tenter l’impossible. En 2025, il a terminé 4e mondial, s’inclinant en finale WSL à Fiji face à Griffin Colapinto. Mais loin de se reposer, il profite de l’intersaison pour enrichir son répertoire et préparer déjà 2026.
Comme souvent avec ce type de manœuvre, une question anime la communauté surf : s’agit-il vraiment d’un 720° ou d’un 540° avec réception switch ? Les puristes aiment débattre sur le nombre des rotations. Mais peu importe le vocabulaire, une chose est sûre : voir deux tours complets en l’air sur une planche de surf reste un spectacle fascinant.
Un signal pour l’avenir du surf
Avec ce 720, Italo Ferreira envoie un message clair : les airs sont l’avenir du surf de haut niveau. Reste à savoir si ce type de manœuvre franchira bientôt le pas de la piscine à l’océan, et surtout si elle pourra être plaquée en compétition. En attendant, cette performance restera comme un moment fort de l’année 2025, rappelant à tous que le surf est un sport en constante évolution, où chaque génération cherche à repousser les limites du possible.
À 31 ans, Italo Ferreira est au sommet de son art. Champion olympique à Tokyo en 2021, champion du monde WSL en 2019, le Brésilien est devenu l’un des visages les plus explosifs et charismatiques du surf mondial. Mais derrière son énergie débordante, le « Brabo » (surnom qu’on lui donne au Brésil) a déjà un plan pour l’avenir : tout pourrait s’arrêter en 2028, à Los Angeles.
Le rêve d’une deuxième médaille d’or
Dans une interview accordée à l’émission « Hello LA« , Italo a levé le voile sur son objectif majeur : participer aux Jeux Olympiques de Los Angeles pour tenter de décrocher une deuxième médaille d’or. Pour lui, cette échéance n’est pas seulement une compétition, c’est le point culminant d’une carrière commencée sur les plages de Baía Formosa, au Nordeste brésilien.
« Sans aucun doute, c’est mon plus grand objectif : obtenir une autre médaille d’or pour conclure ma trajectoire dans ce sport et sur le circuit », explique-t-il.
Une vie consacrée au surf
Ferreira n’a que 31 ans, mais il surfe déjà depuis plus de deux décennies. Dès ses 8 ans, il passait ses journées à dompter les vagues locales. Depuis, il a conquis le monde : premier champion olympique de l’histoire du surf, titré sur le circuit WSL et reconnu pour un style radical mêlant puissance et aérien.
Pourtant, après tant d’années de dévouement, il aspire aussi à profiter d’une vie différente : « Je fais ça depuis l’âge de 8 ans, donc il y a un moment où tu veux profiter de tout ce que tu as construit et découvrir un autre côté de la vie », confie-t-il.
34 ans : la fin ou un nouveau chapitre ?
En 2028, Italo aura 34 ans. Un âge où beaucoup de surfeurs sont encore compétitifs. Jordy Smith, par exemple, a terminé la saison 2025 à 37 ans. Kelly Slater a, lui, repoussé les limites bien au-delà. Alors pourquoi arrêter si tôt ?
Peut-être parce qu’Italo vit chaque vague avec une intensité et une énergie rare. Planifier une sortie en apothéose, sur la plus grande scène sportive du monde, colle parfaitement à son tempérament : explosif et inoubliable.
Le doute reste entier
Italo, cependant, n’a rien gravé dans le marbre. « Peut-être qu’un peu plus tard, je voudrai continuer encore un peu… ou au contraire, me dire que c’est assez. Je verrai sur le moment », nuance-t-il.
Encore des titres en ligne de mire
En attendant Los Angeles, le Brésilien ne compte pas lever le pied. « Pour l’instant, je veux encore être champion du monde à plusieurs reprises », affirme-t-il. Les adversaires sont prévenus : le « Brabo » reste un prétendant au titre mondial et ne compte pas quitter le circuit sur la pointe des pieds.
Quoi qu’il décide en 2028, Italo Ferreira a déjà marqué l’histoire. Sa victoire aux JO de Tokyo restera comme un moment fondateur, à jamais le premier champion olympique comme aime le dire les marseillais. Son surf spectaculaire a inspiré toute une génération. La question est désormais simple : choisira-t-il d’arrêter au sommet avec deux médailles d’or, ou prolongera-t-il encore une carrière déjà légendaire ?
Le surf portugais traverse une période de profonde tristesse. La disparition de Zion Alves Brocchi, jeune talent de seulement 12 ans, a bouleversé toute une communauté. Originaire de la Costa da Caparica, Zion était déjà considéré comme un espoir majeur du surf national, un enfant qui vivait pour les vagues et qui inspirait bien au-delà de son âge.
Fils de la professeure de surf Vânia Brocchi, Zion avait grandi les pieds dans l’eau et la tête dans les embruns. Dès ses premières compétitions, il s’était démarqué par sa passion et sa détermination. En 2024, il remportait le titre régional Sub-12 de Grande Lisboa, confirmant son statut de prodige après avoir déjà brillé dans les catégories Sub-8.
Mais au-delà des résultats, c’est son énergie contagieuse et son amour pur pour le surf qui marquaient les esprits. À 8 ans seulement, dans une interview donnée à Surftotal, il expliquait avec l’enthousiasme de l’enfance :
« J’ai commencé à surfer parce que ma mère est professeure de surf, elle m’a mis dans les vagues tout petit. »
Il rêvait déjà de Bali et de Keramas comme destination surf ultime, et affirmait que pour lui, le surf c’était avant tout « free surf toujours », l’envie de partager, de se faire des amis et de profiter de chaque vague.
Un combat courageux contre la maladie
Malheureusement, le destin a rattrapé trop tôt ce jeune champion. Zion s’est battu avec courage contre un tumeur cérébrale, affrontant la maladie avec la même détermination qu’il mettait dans les vagues. Jusqu’au bout, il a gardé ce sourire qui illuminait son entourage et cette force tranquille qui inspirait enfants comme adultes.
Sa disparition laisse une immense douleur, mais aussi un exemple de résilience et de passion qui restera gravé dans la mémoire collective.
Un héritage qui dépasse les compétitions
Zion n’était pas seulement une graine de champion. Pour beaucoup, il incarnait l’esprit du surf dans sa forme la plus pure : la joie, le partage et l’authenticité. Son regard tourné vers l’avenir, il citait avec admiration le jeune Matias Canhoto comme futur Portugais sur le WCT, preuve de son humilité et de sa vision juste du surf.
Aujourd’hui, la communauté du surf au Portugal, mais aussi à l’international, salue son souvenir. Des hommages affluent, rappelant combien ce garçon, en si peu de temps, avait marqué son entourage par son charisme et son énergie positive.
Une inspiration pour les générations futures
La perte de Zion soulève une réflexion profonde : comment honorer sa mémoire ? Pour certains, cela passera par des initiatives locales – compétitions en son nom, actions solidaires ou fondations pour encourager les jeunes talents. Mais pour tous, la meilleure façon de le célébrer sera sans doute de continuer à aimer le surf avec la même intensité que lui.
Car si Zion Brocchi nous quitte trop tôt, il laisse un héritage immatériel : celui d’un enfant qui voyait dans chaque vague une aventure, dans chaque session une fête, et dans chaque sourire le vrai sens du surf.
C’est une journée noire pour le surf français et caribéen. Le jeudi 11 septembre 2025, la communauté apprenait avec une immense tristesse la disparition de Jean-Sébastien Lavocat, plus connu sous le nom de Jean-Seb. Figure incontournable du surf et du windsurf depuis plus de 30 ans, il laisse derrière lui un héritage immense et des générations de riders marqués par son énergie, son engagement et sa passion.
Arrivé très tôt sur la scène des sports de glisse, Jean-Seb Lavocat a bâti les fondations du surf moderne à Saint-Martin. Fondateur du SXM Surf Club du Galion et de Windy Reef SXM, il a non seulement structuré la pratique locale, mais aussi ouvert les portes d’un avenir sportif à de nombreux jeunes de l’île.
Cette année, le club du Galion devait fêter ses 30 ans d’existence, symbole de la longévité et de l’impact de son engagement. Pour beaucoup, il représentait bien plus qu’un professeur de surf : un repère, un mentor, parfois même un second père.
Un compétiteur infatigable
Jean-Sébastien Lavocat n’était pas seulement un coach ou un formateur. Il était aussi un athlète accompli, particulièrement en windsurf. Son palmarès récent témoigne de son incroyable vitalité : en mars dernier, il participait encore à une compétition de niveau international à Porto Rico (IWT et PWA). Sa performance lui avait offert une qualification pour la prestigieuse finale de l’Aloha Classic, prévue en octobre à Hawaii.
À plus de 50 ans, il démontrait que la passion et le travail acharné n’ont pas d’âge. Son retour sur le circuit avait impressionné et inspiré aussi bien ses pairs que les jeunes générations.
Une empreinte indélébile sur les jeunes de Saint-Martin
Au-delà de ses résultats sportifs, Jean-Seb restera dans les mémoires comme un transmetteur hors pair. La Fédération Française de Surf lui a rendu un hommage poignant :
« Véritable pilier de la communauté saint-martinoise et président du club SXM Waterboys, il a marqué de son empreinte toute une génération de jeunes surfeurs. »
Parmi ses élèves et protégés figurent aujourd’hui quelques-uns des plus grands noms de la scène caribéenne et française : William Aliotti, Maud Lecar, Titouan Boyer, Andrew Petrelluzzi, Thomas Doumenjou, Tom Houillez, Renan Grainville, sans oublier sa propre fille, Camille Lavocat. Tous saluent l’influence déterminante de son enseignement et de son humanité.
Des valeurs humaines avant tout
Jean-Sébastien Lavocat n’était pas seulement un coach exigeant. Il incarnait des valeurs humaines profondes : le respect, le partage, la solidarité et l’amour de l’océan. Les hommages spontanés fleurissent à Saint-Martin. Sur les murs du Galion, un mot inscrit au marqueur résume l’émotion collective :
« Tu vas nous manquer Jean-Zboubi. Merci pour les plus belles années de notre jeunesse. Merci pour tous ces sourires. Ride bien là-haut. On t’aime. »
Un héritage qui survivra aux vagues
À Saint-Martin comme dans l’ensemble des Antilles, la disparition de Jean-Sébastien Lavocat laisse un vide immense. Mais son héritage demeure vivant, dans chaque vague surfée par ses élèves, dans chaque sourire d’un jeune qui découvre le surf, dans chaque passion qu’il a su transmettre.
La Fédération Française de Surf adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à toute la communauté saint-martinoise. Quant au monde du surf, il perd un pionnier… mais garde à jamais en mémoire l’image d’un homme debout, porté par le vent et les vagues, fidèle à sa passion jusqu’au bout.